‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 134 sur 224 · TRANSPORT PAR VOIE DE TERRE · texte numérisé non relu

TRANSPORT PAR VOIE DE TERRE

Transport par les voies non ferrées. — Le transport loin du foyer primitif à travers un territoire est plus ou moins facile et rapide suivant la nature des voies de communication, suivant l'orographie de la région, suivant son degré de peuplement.

Nous avons indiqué comment s'accomplit la propagation de proche en proche autour d'un foyer. En quelques cas, ce mode d'extension peut être suffisant pour conduire la peste à de grandes dislances du point de départ, particulièrement dans des pays dépourvus de voies ferrées, très peuplés et peu montagneux. Dans ces conditions, la maladie met très longtemps à franchir des distances relativement peu considérables; on en a un exemple dans le transport de la peste de Cutch Mandvi au Gugerat et à Amehdabad, dans l'Inde, entre 1812 et 1821.

Influence de la nature montagneuse du pays. — Cette propagation est encore plus difficile lorsque le territoire est montagneux, peu peuplé, que les routes non carrossables ne permettent pas le transport rapide et en grandes masses des marchandises. Il est difficile au rat de se dissimuler dans des ballots transportés à dos de mulet ou à dos d'homme. D'autre part, quand les villages, les hameaux, les habitations isolées, sont très éloignés les uns des autres et séparés par des étendues de terrain accidenté, le rat se hasarde rarement à s'éloigner du domicile héréditaire. C'est grâce à ces conditions, inhérentes à la nature du terrain, que la peste du Yun-nan n'a pas réussi à envahir le Tonkin et que la peste du district de Garwhaal n'a pu s'étendre dans l'Inde (1).

Transport au loin par les voies ferrées. — Il a été possible de se rendre compte, dans l'Inde, de l'influence des voies ferrées sur la propagation au loin, La rapidité de la propagation aux centres ainsi reliés au foyer primitif contraste avec la lenteur de la marche de la peste, dans les provinces orientales du môme pays, quatrevingts ans auparavant. Le long des voies ferrées qui s'éloignent du foyer, la plupart des localités desservies reçoivent proinptement la maladie. C'est, jusqu'au point terminus, comme une traînée de foyers

(1) Simond et Yersin, Peste en Extrême-Orient. Paris, 1900.

secondaires qui apparaissent, d'ailleurs sans aucun ordre dans leur succession.

Comme toujours, c'est encore le rat qui est en cause. Les voies Ferrées sans aucun doute facilitent l'émigration humaine et favorisent les importations de peste par les individus malades ou en incubation: mais surtout elles transportent les rats, particulièrement dans les wagons de céréales. C'est là, comme le montrent des faits très nombreux, l'origine ordinaire des {foyers secondaires le long des lignes de chemin de fer.

Page 1