‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 122 sur 224 · HISTOIRE NATURELLE DES ESPECES DE RATS SENSIBLES A LA PESTE NATURELLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE NATURELLE DES ESPECES DE RATS SENSIBLES A LA PESTE NATURELLE

Observations concernant le rôle des rats. — Les observations de Snow et les nôtres, dans l'Inde, ont confirmé celles de Yersin à Hong-Kong et de Rocher au Yun-nan, à savoir que la peste inurine précède la peste humaine. Yersin et Roux ont affirmé les premiers que la maladie de l'homme était subordonnée à celle du rat. Personnellement nous avons constaté, en 1897, que le rat joue un rôle prépondérant dans le développement des épidémies pestiques, et nous avons accumulé, à l'appui de cette thèse, un très grand nombre de preuves recueillies en étudiant la peste dans l'Inde. Nous avons ainsi démontré que, si l'intervention du rat n'est pas toujours indispensable pour la transmission de la peste, du moins, dans la nature, il est le facteur ordinaire des épidémies,

(caractères du genre « Mus » Linné. — Rongeur à tète allongée, au museau acuminé. Oreilles ovales saillantes, presque nues. Yeux grands. Tronc élancé, membres postérieurs bien plus longs que les intérieurs. Queue à peu près de la longueur du corps, presque dépourvue de poils, annelée et écailleuse. Formule dentaire :

— 7 : 16. A chaque mâchoire, six molaires, dont la grandeur est

décroissante de chaque côté, de la première à la troisième ; ces

molaires sont pourvues de racines séparées et de tubercules mousses.

Espèces murines susceptibles de véhiculer la peste. —

Des 177 espèces que renferme, d'après Trouessart, le genre Mus, 0 seulement sont connues pour avoir des rapports avec les épidémies de peste. Ce sont le surmulot (Mus decumanus Pallas), le rat de grenier (Mus rat tus Linné et Mus atexandrinus Geoffroy), la souris commune (Mus musculus Linné), les bandicots (Nesokia bandicota et Nesokia bengalensis), deux espèces qui se rencontrent dans l'Inde ; enfin un rat des champs répandu au Cap (Arvicanthus pumilio). Ces trois dernières espèces, Nesokia bandicota, Nesokia bengalensis et Arvicanthus pumilio ne jouent un rôle dans la transmission que d'une manière tout à fait exceptionnelle. Nous nous bornons donc à les citer. Au contraire, Mus decumanus, Mus rattus et Mus musculus, sont les propagateurs attitrés de la peste ; nous ne pouvons nous dispenser d'indiquer leurs principaux caractères.

« Mus decumanus » ou surmulot. — Le surmulot est répandu dans le monde entier. On prétend qu'il a pénétré en Europe seulement en 1727, en traversant le Volga à la nage. 11 a chassé en grande partie le rat de grenier et s'est répandu partout. Il vit dans les égouts, dans les caves et les sous-sols des habitations. On ne le rencontre pas, si ce n'est exceptionnellement, dans les étages élevés.

11 fréquente assidûment les dépôts de marchandises. Enfin il est l'hôte habituel des cales des navires ; c'est là un motif pour nous de douter de l'exactitude de l'opinion d'après laquelle il serait demeuré inconnu en Europe jusqu'à 1727.

Caractères de l'espèce. — Longueur du museau à l'extrémité de la queue : 40 à 50 centimètres. Pelage gris fauve en dessus, grisâtre en dessous. Queue bicolore comme le corps, unpeu plus courte que le tronc, épaisse à sa base, pourvue de poils clairsemés et présentant à peu près deux cent dix anneaux distincts. Oreilles de la longueur du tiers de la tête, pourvues de poils ras. Doigts réunis à la base par une petite membrane interdigitale. Mamelles au nombre de douze, dont six pectorales et six abdominales.

Mœurs du surmulot. — Ce rat est intelligent et féroce. Acculé par un ennemi, il se jette sur lui et vend chèrement sa vie. Il n'est pas prudent d'introduire la main dans une cage où on l'a enfermé. Il supporte mal la captivité et, mis en cage, il y meurt parfois au bout de peu de jours. C'est une opinion assez répandue que sa voracité le porte à attaquer et à dévorer ses congénères plus faibles que lui. On a voulu conclure de là que, lors d'une épizootie pesteuse, les rats malades étaient dévorés par les rats sains, ce qui, croyait-on, devait constituer le moyen de propagation de la maladie. Cette opinion est

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inexacte et nos observations personnelles sur les mœurs de l'espèce ne nous permettent pas de l'adopter.. Si ces animaux se dévorent entre eux, ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles. En règle générale, lorsque des rats logés dans une môme habitation volent une maladie frapper certains d'entre eux, loin de les dévorer ils les fuienl etémigrent à une distance plus ou moins grande, quitte à revenir plus tard. Il en est de même du rat de grenier.

Le surmulot est un animal fouisseur qui se creuse un terrier ou s'installe dans les terriers déjà creusés. Il se met facilement à l'eau et il est capable de nager et de plonger, ce qui explique sa prédilection pour les égouts qui lui olï'rent, particulièrement dans les ports et les grandes villes, un asile sûr et conforme à ses goûts et à ses mœurs.

Il niche dans les terriers. La femelle met bas plusieurs fois par an. Il n'y a pas de saison spéciale pour la reproduction; toutefois elle est plus active dans la période des chaleurs. La nichée compte de sept à onze petits.

« Mus rattus » ou rat de grenier. — Le rat domestique ou rat de grenier, originaire d'Asie ou d'Afrique, est, comme le précédent, répandu à peu près partout dans le monde; il est probablement plus commun que ce dernier en dehors des grandes villes.

Caractères de l'espèce. — Longueur totale du museau à l'extrémité de la queue, 36 à ii centimètres. Queue un peu plus longue que la moitié de la longueur lotale de l'animal, mince même à sa base et pourvue à son extrémité de poils plus nombreux et plus longs que ceux du surmulot. Anneaux de la queue bien distincts, au nombre de 200 environ. Oreilles grandes, légèrement plus longues que la moitié de la tête, presque transparentes et munies de quelques poils très rares. Pas de membrane interdigitale.

La forme de la face supérieure du crâne fournit un bon caractère différentiel entre Mus ratlus et Mus decumanus. Les crêtes des os frontaux et pariétaux, très développés chez les deux espèces, circonscrivent avec le bord supérieur de l'os occipital un espace nettement délimité qui, chez le premier, est sensiblement bombé et élargi, tandis que chez le surmulot il est presque plat, plus étroit et plus allongé.

On distingue deux variétés (fig. 187) de rat de grenier : ce sont le rat noir Mus rattus proprement dit, et le Mus alexandrinus, ou rat à ventre blanc

La variété a ventre blanc a le pelage moins foncé en dessous que la précédente et presque fauve. Le ventre est gris blanc, les oreilles sont parfois rosées. Dix mamelles seulement, dont six abdominales et quatre pectorales.

Ces deux variétés pourraient être considérées comme deux espèces, surtout en raison du nombre différent des mamelles, si elles c'étaient capables de croisements indéfiniment féconds. A. de l'Isle a

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constaté que les produits de ce croisement sont féconds dans la suite des générations qui en dérivent.

Les mœurs du rat de grenier diffèrent peu de celles de Mus decumanus. Meilleur sauteur et grimpeur plus agile, il ne va pas à Peau avec la même facilité. De là vient probablement qu'il fréquente moins ordinairement les égouts. Use loge de préférence dans les caves, les sous-sols, les caniveaux, les combles, les greniers. On le rencontre à tous les étages des habitations. Plus délicat que le rat dégoût pour sa nourriture, il recherche les magasins de grains et de comestibles. Il pullule comme le précédent à bord des navires. 11 n'est

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Fig. 187.

A, crâne de Mus decumanus (face supérieure); B, crâne de Mus rallus (face supérieure); OPPFF, surface délimitée par les crêtes occipitales, pariétales et frontales, dont la forme est caractéristique; cr.O, crête occipitale: rr.P, crête pariétale ; ci\F, crête frontale.

pas fouisseur et affectionne peu les terriers. C'est dans les cachettes formées par les meubles et matériaux de toute sorte qu'il se tient d'ordinaire, niche et élève ses petits. La reproduction est surtout active à la saison chaude. La femelle fait trois ou quatre portées par an, chacune de trois à six petits.

Souris domestique. — La souris, Mus musculus, répandue dans le monde entier, vit dans les habitations et au dehors, partout où elle peut trouver des cachettes pour se dissimuler et des substances alimentaires pour se nourrir.

Caractères de l'espèce « Mus musculus ». — Taille très petite, 17 à 19 centimètres du museau à l'extrémité de la queue. Pelage gris

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