HISTOIRE NATURELLE DES PUCES
I*ulicidés.— Des trois familles de puces, Pulicides, Sarcopst/llirfés et Vermipsyllidés, qui composent Tordre des Aphaniptères, la première seule nous intéresse. Elle comprend les diverses espèces chez lesquelles on a trouvé le bacille pestique.
Caractères. — Ce sont des insectes complètement aptères, au corps comprimé latéralement, à anneaux thoraciques nettement distincts, à pièces buccales rapprochées en une trompe capable de piquer et de sucer.
Le corps de la puce comprend trois parties faciles à distinguer, tête, thorax et abdomen. L'étude de l'appareil buccal et du canal digestif ne saurait être séparée de celle de la tète.
Tête. — De forme variable suivant les espèces, la tête est unie au thorax par une grande surface. Elle est dépourvue d'yeux à facettes, qui sont remplacés par des ocelles. Les antennes très courtes sont insérées en arrière des ocelles, chacune dans une fossette où elles se logent au repos.
La partie antérieure de la tête se termine par une ouverture ovalaire bordée par un anneau chitineux, l'anneau péri-oral. La cavité limitée par cet anneau constitue la bouche. Elle renferme un appareil buccal, très compliqué, composé d'un certain nombre de pièces dont les unes sont contenues dans la cavité, tandis que les autres font saillie à l'extérieur. Il faut donc distinguer des pièces buccales inlerncs et des pièces buccales externes (fig. 188).
Pièces buccales externes. — La partie externe de l'appareil buccal se compose de deux pièces latérales libres, les maxilles ou mâchoires, et de quatre pièces plus longues, rapprochées en trompe, qui sont la lèvre inférieure continuée par deux palpes labiaux, les deux mandibules et l'épipharynx.
INSECTES SERVANT DE VEHICULE DE LA PESTE. l?-'i55
Les maxilles situées latéralement à la hase de la trompe, en forme de pyramide ereuse triangulaire, à sommet tourné en bas, portent chacune à leur base un palpe maxillaire très développé à quatre articles.
La lèvre inférieure est une pièce basilaire impaire, large et courte.
Id-
Kig. 188. — Schéma de la tète d'une puce, montrant les pièces buccales exter.ies et internes ^d'après la Commission anglaise de l'Inde).
I , anneau périoial; 2. pièce basilaire à l'extrémité de laquelle est articulé le lahium ou lèvre inférieure; 3. labium cieusé en gouttière à sa face supéricuie et continué par les deux palpes labiaux; i, palpes labiaux repliés en gouttière du côté interne pour former une gaine aux mandibules et à l'épipharynx; f», mandibules en stylets disposés en gouttière pour recevoir l'épipharynx; o, épipharynx ou stylet impair: 7, palpe maxillaire; 8, maxille ou mâchoire; 9, muscles qui actionnent le pharynx aspirateur; 10, pharynx aspirateur; 11, ouverture du tube œsophagien dans la cavité buccale (cette ouverture constitue la bouche proprement dite) ; 13, hypopharynx et muscles qui actionnent la pompe salivairc ; 13, pompe salivairc; 14, ouverture du conduit excréteur de la salive, entre les deux mandibules ; 15, pièce basilaire à l'extrémité de laquelle est articulée la mandibule; 16, canal salivaire ; 17, ganglion sous-oesophagien ; 18, oesophage; 19, ganglion sus-œsophagien.
creusée en avant en gouttière. Llle se continue par deux palpes labiaux chacun en forme de gouttière, à concavité interne, qui, par leur rapprochement, constituent la gaine de l'appareil perforant composé de deux stylets pairs, les mandibules, et d'un stylet impair, l'épipharynx, appelé aussi langue.
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Mandibules. — Les mandibules représentée deux stylets aigus, étroits, à bords tranchants, dentés à la façon d'une scie avec les sommets des denticules dirigés en arriènv Ces stylets, dont la lame est repliée en gouttière à concavité interne comme les palpes labiaux qui les enveloppent, forment en rapprochant leurs bords inférieurs une gouttière pour recevoir l'épipharynx qui occupe l'axe de la trompe. Leurs bords supérieurs s'accolent latéralement à l'épipharynx. Enfin chacune porte sur sa face externe une rainure longitudinale limitée par des expansions latérales et qui s'élargit vers la base des mandibules où il est en rapport avec le conduit excréteur de la pompe salivaire. Ces rainures constituent les conduits éjecteurs de la salive.
Épipharynx. — L'épipharynx est une pièce à extrémité renflée, piquante, creusée d'un canal tubuleux qui, à sa base, se termine en cul-de-sac. La partie ventrale de cette pièce est la continuation à l'extérieur de la paroi supérieure du pharynx. Cette face ventrale est creusée d'une cannelure; latéralement l'organe présente des expansions membraneuses, qui s'accolent à des expansions correspondantes des mandibules de façon à ce que les trois stylets constituent un canal, qui est le canal aspirateur, par lequel passe le sang durant la succion.
Pièces buccales internes. — Ce sont: l'hypopharynx, la pompe salivaire, le pharynx aspirateur.
Hypopharynx. — Plaque chitineuse concave inférieurement placée au-dessous du pharynx aspirateur, étendue en arrière, depuis la base des mandibules jusqu'au ganglion sous-œsophagien. La concavité de l'hypopharynx est remplie par les muscles qui actionnent la pompe salivaire. Le bord antérieur est prolongé en son milieu par une pointe qui s'avance entre les articulations basales des mandibules et que traverse le conduit très court par lequel la salive est projetée vers les rainures salivaires des mandibules.
Au-dessus eten avant de la partie dorsale convexe de l'hypopharynx s'ouvre le pharynx aspirateur. Cette ouverture, que la Commission anglaise considère comme la bouche véritable, parce qu'elle est l'origine du tube digestif, se continue par le canal aspirateur (formé par les mandibules et l'épipharynx), qui lui amène le sang jusqu'à l'extrémité de la trompe.
Pompe salivaire. — Cet organe, situé à la face inférieure et au niveau de l'extrémité antérieure de l'hypopharynx, reçoit la salive des glandes par l'intermédiaire des conduits salivaire-. C'est un organe chitineux, creux, en forme de fer à cheval. En temps ordinaire, les parois se rejoignent et effacent la cavité. Mais, si les muscles insérés à l'extérieur de ces parois se contractent, la cavité jusque-là virtuelle se forme et se remplit de la salive aspirée. Quand le relâchement des muscles se produit, les parois reviennent en contact par
l'effet de leur élasticité, et expulsent le liquide à travers le conduit excréteur de sortie qui s'ouvre à la base des rainures salivaires des mandibules.
Pharynx: aspirateur. — Cet orgme est en réalité situé en arrière de la cavité buccale. Il représente un renflement de la première portion du tube digestif comprise entre le ganglion œsophagien et la base de l'épipharynx. A l'état normal, la paroi supérieure de l'organe est appliquée sur la paroi inférieure, de manière à effacer la cavité. Lorsque les muscles qui s'insèrent à la paroi supérieure entrent en action pour la soulever, un vide se produit qui détermine l'aspiration du sang.
Mécanisme de la succion. — Lorsque la puce veut piquer, elle fait effort de tout son corps pour faire entrer dans la peau son appareil piquant composé de l'épipharynx et des mandibules. Ces dernières sont articulées et pourvues de muscles de façon à pouvoir exécuter des mouvements de scie pour agrandir la plaie et faciliter le suintement du sang. A mesure que les stylets pénètrent, leur gaine formée par les deux; palpes labiaux se replie en arrière de façon à les découvrir. Une fois qu'ils sont enfoncés profondément, l'animal fait jouer sa pompe salivaire pour envoyer un jet de liquide dans la plaie. Très probablement l'effet de cette salive est de congestionner les parois de la plaie et de faciliter par là l'arrivée du sang. Lorsque celui-ci s'est collecté, le pharynx entre en action et aspire la gouttelette qui, de sa cavité, est dirigée vers l'estomac.
À l'entrée de l'estomac existe un organe particulier, legizzard,qui semble agir comme une valvule.
On sait par nos observations que les puces ont l'habitude, lorsqu'elles sont gorgées de sang, d'expulser pendant la succion une partie du contenu de leur tube digestif. Il est probable que le gizzard s'oppose, au moment de l'effort, à ce que le sang emmagasiné dans l'estomac reflue vers la trompe.
Appareil salivaire. — Deux paires de glandes salivaires sont situées autour de l'estomac, plongées dans un corps graisseux. Leurs canalicules excréteurs s'unissent deux à deux pour former deux canaux qui aboutissent à la pompe salivaire.
Tube digestif. — L'ouverture antérieure du tube digestif dans la cavité buccale donne accès dans le renflement pharyngien aspirateur, placé en avant des ganglions sus et sous-œsophagien. Le pharynx se continue par l'œsophage, qui aboutit à l'estomac par l'intermédiaire du renflement valvulairc bulbeux pourvu de lamelles chitineuses appelé gizzard. L'estomac est volumineux et peut se dilater considérablement. A sa partie postérieure s'ouvrent les tubes de Malpighi. Il se continue par un intestin court qui aboutit à l'anus.
Thorax. — Le thorax est formé de trois anneaux ou segments, prothorax, mésothorax et métathorax. A ce dernier est attachée une
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plaque chilineuse qui porte le nom d'écaillé aliforme. Chaque
scgmenl porte une paire de pâlies.
Abdomen. — L'abdomen comprend neuf segments divisés chacun en une portion dorsale, ou tergite, et une portion ventrale, ou sterni te.
Le neuvième tergite supporte un appareil ovalaire ayant la forme d'une plaque sur laquelle sont tracés un certain nombre de petits cercles entourés de poils courts et portant à leur centre une soie plus longue. Cet organe est le Pygidium, ou plaque sensuelle. Immédiatement en arrière s'ouvre l'anus, qui marque la séparation entre le neuvième tergite et le neuvième sternite. Celui-ci porte les orifices génitaux et leurs annexes.
Soies. — Sur toute la surface du corps de la puce sont disposées des soies plus ou moins fortes, dont certaines constituent de bons caractères pour la différenciation des espèces. En outre, chez certaines espèces, existent, soit au bord postérieur de la tête ou des anneaux thoraciques, soit au bord de l'anneau périoral, des séries de lames écailleuses formant des peignes caractéristiques.
Différenciation des sexes. — Le mâle est en général plus petit que la femelle. L'abdomen présene une forme différente. Le bord dorsal de l'abdomen chez le mPde est plus court que le bord ventral. Chez la femelle, la longueur du bord dorsal est sensiblement égale à celle du bord ventral.
Le maie possède extérieurement des annexes génitales destinées à la fixation qui permettent de le distinguer. Enfin, par transparence, on reconnaît très facilement chez le maie la plaque et le fourreau chitineux du pénis et, chez la femelle, les spermatheques spiralées.