ACTION DU BACILLE PESTEUX SUR L'ORGANISME DE L'ANIMAL
MALADIE EXPÉRIMENTALE ET MODES D'INOCULATION AUX ANIMAUX. — Si Ton inocule une parcelle de culture de peste, sous la peau, à un animal de laboratoire de la famille des rongeurs, on voit survenir un bubon au niveau du groupe ganglionnaire qui reçoit les lymphatiques de la région inoculée. En même temps la température s'élève, ranimai devient triste, cesse de manger, s'immobilise le poil hérissé en un coin de la cage; parfois il a la respiration difficile. Au bout d'un temps variable, il présente des tremblements, des convulsions et meurt. La maladie dure un à trois jours chez la souris, trois à quatre jours chez le rat et cinq à six jours chez le cobaye et le lapin. Parfois, chez le rat en particulier, une forme chronique se manifeste suivie de guérison ou d'une longue survie.
On peut donner la peste au singe comme au rat avec une piqûre d'aiguille souillée de virus.
L'inoculation intrapéritonéale ou intraveineuse détermine la mort plus rapidement par septicémie intense. L'application de culture virulente sur la conjonctive, ou sur la peau fraîchement rasée, ou sur une excoriation, détermine, comme l'inoculation cutanée, une forme bubonique.
Au contraire Roux et Batzarof ont montré qu'on déterminait la forme pneumonique chez le rat, en déposant le virus à l'orifice des narines saines. Chez le singe, Wysokowitz et Zabolotny ont réussi à provoquer la pneumonie en excoriant la trachée et en déposant le virus à sa surface.
Divers auteurs ont affirmé que la transmission était commune, dans la nature, par la voie gastrique au moyen des aliments souillés. Nous avons constaté que les rats de l'Inde étaient très difficiles à infecter par cette voie. En multipliant les mêmes expériences, la Commission anglaise a obtenu une petite proportion de succès, un sur cinq environ pour les rats de Bombay. La proportion serait plus forte avec les rats du Punjab.
Wizokowitz et Zabolotny n'ont pu réussir à infecter les singes parla voie gastrique.
442 l'.-L. bIMOND. — PESTE.
TOXINE ET ENDOTOXINE. — Le microbe fabrique une toxine que Yersin le premier a mise en évidence. La loxine excrétée dans les cul hues est peu active; lendotoxine contenue dans le corps des microbes Test beaucoup plus. Cette loxine, injectée aux animaux, détermine les mêmes symplomes généraux que le microbe vivant. C'est donc à la toxine qu'est due la virulence du bacille.
EXALTATIONDE LA VIRULENCE. — Si l'on fait quelques passages du microbe par un animal, le lapin par exemple, la virulence est accrue, mais seulement pour l'espèce qui a servi aux passages.
Yersin et Haffkine ont cru remarquer une atténuation du virus, à la suite des passages successifs par le rat. Au bout de quelques passages, l'inoculation demeure sans résultat. D'après la Commission anglaise (1), il ne s'agit point de l'atténuation du virus. C'est parce qu'on rencontrerait des rats réfraclaires à l'inoculation que la série des passages serait interrompue.
Dans les jeunes cultures, le microbe se montre plus virulent que dans les cultures âgées. C'est un microbe assez facile à atténuer; toutefois son atténuation est difficile à fixer. Une race qui a cessé de tuer les rats peut à un moment agir très fortement sur eux.