‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 143 sur 224 · PROPHYLAXIE INDIVIDUELLE · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE INDIVIDUELLE

mun n'est nullement une conservation du microbe dans le sol ou dans des endroits quelconques de l'habitation, c'est la fréquentation habituelle de la maison par les rats qui y rencontrent, grâce à sa vétusté ou à sa construction défectueuse, des conditions particulièrement favorables pour leur race. Telles certaines habitations indigènes que nous avons visitées à Kurrachee ; telles encore les vieilles maisons en pisé que nous avons vues dans certains quartiers de Riode-Janeiro et dont les murs, troués de galeries dans loute leur hauteur, abritaient des légions de rats.

Pour demeurer exempte de rats et parasites vecteurs de peste, une maison doit remplir certaines conditions.

La construction des murs doit être irréprochable pour qu'en aucune partie les rats ne puissent creuser des cachetles. Les porons, caves, sous-sols, quand ils existent, doivent être assez élevés pour qu'on puisse y circuler et en pratiquer sans peine l'entretien et le nettoyage. Leur sol doit être rendu imperméable par le cimentage ou le carrelage ou par l'asphalte ; leurs parois doivent être lisses, exemples de trous et de fissures. Ils doivent pouvoir être éclairés et ventilés. Toutes les ouvertures qui donnent du jour aux sous-sols et communiquent avec le dehors doivent être munies de grillages solides, à mailles trop étroites pour donner passage à la souris. Il doit en être de même des orifices des égouts par lesquels s'écoulent à l'extérieur les eaux ménagères ou l'eau de pluie provenant des cheneaux. Le sol des caves doit être cimenté. Pour les pièces du rez-de-chaussée, on doit préférer les carrelages aux parquets en bois. Les entrevous méritent une attention spéciale; ils ne doivent présenter en aucun point des ouvertures qui permettraient aux rats de s'y introduire.

Les offices, cuisines, garde-manger, placards, water-closets, nécessitent des soins particuliers dans leur aménagement pour ne pas devenir des abris pour les rongeurs. Parfois, dans les pays chauds en particulier, les offices, les cuisines et les logements de domestiques sont situés à l'extérieur du bâtiment principal. Il y a lieu, bien entendu, de les installer avec le même souci de l'éloignement des rats.

Ce n'est pas assez de défendre l'accès de l'habitation au rat; il faut l'interdire aussi aux puces et aux punaises.

En ce qui concerne les punaises, nous reviendrons plus loin sur les moyens de s'en préserver. On sait qu'une stricte propreté, un entretien soigneux du mobilier, de la literie et de toute l'habitation sont indispensables pour obtenir ce résultat. On sait aussi que cet entretien est beaucoup plus difficilement réalisable si la construction de l'habitation est ancienne et défectueuse que si elle est récente et soignée.

Eloignement des animaux porteurs de puces. — La même

518 P.-L. SIMOM). — PESTE.

propreté stricte est efficace pour empêcher la puilulaiion des puces dans la maison. U faut y joindre une mesure essentielle, croyonsnous, qui consiste à n'héberger à l'intérieur de L'habitation et de ces dépendances ni chiens, ni chais, ni animaux de basse-cour. Dans le cas où l'on ne veut pas se séparer du chien, on doit le soumettre fréquemment à des lavages ou frictions faits avec des préparations pulici l'uses [elles que les solutions de lysol. La désinfection journalière du chenil avec ces solutions et la poudre de pyrèthre peut le maintenir exempt de puces; encore ne faut-il pas laisser vagabonder l'animal hors de l'habitation. Les autres animaux doivent être rigoureusement proscrits. On habitera une maison isolée toutes les fois que ce sera possible.

Dans l'habitation qui réunira les conditions énoncées, la peste aura beaucoup de peine à s'introduire. Nous avons à plusieurs reprises cité à cet effet l'exemple de bungalows occupés par des Anglaisa Bombay. Ces villas, souvent élégantes et luxueuses, entourées de jardins, n'ont pour ainsi dire jamais été visitées par la peste au fort des épidémies : du moins leurs occupants européens n'ont-ils été touchés qu'à titre de très rare exception. Par contre, assez fréquemment des cas se sont produits dans les go-clown, dépendances de ces habitations où est logé le personnel domestique. Là, nous trouvons un sol en terre battue mélangée de fiente de vache sur lequel les puces surabondent, des parois en torchis crevées en divers endroits, des ouvertures portes et fenêtres non munies de fermetures la plupart du temps, des toitures basses en paillotte où les rats trouvent des refuges pour leurs nichées, une literie constituée par des nattes et couvertures infectées de parasites; enfin il y a défaut d'aération et de lumière. Toutes les conditions favorables à l'entretien des parasites et des rongeurs sont réunies dans ces dépendances. Aussi est-ce là que la peste a frappé, respectant le plus souvent le bâtiment principal, dont les conditions de construction, d'entretien et de propreté, étaient inverses.

Beaucoup de personnes ont été frappées de la différence d'importance et de gravité entre les épidémies de peste du commencement du xvnie siècle, en Europe, et celles des quelques port* visités par cette maladie dans les quinze années écoulées. Nous avons signalé précédemment que les causes de ce progrès doivent être cherchées dans les conditions qui ont raréfié les rats et les parasites cutanés à l'intérieur des habitations urbaines. Nous insistons particulièrement sur l'amélioration apportée dans la construction et l'aménagement des maisons, amélioration qui lient le premier rang parmi ces causes. Dans les moindres ports d'Europe, on ne trouve plus de maison dont le sol au rez-de-chaussée ne soit ni cimenté ni carrelé.

Pour ne parler que de la ville de Marseille, si éprouvée en 1720, il i si certain que, même dans les quartiers qui aujourd'hui encore sont

Page 1