‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 128 sur 224 · PESTE CHEZ LA PUCE · texte numérisé non relu

PESTE CHEZ LA PUCE

Présence du bacille dans le tube digestif de la puce. —

Parmi les puces capturées sur les rats atteints de peste naturelle, soit au moment de l'agonie, soit après la mort, un certain nombre contiennent le bacille pesteux dans leur estomac. De même, si l'on fait piquer expérimentalement un rat infecté et près de mourir par une puce, celle-ci manifestera la présence du bacille de Yersin dans son tube digestif. Il suffit d'examiner les déjections d'une puce ainsi infectée pour le déceler.

Multiplication du microbe dans le corps de la puce. — Le microbe absorbé avec le sang du rat se multiplie dans l'estomac de la puce. En effet, si l'on examine journellement les déjections des puces infectées sur le rat, on constate que le nombre des microbes va croissant jusqu'au quatrième jour, puis décline. Le nombre de microbes est plus grand si la puce est mise à l'éluve que si elle est conservée à la température ordinaire. Pendant que la puce est en observation, on doit la faire piquer sur des animaux sains pour la nourrir. En général, les microbes disparaissent au bout de huit à dix jours par une température de 32°. D'après la Commission anglaise, ils persistent plus longtemps, jusqu'à vingt et un jours, si la puce est maintenue à une température ne dépassant pas 26°.."). Les expériences récentes de Gauthier el Raybaud démontrent que la durée de l'infection de la puce peut atteindre plusieurs mois.

Virulence du microbe dans le corps de la puce. — Verjbitski s'est demandé si. en passant par le corps des puces, le microbe de la peste s'atténue ou s'exalte. Il résulte de ses expériences sur ce point que, si le rat auquel la puce emprunte le microbe a été infecté avec un bacille peu virulent, cette puce, bien que renfermant le

TRANSMISSION DE LA PESTE. iï— 471

bacille en abondance, est incapable de communiquer la peste. Elle Tinocule au contraire, si le rat avait été infecté avec un bacille hautement virulent. Bien que ces résultats aient besoin de confirmation, on est fondé à en déduire que la virulence n'est pas modifiée par le passage dans le corps de la puce.

Durée du pouvoir infectieux de lu puce. — Contrairement à ce qui se passe chez les moustiques vecteurs de la fièvre jaune ou du paludisme, la puce est capable de transmettre la maladie peu d'heures après avoir sucé le sang malade. Ce pouvoir infectieux est surtout marqué pendant les deux premiers jours qui suivent la piqûre du rat; il peut se manifester, mais d'une manière moins constante, pendant quinze jours et plus, suivant les saisons.

Température à laquelle se fait la transmission, — On a constaté que toutes les températures ne sont pas également favorables à la transmission de la peste au rat et au cobaye parles puces infectées. L'expérience faite sur le cobaye à la température de 24° a donné une proportion de 84 succès p. 100 contre 32 p. 100 aux températures 30, 31 ou 32°. Il en a été à peu près de même pour la transmission au rat. Les températures de 20 à 25° paraissent convenir particulièrement; toutefois la transmission peut avoir lieu à des températures plus basses, jusqu'à 5°.

Conditions dans lesquelles les pipûres de puces peuvent transmettre la peste. — Les puces des deux sexes sontégalement aptes à la transmission. Divers observateurs ont recherché combien de piqûres de puces sont nécessaires pour conférer la peste à un animal. Dans un seul cas, on a pu infecter un rat blanc par une piqûre unique. Il résulte de nombreuses expériences que, pour conférer la peste soit au rat, soit au cobaye, d'une manière à peu près certaine, il est nécessaire de placer au moins cinq puces infectées sur l'animal sain. Avec un nombre moindre, le succès est exceptionnel.

Disparition des bacilles pesteux du corps de la puce. — On peut estimer à environ un demi-millimètre cube la capacité de l'estomac d'une puce de taille moyenne et à plusieurs millions le nombre de microbes qui peuvent y être introduits avec le sang dont l'insecte se gorge sur un rat malade. Le fait qu'après une seule ingestion de sang virulent la puce rejette des bacilles avec ses excréments, pendant une période qui peut durer jusqu'à vingt jours, témoigne suffisamment que le microbe se cultive dans le tube digestif. La confirmation de cette culture est encore donnée par le fait cité plus haut que le nombre des bacilles, dans les déjections, va croissant pendant les quatre à cinq premiers jours pour diminuer progressivement ensuite. La présence du microbe d'ailleurs ne gêne en aucune façon l'hôte. Une puce pestiféré n'est point malade; elle se nourrit et se reproduit avec la même activité que la puce saine el la «Jurée de son existence n'est nullement abrégée. Il

semble assez surprenant, dans ces conditions, de voir le microbe disparaître au bout d'un temps plus ou moins long. La Commission anglaise de l'Inde a recherché par quel mécanisme s'opère cette disparition. Elle a constaté que la température exerce une influence sur le phénomène. Si Ton maintient par exemple l'insecte à une température de 30 à 32°, les microbes disparaissent très vite dans les déjections. Ils persistent beaucoup plus longtemps à une température de 24 à 25°. On ne peut donc attribuer leur disparition simplement aux lavages successifs de l'intestin par une série de repas de sang pur. D'autre part, si l'on fait jeûner un peu longuement la puce après qu'elle a ingéré du sang virulent, on voit que la multiplication des bacilles dans son tube digestif est beaucoup plus considérable que si on la nourrit, au bout d'un court intervalle, sur un animal Sain. De ces observations, on est amené à conclure que le sang sain ingéré renferme un élément qui, à une température favorable, détruit le bacille. Cet élément ne peut être que les phagocytes. Ce serait donc par un phénomène de phagocytose, dû à l'introduction dans l'estomac des leucocytes du sang dont l'insecte se nourrit, que la puce se débarrasserait en quelques jours des cultures de peste qui souillent son tube digestif.

Mécanisme par lequel la puce transmet le microbe de la peste. — Après avoir expérimentalement obtenu la transmission de la peste au rat par les piqûres de puces infectées, nous nous sommes demandé si le microbe était porté directement dans les tissus par la trompe, pendant la piqûre, ou si sa pénétration s'effectuait d'une autre manière.

Au début de la succion, la puce, nous l'avons dit, projette du liquide salivaire dans la plaie qu'elle vient de creuser. On pourrait donc croire que lorsqu'elle est infectée, elle injecte le virus avec ce liquide, ainsi que, cela se passe pour le microbe du paludisme, qui, de l'estomac du moustique, passe dans ses glandes salivaires, puis est injecté avec ce liquide dans les tissus pendant l'acte de la piqûre. Cependant toutes les recherches faites sur ce point démontrent que le bacille de Yersin introduit dans l'estomac ne passe jamais dans le ccelome et ne saurait arriver aux glandes salivaires de la puce. D'autre part, l'anatomie de l'insecte semble prouver que la régurgitation du contenu stomacal n'est pas possible et que le microbe ne peut être projeté par ce moyen dans la plaie due à la piqûre.

En étudiant cette question, nous avons pu constater que la puce pendant la succion, lorsqu'elle commence à être gorgée de sang, vide en partie son tube digestif et dépose le plus souvent ses déjections au voisinage immédiat du point piqué. Nous fûmes conduit alors à admettre que, lorsque ces déjections contiennent une culture de bacille de Yersin, elles peuvent souiller la petite plaie résultant de la piqûre et par cette voie infecter l'organisme. Les

Page 1