BIOLOGIE DES PUCES
Les puces susceptibles de se rencontrer sur l'homme et sur le rat se tiennent en général sur le corps de l'hôte. Elles le quittent cependant quelquefois avec une facilité variable suivant les circonstances. C'est ainsi que la femelle pond le plus ordinairement à terre. Elle peut aussi pondre dans la fourrure du rat, mais ne fixe pas ses œufs aux poils. Tiraboschi, qui a bien étudié le parasitisme des puces, affirme que la presque totalité des espèces passent toute leur vie d'insecte parfait sur le corps de l'hôte et ne le quittent qu'à sa mort.
La ponte, au moins dans les pays chauds, peut avoir lieu en toute saison : toutefois certaines circonstances, climatiques ou autres, peuvent influencer la reproduction des puces. On ne s'expliquerail pas sans cela que, dans la plupart des régions, on observe une ou plusieurs saisons où les puces chaque année abondent d'une façon particulière.
Les œufs sphériques ou ovoïdes, de coloration gris-perle, sont
INSECTES SERVANT DE VEHICULE DE LA PESTE. tf— 459
pondus en nombre variable suivant l'espèce (Pulex cheopis, un à cinq; Pulex irrilans, huit à douze). Ils éclosent après deux à (rois jours en période chaude et peuvent demander jusqu'à douze jours en hiver dans nos régions.
De l'œuf sort une petite larve blanchâtre, apode (sauf deux petits appendices digitif ormes situés à la face ventrale du dernier anneau), vermiforme, constituée par quatorze segments (tèle comprise). L'avant-dernier segment porte, à la face dorsale, des poils très longs chez la larve de Pulex cheopis, plus courts chez Pulex irrilans.
Arrivée au terme de sa croissance, qui nécessite au moins une semaine, la larve cesse de manger, devient paresseuse, s'immobilise et file un petit cocon blanchâtre, d'une soie 1res fine, auquel adhèrent en général des poussières et d'autres petits corps étrangers. Dans cette coque, elle se transforme en nymphe, qui, d'abord blanchâtre, brunit au fur et à mesure qu'elle approche de la métamorphose en insecte parfait. La transformation a lieu au bout de sept à quatorze jours.
La puce sort alors du cocon. Incapable de se passer de sang, elle doit bientôt se mettre en quête d'un hôte. Toutefois elle est capable, à cette période, de vivre sans manger pendant sept à quatorze jours. Au contraire, lorsqu'elle est plus âgée et qu'elle a commencé à se nourrir de sang, si elle vient à en être privée, elle ne survit pas plus d'une semaine.
La durée de la vie de la puce la plus commune du rat (Pulex cheopis), d'après la Commission anglaise, serait au maximum de quarante et un jours si elle est nourrie sur le rat et de vingt-sept jours si elle est nourrie sur l'homme. Gauthier et Raybaud ont montré que Ccralophijllus fasciatus et Clenopsylla musculi, nourries sur l'homme ou le rat, peuvent vivre plusieurs mois.
Le cycle complet de la reproduction parait être de vingt et un jours; il varie avec les conditions d'alimentation de la larve et avec les conditions de climat.
Les expériences faites concernant la saison de la reproduction de Pulex cheopis ont montré que cette espèce, dans l'Inde, se reproduit toute l'année, mais avec moins d'intensité en juin ; de plus les températures de 30° et au-dessus gênent la reproduction ainsi que le développement des larves.
ESPÈCES DE PUCES CONNUES COMME CAPABLES D'HÉBERGER LE MICROBE DE YERSIN.
Parmi les innombrables espèces de puces que Tiraboschi el d'autres auteurs ont décrites comme parasites habituels ou temporaires des muridés, un petit nombre ont été étudiées au point de vue de leur faculté d'héberger le bacille de la peste. Ogata, en l<S<>7, a signalé la
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PESTE
présence de ce microbe dans le corps de puces capturées sur des rata morls de pesle à Formose. La même année, etsans avoir connaissance de cette observation d'Ogata, nous avons recherché et rencontré le bacille dans le tube digestif des puces qui parasitaient des rats infectés expérimentalement ou morts d'infection naturelle. Tidswell, en 1900, puis Gauthier et Raybaud, en 1902, ont confirmé les observations d'Ogata et les nôtres sur ce point. La question des espères qui étaient en jeu n'a été élucidée que plus tard, principalemenl par les travaux de la Commission anglaise dans l'Inde.
Actuellement les espèces de puces chez lesquelles on a rencontré le microbe de la peste, soit qu'elles aient puisé ce microbe naturellement sur des rats, soit qu'elles aient été nourries à titre expérimental sur un animal pesteux, sont au nombre de six : Pulex cheopis, Pulex irritons, Pulex canis, Pulex felis, Clenopsylla musculi et Ceralophijllus fasciatus.
Nous donnons ci-après une brève description de chacune de ces espèces, nous bornant à mentionner leurs caractères distinctifs les plus saillants.
« Pulex irritans » Linné.
Corps. — Corps ramassé, de coloration brun-marron plus ou
moins foncé, luisant.
Tête. — Tête régulièrement arrondie en avant.
Maxilles terminés en pointe longue et effilée.
Dernier article des antennes fortement incisé sur un côté seulement.
Peignes. — Pas de peignes ni à la tête ni au thorax.
Soies. — Deux soies oculaires, une près de l'œil, l'autre près de la base des maxilles.
Une soie derrière le bord postérieur des fossettes antennales.
Le bord postérieur de la bande dorsale des segments thoraciques et abdominaux porte, de chaque côté, une série de quatre ou neuf soies. Les stigmates abdominaux s'ouvrent au-dessous de la dernière soie du segment qui les porte.
Deux scies sus-pygidiales, de longueur moindre que les soies correspondantes de Pulex cheopis.
Fig\ 189. — Pulex irritons, cf.
« Pulex chcopis » Rothschild (« Pulex nui ri nu s » Tiraboschi
Corps. — Corps ramas- 3
se, châtain ou jaunâtre, plus clair et plus velu que relui de Pulex irritans.
Tête. — Tête régulièrement arrondie en avant,
Peignes. — Pas de peignes ni à la tète ni au thorax. v
Soies. — Soies oculaires au nombre de deux, placées comme chez Pulex irritans.
En arrière de la fossette antennale, deux séries de soies (deux à trois pour la série antérieure, quatre à cinq pour la série postérieure), qui se rencontrent et ont une soie commune Fi à l'angle antéro-postérieur de la tête.
Sur les bandes dorsales des segments abdominaux,
g. 190. — Pulex Cheopis, cf (dessinée d'après un échantillon capturé sur un rat à Marseille) .
1, filaments du fourreau peinai vus par transparence; 2, tenailles du mâle; 3, plaque sensuelle ou pygidium; 4, soies sus-pygidiales; 5, soies postérieures de la tète, en deux séries Une Série de six à sept soies formant un V; 6, antenne faisant saillie hors , i "t ' 1 +* de la fossette; 7, fossette antennale; 8, soie
Oe CUaque Cote; les Stlg- oculaire; 9, membrane de la fossette antennale ; mates s'ouvrent entre la 10, soie orale; 11, mâchoire ou maxille;
dernière et l'avant-dernière 12> PalPes maxillaires ; 13, trompe. de ces soies.
Deux soies sus-pygidiales fortes, plus longues que chez Pulex irritans.
« Pulex canis » Curtis et « Pulex felis » Bouché (« Ctcnoceplialus serrnticeps » Kolenati).
Rothschild distingue comme des espèces différentes la puce du chien et la puce du chat, que d'autres réunissent sous le nom de Ctenocephalus serraticeps. Ces deux espèces ayant beaucoup de caractères communs, nous les décrivons simultanément.
Corps. — Corps ramassé, rouge brun clair, parfois avec des taches foncées sur le thorax, le dos et l'abdomen.
Tête. — Bord supérieur et bord antérieur régulièrement arrondis en arc et sans limite de démarcation. Fossette antennale couverte
PESTE
Pulex canis Ç (d'après nature).
dans la moitié inl'éro-postérieure par une lamelle chitineuse qui
porte à son extrémité postérieure une petite épine.
Peignes.— Trois peignes
dont un de seize épines au bord postérieur du pronotum et deux de huil épines, un sur chaque côté de la tète au bord inférieur.
Soies. - Les soies de la tête sont disposéescomme chez Pulex cheopis.
Les bandes dorsales des segments abdominaux portent une soie apicale médiane impaire, et, de chaque
côté, une série de cinq à six soies, Sur les bandes ventrales des
mômes segments, deux soies de chaque côté.
Caractères différentiels entre Pulex canis et Pulex felis.
Tête de Pulex felis femelle plus allongée et avec une courbure moins prononcée de Tare formé par les bords supérieur et antérieur que chez la femelle Pulex canis. Chez le mâle de l'espèce Pulex canis, à la surface externe du doigt mobile, les poils sont un peu plus
nombreux. A la surface externe descuisses postérieures, on voit sept à dix soies chez Pulex felis et dix à treize chez Pulex canis.
« Ctenopsylla mus-
culi » Dugès.
Corps. — Corps jaunâtre, allongé.
Tête. — Tète longue, en cône, presque rectiligne en dessus, puis arrondie en avant et en bas, de manière à ce que le sommet du cône se trouve au tiers de la hauteur de la tête. De chaque côté de ce sommet, on voit deux denlicules chitineux, noirs.
Fig. 192. — Ctenopsylla muscnli, cf. (Cette puce a été dessinée d'après un échantillon capturé sur un
rat à Marseille.)
Yeux. — Yeux rudimentaires.
Peignes. — De chaque côté du bord inférieur de la tète, un peigne de quatre épines dirigées en arrière et en bas.
Sur le bord postérieur du pronolum, un peigne de vingt-deux épines longues et assez étroites.
Soies. — Le long du bord antérieur et supérieur de la tête, une série de soies courtes dont les deux médianes sont remplacées par les deux denticules chitineux. A l'extrémité antéro-inférieure de la tête, deux longues soies. En avant des fossettes anlennales et des yeux, une sh'ie de trois longues soies oculaires. Dans la moitié postérieure de la tète, quatre séries parallèles de soies.
En avant du peigne, sur le pronotum, une série de six soies de chaque côté.
Plaque sensuelle. — Plaque sensuelle, noir foncé.
« Ceratophyllus fasciatus » Bosc.
Corps. — Corps un peu allongé, de couleur châtain.
Tête .— Peu différente de celle de Pulex cheopis.
Peignes. — Un peigne de dix-huit épines sur le bord postérieur du pronotum. Les deux épines inférieures de chaque côté plus courtes que les autres.
Soies. — En avant de l'œil, une série oblique de trois soies oculaires, longues et fortes. Plus en avant
et en dessus, quatre Fig 193. Ceratophyllus fasciatus, cf. (Dessin exécuté petites soies chez le d'après un échantillon recueilli sur un rata Marseille.) maie ou une à deux
chez la femelle. En arrière de la fossette antennale, deux séries de soies disposées comme chez Pulex cheopis. En avant du peigne, sur le pronolum, une série de cinq soies de chaque côté, l'inférieure plus longue.
Appareil de fixation mâle. — Manubrium grêle et allongé, doigt mobile en forme de hache portant à son bord postérieur deux longues soies.