III. — PESTE CHEZ L'HOMME
PHÉNOMÈNES QUI SUIVENT L'INOCULATION. — FORMES DE LA MALADIE. - PRÉSENCE DU MICROBE DANS LA LYMPHE, LE SANG ET LES EXCRÉTIONS DU MALADE-
Avant d'exposer le mécanisme de la propagation de la peste et de décrire chacun des agents qui jouent un rôle dans cette propagation, il convient d'indiquer comment le microbe se comporte dans l'organisme humain et dans quelles conditions l'homme est lui-même susceptible de servir d'agent de contagion soit vis-à-vis de ses semblables, soit vis-à-vis des animaux.
Inoculation accidentelle par piqûre. — Nous possédons des exemples nombreux d'inoculation accidentelle de la peste à l'homme, qui ont la valeur d'expériences de laboratoire. Presque toujours il s'agit de médecins victimes d'une piqûre faite à la main au moyen d'un bistouri qui a servi à autopsier un cadavre pesteux. A la suite
(1) Dans le cours de cette étude, nous aurons à citer fréquemment les travaux de cette Commission, que nous appeions simplement la Commission anglaise et qui a été constituée en 1904, à l'effet d'étudier la peste dans l'Inde. Cette Commission, placée sous la direction du D1" Ch.-J. Martin, se composait de MM. J. Lamb, W.-G. Liston, G.- F. Pétri, P. Howland, T. -H. Gloster, M.-K. Pai, W.-L. Momker, P. -S. Ramachandrier et C.-R. Avari. Elle ne doit pas être confondue avec une autre Commission anglaise qui a lait une enquête sur la peste dans l'Inde en 1898. Pour les distinguer, nous appellerons cette dernière la « Commission d'enquête » lorsque nous aurons l'occasion de la citer.
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de la piqûre infectante, on observe les phénomènes suivants : au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, une douleur vive se manifeste au niveau des ganglions, auxquels aboutissent les lymphatiques de la portion de la peau intéressée par la piqûre. En même temps un ou plusieurs de ces ganglions commencent à se tuméfier et en très peu d'heures forment une tumeur ganglionnaire saillante, dure, très douloureuse. Parfois, au niveau de la piqûre apparaît, avant le bubon, une petite phlyctène. Parfois aussi, sur le trajet allant de la piqûre au ganglion tuméfié, Ton voit une traînée de lymphangite.
Présence du bacille dans les lymphatiques. — A cette période, si Ton fait une prise de sang à une veine soit du membre malade, soit d'une autre partie du corps, on constate que le sang ne contient pas le microbe pesteux, si ce n'est très exceptionnellement. Par contre, ce microbe se rencontre dans le bubon, dans les lymphatiques qui y aboutissent et dans la phlyctène apparue au point d'inoculation, lorsque cette phlyctène existe.
Abondance du microbe dans le sang: avant la mort. — La maladie suit son cours avec son cortège de symptômes cliniques, dont nous n'avons pas à nous occuper ici. Si elle aboutit à la guérison, rarement la présence du microbe peut être décelée dans la circulation générale. Au contraire, si elle se termine par la mort, il est de règle, à la fin de la maladie, de retrouver le microbe dans le sang, en abondance plus ou moins grande. Sa présence esteonstante quelques heures avant la mort. Cette constatation que nous avons faite en 1897 nous a conduit à contester l'existence d'une forme septicémique de la peste. Depuis lors divers auteurs se sont occupés de cette question, dont l'importance au point de vue de la propagation de la peste est considérable. Leurs travaux ont abouti aux conclusions suivantes :
Lorsqu'on pratique l'examen du sang ou qu'on en ensemence seulement quelques gouttes, on ne réussit guère à déceler le microbe, si ce n'est dans les cas mortels au cours des vingt-quatre heures qui précèdent la mort. Les résultats sont différents si l'on ensemence plusieurs centimètres cubes de sang. On peut par ce procédé démontrer la présence du microbe dans la circulation non seulement dans les cas mortels, mais aussi quelquefois dans des cas qui guérissent. On réussit également à obtenir des cultures du sang du malade mortellement atteint deux ou trois jours avant la mort et quelquefois plus prématurément. La Commission anglaise de l'Inde a signalé en outre que, dans quelques cas très rares, le bacille de la peste apparaît dans le sang pendant le cours de la maladie, puis disparaît au bout d'un ou deux jours, la maladie continuant sa marche pour aboutir soit à la guérison, soit à la mort.