DESTRUCTION DES PUCES ET DES PUNAISES
Puces. — Il n'est guère possible de songer à détruire les puces hors des habitations; c'est là d'ailleurs qu'existent en abondance les espèces nuisibles à l'homme. On les rencontre sur le corps des hôtes qu'elles affectionnent, hommes ou animaux, sur le sol, dans la lilerie, les effets usagés, le linge sale. Quand une maison renferme des chiens, des chats, des rats, les espèces de puces parasites de ces animaux sont répandues un peu partout: elles pullulent surtout dans
le chenil, dans les greniers à foin ou à paille, dans le sous-sol. Les locaux où se tiennent à l'ordinaire les animaux sont le plus infestés. On doit les pourchasser dans ces locaux et sur le corps de leurs hôtes.
Les puces sont douées d'un odorat subtil qui leur fait rechercher de préférence certains individus ou éviter certaines espèces animales. Par exemple, elles ne s'accommodent pas de l'odeur du cheval. On sait qu'en plaçant une couverture de cheval dans la niche d'un chien on fait fuir les puces qui incommodaient l'animal. C'est aussi sans doute grâce à l'odeur qu'elles répandent que les feuilles fraîches de noyer, de leucanthème ou marguerite des prés, et diverses autres substances peuvent éloigner ces insectes.
On peut se défaire des puces par l'emploi de poudres, de liquides ou de gaz insecticides.
La poudre de pyrèthre fait périr les puces si elles sont assez longtemps exposées à son contact; l'odeur les éloigne si on se borne à répandre la poudre dans les endroits d'où l'on veut les chasser. En friction sur la peau des animaux, elle débarrasse ceux-ci de leurs parasites.
Parmi les liquides insecticides, on peut citer la benzine, l'essence de térébenthine, le crésyl et divers autres produits. La solution de crésyl est particulièrement recommandable : les puces meurent à son contact, et son odeur suffit à les éloigner; elle se prête aux lavages des locaux et ne détériore pas les étoffes; enfin elle n'est pas irritante pour la peau soit des animaux, soit de l'homme. On peut impunément fréquenter des locaux infestés de puces, si les vêtements et la peau sont imprégnés de crésyl.
Le chlorure de chaux a été employé à San-Francisco avec succès pour débarrasser certains locaux de leurs puces.
L'anhydride sulfureux ou le gaz Glayton tuent ces insectes en peu de temps. Ce moyen est bon à la condition que le local à désinfecter puisse être clos hermétiquement et que la sulfuration soit assez prolongée pour permettre au gaz de pénétrer partout, d'imprégner complètement le linge, les effets usagés et la literie.
Punaises. — Tandis que les puces sont liées à l'hôte plus qu'au local et se déplacent avec l'hôte, les punaises sont attachées à l'habitation. Parasites nocturnes, elles quittent leurs repaires pour attaquer l'homme pendant le sommeil et les regagnent avec le jour ou même aussitôt repues.
Les procédés et les produits employés pour leur destruction ne diffèrent pas sensiblement de ceux en usage contre les puces. La poudre de pyrèthre possède une grande efficacité ; s'il s'agit simplement de les écarter de l'homme pendant le sommeil. Pour les atteindre dans les fentes où elles se cachent, le liquide le plus actif est le sulfure de carbone. Malheureusement ce liquide est d'un emploi dangereux.
53'i P.-L. SIMOND. — PESTE.
Le moyen auquel on doit recourir de préférence pour détruire les punaises est la sulfuration. Il ne suffit pas d'une seule opération pour désinfecter un local attendu que, généralement, les œufs ne sont pas détruits. On doit donc répétera deux ou trois reprises la sulfuration à dix ou douze jours d'intervalle.
Personne n'ignore combien il est difficile, dans les régions chaudes surtout, défaire disparaître les punaises des habitations particulières et des habitations collectives, hôpitaux, casernes, hôtels, asiles. Il est d'ailleurs regrettable de constater que les efforts pour se débarrasser de cet ennemi ne sont point en rapport avec le danger ou même simplement l'incommodité qu'il procure. Dans les hôpitaux des villes du midi de la France, par exemple, les punaises abondent souvent au point de causer des insomnies aux malades. D'ordinaire, dans ces établissements, grâce aux fréquents balayages et au cirage des parquets, les insectes se cantonnent exclusivement dans les lits, les sommiers et la literie. Par suite, il est possible de les détruire en exposant les lits et leur garniture aux vapeurs sulfureuses.
Il suffirait, dans les établissements hospitaliers qu'on veut maintenir exempts de punaises, d'aménager une salle en vue de la sulfuration et de faire subir cette opération, périodiquement, à tout le matériel de couchage.
Dans les habitations particulières, la sulfuration est plus difficile à pratiquer, à raison des nombreux objets altérables par le gaz sulfureux que renferment en général les appartements privés. Cependant on doit y recourir parfois, surtout dans les maisons vieilles, dont les boiseries et les murailles offrent aux punaises des asiles inviolables par tout autre procédé.
Mesures de propreté. — Tous les modes de destruction des insectes vecteurs de la peste que nous venons d'indiquer sont imparfaits à eux seuls. Pour assurer leur efficacité, il est indispensable de les associer à une mesure qui, par elle-même, constitue le plus efficace moyen d'éviter les punaises et les puces. Cette mesure n'est autre que l'entretien constant en état de propreté des locaux et du mobilier. On peut dire de toute habitation où pullulent ces deux espèces de parasites qu'elle est mal tenue au point de vue de la propreté générale.
Sans doute la propreté la plus minutieuse ne saurait empêcher l'introduction des puces ou punaises dans une maison, mais elle gêne leur multiplication lorsqu'elle ne l'empêche pas complètement.
Si, aux soins ordinaires de propreté on associe l'emploi judicieux des substances insecticides, poudres, liquides, gaz, on peut, en toute saison et sous tous les climats, maintenir exempts de parasites les locaux habités.
Notre insistance, touchant cette lutte contre les parasites habituels de l'habitation humaine, paraîtra peut-être puérile à certains. Dans
le public, en effet, on n'est pas habitué à accorder à ces hôtes une grande importance et toute l'attention qu'ils méritent. C'est qu'on n'a pas encore mesuré la place qu'ils tiennent dans la pathogénie : leur rôle, aujourd'hui bien connu, dans l'épidémiologie de la peste et du typhus récurrent, justifierait à lui seul, et sans parler des incommodités de leur voisinage, une guerre sans merci. A notre avis, ce rôle ne s'arrête pas là ; on doit redouter leur intervention pour un certain nombre d'autres maladies dont l'étiologie n'est pas encore élucidée. Tant en raison de leurs méfaits avérés que de ceux que nous nous croyons en droit de soupçonner, la suppression des puces et des punaises, dans nos habitations, s'impose comme une mesure fondamentale d'hygiène.
FIÈVRES RECURRENTES