TRANSPORT PAR MER
Importance du rôle des navires de nos jours. — De tous temps la propagation de la peste de l'Orient à l'Europe semble avoir été opérée par les navires. A notre époque, ce moyen de transport ne paraît avoir rien perdu de son importance. Au contraire, grâce à la multiplication des lignes de navigation et des navires sur toutes les mers, à la substitution de la vapeur à la voile, ce transport est devenu plus facile et plus rapide. La récente incursion de la peste à travers le monde en fournit un éclatant exemple. De Canton, où elle se manifeste en janvier 1894, elle passe bien vite à Hong-Kong. De là, toujours par la voie maritime, elle gagne Amoy en 1895, Bombay en 1896, Kurachi, Cutch Mandvi, Djeddah en 1897, Madagascar en 1898, Alexandrie, Porto, Sydney, Nouméa en 1899. La même année, on la signale à Buenos-Ayres, puis à Rio-de-Janeiro. C'est la première fois que la peste pénètre sur le continent américain.
Enfin elle est arrivée depuis 1900 à Cape-Town, à Maurice, à Oran, à Glasgow et dans d'autres localités très éloignées de son point de départ. Ce n'est donc point à des difficultés de transport que l'Europe doit d'avoir été moins éprouvée que l'Asie. Jamais la peste n'avait voyagé aussi facilement ni aussi vite.
Rôle du rat dans le transport de la peste par mer. — On attribuait jadis à deux causes le transport de la peste à bord des navires : d'une part les objets inanimés, effets et marchandises, d'autre part l'homme. Pourquoi l'on incriminait les marchandises et les effets à usage ? Il est facile de s'en rendre compte en parcourant les documents historiques qui ont trait à la question. C'est que maintes fois l'arrivée dans un port indemne d'un navire ayant relâché en un port contaminé a été suivie d'une épidémie de peste, alors que, parmi l'équipage du navire, aucun cas humain ne s'était manifesté. En application de la doctrine qui reconnaissait exclusivement comme capables de véhiculer la maladie, l'homme, les effets et les marchandises, on incriminait celles-ci quand les cas humains faisaient défaut. Nombre de faits étaient invoqués à l'appui du transport par les effets et les marchandises ; malheureusement pour la