PROLOGUE
l'éducation du paysan. Il faut que des conférences, simples, mais pratiques, qui pourraient être faites par le médecin cantonal, lui fassent comprendre l'importance de l'hygiène pour la conservation de sa vie, de sa santé et de celles des siens. Il faut surtout qu'à l'école l'instituteur enseigne aux générations de l'avenir les principes de cette science bienfaisante, afin que peu à peu les' habitudes de propreté et de salubrité entrent dans les mœurs.
Ensuite, en donnant aux municipalités un guide et un appui pour les conseiller, leur indiquer ce qu'il faut faire, les aider à l'entreprendre, leur enlever la responsabilité des mesures de coercition, etc. Si l'on ne veut pas créer dans ce but des Inspectons of nuisances et des Surueyors, comme en Angleterre, il nous semble que le médecin de canton (le canton est pris ici dans le sens de la circonscription élémentaire) et l'agent ou conducteur voyer seraient tout indiqués pour jouer ce rôle, ce dernier intervenant pour projeter et diriger les travaux: naturellement, ces deux fonctionnaires auraient droit à une juste rémunération, mais la part de leur traitement qui incomberait à chaque commune serait faible. En outre, il va sans dire que l'autorité préfectorale ne doit pas hésiter à agir d'office dans bien des cas, notamment toutes les fois que les maires, par négligence ou par crainte de l'électeur, n'osent ou ne veulent rien faire.
On remédiera aux conséquences de la faible densité de la population rurale en groupant, en syndiquant les communes pour les opérations qui le comportent. Ainsi, il est évident que chaque village ne peut avoir une étuve à désinfection ; mais pourquoi n'y aurait-il pas, comme cela existe dans le département du Nord, au chef-lieu du canton, une étuve mobile, facilement transportable dans chaque village? Les frais du service de désinfection ainsi organisé seraient naturellement répartis entre toutes les communes du canton, soit au prorata de la population, soit d'après l'usage fait chaque année. De même, — et nous y reviendrons plus loin en détail, — il arrive souvent qu'un seul village ne peut faire les frais d'une adduction d'eau éloi gnée, dune évacuation ou d'une épuration coûteuse d'eau d'égout, tandis qu'un groupe de bourgades placées dans des conditions à peu près semblables pourront s'alimenter en eau ou s'assainir par une belle opération d'ensemble.
On sait qu'une loi du 22 mars 1890 a organisé en France les syndicats de communes : nous en donnerons ci-dessous le texte. Malheureusement, il faut, pour réunir ainsi plusieurs communes, avoir leur assentiment unanime, ce qui est difficile à réaliser : il conviendrait que, pour les œuvres d'hygiène qui le méritent, le gouvernement ait le pouvoir de syndiquer d'office les localités intéressées.
Enfin on s'assurera des ressources suffisantes pour les œuvres sanitaires de deux manières : d'un côté, en faisant une part convenable à ces œuvres dans les budgets communaux; de l'autre, en demandant
8 ED. IMBEAUX ET E. ROLANÏS. — HYGIÈNE RURALE.
aux pouvoirs publics (État et Départements) des subventions, qui seront encore mieux justifiées quand il s'agira d'un syndicat de communes. Si Ton prend aujourd'hui au hasard le budget d'un de nos villages français, on n'y trouvera rien ou à peu près rien pour l'hygiène : on paie soigneusement un garde champêtre pour garder les fruits de la terre et un pâtre pour garder les moutons, on ne paie personne pour préserver la vie des habitants. On pense quelquefois à faire une distribution d'eau, mais presque jamais à entretenir les ouvrages une fois construits. Bref, il faudrait imposer obligatoirement aux communes des dépenses annuelles suffisantes pour les objets ci-après :
Indemnité au médecin cantonal chargé de surveiller l'état sanitaire et épidémique dans la commune, la salubrité des eaux, des locaux scolaires, des lieux de réunion, la vaccination et re vaccination, la désinfection après les cas de maladies contagieuses, etc. ;
Indemnité à l'agent ou conducteur voyer chargé d'assurer la propreté des rues et caniveaux clans le village, le balayage et l'enlèvement au moins une fois par semaine des immondices, l'entretien et le bon fonctionnement des fontaines et des égouts, etc. ;
Frais des opérations ci-dessus, c'est-à-dire travaux de propreté et de voirie, entretien, réparations et exploitation du service de distribution d'eau (y compris les frais d'analyse fréquente des eaux), du service des vidanges et égouts, curage des fossés et cours d'eau, enfouissement des animaux morts et des immondices, etc. ;
Entretien de l'abattoir municipal, du marché; entretien du cimetière ;
Part proportionnelle de la commune dans les frais d'entretien et de fonctionnement de la station cantonale de désinfection.
A quelle proportion du budget entier d'une commune doivent monter ces dépenses en quelque sorte régulières? Il est difficile de le dire, et cela varie beaucoup suivant les cas; mais il ne semble pas qu'on soit exigeant en parlant du tiers ou tout au moins du quart, quand il s'agit de besoins aussi essentiels etprimordiaux que ceux en cause. Du reste, le budget sanitaire ne compte pas que des dépenses : en regard d'elles, il faut inscrire des recettes, parfois importantes, provenant des taxes perçues pour les concessions d'eau, le tout à Fégout s'il existe, les places de cimetière, les droits de place aux marchés et à l'abattoir, les taxes de désinfection chez les contagieux non indigents, etc. Il va sans dire que toutes les recettes de pareille provenance doivent être employées à entretenir et à perfectionner l'outillage sanitaire, et non, comme il arrive trop souvent, à d'autres besoins.
Ceci suppose les installations organisées et en plein fonctionnement; mais comment s'y prendre pour faire face aux grosses dépenses qu'exigent tout d'un coup uneadduclion d'eau, la création d'un réseau d'égouts, la construction d'un abattoir, etc. ? Dans les villes, le produit des ta\es futures permet souvent de gager un emprunt : mais