RÉSULTATS DE LA PROPHYLAXIE DÉFENSIVE
Un des résultats les plus intéressants de la prophylaxie défensive appliquée dans une grande ville, d'après les principes que nous venons d'indiquer, est celui qui a été obtenu à Rio-de-Janeiro, dans ces dernières années, par le Dr Oswald Cruz.
Peste à Rio-de-Janeiro de 1900 à 1909. — La peste est arrivée au Brésil en 1899 dans le port de Santos, d'où elle a gagné très vite, par voie ferrée probablement, Sao Paolo. Elle est apparue à Rio-de-Janeiro le 7 janvier 1900. Pendant les premières années, la prophylaxie eut surtout pour objet d'isoler les malades, de désinfecter les maisons pestiférées, de vacciner les occupants de ces maisons et d'exercer la propreté de la voirie. Sans doute on doit attribuer à ces mesures quelques effets heureux; toutefois elles n'ont pas paru influencer d'une manière très sensible la marche et le retour saisonnier de l'épidémie. Les mois d'octobre et de novembre ont marqué régulièrement, depuis 1901, l'acmé de l'épidémie. Elle décline ensuite de novembre à mai et reprend de juin à octobre une allure ascendante. De 1900 à 1909, elle a déterminé 2 822 cas connus et 1 334 décès, soit une moyenne annuelle de 564 cas avec 266 décès. A la fin de 1903, le Dr Oswald Cruz assuma la charge de directeur du service de santé. Son premier soin fut de compléter les mesures de prophylaxie de la peste et de les harmoniser plus complètement avec les connaissances modernes sur la propagation. La réorganisation de ce service demanda environ une année, et son fonctionnement complet ne fut assuré qu'à partir de la fin de l'année 1904. Les résultats, sans être parfaits, puisque la peste ne cesse pas de faire chaque année quelques victimes dans la ville, sont des plus concluants : on a enregistré, en 1905, 142 décès : en 19<m>. I 15 : en 1907, 70: en 1908, 53; soit pour ces quatre années une moyenne de 95décès annuels, contre 266, moyenne des cinq années précédentes. De janvier à décembre 1909,1a peste a déterminé 15 décès seulement. Mesures de prophylaxie défensive mises en œuvre. — Les mesures qui ont été adoptées sont les suivante
PROPHYLAXIE DÉFENSIVE ET SES RÉSULTATS. f ?-515
Destruction des rats. — Un service important de chasseurs de rats fonctionne dans tous les quartiers de la ville ; le nombre des rats détruits dépasse 400 000 par an. Pour détruire les rats dans les égoiîte, on emploie la suffocation au moyen de l'appareil Clayton.
Isolement des malades. — Tout malade de peste est immédiatement dirigé sur un hôpital spécial et isolé.
Désinfection des maisons. — La maison où s'est produit un cas de peste est soumise à une désinfection <pii a surtout pour objet d'atteindre les puces et les rats. On lave l'intérieur de la maison du haut en bas avec une solution de Jysol à 5 p. 100. Les vêtements, la literie sont plongés d'abord dans cette solution et sont ensuite renfermés dans des sacs spéciaux pour être envoyés à l'étuve. Les objets qui ne peuvent être lavés au lysol ou au sublimé sont traités par les vapeurs de formol. A tous les étages, on soulève les parquets pour rechercher les rats morts dans l'entrevous et pratiquer la désinfection de ces cavités par jet, au moyen de pulvérisateurs, de la solution de lysol à 90°. Les maisons avoisinantes sont soumises au même traitement en partant de ce principe maintes fois confirmé que, lorsqu'un cas humain se manifeste dans une maison, il y a des rats malades ou morts dans les maisons voisines.
Vaccination des personnes suspectes. — Les occupants de la maison où le cas humain ou murin s'est manifesté sont vaccinés par la méthode Calmette, mélange de la dose de vaccin obtenu par chauffage des cultures à une légère dose de sérum antipesteux.
Les occupants de cette maison et ceux des maisons voisines demeurent pendant quinze jours en surveillance sanitaire.
Difficultés résultant de la construction des maisons. — Parmi les difficultés que le Service sanitaire a rencontrées, il faut citer en première ligne celles inhérentes à la construction vicieuse des maisons infectées, murailles en pisé creusées de galeries de rats, cntrevous vides, communiquant avec les galeries des murailles ou ayant des ouvertures dans les pièces. Parons bas, à sol de terre battue, qu'il est impossible de purger de leurs rats.
Il peut paraître surprenant que le nombre des cas humains ait été constamment faible par rapport au nombre des rats malades ou morts que l'on rencontrait dans certaines maisons infectées. Nous estimons que cette disproportion tient au petit nombre de puces susceptibles de piquer l'homme qui parasitent les rats de Rio-de- Janeiro.
Notons enfin que la peste, dans cette ville, ne s'est guère répandue hors des quartiers sordides dont les maisons, de construction très ancienne et très défectueuse, offrent aux rats des abris inviolables. Ces rongeurs y pullulent d'une incroyable façon, et Ton comprend ^ne la peste ait rencontré là des asiles d'où il est particulièrement
difficile de la déloger.