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PROPHYLAXIE TERRESTRE

On vient de voir combien est hérissée de difficultés la protection d'un port contre l'introduction de la peste par voie maritime. S'il en est ainsi lorsque le danger est confiné dans un navire qu'on peut isoler, désinfecter, dont on peut surveiller le personnel et le matériel, qu'en sera-t-il de la protection des localités et territoires contre l'invasion par voie de terre de la maladie?

Supposons que la peste ait fait irruption dans un port. Est-il possible de préserver les villes, plus ou moins éloignées, reliées à ce port par des routes, par des chemins de fer, par des canaux navigables?

A en juger par les exemples des temps anciens et des temps modernes, il semble qu'on devrait répondre par la négative.

On a vu, à la vérité, des ports qui ont reçu la peste et qui ont présenté soit des cas sporadiques, soit des cas épidémiques sans que, de là, la maladie ait rayonné jusqu'aux centres importants, même rapprochés. Porto en 1899, Glascow en 1900, nous ont offert des exemples de ce genre. En examinant de près ces cas particuliers, on se rend compte que l'effort humain a compté pour peu de chose dans ce résultat. Il a dépendu de conditions et de circonstances locales dont certaines nous échappent, mais qui sont, très généralement, indépendantes de l'action des services sanitaire et prophylactique.

Dans les régions où les conditions naturelles sont favorables à la diffusion de la peste, aucun des moyens mis en œuvre par les autorités sanitaires et administratives n'a réussi à empêcher qu'un port, sévèrement infecté, ne devînt un centre d'irradiation vers les localités voisines et aussi vers les localités lointaines, auxquelles il est relié par les voies ferrées.

Nous avons été témoin dans l'Inde, à Bombay, à Cutch Mandvi, à Kurrachee, de l'échec des mesures prises pour empêcher l'extension de l'épidémie aux localités ayant avec ces ports des relations importantes. De même pour les villes de l'intérieur visitées par des épidémies graves, telles que Poona, Karad, etc., nous avons constaté l'inutilité de l'effort entrepris pour empêcher la peste d'aller plus loin.

Ces! exemples" peu encourageants ne sauraient pourtant nous convaincre de l'impossibilité de préserver de la visite de la peste une ville saine, en relation par des routes et des voies ferrées avec un foyer en activité. Et, si nous admettons qu'on puisse échouer fréquemment dans cette entreprise, du moins il est certain pour nous qu'une défense, sagement organisée, doit réduire à des manifestations sporadiques l'effet de la peste, une fois qu'elle a forcé l'entrée de la localité.

Il n'est pas utile de revenir en détail sur les moyens dont use la peste pour se transporter par les voies terrestres aux petites et aux longues dislances. Nous nous sommes étendu sur ce sujet à propos de la propagation. Rappelons seulement l'importance relative de ces moyens.

Aux petilcs distances, la propagation s'effectue presque exclusivement par les migrations nocturnes des rats, qui s'éloignent du foyer spontanément ou qui, quelquefois, sont transportés avec des marchandises dans les trains ou dans les voitures. Elle reconnaît, comme moyen de second ordre, les puces infectieuses que recèlent les vêtements, effets et bardes, apportés par des personnes saines ou malades qui fuient le foyer épidémique. Enfin, en troisième lieu, les individus en incubation ou déjà atteints, dont la maladie évolue dans la localité saine où ils se sont réfugiés peuvent, dans les conditions que nous avons indiquées, contaminer des puces et des punaises et, par l'intermédiaire de ces insectes, communiquer la peste aux habitants ou aux rats. Exceptionnellement ils peuvent la transmettre par contagion directe à leur entourage.

S'il s'agit des grandes distances, les mêmes agents sont les facteurs du transport du microbe par les voies ferrées. Le rat et l'homme peuvent être en cause; il est probable toutefois que, là aussi, le rat est le véhicule le plus fréquent. La preuve n'en est pas faite, et l'on ne peut, pour le moment du moins, refuser un rôle à l'homme, surtout à l'homme en incubation de peste. Quant aux effets et vêtements, il est certain que, par les parasites qu'ils recèlent, ils peuvent véhiculer la maladie aux longues distances, qu'ils soient portés par les personnes ou renfermés dans les colis. Leur action toutefois parait s'exercer rarement.

Il découle de ces connaissances, touchant les véhicules de la peste, que la prophylaxie qui se propose de préserver une localité reliée à un foyer par des voies ferrées comporte :

1° L'interdiction du territoire aux individus malades de peste ;

2° L'interdiction du territoire aux individus sains provenant du foyer ou, si celte rigueur est jugée inapplicable, des mesures capables de rendre ces individus inoffensifs ;

3° Des mesures capables d'empêcher l'introduction de rats provenant de la région pestiférée ;

4° L'interdiction de l'entrée dans ce territoire des linges, effets, bardes, ainsi que des objets à l'usage domestique qui seraient susceptibles de renfermer des puces ou des punaises.

Mesures ayant pour objet d'empêcher l'importation de la peste par les personnes. — La mesure radicalement efficace consisterait à refuser absolument l'entrée du territoire à protéger à toute personne en provenance de la région pestiférée. Comme son application soulève parfois des difficultés insurmontables, on est

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amené d'ordinaire à adopter une réglementation moins absolue. Jusqu'ici on a eu recours principalement aux quarantaines. Dans l'Inde en particulier, on en a fait abus au poinl de rendre aux indigènes la circulation très onéreuse, très compliquée et très lente, dans certaines régions. Cela, d'ailleurs, sans aucun profit pour la prophylaxie. Nous ne croyons pas qu'on puisse avoir confiance dans ce moyen. D'une part, ainsi que nous l'avons démontré par nos recherches sur les camps de ségrégation, les personnes qui on! fréquenté des locaux pestiférés peuvent demeurer infectieuses par leurs parasites pendant une durée dépassant celle des quarantaines les plus sévères. D'autre part la quarantaine, dès qu'elle excède vingt-quatre heures, est une mesure vexatoire et onéreuse. Enfin l'expérience a prouvé que le bénéfice qu'on en peut tirer est des plus contestable.

Etant donné que nous connaissons actuellement les conditions dans lesquelles un individu est dangereux, il nous parait indispensable de baser sur cette notion les mesures dirigées contre les dangers de sa fréquentation.

Les personnes en provenance d'un foyer, par la voie des routes ou parle chemin de fer, doivent être arrêtées dans la station-lazaret proche du territoire à protéger.

Dès leur entrée dans ce lazaret, elles doivent être obligées, dans les mêmes conditions que nous avons exposées à propos de la prophylaxie maritime, à déposer leurs vêtements, à prendre un bain ou une douche, puis à revêtir un vêtement pur en attendant que le leur soit désinfecté. En même temps que leurs vêtements, tous leurs effets et bagages doivent être purifiés par l'exposition à la température nécessaire. Si elles ont avec elles des objets ou bagages qui no puissent supporter l'exposition à la chaleur, ces objets seront conservés en quarantaine pour une longue durée, dans des locaux déterminés du lazaret. Après la sortie de la salle de bains, chaque personne sera soumise à un examen médical. Si elle est malade ou si elle présente le moindre symptôme suspect, elle devra être isolée ■dans l'hôpital, en traitement ou en observation suivant le cas.

Toute personne reconnue saine sera, aussitôt après la visite médicale, autorisée à pénétrer dans la localité, munie d'un passeport sanitaire.

Dès ce moment elle sera soumise à la surveillance de la police sanitaire pour une durée de dix jours environ, c'est-à-dire qu'elle devra faire connaître son domicile et n'en pas changer ni quitter la localité sans prévenir l'autorité sanitaire. En outre elle se présentera chaque matin, pendant les quatre premiers jours, à la visite d'un médecin. Si, dans les jours qui suivront, elle venait à tomber malade, le médecin devra en être informé par elle ou par son entourage et l'hospitaliser dans des conditions spéciales d'isolement.

Une organisation bien conçue et bien adaptée à la réalisation de ce programme peut procurer une garantie presque absolue contre l'importation de la peste par l'homme en faisant éprouver aux personnes suspectes le minimum d'ennui et d'inconvénients.

Mesures ayant pour objet d'empêcher l'introduction des rats suspects. — Il ne saurait être question ici de la propagation aux petites distances. Nous savons en effet que, lorsqu'il s'agit d'un rayon de quelques kilomètres, le rat est susceptible d'émigrer nuitamment et de se Iransporter par étapes successives dans les localités avoisinant le foyer. Aucune barrière ne peut lui être opposée dans ces conditions.

Aux grandes distances, le transport du rat s'effectue presque toujours par les wagons de chemins de fer ou parles chariots chargés •de marchandises, particulièrement lorsque ces marchandises sont des sacs de grains, de la paille, du foin ou des matières alimentaires sèches dont le rat est friand. Une première précaution consiste donc à interrompre complètement l'importation de ces marchandises du port pestiféré. La localité devra s'en approvisionner ailleurs, dans un centre qui ne reçoive pas lui-même ces marchandises du foyer.

En ce qui concerne les marchandises que l'on peut considérer comme incapables de véhiculer la peste, fers, bois, charbons liquides en fûts, matériaux de construction, etc., le trafic peut en être continué. Dans tous les cas, quelle que soit la nature des matériaux, une surveillance des plus stricte doit être exercée sur tous les wagons de marchandises. A cet effet, un service spécial de surveillance au départ doit fonctionner dans une gare intermédiaire proche du foyer de peste. Un service de surveillance à l'arrivée doit être installé également dans la gare de la localité à protéger, ou mieux dans une station très rapprochée, installée pour servir de lazaret. Nous ne saurions entrer ici dans le détail du fonctionnement de ces services, qui doivent assurer à la fois la surveillance des marchandises et celle des voyageurs.

Il est inutile de le dire, les marchandises dont l'importation est prohibée ne pourront pas plus arriver par la voie des routes que par celle des chemins de fer.

Interdiction de l'importation d'objets suspects provenant du foyer. — Pour tous les matériaux suspects de renfermer des parasites infectieux, la prohibition doit être absolue. Cette catégorie comprend non seulement les linges et effets, mais aussi tous les objets à usage domestique, meubles, literie, tenture, tapis, ustensiles divers.

Nécessité de comploter ces mesures par une prophylaxie intérieure préventive. — Une ville qui, située à une distance minima du foyer d'environ 40 kilomètres, se garderait dans

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les conditions que nous venons d'indiquer, aurait des chances d'éviter l'introduction de la peste. Toutefois, si les mesures concer» nant les personnes et les objets suspects peuvent être pratiquées de t'a (j on à procurer une sérieuse garantie, celles concernant les rats ne sauraient inspirer la même confiance. Les autorités sanitaires, par conséquent, ne doivent jamais perdre de vue qu'une surprise est possible. Leur tache n'est pas remplie du seul fait qu'elles ont pris des mesures pour empocher la peste d'entrer. Il faut en môme temps se préparer à l'expulser si elle venait à forcer la porte. La prophylaxie préventive qu'il y a lieu d'instaurer à l'intérieur du territoire, en môme temps que la défense à l'extérieur, doit avoir pour objet de rendre la localité impropre à la multiplication des cas de peste, s'il venait à s'en manifester un.

Les principes de cette prophylaxie préventive sont faciles à poser. On connaît les deux agents essentiels de la peste, le rat et la puce; il s'agit de les supprimer. La pratique est évidemment plus difficile que la théorie ; on peut même affirmer que la suppression complète de ces deux groupes d'animaux dans une ville est une chose irréalisable. Quoi qu'il en soit, on peut, par des mesures appropriées, en réduire le nombre. Or si, par ce moyen, on ne supprime pas le danger, du moins on le diminue dans une mesure proportionnelle à la réduction du nombre des rats et des puces.

Nous examinerons plus loin les moyens à employer contre les rats et les puces.

En même temps que la lutte est menée de la façon la plus rude contre ces dangereux animaux, une administration sanitaire prévoyante devra, dans une ville menacée de peste en raison de la fréquence de ses relations avec un foyer, tout préparer pour opposer à la maladie, si elle vient à franchir les limites de la cité, une organisation défensive complète. Un plan de campagne devra être arrêté de manière à pouvoir, au moment voulu, disposer d'hôpitaux, de matériel, de personnel, de locaux d'isolement, de moyens de désinfection. C'est ici qu'il y a lieu d'appliquer le sage précepte : Si vis pacem, para bellum.

Quelles que soient les précautions prises soit par les villes-ports, soit par les villes de l'intérieur, lorsqu'elles sont en relation par mer ou par terre avec une région infectée, ces villes ne réussissent pas toujours, loin de là, à empêcher la peste d'entrer chez elles. Dès lors les circonstances leur imposent non plus une prophylaxie offensive, mais une prophylaxie défensive immédiate, active et méthodique, sous peine de la ruine de la localité. Il est possible actuellement, même lorsque la peste est au cœur de la place, de

lutter contre elle de façon à limiter ses ravages. Le résultat dépend des principes sur lesquels cette défense est basée et de la façon dont elle est conduite.

Suivant l'importance de la localité à défendre, il peut exister des différences dans la mise en pratique des mesures de prophylaxie, mais non dans le principe de ces mesures elles-mêmes. Par conséquent, Torganisation et la mise en œuvre de la défense ne différeront guère, si ce n'est au point de vue des dépenses qu'elles entraînent ainsi que de l'importance du matériel et du personnel, qu'il s'agisse d'une petite localité ou d'une ville populeuse.

Organisation d'un laboratoire spécial. — Une première mesure doit être réalisée aussi bien lorsqu'on prévision de l'arrivée de la peste on prend contre elle des précautions offensives, que lorsque la peste est présente et que la ville est mise dans l'obligation de se défendre : c'est la création d'un laboratoire spécial.

Qu'il s'agisse de reconnaître les cas de peste humaine qui, surtout au début des épidémies, soulèvent des discussions passionnées et dont le diagnostic ne peut être fait d'une manière complète qu'avec le secours de la bactériologie, ou de diagnostiquer la peste des rais et autres animaux, ou de préparer des vaccins et des sérums, on ne peut se passer d'un établissement outillé pour ces opérations et pourvu d'un personnel compétent.

La bonne organisation de ce laboratoire est une condition importante pour le succès de la prophylaxie.

Destruction des rats. — La partie essentielle de la défense, il faut encore le répéter ici, est la destruction des rats, rats de grenier, rats d'égout et souris. Sans entrer dans le détail des opérations à pratiquer dans ce but et dont il sera question plus loin, nous examinerons sommairement les moyens d'aboutir à un résultat.

Les rats, on le sait, fréquentent de préférence les entrepôts de céréales, de paille, de fourrages et de substances alimentaires diverses! C'est donc là qu'il faut les poursuivre d'abord ainsi que dans les magasins de blé ou de farine, dans les boulangeries et dans tous les locaux renfermant des dépôts de matières alimentaires sèches. Viennent au même rang les égouts destinés à la réception des eaux pluviales ou des eaux ménagères, qui sont les repaires les plus fréquents des rongeurs dans les villes. Enfin les établissements publics et les maisons particulières sont rarement indemnes de rats. Il faudra aviser au moyen d'obtenir le concours de la population pour généraliser la lutte contre ces animaux. En tète des procédés à mettre en œuvre, il faut citer celui des brigades de chasseurs de rats composées d'individus dressés à cette chasse spéciale. Pour les égouts, on peut employer la suffocation qui, bien appliquée, a donné dans certaines villes, à Rio-de-Janeiro entreautres, des résultats excellents. Remploi d'animaux ratiers, chiens et chats, de virus, de poisons,

de pièges, judicieusement pratiqué, peul concourir puissamment à réduire le nombre des rats de telle sorte qu'ils ne constituent plus un danger.

Surveillance de la marche de Icuzoolie. — Les brigades de chasseurs de rats auront chacune à leur tète un agent sanitaire chargé de la surveillance des mouvements et de l'état sanitaire <!<■ la gent murine, dans chaque quartier. D'autre part, tous les rats tués, ceux trouvés morts ou malades, seront transportés sans retard au laboratoire de prophylaxie pour y être examinés. Pour ce transportées rais vivants sont placés dans des boîtes de 1er, et les rats tués ou trouvés morts, dans des sacs spéciaux, imperméables, d'où les puces ne peuvent s'échapper. Une fiche indique la provenance exacte des animaux suspects d'être morts de la peste. De telle sorte que, si ce soupçon est confirmé par l'examen bactériologique, on peut immédiatement mettre le local d'où provient le rat en interdit, évacuer ses habitants dans des lazarets prévus à cet effet et prendre toutes les mesures de désinfection utiles. Un intérêt de tout premier ordre s'attache à ce que cette surveillance de la marche de l'épizootie soit rigoureusement exercée dans tous les points de la ville. Elle permet d'assainir les locaux infectieux avant que les cas humains aient apparu ou se soient multipliés, de préserver des rues entières et des quartiers ; c'est la lumière sur laquelle doit se guider le service de la défense pour marcher vers le but poursuivi.

Destruction des puces et des punaises. — En second lieu, il est nécessaire de détruire les puces et les punaises. Il ne s'agira point ici de poursuivre la destruction totale de ces insectes dans les maisons particulières par des moyens administratifs. Tout ce que peuvent à ce sujet les autorités sanitaires, c'est de faire connaître à la population le danger de la puce et de la punaise et la nécessité d'une action générale des habitants au point de vue de leur destruction dans les domiciles privés.

Mais là où l'action administrative doit s'exercer, c'est, d'une part, pour la destruction des puces infectées qui existent dans chaque maison où des cas de peste soit humaine, soit murine, se sont manifestés. Ces maisons doivent être évacuées et assainies d'une manière complète. D'autre part, l'administration doit imposer les mesures nécessaires pour cette destruction dans tous les établissements publics sur lesquels la ville ou l'État ontautorité: hôpitaux, casernes. hôtels, lycées, collèges, écoles, etc.

Assainissement des locaux où se sont manifestés des cas de peste. — Dès qu'un rat mort spontanément de la peste a été trouvé dans une maison, ou qu'un cas humain s'y est manifesté, tous les habitants de cette maison doivent l'évacuer aussitôt. Dans cette maison, en effet, il est à peu près certain qu'il existe des puces infectieuses abandonnées par les rats malades ou morts et quelque-

ibis par l'homme pestiféré. Il est aussi très possible qu'il existe sur les habitants eux-mêmes, dans leurs vêtements, quelques puces infectéefe. Donc ces habitants ne peuvent, sans danger, être autorisés à circuler librement en ville. Il est nécessaire d'abord qu'ils subissent la purification corporelle et vestimentaire que nous avons indiquée comme constituant le premier acte de prophylaxie à appliquer aux personnes suspectes de receler des parasites infectieux. A cet effet, ces habitants sont dirigés dans les délais les plus courts et directement, de leur maison vers un lazaret aménagé pour cela. Il peut y nvoir nécessité, suivant leur état d'indigence ou d'aisance, de les hospitaliser ou non dans cet établissement. S'ils désirent se loger en ville chez des parenls, des amis, ou à l'hôtel, on pourra les y autoriser une l'ois la désinfection subie, sous la condition de se présenter journellement au médecin désigné, cela pendant quatre jours, en prévision du cas où ils se trouveraient en incubation.

Une fois la maison vide de ses habitants, on procède à une désinfection qui a pour objet d'exterminer les rais, les puces et les punaises qu'elle contient. Les vapeurs d'acide sulfureux, de formol, les poudres insecticides, les lavages avec des liquides qui font périr les insectes, l'immersion dans ces liquides ou dans l'eau bouillante des objets non susceptibles comme les linges et certains objets, lels sont les moyens qui, combinés de différentes manières, peuvent assurer cette purification des locaux. Après l'opération terminée, on maintient la maison en interdit pendant une durée de quelques jours, au cours de laquelle il est possible et utile de se rendre compte delà disparition ou de la persistance des agents infectieux.

La Commission anglaise a montré que les puces du rat et de l'homme adoptent très volontiers comme hôte le cobaye : si l'on place des cobayes dans une maison où il s'est manifesté des cas de peste, très communément les puces infectieuses se jettent sur eux et leur communiquent la maladie. Par suite, il suffit, quand une maison a été désinfectée, d'y placer des cobayes pour juger du degré de sécurité qu'elle présente. Si les cobayes demeurent indemnes, elle offre les plus grandes probabilités d'une complète garantie, et il est possible de la rendre à ses habitants.

Il ne suffit pas en général de faire subir la désinfection à la seule maison où le cas de peste s'est produit. Celles placées à son voisinage immédiat sont en bien des cas suspectes. Il est nécessaire de les faire évacuer et de les désinfecter.

Réduction du nombre des chiens et des chats dans la localité. — Parmi les mesures susceptibles d'amener une sensible diminution de l'abondance des puces dans les habitations, il en est Une qui, en dépit de ses difficultés d'application, mérite d'attirer l'attention des pouvoirs publics. C'est la diminution du nombre des animaux grâce auxquels les puces se multiplient dans chaque

maison, les chiens et les chats, en conservant toutefois ceux qui donnent la chasse aux rats dune manière effective. L'entretien de ces animaux en état de propreté suffisante pour qu'ils soient exempts de parasites est trop difficile à réaliser pour qu'on puisse l'exiger des habitants. Par contre, il est possible d'exercer une surveillance aclivc sur les animaux errants, de les capturer et de diminuer parce moyen, très nolablement, leur nombre dans la ville. Il est également possible de faire connaître ce danger à la population, d'attirer son attention sur lui et de déterminer ainsi nombre de particuliers soit à se défaire de leurs chiens, soit à les débarrasser régulièrement de leurs puces par des moyens appropriés. Une propagande bien faite à ce sujet peut avoir des effets heureux.

Mesures à adopter vis-à-vis des individus malades ou suspects. — Dans une localité en épidémie de peste, tous les cas suspects doivent être immédiatement signalés à l'autorité sanitaire par le médecin, la famille ou l'entourage. Cette mesure était jadis préconisée parce que le malade était censé répandre la peste autour de lui par les émanations qui se dégageaient de son corps, par l'air expiré, par le plus insignifiant contact avec sa peau, ses vêtements, ou les objets qu'il avait touchés. Elle n'est pas moins nécessaire depuis que Ton possède des notions plus justes sur les modes de transmission. Nous savons aujourd'hui que ce danger de l'approche du malade se réduit à peu de chose, qu'il est rarement une source de transmission avant l'agonie et la mort : cependant on doit, plus que jamais, exiger la déclaration des cas, de façon à pouvoir sans délai transporter le malade dans un hôpital. Si le malade, au contraire de ce qu'enseignaient les anciennes théories, est peu dangereux avant la fin de la maladie, il n'en est pas moins vrai que son cas témoigne de l'infection de la maison. Ses proches, son entourage, ses voisins, sont menacés non point toujours de son fait, mais du fait des mêmes rats, des mêmes puces qui lui ont communiqué la peste. Il est urgent, dans ces conditions, d'assainir la maison et de la laisser fermée pendant quelque temps. Pour procéder à cet assainissement, la maison doit être évacuée et ses habitants dirigés, ceux qui sont malades à l'hôpital, ceux qui paraissent sains dans un lazaret. On a vu plus haut comment doivent être traités ces derniers et qu'ils peuvent être libérés sitôt après désinfection, sous la réserve d'une surveillance sanitaire. Quant aux malades, ils seront admis dans un hôpital spécial des pestiférés pour y être isolés et traités. Répétons-le, les maisons voisines de celles où se sont manifestés des cas murins ou des cas humains doivent, la plupart du temps, subir aussi la désinfection. Leurs habitants seront soumis à une balnéation et à la désinfection vestimentaire, qui paraissent jusqu'à présent constituer le moyen le plus

simple et le moins vexatoire de les débarrasser des parasites infectieux dont ils peuvent être porteurs.

Hôpitaux destinés au traitement des pestiférés. — Un des

premiers soins des autorités sanitaires, quand une ville est menacée d'épidémie de peste, doit être d'aménager un hôpital spécial en même temps que de se procurer les locaux, le matériel et le personnel nécessaires pour installer et ouvrir, au fur et à mesure des besoins, autant d'hôpitaux qu'il sera utile, selon l'importance prise par l'épidémie.

Il n'est point nécessaire que ces hôpitaux soient placés hors de la ville ; mais il est indispensable que les bâtiments choisis pour cet usage soient en bon état, bien construits, avec des parquets carrelés ou cimentés au rez-de-chaussée. Ils doivent réunir non seulement les conditions normales d'hygiène des hôpitaux ordinaires, mais aussi toutes les conditions qui doivent les rendre inaccessibles aux rats. C'est là un point essentiel. Il est indispensable également que l'on puisse les maintenir indemnes de puces et de punaises.

Lazarets. — Pour combattre les épidémies dans l'Inde, on a eu recours à l'évacuation dans des camps dits camps de ségrégation, des habitants des maisons et quartiers pestiférés. Ces habitants accomplissaient une quarantaine de dix jours, quelquefois plus, dans le camp avant de retourner chez eux. Pendant ce temps, la maison était désinfectée. En raison du grand nombre de personnes qui devaient subir la quarantaine, ces camps constituaient de véritables villages, souvent de grande étendue, contenant plusieurs milliers d'habitants. Par suite, on était obligé de les installer hors de la localité pestiférée, parfois même assez loin. Ces camps ont donné quelques bons résultats; toutefois, comme la ségrégation ne s'accompagnaitpas d'une désinfection deseffets à usage, une certaine proportion de cas se manifestaient parmi leur population.

On pourrait, dans les contrées où le climat le permet, établir des lazarets sur le modèle de ces camps. Cependant nous ne croyons pas qu'il soit utile, avec les données actuelles sur la propagation, de tenir en quarantaine les personnes provenant des maisons infectées si l'on a pris à leur sujet les précautions indiquées précédemment. Quoi qu'il en soit, l'administration sera toujours tenue de loger les personnes indigentes qu'elle a obligées à abandonner pour un temps leur demeure. Par conséquent, elle doit prévoir des locaux pour cette destination. Ces lazarets pourront être situés en ville ou dans la banlieue; ils seront aménagés pour permettre de loger des familles. Leur organisation sera telle que les opérations de désinfection des effets et des personnes puissent s'y pratiquer en grand nombre à la fois.

Utilité de la vaccination. — Au premier rang des moyens qui Traité d'hygiène. XVII. — 33

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peuvent coopérer à la préservation des habitants d'un foyer, il faut placer la vaccination. Elle doit être recommandée à lous et imposée à ceux qui, provenant de maisons pestiférées, peuvent se trouver en période d'incubation. Nous n'entendons pas que cette petite opération, qui ne laisse pas d'être désagréable, soit infligée de force ; mais les personnes suspectes peuvent être mises en demeure de choisir entre une quarantaine de quatre ou cinq jours ou la vaccination. C'est la vaccination qui sera très généralement préférée.

Nous traiterons plus loin de la question des procédés de vaccination à employer.

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