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SYPHILIS

Les découvertes contemporaines et presque simultanées de l'agent pathogène de la syphilis et de son inoculabilité aux singes ont rénové l'étiologie de cette infection, qui, jusqu'alors, empruntait toutes ses données à l'observation pure.

Désormais, les faits cliniques peuvent être soumis au contrôle de l'expérimentation, et l'on peut espérer que ce nouveau mode d'investigation, mis au service de la syphilis, sera fécond en résultats pratiques.

D'innombrables tentatives ont été faites pour inoculer la syphilis aux animaux. Chaque fois que l'espèce choisie n'appartenait pas à l'ordre des Primates l'échec a été constant. Quelques succès partiels, mais sans suite et sans continuité, ont été obtenus autrefois par Sperk(l)etplusrécemmentparHamonic(2)etparlesfrèresNicolle(3). La olupart des insuccès qui avaient fini par décourager tous les chercheurs étaient dus à ce qu'ils s'adressaient à des singes peu réceptifs, chez lesquels d'ailleurs l'accident primaire, très différent par ses caractères objectifs du chancre induré de l'homme, pouvait facilement être pris pour une ulcération banale.

S'il est juste de rappeler les travaux de ces précurseurs, il faut reconnaître que le mérite d'avoir créé, pour ainsi dire, la syphilis expérimentale revient à MM. Melchnikoff et Roux (4). En partant du chancre ou des plaques muqueuses, ils parvinrent à obtenir sur le chimpanzé, sans éprouver un seul insuccès, des accidents primaires typiques, déclarés tels sans aucune réserve parles cliniciens experts en syphiligraphie. Une adénopathie d'abord régionale, puis généralisée, et même des accidents secondaires, cutanés ou muqueux,

(1) Si'ebk, Œuvres complètes, vol. II, p. 614-616, Paris, 1896.

(2) Hamonic, Revue d'&ndrologie et de ffynécol, 1903, p. 326.

(3) Ch. Nicolt.e, Ann. de VInst. Pasteur, vol. XVII, p. 636, 1903.

(4) Metchnikoff et Roux, Études expérimentales sur la syphilis; cinq mémoires parus dans les Ann. de VInst. Pasteur de 1903 à 1906.

602 E. JEANSELME. — MALADIES VÉNÉRIENNES.

établissaient une similitude parfaite entre cette syphilis du singe et celle de l'homme. La survie trop courte des animaux en expérience n'a pas permis de savoir si le chimpanzé est susceptible de présenter des manifestations tertiaires.

La question avait donc fait un pas décisif. Mais le chimpanzé est un animal coûteux et fragile, Pouvait-on poursuivre l'étude de la syphilis en utilisant des singes inférieurs et, à l'aide de ceux-ci, obtenir l'atténuation du virus syphilitiquepardespassages successifs? MM. Metchnikoff et Roux, par une série de patientes recherches, ont établi que les catarrhiniens sont moins réceptifs que le chimpanzé pour la syphilis, que chez eux l'accident initial n'est nullement caractéristique, bien que sa nature spécifique soit démontrée par la durée de l'incubation et la présence de l'agent pathogène au point inoculé, que l'adénopalhie régionale est faible, que les accidents secondaires font défaut, que néanmoins ces animaux ont certainement contracté la syphilis, puisqu'ils sont désormais réfractaires à une nouvelle inoculation.

Ces mémorables travaux ont été confirmés dans leur ensemble, malgré quelques divergences de détail, par Neisser, qui, à Breslau d'abord, et plus tard aux Indes néerlandaises, a inoculé des orangs, des gibbons et une multitude de singes inférieurs (1).

Pendant que l'étiologie de la vérole s'enrichissait de notions nouvelles, grâce aux progrès de la méthode expérimentale, Schaudinn découvrait l'agent de la syphilis, qui, jusqu'alors, avait échappé à la sagacité d'innombrables chercheurs. La première note publiée par le savant allemand, trop tôt enlevé à la science, porte la date de 1^05. Avec la collaboration de Hoffmann, Schaudinn a donné une description du Spirochœte pallida reconnue exacte par toutes les recherches de contrôle (2). C'est un filament très ténu, contourné en tirebouchon, dont les tours de spire, au nombre de huit à dix, en moyenne, sont étroits, profonds et réguliers. Le corps de ce microorganisme mesure de 4 à 14 jj. de longueur; il est arrondi et non rubané, peut être pourvu d'une membrane ondulante rudimentaire et porte, à chaque extrémité, un flagelle ordinairement unique, parfois double. Conservé dans du sérum physiologique, le Spirochœte exécute pendant plusieurs heures des mouvements de rotation sur son axe, en même temps qu'il avance ou recule par saccades, en ligne droite et sans ramper ; ou bien il ondule sur place. Toutes ces évolutions peuvent être suivies à l'ultra-microscope, qui possède sur les autres procédés l'immense supériorité de montrer le parasite à l'état vivant le

(1) A. Neisser, Meine Versuche zur Ucbertragung der syphilis auf Allen. Quatre mémoires publiés en collaboration avec ses élèves in Deutsche med. Wockenschr. de 1904 à 1906.

(2) Schaudinn et Hoffmann, Arheiten nus dem kniserlichen Gesundhielsnm/, 10 avril 19U3, Bd. XXII, Heft 2, p. 527.

SYPHILIS. — ÉTIOLOGIE. 1?— 603

Giemsa, coloré par le Splrochœte de la syphilis apparaît faiblement coloré en rose pâle, tandis que le Sperochœte refrïngens, se teint en bleu quand on le traite par le même réactif. Le procédé de l'imprégnation à l'argent, suivant la technique de Levaditi (1), permet d'étudier aisément la répartition des spirochètes sur les coupes.

Leur quasi-constance dans les sécrétions du chancre et des plaques muqueuses de l'homme et des singes soumis à l'inoculation, leur topographie calquée sur les localisations de la syphilis acquise, leur extrême abondance dans les tissus et les organes des hérédo-syphilitiques, enfin leur absence chez les sujets sains, ou atteints de toute autre maladie que la vérole, permet d affirmer sans restriction que le Splrochœte pallida est bien l'agent de la syphilis. Bien que les essais de culture, restés jusqu'ici infructueux, n'aient pas permis de faire la preuve directe de sa virulence, MM. Metchnikolf et Roux qui, les premiers, ont confirmé la découverte de Schaudin, n'hésitent pas à faire de la syphilis une spirillose chronique à poussées successives (2).

En prenant pour guide l'observation clinique, l'expérimentation et la bactériologie, moyens d'investigation qui se prêtent un mutuel appui, nous allons aborder, l'étude desdiverses questionsqui ont trait à l'étiologie de la syphilis et à sa prophylaxie.

ÉTIOLOGIE.

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