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DESTRUCTION DES RATS

Les moyens les plus anciennement et les plus communément employés pour la destruction des rats sont le piège, le poison, la (liasse faite soit directement par l'homme, soit par l'intermédiaire des chats et des chiens. Plus récemment on a utilisé une méthode pastorienne consistant à faire ingérer à ces animaux, au lieu d'un poison chimique, un virus vivant capable de déterminer parmi eux une épizootie meurtrière. Enfin nous avons personnellement préconisé l'acide sulfureux et les autres gaz asphyxiants, en particulier pour débarrasser les navires de leurs rats. Ce procédé est entré dans la pratique sous le vocable de dératisation. On utilise, pour produire l'acide sulfureux et le projeter, divers appareils, dont le plus connu est l'appareil Clayton.

Pièges. — Innombrables sont les modèles de pièges utilisés pour la capture des rats et des souris. La plupart sont excellents comme principe et fonctionnement ; cependant leur emploi donne de médiocres résultats. La raison des insuccès n'est autre que l'intelligence et la finesse dont les muridéssont en général doués. Lorsqu'un piège est installé pour la première fois dans un local, quelques-uns se laissent prendre, mais leur mésaventure suffit généralement à instruire leurs camarades. Désormais ils évitent le piège où quelqu'un des leurs a péri.

Si imparfait que soit le procédé, il peut néanmoins rendre des services à la condition de varier le modèle des pièges et la nature des appâts, à la condition aussi de désinfecter le piège après chaque prise, de manière à ce qu'il ne conserve aucune odeur de rat.

Poisons. — On peut dire des poisons comme des pièges que les résultats ne répondent guère à l'attente. La première fois que l'on offre aux rats les appâts empoisonnés, certains d'entre eux absorbent le poison et périssent; mais ceux qui, plus prudents, ont échappé à la tentation, voyant mourir ou souffrir les rats empoisonnés, éviteronl rigoureusement à l'avenir de toucher aux appâts. Souvent même ils quittent pour un temps le local ou l'habitation qui leur sont devenus suspects. Il faul donc varier le poison et le genre d'appâts si l'on veuf tirer bon parti de ce moyen. Un des reproches qu'on peut encore lui adresser, c'est que parfois les rats meurent au fond de cachettes d'où on ne peut les retirer; leurs cadavres répan-

denl alors des odeurs nauséabondes dans l'habitation. Enfin on est obligé d'exercer une surveillance rigoureuse pour empêcher que le poison ne cause des accidents parmi les animaux domestiques et quelquefois chez l'homme.

Les poisons les plus usités sont l'arsenic et le phosphore. Billet recommande la poudre de scille additionnée d'essence de fenouil, qu'on incorpore dans de la viande cuite (100 grammes de poudre de scille avec XXX gouttes d'essence de fenouil pour 1 kilogramme de viande cuite). L'addition d'essence de fenouil aurait pour effet d'attirer les rongeurs.

Animaux destructeurs de rats. — Le plus employé des animaux chasseurs de rats est le chat. Nous n'avons pas besoin d'insister sur sa férocité naturelle à l'endroit des muridés ni sur la patience, la persévérance et l'adresse dont il fait preuve en leur donnant lâchasse. Un chat de bonne race, et traité comme il convient pour lui conserver ses instincts, est un précieux auxiliaire pour la destruction des muridés.

Certaines races de chiens, en particulier le fox-terrier ou bullterrier, manifestent envers le rat une haine instinctive, qui, développée par l'élevage, les rend tout aussi utiles que le chat pour la destruction de ces animaux.

Lorsqu'il s'agit de faire la guerre aux muridés à titre de mesure prophylactique contre la peste, nous n'hésitons pas à donner la préférence au chien sur le chat. Cette prophylaxie exige, en effet, non seulement la suppression des rats, mais aussi celle des puces. C'est donc à la condition de les maintenir exempts de puces qu'on peut employer les animaux chasseurs de rats pour la prophylaxie antipestique.

Le chat et le chien sont également aptes à recueillir, dans leur fourrure, les puces suspectes abandonnées par les rats et à favoriser dans la maison la multiplication de ces insectes.

Toutefois le chat, en raison de ses habitudes plus indépendantes et souvent plus vagabondes, est d'une surveillance plus difficile que le chien au point de vue de ses parasites. Il est au contraire assez aisé d'entretenir le chien dans un état de propreté parfaite à cet égard, de même qu'il est facile de préserver le chenil des puces, en y pratiquant des lavages fréquents avec des solutions toxiques pour les insectes.

D'autre part, le chat n'est pas, au même degré que le chien, réfractaire à la peste. Pour cette raison également, il est préférable d'employer le chien quand il existe des rats pesteux dans la localité. Il n'en est pas moins vrai que le concours du chat est efficace, et l'on a pu attribuer à l'abondance des chats, dans certains villages de l'Inde, l'immunité dont ces villages ont joui vis-à-vis de la peste.

Les mangoustes qui ont été introduites dans certains pays, exclu-

sivement en vue de la destruction des rats, ne paraissent pas pouvoir être utilisées dans les localités pestiférées.

Chasseurs de rats. — Les localités où la destruction des rats a été systématiquement poursuivie au cours des dernières années se sont très bien trouvées de l'organisation de brigades de chasseurs de rats. Dans l'Inde et au Brésil, ces Ratskillers ont rendu les plus grands services pour la défense contre la peste. L'exercice de cette profession nécessite un apprentissage grâce auquel les chasseurs acquièrent une habileté surprenante. C'est un des procédés les plus recommandables pour la certitude de ses résultats.

Virus Danitz. — Danitz a expérimenté contre les rats un virus dont l'ingestion provoque chez beaucoup de muridés une maladie mortelle. Le microbe isolé par Danitz ne parait pas différer essentiellement du cocco-bacille du typhus des souris isolé par Lceffler. Il appartient au groupe des Bacillus enteritidis de Gaertner.

Ce microbe, cultivé en bouillon ou sur gélose, est offert aux rats mélangé à des appâts tels que le pain ou d'autres substances comestibles dont ils sont friands. Il est en général très virulent pour les rats de petite taille, souris, mulols, etc. Sa virulence doit cire exaltée pour qu'il détermine une infection mortelle chez les gros rats tels que le surmulot et le rat de grenier, chez celui-ci surtout, qui est moins sensible à ce virus.

Le rat qui survit à l'ingestion du microbe peu virulent est immunisé pour un certain temps. Pour obvier à cet inconvénient, Danitz recommande, lorsque le premier traitement n'a pas été efficace et qu'on doit recommencer l'opération, d'ajouter au virus une certaine proportion (2 p. 100) de carbonate de baryum. L'addition de ce poison rendrait l'animal plus sensible au virus, et l'action du mélange serait plus active que celle de chacun des composants ingéré séparément. Il faut savoir qu'à la dose indiquée le carbonate de baryum rend les appâts toxiques pour les chiens.

Un avantage du virus Danitz sur les poisons en usage, c'est que les rats qui ont résisté à une première dose mangeront sans défiance de nouveaux appâts infectieux. D'autre part, le virus est inoffensif pour l'homme et les animaux domestiques.

Il ne paraît pas que l'infection se transmette du rat malade au rat sain, si ce n'est à titre exceptionnel. Pour que le rat meure, il faut qu'il ait ingéré les appâts qui lui sont offerts.

De nombreuses expériences sur les mulots dévastateurs des campagnes ont été couronnées de succès. En ce qui concerne les rats propagateurs de la peste, on peut citer comme favorables à la méthode les résultats de deux grandes expériences, celle de Capc-Town en 1901 et celle d'Odessa en 1902.

ACape-Town, les cultures reçues du laboratoire de Danitz avaient perdu leur virulence au cours du voyage. Le D' Dodgson, direc-

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leur du laboratoire de bactériologie de la ville, dut chercher un moyen de rendre au microbe sa virulence. Le procédé auquel il s'arrêta consiste à injecler le microbe dans le péritoine du rat. Au bout de douze à vingt-quatre heures, on recueille stérilement le liquide péri ton éal où le microbe s'est multiplié abondamment: on conserve ce liquide dans un tube au contact de l'air pendant unejournée, puis on l'ensemence en bouillon ou gélose. Avec la culture, on renouvelle le passage par le rat. Après quelques passages, la virulence du microbe est récupérée.

Pour la préparation des appâts, on cultivait le microbe sur milieu alcalin de gélose, et l'on faisait, avec la culture, une émulsion en bouillon dans laquelle on trempait des fragments de pain. Ces appâts étaient disposés de nuit par milliers dans les locaux infestés de rats et laissés pendant huit jours. Les résultats furent satisfaisants.

L'expérience d'Odessa, en 1903, fut dirigée par le Dr Diatropftoff, On prépara surplace 40000 litres de virus en deux fois, à quinze jours d'intervalle. La culture fut faite en bouillon de foin sans peptone. Après vingt-quatre heures d'étuve, on imbibait de cette culture les morceaux de pain qui constituaient les appâts.

Environ quinze jours après l'opération, on a constaté que la proportion de rats malades ou morts variait de 30 p. 100 à 100 p. 100, suivant les quartiers.

Au bout d'un mois, en dépit d'une prime de 1 franc payée par tête d'animal, il était devenu impossible de découvrir dans la ville un rat mort ou vivant.

Diatropftoff conclut dans son rapport que le virus Danitz présente une grande supériorité sur les poisons usuels.

Destruction des rats par les gaz asphyxiants. — Il nous a paru que dans les locaux susceptibles d'être hermétiquement clos, tels que les cales de navires, la destruction des rats pourrait être réalisée d'une manière complète parles gaz asphyxiants. Nous avons recommandé en particulier l'acide sulfureux pour cet usage dans notre mémoire sur la propagation delà peste en 1898. Depuis lors, ce procédé à été mis en œuvre dans la plupart des foyers de peste. Sa généralisation a été favorisée par l'adaptation à la destruction des rats d'un appareil primitivement, imaginé pour combattre les incendies, l'appareil Glayton.

Destruction des rats par l'appareil Clayton. — La partie essentielle de cet appareil consiste en un four où s'effectue, à haute température, la combustion du soufre grâce au passage d'un courant d'air sur le soufre enflammé. Le gaz, qui se dégage d'une façon continue en quantité plus ou moins considérable suivant la marche que l'on imprime à l'appareil, est entraîné dans un réfrigérant par le même courant d'air qui fournit l'oxygène. De là il est projeté dans des tuyaux qui aboutissent au local à désinfecter.

Ce gaz est constitué par de l'anhydride sulfureux mélangé à une petite proportion d'anhydride sulfurique et de quelques composés instables du soufre avec l'oxygène.

Il a été démontré expérimentalement que, lorsque l'atmosphère d'un local clos renferme du gaz fourni par l'appareil Clayton dans la proportion d'environ 1*2 p. 100, les rats et les insectes exposés à l'action de cette atmosphère pendant six heures périssent. A ce degré de saturation, le gaz est également toxique pour le microbe de la peste ; celui-ci meurt au bout de deux heures environ, d'après les expériences de Galmette.

La désinfection par le gaz Clayton est applicable aux navires, aux égouts et aux divers locaux infestés de rats, quand il est possible de clore hermétiquement ces locaux. Tel est le cas pour les entrepôts de marchandises, les vagons de chemins de fer, etc. L'usage s'en est répandu surtout pour les navires.

En raison de sa densité, supérieure à celle de l'air, le gaz sulfureux projeté dans les cales d'un navire a tendance à s'accumuler au fond du vaisseau et, par conséquent, à pénétrer sous les marchandises et dans tous les interstices de la cargaison ou des parois des cales. Il atteint les rats dans tous leurs repaires, lorsque l'opération est conduite avec soin et qu'on vérifie le degré de saturation de l'atmosphère dans les différentes parties delà cale en désinfection (il existe à cet effet des appareils d'un usage très simple).

C'est donc un procédé qui donne des résultats certains. En même temps, il est inoffensif pour le navire et pour la cargaison, au contraire des anciennes pratiques de sulfuration par des réchauds à soufre, allumés dans les cales, qui faisaient courir des risques d'incendie.

A la condition d'agir à sec, le gaz Clayton n'altère pas les cargaisons de grains ou de sucre, ni la plupart des autres marchandises, même délicates, comme la soie, les cuirs, les étoffes de laine et de coton. Grâce à son emploi à froid, il ne décolore pas les étoffes. Toutefois il détériore les fruits, la farine, la viande et attaque les métaux, s'ils sont exposés longtemps à son action.

Les appareils Clayton peuvent être installés sur des chaloupes pour la dératisation des navires en rade. Pour fonctionner à terre, ils sont en général montés sur chariot.

Nombre de pays ont imposé la sulfuration par le Clayton à tous les navires suspects de renfermer des rats pesteux ou des moustiques vecteurs de lièvre jaune. Cette mesure sanitaire est appliquée notamment, d'une manière rigoureuse, au Brésil, aux Antilles anglaises, au Cap, etc. Elle ne paraît pas gêner sensiblement les navires de toutes nationalités qui fréquentent ces côtes, ni causer aucun préjudice au commerce. On éprouve, par suite, quelque surprise des récriminations que les armateurs français ont fait entendre à diverses reprises devant les Conseils d'hygiène, concernant l'appli-

cation de la sulfuration dans les porls français. Parmi les plaintes formulées, la principale est l'altération des pièces de la machine par le gaz Clayton. Gomme on la vu plus haut, ce gaz peut attaquer les métaux, mais, comme une dératisation dure à peine quelques heures, l'action du gaz sur les surfaces métalliques pendant cette opération se borne à les ternir. Il serait inexplicable, s'il en résultait des inconvénients graves pour les organes de la machine, que l'emploi du Clayton ait pu se généraliser au point que Ton sait dans les porls étrangers.

A Rio-de-Janeiro, nous avons vu employer avec succès le Clayton pour dératiser les égouts. Ce procédé est applicable principalement quand la construction des égouts permet de les diviser en sections faciles à clore et à isoler du reste du réseau. Chaque section est traitée à part et successivement.

Pour les caves, les entrepôts, les magasins et en général tous les locaux hantés par les rats dont les issues peuvent être hermétiquement closes, le Clayton est aussi l'appareil de choix pour la dératisation sulfureuse.

On a tenté de substituer au gaz Clayton l'anhydride sulfureux liquide. Ce procédé peut avoir ses avantages là où l'on ne possède pas d'appareil Clayton.

D'autres gaz asphyxiants, en particulier l'oxyde de carbone, l'acide carbonique, le formol, le chlore, ont été expérimentés pour la destruction des rais. Les deux premiers sont d'un emploi dangereux en raison de leur absence d'odeur et de couleur. Les vapeurs de formol agissent plus lentement et moins sûrement que le gaz Clayton.

Le chlore a été expérimenté avec succès pour la dératisation des égouts à Constantine, d'après le procédé de M. Couton, pharmacien militaire. Ce procédé, décrit par Billet, consiste : « 1° à verser dans les bouches d'égout du chlorure de chaux délayé au tiers; 2° une demi-heure après, l'acide chlorhydrique au dixième.

« Il en résulte un dégagement de chlore à l'état naissant qui asphyxie rapidement les rats jusque dans les recoins les plus éloignés, en raison môme de la pesanteur de ce gaz. »

Billet estime que ce moyen est particulièrement à recommander.

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