‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 123 sur 224 · PESTE CHEZ LES MUR1DÉS · texte numérisé non relu

PESTE CHEZ LES MUR1DÉS

brun on dessus, gris cendré en dessous. Queue mince, unicolore, à peu près de la longueur du corps, conique, assez velue à poils courts. Anneaux écailleux, petits, serrés, au nombre de 180 environ. Oreilles grises pourvues de poils ras. Yeux petits. Pieds antérieurs presque moitié moins grands que les postérieurs. Dix mamelles, dont six pectorales et quatre abdominales. Les femelles font trois à cinq portées par an, chacune de quatre à dix petits.

Peste chez les rats.

Procédés expérimentaux de transmission de la peste aux rats. — On peut conférer la peste aux rongeurs par divers procédés. Le plus simple est l'inoculation sous-cutanée. L'inoculation intra veineuse est difficile pour les petits rongeurs. L'ingestion d'aliments souillés de microbes échoue le plus généralement. L'introduction dans l'orifice des narines d'un peu de mucus nasal d'un animal malade confère la peste pneumonique.

Peste expérimentale de la souris. — De tous les animaux, la souris parait être le plus sensible au virus pestique. Si Ton introduit sous la peau une minime quantité de virus, en pratiquant par exemple une piqûre à la patte avec la pointe d'une aiguille qui a touché une culture de peste, l'animal devient malade au bout de quelques heures. La gêne du membre piqué et le bubon qui se développe dans les ganglions correspondants sont les premiers symptômes qui permettent de constater la maladie. Au bout de quinze à vingt heures, quelquefois plus, l'animal cesse de manger, se hérisse et demeure immobile et somnolent dans un coin de sa cage. Suivant le degré de virulence du microbe, la mort arrive au bout d'une durée qui varie de un à trois jours.

Peste expérimentale dn surmulot et du rat de grenier. — Ces animaux sont, comme la souris, sensibles à l'inoculation souscutanée du virus à très faible dose. Le rat ainsi inoculé présente au bout de vingt-quatre heures un bubon dans une région voisine du point inoculé. Au bout du deuxième jour, il perd l'appétit, devient triste, hérisse son poil et reste immobile et somnolent. Il présente parfois de la difficulté respiratoire. En approchant de la mort, il est agité par intervalles de frissons et de mouvements convulsifs. Il meurt au troisième ou quatrième jour, parfois au cours d'une convulsion.

Peste naturelle des rats. -- Les symptômes que l'on observe sur les rats ou les souris inoculés artificiellement par piqûres de la peau sont à peu près identiques à ceux que présentent ces animaux quand ils sont atteints de peste naturelle. Arrivés au terme de la maladie, ils manifestent des accès convulsifs ; on les voit alors sortir en plein jour de leurs cachettes, courir en titubant droit «levant eux, tomber en convulsions et mourir en pleine lumière.

Diagnostic anatomo-pathologique de la peste naturelle chez le rat. — En raison du rôle prépondérant que joue le rat dans la propagation de la peste, il esl de première importance de reconnaître la maladie chez celle espèce. A cet effet, il faut rechercher les signes macroscopiques et les signes microscopiques sur le cadavre du rai soupçonné d'être mort de la peste.

Signes macroscopiques. — Le bubon primaire constitue le plus important de ces signes ; il siège le plus fréquemment à la région du cou. En dehors de ce bubon primaire, on trouve très fréquemment les ganglions des diverses régions du corps augmentés de volume et 1res visibles, alors que, chez le rat sain, les seuls ganglions faciles à voir sont ceux des régions sous-maxillaire et pelvienne. Parfois on constate de petites hémorragies dans le tissu périglandulaire. Sectionné, le bubon offre un aspect typique résultant de la nécrose plus ou moins avancée de sa portion médullaire.

Le foie peut présenter tous les degrés de la dégénérescence graisseuse. Au premier degré, le contraste entre les lobules malades, de coloration jaunâtre, et les lobules sains rougeâtres, donne à l'organe un aspect marbré typique. Plus tard sa surface est uniformément décolorée. Parfois il se montre parsemé à la surface et dans Tintérieur de granulations fines ayant l'aspect de points blanchâtres, comme si Ton avait répandu du poivre gris dans le tissu. Ce sont là autant de petits foyers de nécrose. Dans certaines épizooties, ce caractère, excellent pour le diagnostic, a été observé chez la moitié des rats autopsiés. La rate est augmentée de volume et de consistance ferme. Dans un petit nombre de cas elle est, comme le foie, parsemée de granulations nécrotiques.

L'estomac et l'intestin ne présentent pas de signes bien caractéristiques; l'intestin est parfois très congestionné. La congestion des reins est commune. Ces organes ont parfois subi la dégénérescence graisseuse; ils sont très rarement semés de granulations.

Les plèvres sont généralement le siège d'un épanchement abondant clair ou quelquefois teinté de sang. C'est là un caractère d'une grande valeur diagnostique.

Les poumons ne présentent, d'ordinaire, rien de caractéristique. Très rarement on observe une pneumonie nettement lobaire.

Le cœur est parfois injecté à la surface ; ses parois sont relâchées, le ventricule gauche est vide et le droit rempli de sang. Le péricarde souvent est rempli d'un liquide clair.

Enfin des hémorragies sous-cutanées ou dans les organes s'observent dans 50 p. 100 des cas environ.

Chez les rats morts depuis plusieurs jours, on peut fréquemment reconnaître trois signes importants : le bubon, les granulations et l'épanchement pleural.

Les médecins de la Commission anglaise de l'Inde attachent la plus

grande importance à l'examen macroscopique. On sait en effet que les observateurs habitués à autopsier les rats pesteux reconnaissent du premier coup d'oeil, presque à coup sûr, ceux qui sont infectés. Il n'en est pas moins vrai que diverses maladies peuvent produire des lésions qui rappellent celles de la peste. Billet a signalé en particulier la trypanosomiase du rat, due au Trypanosoma Lewisi, et la maladie découverte par Balfour, due à une hémogrégarine hôte des globules blancs, Leucocytozoon maris. Cette maladie frapperait exclusivement Mus clecumaniis.

C'est l'examen microscopique qui, seul, peut donner la certitude.

Signes microscopiques. — L'unique but de l'examen microscopique est de retrouver le microbe de Ycrsin. Durant la maladie, le microbe apparaît de très bonne heure dans le sang du rat. Au bout de vingt-quatre heures, s'il n'est pas toujours visible par l'examen directd'une préparation, il est facile d'ordinaire à isoler par ensemencement d'une goutte de sang recueillie purement. On peut également le retirer du bubon.

Le sang pris sur le cadavre d'un rat pesteux est en général très riche en bacilles. A l'examen direct, les frottis d'organes (de rat surtout) se montrent bourrés de ces microbes. Il est quelquefois utile de confirmer le résultat de cet examen par l'ensemencement du sang du cœur, en particulier lorsque les bacilles caractéristiques sont peu nombreux dans la rate.

Souvent les rats examinés au cours d'une épidémie sont morts depuis un certain temps et en partie putréfiés. Il n'est plus possible alors de reconnaître le bacille pestique parmi la quantité d'espèces microbiennes qui ont envahi les organes. Cependant, plusieurs jours après la mort, on peut encore isoler le bacille de Yersin par inoculation au cobaye. Cette inoculation ne doit pas être sous-cutanée, sous peine de conférer à l'animal une infection à marche rapide par d'autres microbes que celui de la peste. Elle se pratique en frottant avec un fragment d'organe, de rate de préférence, une surface de peau fraîchement rasée chez le cobaye. Le microbe pesteux pénètre plus facilement que les autres dans l'organisme par les minuscules érosions de l'épiderme, et l'animal contracte la maladie.

V. — CARACTÈRES ET BIOLOGIE DES INSECTES SUSCEPTIBLES DE SERVIR DE VÉHICULE AU BACILLE DE LA PESTE.

Les puces et les punaises sont des agents de propagation. — On a accusé dès longtemps la mouche domestique de jouer un rôle dans la transmission de la peste. Plus récemment Halîkinc a incriminé la fourmi et d'autres auteurs les moustiques. Il semble démontré que ces insectes n'ont aucune part dans la propagation de la maladie. Par contre, il est aujourd'hui certain que les

puces et les punaises, les puces surtout, sont des agents essentiels de la propagation.

Nous avons établi en 1898 le rôle capital dévolu aux puces. Nos expériences de transmission parées Insectes avaienl élé réalisées avec des puces recueillies sur divers animaux, mais d'espèces non déterminées.

Les travaux de Gautier et Raybaud, cTAsburton Thompson, de Tiswell, de Tiraboschi, de Verjbitski, de Rothschild, de Liston el de la Commission anglaise ont, depuis lors, confirmé les nôtres el élucidé la question des espèces susceptibles d'inoculer le virus. La connaissance de ces espèces et de la façon dont elles se coin portent vis-à-vis du bacille de Yersin est un des éléments les plus nécessaires pour instituer la prophylaxie rationnelle de la peste. Nous devrons donc passer en revue les caractères des pulicides et de chacune des espèces en cause.

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