‹ Traité d'hygiène (volume 4)Chapitre 8 sur 49 · EXEMPLES DE RÉGIONS ASSAINIES EN FRANCE · texte numérisé non relu

EXEMPLES DE RÉGIONS ASSAINIES EN FRANCE

1° Assainissement de la Sologne. — La Sologne, comprise entre le Cher et la Loire, comptait 129 communes avec 504450 hectares de territoire, répartis sur les trois départements du Loiret, du Cher et du Loir-et-Cher: il y avait 11900 hectares en étangs. En 1848, on crée un service spécial d'assainissement, et jusqu'en 1870 ce service exécuta : un canal d'évacuation dit canal de la Sauldre, sur 43 274 mètres de long (dépense: 4119000 francs): des curages et redressements de cours d'eau affluents (pour 1 700 000 francs) ; des drainages sur 3500 hectares : un réseau de routes agricoles de près de 000 kilomètres de développement (coût : 3 397000 francs) : la plantation de 56 hectares de forêts; enfin la suppression de près de un tiers des étangs.

Le résultat ne tarda pas à se faire sentir : à la fin de la période de vingt ans, il s'était bâti 6000 maisons dans cette région; la population y avait augmenté de 56862 habitants; le rendement des impôts avait augmenté de 8 millions par an (l'État avait ainsi bien récupéré les 12 millions qu'il avait mis dans l'affaire) ; les exemptions du service militaire étaient passées de 50,2 p. 100 à 42,5 el la mortalité de 26,9 p. 1000 à 24,5.

2° Assainissement de laDombes. — La figure 1 montre ce quYlail le vaste plateau de la Dombes en 1853 (arrondissements de Bourg et

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HYGIEXE RURALE.

de Trévoux, département de l'Ain), et, en regard (fig. 2), on voit ce qu'il avait gagné vingt-cinq ans après. Le sol est imperméable, silicoargileux et a une faible pente de 0,0011 en moyenne vers la Veyle: Sur 112725 hectares, il v avait 19 215 hectares en étangs 1 667 étangs

Fig. 1. — Dessèchement des marais et assainissement de la Dombes. État ancien (Échelle â^ôôo).

permanents ou périodiques, ces derniers étant deux ans enévolage* c'est-à-dire en eau, puis un an à sec).

La moitié de la population avait la fièvre, et la mortalité générale («lai! de 40,4 p. 1000 (tandis que l'histoire nous apprend qu'au xme siècle le pays était bien cultivé, fertile et salubre).

En 1853 (1), l'État créa un service spécial qui fit curer et redresser

(1) La Convention s'était déjà occupée du dessèchement de la Domhes, et un décret du i décembre J 793 l'avait ordonné, mais il resta lettre morte.

les rivières, réglementer les usines et barrages et organiser des syndicats. Une prime de 250 francs par hectare desséché fut accordée (1), et la charrue profonde retourna de grandes surfaces jusque-là incultes. Une compagnie exécuta le chemin de fer de la

Fiy. 2. — Dessèchement des marais et assainissement de la Dombes.

État en 1878 (après vingt-cinq ans d'assainissement) / V

Dombes el se chargea du dessèchement de 0000 hectares; en même temps on créait un réseau de 364 kilomètres de roules el chemins. Bref, en 1878, 134 étangs avaient disparu, représentant près de 10000 hectares; la mortalité était descendue à 26 p. I 000, el la

(1) Voy. la loi du 18 avril 1863 et le décret du 25 juillet L864.

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population, qui en 1853 était de '20 habitants par kilomètre carré, était passée à 31.

Remarquons que l'administration se préoccupa aussi des eaux potables. Il n'y avait que de mauvais puits, très superficiels : on creusa 32 puits profonds, convenablement établis et répartis entre les différentes communes ; ils revinrent en moyenne à 1 760 francs l'un.

Comment se fait-il qu'après de si beaux résultats une Chambre française ait cru pouvoir autoriser la reconstitution des étangs desséchés? Sans doute, certains cultivateurs ont laissé, faute d'engrais, s'appauvrir le sol des terrains remis en culture et ont pensé que la remise en eau leur serait pécuniairement avantageuse; ils ont obtenu de leurs députés que la question soit posée législativement (article additionnel à la loi de finances de 1897), et une loi qu'on peut qualifier d'homicide du 25 novembre 1901, rendue malgré les avis des hygiénistes, porte l'article unique ci-après : « Les étangs desséchés à la suite de la loi de 1863 pourront être remis en eau, sans remboursement de l'indemnité, avec autorisation du préfet de l'Ain. Le nouvel étang devra être salubre (?) et soumis au régime de l'assec périodique avec culture. L'arrêté préfectoral d'autorisation devra être précédé de l'avis du conseil départemental d'hygiène, de l'avis du conseil général, de celui du conseil municipal et d'une enquête. »

Aujourd'hui et en moins de cinq ans, 840 hectares ont été remis en eau, et le paludisme reparaît. Heureusement, un rapport de M. Bondet au Congrès pour l'avancement des sciences (Lyon, 1906) et un rapport de M. J. ( lourmont (1), adopté par le Comité consultatif d'hygiène public le 26 novembre 1906, ont fait comprendre le danger, et il y a lieu de croire qu'aucune autorisation ne sera plus accordée.

3° Assainissement des Landes. — La question des eaux potables était aussi fort importante dans les Landes, où on n'avait que des puits détestables. 11 fallut, pour avoir de la bonne eau, percer la couche d'alios, sorte de concrétion formée de grains quartzeux, agglutinés dans une gangue de matières organiques et d'oxyde de fer hydraté : cette couche, située à 0m,50 en dessous de la surface et ayant ellemême une épaisseur égale, suffisait à imperméabiliser tout le sol. Les puits (fig. 3) descendus dans la couche de sable blanc qui règne en dessous sont très bons, à la condition qu'un bon corroi en argile ou en maçonnerie empêche les eaux de surface de s'y mêler.

C'est à M. Chambrelent qu'on doit toute l'amélioration des Landes ; il réussit à obtenir qu'une loi du 17 juin 1857 sanctionnât ses vues et ses projets. L'espace marécageux compris entre l'Océan, la

(1) Voy. J. Coukmont, La remise en eau des étangs de la Dombes. Annales d'hygiène puhli(jue el de médecine légale, 4° sér/e, tome VII,, mai 1907.

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F. 8o/)>j£mAflï- del.

Puits des Landes.

Garonne et l'Adour n'a pas moins de 800 000 hectares : il était à peu près entièrement inculte, la population rare et pauvre, et la mortalité de trois fois la moyenne de la France. Une première Société, fondée en 1837, avait fait faillite; mais, en 1840, Chambrelcnt fit un essai sur 500 hectares, en prenant pour principe d'assainir simplement par l'ouverture de larges fossés peu profonds (0m,50 à 0m,60, car, pour aller plus bas, il aurait fallu défoncer l'alios), puis de planter des pins ou des chênes. L'essai réussit bien, et, en 1855, on avait déjà traité de la sorte 20 000 hectares. La loi de 1857 invita les communes (au nombre de 16*2) à entreprendre partout des travaux semblables ; l'État se chargea des routes agricoles. En 1805, on avait déjà ensemencé plus de 200 000 hectares et créé ainsi une valeur forestière considérable.

Il a fallu toutefois ajouter quelque chose pour la région du Nord : les eaux, rencontrant les dunes qui s'étendent entre la Gironde et le bassin d'Arcachon, ne pouvaient s'écouler et formaient une suite d'étangs allant vers le sud. Un canal fut construit pour amener au bassin d'Arcachon les eaux de tous ces étangs étages, et ce canal permit d'en abaisser le niveau de 2m,50 : il coûta 475 000 francs et assécha 7800 hectares.

4° Assainissement du Forez. — Également vers 1855. On constitua des syndicats de communes : 15 communes pour le bassin de la Mare (13212 hectares), 10 communes pour celui de Vigezy (8 212 hectares). On a opéré par curages, ouverture de fossés, dessèchement d'étangs, et on a fait des irrigations de pairies.

5° Assainissement du marais d'Arles et des Eaux. — Il y avait 16000 hectares de marais sur la rive gauche du Rhône, en amont et en aval d'Arles : le marais des Baux (1825 hectares) s'y rattachait. On n'arriva à les dessécher qu'en créant le grand canal d'ArLes à Bouc, dans lequel vinrent se déverser de nombreux émissaires (125 kilomètres de canaux).

0° Assainissement du marais de Bourgoin (Isère). — Il y avait 7 200 hectares de marécages, faiblement inclinés de part et d'autre vers le Rhône. On a créé un canal émissaire pour chaque versant, le canal de Catelan et le canal de Curtin ; avec les canaux secondaires aboutissants, le double réseau comporte un développement de 196 kilomètres.

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7° Wateringues de Bergues, Gravelines et Bourbourg. — La contrée aboutissant à la mer entre Dunkerque et Gravelines était souvent inondée. Dès le xne siècle, une association s'était formée pour l'endiguement de l'Aa ; les digues rompues en 1793 furent reconstruites en 1799; puis des arrêtés du 28 fructidor an VIII, du 25 novembre 1825 et du 25 novembre 1852 englobèrent 38 880 hectares, payant chacun une taxe variant de 3 francs à 4 fr. 75. Outre les digues de l'Aa, on construisit des digues parallèles à la mer, avec des pertuis de sortie et des portes de flot ; quant aux canaux collecteurs aboutissant à ces pertuis et à la rivière, ils ont un développement de 1 380 kilomètres.

8° Moères, de Bergues à Furnes. — Au nord-est de la région précédente, le sol étant au-dessous des basses mers, il a fallu le relever mécaniquement. Depuis 1619, on avait construit divers canaux soit de navigation, soit de dessèchement ; mais ce n'est que de 1800 à 1806 qu'un canal de ceinture de 20 kilomètres, débouchant dans le canal de Dunkerque, rendit l'assèchement définitif : vingt moulins à vent relevaient l'eau ; ils ont été remplacés par deux machines à vapeur. Les propriétaires sont syndiqués : la taxe est de 8 à 9 francs par hectare.

C'est surtout en Hollande, pays dont une partie du territoire est en dessous du niveau de la mer, qu'il a fallu recourir aux machines élévatoires. Les moulins à vent et les moteurs à vapeur affectés à ce but sont nombreux : ils s'attellent à des pompes, norias, vis d'Archimède, roues à augets, tympans, etc. Quelquefois, comme au polder de Nootdorp, il faut relever consécutivement deux fois. Les machines du lac de Harlem atteignent des dimensions vraiment colossales. On comprend que nous ne puissions, sans sortir de notre cadre, entrer dans de plus longs détails.

De même, les colmatages et les polders demandent toutes les ressources de l'art de l'ingénieur. Pour les premiers, nous nous bornerons à citer comme exemple les colmatages de la A-allée de l'Isère et ceux du Var, qui ont assaini et préservé plusieurs milliers d'hectares le long de ces rivières div'agantes. Quant aux polders, terrains conquis parendiguement et colmatage naturelsur la mer, ils sont nombreux et étendus dans tous les pays maritimes : citons, en France, les polders de la baie de Bourgneuf (près l'île de Noirmoutier), ceux de la baie du Mont-Saint-Michel, de la baie des Veys (près d'Isigny), etc. Il s'agit ici plutôt de conquêtes que de l'assainissement proprement dit d'un .pays déjà habité.

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