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ÉVOLUTION DE L'ÉPIDÉMIE

Voilà donc une espèce animale chez laquelle la peste est installée depuis une époque inconnue, espèce qui, au contraire du rat, vit loin de l'homme et ne lui transmet sa maladie que par accident. L'hypothèse que la peste a été enzootique chez les tarabaganes avant de s'être manifestée chez le rat et chez Thomme, que les épizooties murines et les épidémies humaines ont eu leur source première dans les régions où vit VArctomys bobac et, de là, se sont répandues dans le monde, n'a rien de déraisonnable. La question mérite d'être élucidée, eu égard à son importance touchant la possibilité de la suppression de la peste dans le monde.

IX. — PROPAGATION A L'INTÉRIEUR D'UN FOYER OU DISSÉMINATION. — ÉVOLUTION DE L'ÉPIDÉMIE.

Comme la fièvre jaune ou le choléra, lorsque la peste est introduite dans un milieu où elle rencontre des conditions favorables, elle se propage :

1° Dans la localité où elle va produire une épidémie : c'est la dissémination ou propagation de proche en proche ;

2° Aux localités voisines : c'est la diffusion ou propagation à courte distance ;

3° Aux localités éloignées : c'est le transport ou la propagation aux longues distances.

Dissémination et évolution de l'épidémie. — Nous avons dit précédemment que, dès 1894, on avait admis, pour la transmission parmi l'espèce humaine, deux voies principales : c'étaient la voie gastrique, par ingestion d'aliments ou de boissons contenant le virus, et la voie cutanée, par contact accidentel d'excoriations de la peau avec le virus répandu dans le milieu extérieur. On sait aujourd'hui que, s'il est facile en laboratoire de réaliser la transmission de la peste par l'une et l'autre voie, tels ne sont pas les procédés naturels de dissémination.

Sauf exception rare, pour que cette dissémination ait lieu dans une localité, il est nécessaire tout d'abord que les rats de cette localité soient atteints.

Supposons qu'un rat, atteint de peste à son début, soit importé dans une localité indemne. C'est fréquemment ainsi que commence l'épidémie. Ce rat va se mélanger à un groupe de ses congénères; au bout de peu de jours, il mourra, en présentant une septicémie grâce à laquelle la plupart des puces dont il est porteur seront devenues autant de véhicules du virus. Les puces, quelle que soit leur espèce, vont passer de ce cadavre sur les rats sains du quartier et multiplier les cas parmi eux. Éventuellement quelqu'une d'entre elles, d'une espèce capable de piquer l'homme, inoculera le virus à un habitant : c'est ainsi qu'on pourra observer, dès le début parfois,

'.Si. 1\-L. SIMON 1). — PESTE.

quelques cas humains isolés n'ayant d'autre rapport entre eux que de se manifester dans uu même quartier. Mais bientôt l'épizootie est • -M plein accroissement : alors les rats inquiets quittent la maison et souvent le quartier où ils voient périr les leurs. Si la saison est celle ou les puces abondent, le nombre de ces insectes qui s'infectent sur les rats croll démesurément. Dans chaque maison où meurent des rats, elles se répandent en les quittant sur le sol, dan- les literies. «lan- les linges. Dès lors les cas Immains commencent à devenir nombreux. La marche des rais de maison à maison trace le chemin que suivra la mortalité humaine. Certains de ces animaux émigré»! isolément dans des quartiers éloignés et y apportent des puces infectées; aussi l'on voit au bout de peu de temps des cas humains surgir dans tous les quartiers de la ville. A ce moment, l'épidémie atteint la période d'acmé. Cette période se prolonge pendant une durée variable, puis le déclin commence. Le nombre des cas humains diminue progressivement ; ils finissent par devenir très rares. En même temps l'épizootie a presque cessé. En règle générale, l'évolution des épidémies de peste présente ces trois périodes bien distinctes : période de début ou d'accroissement, période d'état et période de déclin. La durée d'une épidémie peut varier beaucoup suivant les localités; toutefois elle dépasse bien rarement neuf à dix mois.

La dissémination résulte donc ordinairement de la collaboration de deux facteurs : le rat qui, grâce à ses mœurs vagabondes, transporte le virus d'une maison à l'autre et d'un quartier à un autre quartier; les puces du rat qui, à sa mort, abandonnent le cadavre et se dispersent dans le local, prèles à inoculer le virus aux habitants, hommes ou rats.

Il est aussi des cas où la transmission s'opère, en dehors de l'intervention du rat, par des puces qui se sont contaminées sur des individus malades arrivés à la période où le microbe abonde dans le sang. De tout temps et en tous pays, peut-on dire, on a remarqué que les morts sont dangereux, que les veillées des morts sont fréquemment l'occasion de la transmission de la maladie. C'est que les puces qui empruntent le bacille pesteux au sang du malade le font dans les dernières heures de sa vie et demeurent dans sa literie et sur son corps jusqu'au moment où le refroidissement s'est produit. Elles se dispersent alors et s'attaquent à de nouveaux hôtes.

Enfin, parmi les agents de transmission, l'on peut admettre, comme une exception rare toutefois, les punaises infectées sur les agonisants.

De ce que nous venons de dire concernant le rôle du rat et de la puce, on peut déduire que l'évolution complète de l'épidémie est subordonnée à ces deux agents. Il n'est pas impossible cependant que quelques cas ne relèvent d'une transmission directe. On a vu plus haut que la question du procédé par lequel se transmettent le> cas

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