X. — PNEUMOBACILLE
Le pneumobacille de Friedlander appartient à un groupe naturel formé de bacilles décolorés par la méthode de Gram, encapsulés, immobiles et doués de propriétés fermentatives assez considérables. Toutes les transitions se recontrent entre les divers espèces, dont
PNEUMOBACILLE.
plusieurs devraient être réduites au rang de simples variétés. Nous avons étudié précédemment l'agent du rhinosclérome, ou bacille de Frisch, qui appartient à ce groupe.
Le pneumobacille est un microbe habituellement trapu, de 1 à 2 jx, mais très polymorphe et pouvant s'étendre en filaments dans les cultures. Les éléments s'unissent souvent deux à deuxendiplobacilles. Il est immobile, ne produit pas de spores. Dans les exsudats, il est constamment entouré d'une capsule bien nette, moins marquée dans les cultures, sauf dans celles contenant du sérum, où elle se présente avec une netteté particulière.
Il se colore bien par les couleurs basiques d'aniline et ne prend pas le Gram, ce qui le différencie facilement du pneumocoque.
Le pneumobacille cultive facilement et abondamment sur les milieux usuels. Il est aérobie facultatif et végète de 15 à 45°. Sur gélatine qu'il ne liquéfie pas, la culture prend la forme d'un clou à grosse tète. Sur gélose, sérum coagulé, il donne des colonies grisâtres, luxuriantes, légèrement visqueuses et confluant bientôt de manière à former une couche épaisse. Sur pommes de terre, l'apparence est la même, et l'on constate la formation de nombreuses bulles de gaz.
Le bouillon se trouble: un voile visqueux se forme qui tombe ensuite au fond. Le lait est plus ou moins rapidement coagulé suivant les échantillons (Denys et Martin, Grimbert). Le sérum de lapin est le milieu de choix pour le diagnostic microscopique.
Les propriétés fermentatives du pneumobacille le différencient nettement du colibacille avec lequel on avait voulu le confondre.
Il ne fait pas d'indol et, par la fermentation des sucres, donne de l'alcool éthylique, de l'acide acétique, de l'acide lactique gauche et de l'acide succinique. La nature du produit formé varie avec le sucre en fermentation ; mais l'existence de l'alcool caractérise l'action du pneumo-bacille et la sépare nettement de celle du colibacille.
La plus ou moins grande quantité de substances ternaires susceptibles de fermenter a permis d'établir quelques divisions dans le groupe des bacilles encapsulés. Parmi les pneumobacilles vrais, il y a lieu de distinguer le type Frank land, faisant fermenter la dextrose, la saccharose, la lactose, la maltose, la dextrine et la mannite, et le type Grimbert, agissant sur les mêmes hydrates de carbone et en plus sur la glycérine et la dulcite. Malgré les travaux des auteurs précités, Slrong, puis Perkins ont dénié au pneumobacille le pouvoir de faire fermenter la lactose et l'ont ainsi distingué
Fig. ,37. — Bacillus Friedlsenderi, culture en piqûre sur prélatine.
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du B. lactis aerogenes qui attaquerai! violemment ce dernier sucre. Le II. acidi lac/ici se différencierai! également, d'après Perkins, du B. lactis aerogenes en ce qu'il ne ferait pas fermenter la saccharose.
La virulence du pneumobacille est variable. La souris est l'animal de choix : le cobaye est un peu moins sensible ; le lapin est assez résistant. Aujcozsky a signalé une maladie épidémique du rat, ressemblant à la peste et due à un bacille appartenant à ce groupe.
Les cultures filtrées de pneumo-bacille sont toxiques et présentent un certain pouvoir hémoly tique.
Fig. 38. — Pneumobacilles dans les crachats (1 000/1).
Le pneumobacille existe dans le milieu extérieur. On peut le rencontrer dans l'eau (Grimbert), l'air (L^ffelmann), les poussières (Emmerich), la terre (Jakowsky), l'eau d'égout (Mori), la vase (Nicolle et Hébert). Chez l'homme, on l'a trouvé dans la salive (Netter), mais assez rarement. Sa présence est très fréquente dans les fosses nasales des ozéneux (Lowenberg), sans que l'on puisse exactement déterminer son rôle (Abel). On l'a trouvé dans les sinus, la trachée, les bronches, l'intestin de gens bien portants.
Son action pathogène s'exerce surtout sur les organes respiratoires. Il peutproduire des bronchites, des pleurésies séreuses ou purulentes. Stulhem,quia étudié spécialement son rôle, l'a rencontré dix fois sur soixante-dix pneumonies anormales et a noté que son association aggravait le pronostic. Apelt Ta isolé dans un cas de pneumonie franche. Kokawa a suivi la pénétration du microbe dans les voies aériennes, montré l'influence favorisante du traumatisme et du
refroidissement et observé son passage rapide dans les voies lymphatiques et le sang.
Les affections pneumobacillaires sont en effet particulièrement infectantes et ont une tendance septicémique. De la localisation du microbe après son passage dans le sang, peuvent résulter des endocardites ou des péricardites, des abcès du foie, des méningites.
Le pneumo-bacille peut également donner lieu à des manifestations primitives du côté des voies digestives ou respiratoires supérieures avec propagation par continuité aux muqueuses voisines. On a décrit des angines aiguës ou chroniques, des rhinites, des sinusites, des conjonctivites, des otites moyennes dues au pneumobacille. L'infection peut môme se faire par les voies urinaires et donner lieu à des cystites et à des abcès du rein (Abel, Clairmont, Sachs, Wolf).
Le pneumobacille semble également être l'agent pathogène de la maladie décrite par Babès sous le nom de septicémie muqueuse.
La gangrène est un processus morbide caractérisé par la mortification des tissus et leur putréfaction. Cette définition, due à Roger, est excellente en ce qu'elle sépare bien nettement la nécrose des tissus de la gangrène proprement dite. Le premier élément, la mortification des tissus, peut être lié à un grand nombre de causes, parmi lesquelles le rôle des microbes n'occupe même pas la première place. Ils sont au contraire les agents exclusifs de la putréfaction, c'est-àdire de la simplification de la molécule albuminoïde et de sa décomposition en produits plus simples; parmi ces derniers, on en rencontre un certain nombre dont l'odeur a pu faire dire que la fétidité était un caractère indispensable des produits gangreneux. Le fait semble vrai ; néanmoins il s'agit là d'un élément d'ordre plutôt subjectif, et la définition de Roger me semble complète et suffi santé.
La gangrène peut être primitive ou secondaire, c'est-à-dire que les agents microbiens qui la produisent peuvent provoquer à la fois la nécrose et la fermentation putride, ou n'exercer leurs propriétés fermentatives que sur des éléments déjà morts.
Cette mortification préalable peut être due à des agents mécaniques (traumatisme contondant), physiques (chaleur, froid), chimiques (caustiques, toxiques), à des troubles circulatoires (artériels ou veineux), à des modifications dans l'innervation (altération du système central ou périphérique), à une prédisposition générale liée à une auto-intoxication diathésique (diabète, cachexie) ou organique (mal de Bright). Lorsque les tissus sont déjà nécrosés ou que leur vitalité est réduite au minimum sous l'influence des causes précitées, le rôle des microorganismes est des plus simple et se réduit presque à
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iui(3 simple action saprophy tique, a'ayanl d'autre caractère spécial que le rattachemeni des substances putréfiées à un organisme i ivant.
Pour comprendre au contraire l'action des microbes dans les cas de gangrène primitive, il nous faut étudier d'un peu plus près le rôle des agents chimiques groupés plus haut sous le nom de toxiques. L'action de ces substances n'est pas, comme celle des caustique-, une action directe, et la nécrose survient le plus souv.nl par suite des troubles vaso-moteurs qu'ils provoquent. Le processus n'a jamais été. à mon avis, suffisamment mis en relief. J'ai cherché à le faire dans mes recherches sur l'action pathogène de la trypsine activée sur les tissus. Lorsque l'on injecte, dans le tissu sous-cutané d'un animal, une solution stérilisée par filtration de pancréatine commerciale (trypsine et kinase), on provoque la formation d'une escarre à évolution un peu particulière, dont j'ai étudié microscopiquement la genèse (1). D'après l'époque comparative des lésions vasculaires et des phénomènes de nécrose des cellules conjonctives, j'ai pu établir que la nécrose résultait plutôt d'un véritable étranglement circulatoire que d'une modification directe des tissus sous l'influence de la diastase.
Il est extrêmement probable qu'il en est de même de l'action des venins; et la transition se trouve ainsi toute naturelle entre les actions chimiques et les actions microbiennes.
Dans mes études sur le groupe de microbes que j'ai réunis sous le nom de bacilles anaérobies trypto-butyriques, j'ai pu mettre en évidence l'existence dans leurs sécrétions d'une diastase tryptique, se rapprochant beaucoup de la trypsine pancréatique et produisant tous les effets de la trypsine kinasée.
On comprend que la multiplication dans l'organisme d'une bactérie productrice de cette diastase est susceptible de provoquer des phénomènes de nécrose par étranglement semblables à ceux que produit l'injection de pancréatine.
Le processus gangreneux devient ainsi des plus simple à comprendre, et ]a barrière entre la gangrène primitive et la gangrène secondaire apparaît comme beaucoup moins élevée. En effet, à la base de toute putréfaction, apparaît comme nécessaire un processus de peptonification. Tout microbe sécrétant une trypsine un peu active est susceptible de prendre part au début de ce processus, si les tissus sont livrés sans défense à leur action. Une fois la peptonification commencée, presque tous les microbes saprophytes sont capables de collaborer à la simplification progressive de la molécule albuminoïde.
S'il s'agit de tissus vivants, cette phase de putréfaction esl précédée
(1) Ann. Inst. Pasteur, 1901, p. 742.
d'une phase de nécrose. Dans celle-ci, sont susceptibles de jouer un rôle tous les microbes pathogènes capables de vivre dans l'organisme vivant et de produire des phénomènes vaso-moteurs pouvant amener l'étranglement et la mort des cellules. Aussi la plupart des espèces peuvent-elles apparaître comme le primum movens d'un processus gangreneux; mais dans la plupart des cas, comme par exemple lorsqu'il s'agit du streptocoque, du pneumocoque, etc., ces microorganismes ne jouent dans la seconde phase qu'un rôle efl'acé, à cause de leur pouvoir saprogène restreint. Enfin il est facile d'admettre que certains microorganismes sont à la fois capables de vivre dans l'organisme et d'y sécréter des diastases vaso-motrices et peptonifiantes, prenant ainsi une part active aux deux phases du processus.
Ce tableau rationnel de l'évolution de la gangrène ne serait pas complet si l'on ne tenait compte de l'affaiblissement de la résistance organique due à l'intoxication par les produits de putréfaction. Nous avons vu, à propos du streptocoque, le rôle important joué par cette intoxication dans l'adaptation de microbes banaux à la vie pathogène.
Il y a donc un véritable cercle symbiotique dans l'action réciproque des microbes concourant au processus gangreneux * d'une part, bactéries pathogènes provoquant la nécrose des tissus et rendant possible le développement des saprophytes, d'autre part, microbes de la putréfaction sécrétant des substances toxiques affaiblissant l'organisme et facilitant l'action nécrosante des bactéries pathogènes. On ne doit donc pas s'étonner que la gangrène soit le plus souvent un processus polymicrobien, les conditions où une seule espèce bactérienne peut la produire étant beaucoup moins fréquentes que celles où elle résulte d'une symbiose.
AGENTS MICROBIENS DE LA GANGRÈNE. — La question ainsi posée, on comprend que, conformément à la plupart des processus de putréfaction en dehors de l'organisme, le rôle prépondérant dans la destruction des tissus sera rempli par les microorganismes anaérobies, qui y trouvent les meilleures conditions pour leur développement. Tarozzi, puis Wrzosek ont en effet montré que ces tissus vivants ajoutés aux bouillons de culture facilitaient le développement des microbes anaérobies, sans qu'il y ait à se préoccuper de réaliser des conditions d'anaérobiose plus complètes.
Cette action réductrice des tissus, augmentée de l'absorption de l'oxygène libre par les espèces aérobies, désoxygène bientôt complètement le milieu, et il est naturel que l'on rencontre surtout en abondance les espèces microbiennes adaptées à la vie sans air. Est-ce à dire que la gangrène soit impossible sans l'intervention des anaérobies stricts? Cette opinion de Veillon et ses élèves, un peu trop dogmatiquement développée dans une intéressante revue de Rist, me semble manquer un peu d'éclectisme et, comme Roger, je Irouve
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trop absolue L'équation simpliste posée par cet auteur : gangrène, fétidité, anaérobies -tricts.
D'une pari, il est peu philosophique d'établir une scission absolue entre des espèces microbiennes en se basant sur leur plus ou moins grande adaptation à l'antiseptique qu'est l'oxygène : les expériences intéressantes de Georges Rosenthal montrent la fragilité de cette barrière artificielle. D'autre part, il est trop facile, pour établir une loi, d'affirmer que les microbes anaérobies ont été cherchés avec une technique insuffisante dans tous les cas où ils n'ont pas été rencontrés. Enfin il n'est pas difficile de concevoir que certains anaérobies facultatifs sont, en raison de leurs fonctions chimiques, susceptibles de produire au complet le processus gangreneux.
Les Proteus pathogènes, le bacille septique aérobie de Legros et Lecène, desquels on peut rapprocher le B. œdematis aerobicas de Klein, le B. pseudo-œdematis maliynœ de San-Felice, etc., sont très susceptibles de provoquer à la fois la nécrose et la fermentation des tissus. D'autre pari, j'ai pu, en mélangeant du staphylocoque doré et du colibacille virulent, obtenir chez le lapin des abcès ne laissant rien à désirer au point de vue de la fétidité.
Après avoir fait ces restrictions sur le principe trop absolu, je n'ai aucune répugnance à reconnaître le rôle prépondérant, en fait, des espèces anaérobies dans la gangrène, et je le fais avec d'autant plus de plaisir que j'ai été des premiers à signaler le rôle important de certaines de ces espèces dans la pathologie humaine. Aussi je reprocherai seulement aux auteurs précités de n'avoir fait commencer leur bibliographie un peu courte qu'à leurs travaux, fort intéressants du reste, en ignorant ou en méconnaissant un peu trop ceux de leurs prédécesseurs dans cette voie féconde.
Bacilles de la gangrène g-azeuse. — On avait cru longtemps que la gangrène gazeuse chez l'homme était due à l'intervention d'une seule espèce anaérobie, le vibrion septique de Pasteur. Nous allons voir qu'il résulte des travaux de ces dernières années que plusieurs bacilles aux fonctions chimiques analogues sont susceptibles de provoquer cette affection et que le rôle du vibrion septique proprement dit semble occuper une importance de moins et moins grande dans sa pathogénie.
Bacille septique aérobie. — Legros a donné dans sa thèse une bonne description du bacille qu'il a trouvé avec Lecène dans plusieurs cas de gangrène gazeuse.
C'est un bacille assez volumineux (de 3 (u de long sur 1 jx de large), mobile, facilement colora ble par la méthode de Gram et les autres couleurs d'aniline. Il pousse entre 11 et 42° et produit assez facilement de nombreuses spores, ovales et réfringentes. Les cultures sur pomme de terre et sur gélose sont abondantes, blanches, d'un aspect un peu sec ; la gélatine est rapidement liquéfiée ; l'albumine est
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dissoute par une trypsine et la molécule décomposée jusqu'à la formation de sels ammoniacaux. Le lait est digéré en quarante-huit heures. La glucose, la galactose, la maltose, la saccharose, la glycérine, la dextrine et l'amidon fermentent en produisant des acides acétique, butyrique, succinique et lactique sans trace d'alcool. La lactose, Tinuline, la mannite, l'érythrite ne sont pas attaquées.
Le bacille septique aérobie est pathogène pour le cobaye et produit chez lui les symptômes de la gangrène gazeuse. Néanmoins sa virulence est fragile et a besoin d'être fréquemment remontée par l'adjonction d'un peu d'acide lactique au cinquième, suivant la méthode indiquée par Arloing, Cornevin et Thomas pour le bacille du charbon symptomatique.
Microbes anaérobies. Groupe trypto-butyrique. — J'ai étudié sous ce nom un certain nombre de bacilles anaérobies formant un groupe naturel, caractérisé par un ensemble de caractères morphologiques et de fonctions chimiques. Les caractères communs sont les suivants :
Bacilles anaérobies assez volumineux, se colorant par la méthode de Gram, produisant des spores, mais seulement en milieu alcalin, liquéfiant la gélatine, dissolvant à l'aide d'une trypsine l'albumine, la caséine, la fibrine : donnant naissance par la fermentation des hydrates de carbone à des acides volatils, consistant en un mélange d'acide acétique et d'acide butyrique.
Pour différencier les espèces de ce groupe, le caractère plus facile à étudier est l'extension plus ou moins grande de leur pouvoir fermentatif vis-à-vis des substances ternaires. Si, en effet, on prend le vibrion septique de Pasteur, tel qu'on le trouve communément dans la terre, on voit qu'il ne se différencie du bacille que j'ai décrit en 1891 comme agent du rhumatisme articulaire aigu que par le nombre des hydrates de carbone qu'il est susceptible de faire fermenter. Le vibrion septique que nous avons étudié n'attaque en effet que la maltose. L'espèce à laquelle on a bien voulu donner le nom de bacille d'Achalme fait au contraire violemment fermenter la maltose, la glucose, la saccharose, la lactose, l'inosite, la glycérine, la dextrine et l'amidon.
Il en résulte que la culture sur des milieux renfermant une de ces substances fait apparaître entre les deux espèces une différence plus considérable que celle qui existe réellement, alors que, si on les cultive sur des milieux ne contenant pas d'hydrates de carbone, on serait porté à conclure à leur identité.
Il est en effet à noter que, dans ce dernier cas, on obtient des cultures fétides, riches en spores, alors que, sur des milieux contenant des substances ternaires fermentescibles, l'acidité du milieu s'oppose à l'action de la trypsine d'une part, à la formation des spores de l'autre.
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Ces quelques faits, qui montrenl la nécessité d'une méthode rationnelle dans la comparaison des espèces microbiennes, expliquent Comment on a pu d'abord considérer le vibrion septique de Pasteur comme le seul agent de la gangrène gazeuse, puis comment on a décril un grand nombre de fois la même espèce tantôt la caractérisant par l'existence des spores (Bacillus enteriditis sporogenes de Klein), tantôt par son absence (Bacillus perfringens de Veillon et Zuber), suivant les milieux employés de préférence et d'une manière trop exclusive par les divers observateurs.
Le résultat d'une revision qui s'imposait m'a amenée ad nid lie que la gangrène gazeuse est rarement due au vibrion septique de Pasteur, qui conserve toute son importance comme microbe d'expérimentation, mais qui ne semble jouer qu'un rôle restreint dans la pathologie humaine.
D'autre part, il me semble extrêmement probable que les bacilles de Wicklein (1891), de Welch et Nuttal (B. aerogenes capsulai us, (1892), de Frânkel (B. phlegmonis emplujsematosus 1893), retrouvé par Chavigny, Hibler, Hitschamann et Lindelthal, etc., de Klein (B. enteridilis sporogenes, 1895), étudié par Oskar Wild, Hewlett, etc. ; de Veillon et Zuber (B. perfringens, 1898), retrouvé par Rist, Guillemot, doivent être identifiés avec le bacille que j'ai décrit en 1891. L'insuffisance de la plupart des descriptions m'a conduit à étudier en détail le déterminisme chimique et la virulence de ce microorganisme. En 1898, j'en ai donné une description mettant en relief la plupart de ses caractères, et, en 1902, j'ai pu, en le cultivant parallèlement avec des échantillons authentiques de B. enteriditis (Klein) et de B. perfringens, m'assurer de l'identité des deux espèces et donner des caractères de différenciation simples et rigoureux d'avec les autres bacilles du groupe (B. telani, B. septicus, B. Chauvœi, B. botulinus, B. put ri ficus)'.
La nécessité d'une détermination exacte apparaissait d'autant plus nécessaire que le domaine de ce microorganisme dans la pathologie humaine semble considérable. Comme les espèces pathogènes que nous avons déjà étudiées, il s'agit d'un microbe banal, commensal habituel de l'intestin (Passini), qui, dans des conditions spéciales ou grâce à des associations, peut envahir l'organisme et donner lieu aux manifestations les plus variées.
La plus caractéristique semble être le rhumatisme articulaire aigu. Le bacille, pénétrant au niveau de l'intestin ou plus probablement du foie, peut arriver au cœur par la circulation générale. Si, sous des influences diverses (froid, chaleur excessive, et surtout surmenage musculaire), des conditions de vie sans air deviennent possibles à ce niveau, le bacille envahit le muscle cardiaque, où la consommation continuelle d'oxygène et la présence des déchets dus à la contraction, lui créent une atmosphère favorable. De là, il peut envahir l'endo-
MICROBES DELA GANGRÈNE. - MICROBES ANAÉROBIES. iï-93
carde et le péricarde, parfois môme la plèvre. Mais il ne passe qu'en quantité minime dans le sang, où on peut néanmoins le rencontrer. ( >uant aux manifestations articulaires, elles semblent être dues plutôt à une action toxique qu'à une localisation du microbe. Je ne l'ai en effel jamais rencontré, non plus du reste qu'aucun autre microbe, dans la sérosité intrasynoviale.
Cette conception du rhumatisme articulaire aigu n'est pas classique, je le sais: mais cela vient principalement du désir erroné de superposer étroitement les espèces nosologiques et les espèces microbiennes. Nulle affection n'est plus mal définie cliniquement que le rhumatisme articulaire aigu, et je crois qu'il serait possible de caractériser par une analyse attentive des symptômes et particulièrement de l'état du myocarde, la forme qui relève de cette infection spéciale. Mais les examens nécroscopiques sont rares; et, lorsque la mort survient, elle est souvent due à une infection secondaire, aussi ne faut-il pas s'étonner outre mesure de ne pas trouver le bacille causal, puisque, par l'inoculation dans la veine de l'oreille du lapin, on provoque chez cet animal une maladie fébrile mortelle, en quatre ou cinq jours, sans qu'on puisse à l'autopsie déceler le microbe pathogène par les colorations ni les cultures.
Mes recherches ont été vérifiées par un certain nombre d'auteurs parmi lesquels je citerai Thiroloix, Triboulet et Coyon, Savtchenko, Carrière, Pic et Lesieur, de Bettencourt, Hewlett, G. Rosenthal, etc. Pour quiconque a vu l'abondance avec laquelle le bacille prolifère dans le myocarde qu'il envahit massivement sans provoquer d'autre lésion qu'un œdème interstitiel, il ne saurait y avoir le moindre doute sur sa valeur pathogène, et l'objection facile de la confusion avec un microbe de la putréfaction disparaît devant les recherches méthodiques que j'ai faites sur plus de cinquante cadavres. Du reste, la même objection pourrait être faite toutes les fois que l'agent pathogène est un commensal habituel de l'organisme, et je considère comme beaucoup plus difficile la définition bactériologique du rôle pathogène du colibacille que celle du bacille en question.
De nouvelles recherches méthodiques entreprises par Thiroloix, Rosenthal, Stévenin ont complètement confirmé ces données ; je n'insisterai donc pas davantage sur ce point, que je considère comme acquis, tout en admettant comme possible, mais comme possible seulement, le concours d'autres microorganismes dans l'étiologie du rhumatisme articulaire aigu vrai. La myocardite toxigène, dont je viens d'indiquer la pathogénie, est, d'après moi, la lésion spécifique provoquée par le bacille, de même que nous avons vu que l'érysipèle est la lésion spécifique du streptocoque, microbe banal. A l'exemple de ce dernier, dans la peau, le bacille d'Achalme peut persister dans le cœur à l'état latent et réveiller de temps à autre sa virulence. Il
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m'a été donné de constater sa présence à l'état de pureté dans une ancienne symphyse cardiaque.
Le môme microbe en envahissant le tissu sous-cutané, soit par une plaie pénétrante, soit par l'épanchement interne de sang infecté (Chavigny), peut provoquer la gangrène gazeuse. En se développant aux dépens de caillots ou de débris placentaires, il peut être l'agent effectif de l'infection puerpérale, ainsi que j'en ai observé deux cas, et comme Rist et Mouchotte, puis Jeannin en ont rapporté des observations. Il joue un rôle très important dans les associations, donnant lieu à des appendicites, des pleurésies putrides, de la gangrène pulmonaire, des otites, etc. En se développant dans l'intestin, il peut donner lieu à des entérites chez l'enfant (Tissier) et même chez l'adulte, ainsi que je l'ai observé sur moi-même. Il est probable que son rôle augmentera encore lorsque les observateurs se seront rendu compte que rien n'est plus simple au point de vue technique que la recherche des anaérobies.
Je rappellerai donc ici les principaux caractères qui permettent d'identifier ce bacille, le plus important certainement des microbes anaérobies jouant un rôle dans la pathologie humaine : forme et volume analogues au B. anthracis; anaérobiose obligée, coloration par la méthode de Gram et mieux par celle de Claudius, nécessité d'une température de culture supérieure à 21° et inférieure à 45° • sporulation un peu ovoïde, un peu moins terminale que celle du bacille tétanique : culture sur lait avec production de gaz et formation d'un caillot petit et creusé de vacuoles : action pathogène sur le cobaye, le lapin, la souris, le poulet, le canard, le pigeon, la grenouille.
Sa virulence est pourtant sujette à de si grandes variations pouvant aller jusqu'à la chute complète que je ne saurais regarder cette propriété comme nécessaire à l'identification de ce bacille. La fermentation de certains hydrates de carbone, et spécialement de la lactose, de l'inosite, de l'inuline et de l'amidon me semble beaucoup plus caractéristique et suffisante pour distinguer cette espèce de tous les autres bacilles du groupe.
Bien que, grâce à ces caractères, la différenciation de ce bacille soit facile, il n'en est pas de même dans la bibliographie, où il porte les noms les plus divers. Je ne peux que protester une fois de plus contre la confusion qu'apportent des dénominations comme celle de B. perfringens (Veillon et Zuber), correspondant à un caractère très relatif et à une description tardive et erronée, ou celle de bacille de Frànkel ou de Welch et Nuttal, la priorité de la description n'appartenant pas à ces auteurs. Welch et Nuttal, du reste, dont la description est des plus incomplète, ont totalement méconnu les propriétés pathogènes de ce microbe, les seules qui lui donnent son importance progressive.
MICROBES DE LA GANGRÈNE. - MICROBES ANAÉROBIES. 17-95 Les autres microbes anaérobies pathogènes rencontrés chez l'homme représentent un certain nombre d'espèces insuffisamment caractérisées par les descriptions auxquelles elles ont donné lieu; il y aura lieu à une revision dès que ces microorganismes auront ete mieux étudiés, principalement au point de vue chimique. En voici quelques exemples :
« Micrococcus fœtidus » (Veillon, Halle, Rist, Guillemot). - C est un Coecus isolé ou groupé en diplocoque dans le pus, formant parfois de courtes chaînettes en bouillon ; donnant dans l'épaisseur de Tagar des colonies blanchâtres. Il ne pousse pas à 22°, dégage une odeur désagréable et produit des abcès chez le cobaye. Autant qu'on peut le supposer en l'absence de caractère spécial, on peut l'identifier avec le streptocoque anaérobie de Menge et Krônig.
« Staphylococcus parvulus » (Veillon etZuber, Rist, Guillemot). — Coecus très fin en diplocoque ou en amas, décoloré par la méthode de Gram. Il pousse à 22° sans liquéfier la gélatine, donne sur agar des colonies jaunâtres, produit des abcès chez le lapin et le cobaye. «Diplococcus reniformis » (Gottet). - Diplocoque décolorablepar le Gram, formé par deux éléments en forme de haricot. Très comparable au gonocoque. Il semble, d'après Gottet et Albarran, jouer un rôle dans l'infection urinaire et les abcès urineux.
« Bacillus ramosus ». - Ce bacille, décrit par Veillon et Zuber, semble être un des commensaux habituels de la bouche (Monier) et du tube digestif. Il semble jouer un rôle important dans les affections dentaires et les gangrènes pulmonaires. C'est un bacille peu volumineux, immobile, gardant la coloration de Gram, se présentant souvent en amas pseudo-filamenteux dans les lésions et dans les cultures. L'aspect des colonies sur agar est, d'après Rist, assez caractéristique et revêt l'aspect de disques se coupant à angle droit. La température de l'étuve est nécessaire. On n'a pas observé de sporulation; mais le microbe conserve sa vitalité assez longtemps. L'étude chimique n'est pas faite. On sait seulement que l'odeur des cultures est fétide et que, dans certaines conditions non déterminées, il se produit un dégagement gazeux. Le Bacillus ramosus est pathogène pour le lapin, un peu moins pour le cobaye. Il se montre surtout virulent en association.
« Bacillus fragilis ». - Décrit également par Veillon et Zuber, le Bacillus fragilis est plus court, plus droit que le précédent: il est immobile. Les deux extrémités se colorent plus facilement que le centre. Il ne prend pas le Gram. Ses cultures sont difficiles et tardives. Les colonies sur agar sont toujours petites et presque transparentes. Il ne donne pas de spores, mais conserve sa vitalité pendant vingtcinq jours environ. Il se développe mal à la température ordinaire. On ne connaît rien de son déterminisme chimique.
Le Bacillus fragilis est très pathogène pour le cobaye, qu'il tue en