V. Généralisation de l'infection syphilitique. — Le chancre
(1) Metchnikoff et Roux, Etudes expérimentales sur la syphilis (4ft mémoire . Ann. de l'Inst. Pasteur, 25 nov. 1905, p. 693.
(2) IIoiiMAN.N,'i>erma/. Zeitschrift, 1906, vol. XIII, fasc. 8, p. 561.
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est virulent depuis son début jusqu'à sa cicatrisation. Un accident primaire datant de deux mois peut contenir des tréponèmes et être inoculable au singe.
D'abord localisée au point d'implantation, l'infection se généralise par les voies sanguines et lympathiques et se traduit par la série des accidents de la période secondaire. C'est ce qu'on appelait autrefois la syphilis constitutionnelle.
La virulence du sang des syphilitiques a été démontrée par les fameuses expériences faites sur l'homme par l'Anonyme du Palatinat en 1855 et par Pellizzari (de Florence) en 1860. Ce dernier inocula du sang de syphilitique à trois de ses assistants. Celui qui avait été inoculé avec le sang le plus fraîchement recueilli prit seul la syphilis.
Hoffmann a inoculé quatre singes avec du sang de syphilitique, et il a obtenu deux résultats positifs. Il conclut de ses expériences que le sang peut être virulent pendant la durée d'une période qui commence trois à quatre semaines avant l'éclosion de la roséole et qui s'étend jusqu'au sixième mois de la syphilis (1). Les résultats sont fort inconstants, même quand le sang est recueilli sur un sujet en pleine période virulente. Toutes les tentatives faites par Neisser, Bsermann et Halberstsedter pour communiquer la syphilis à des singes en leur injectant du sang ou du sérum sanguin de provenance humaine ont échoué (2).
Le tréponème de Schaudinn a été trouvé dans le sang circulant chez les sujets atteints de syphilis secondaire par Nœggerath et Staehelin (3), par Bandi et Simonelli (4), par Nattan-Larrier et Bergeron(5).
Le sang ne parait être qu'un lieu de passage pour le tréponème. Il est présumable qu'il ne s'y trouve que par intermittence, et en petites
(1) Hoffmann, Recherches expérimentales sur la nature infectieuse du sang des syphilitiques. Berlin, klin. Wochenschr., 1905, n° 46; et Deutsche med. Wochenschr., 1906, n° 13.
(2) A. Neisser, G. B.ermann et Hai.berst.fdter, Versuche zur Uebertragung der Syphilis auf Allen. Deutsche med. Wochenschr., 1906, noS 1, 2 et 3.
(3) Nœggerath et Stehelin, Mûnch. med. Wochenschr., 1905, n° 31. — Les auteurs conseillent de suivre la technique suivante :
a. Mélanger 1 centimètre cube de sang avec dix fois son volume d'une solution d'acide acétique à 1/3 p. 100;
/). Centrifuger :
c. Faire avec le sédiment des préparations qu'on colore au Giemsa. ! Bandi et Simonelli, Riforma medica, 1905, n° 29.
(5) Nattan-Larrier et Bergeron, Presse médicale. 10 janv. 1906, p. 19. — Ces auteurs ont trouvé le spirochète de Schaudinn dans le sang des malades atteints de syphilis secondaire non traitée. Ils croient à sa présence constante dans le sang. Voici comment ils procèdent : ils prélèvent 10 centimètres cubes de sang, au pli du coude, qu'ils répartissent dans deux tubes contenant chacun 100 centimètres cubes d'eau distillée. Quand l'hémolyse est faite, ils centrifugent. Puis ils étalent le culot sur des lames qu'ils fixent par l'alcool-éther et qu'ils traitent par la méthode à l'argent selon la technique de Van Ermengen, ou qu'ils colorent par la méthode à l'alun de Ici- de Heidenhain.
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quantités, d'où les recherches négatives de Herscheimer et Huber, et de Ulysse Paranhos.
Tous les accidents secondaires de la syphilis sont virulents. Wallace (1835), Golles(1844), Auzias-Turenne(1855), Langlebert, Rollel(1856) et surtout A. Fournier ont prouvé la virulence par les plaques muqueuses. Ricord, après avoir longtemps nié cette source de contagion, a fini par l'admettre (1859).
Veillon et Girard (1), les premiers, ont signalé la présence de tréponèmes dans les capillaires dilatés des inoculés de la roséole. Levaditi et Queyrat(2) ontfaitla même constatation dans la syphylide secondaire légèrement papuleuse.
D'après Ehrmann et Lipschiïtz (3) dans l'acné syphilitique, les tréponèmes sont assez nombreux dans l'abcès rniliaire situé à la base du poil et surtout dans l'épiderme avoisinant.
MM. Metchnikolï et Roux ont inoculé la syphilis au singe avec des plaques muqueuses.
Ces accidents secondaires, dont la nature spécifique reste ignorée des malades, sont l'origine de la plupart des chancres extragénitaux et de nombreuses épidémies de famille. Dans un cas rapporté par P. Brouardel, le père, la mère, le grand-père, la grand'mère, un enfant et une bonne furent victimes de la vérole. Tout le monde accusait les jeunes, et le mari et la femme s'accusaient réciproquement d'avoir introduit la syphilis dans le ménage. Il n'en était rien cependant. Le coupable était le grand-père, qui, venu à Paris pour affaires, avait contracté la syphilis et avait consécutivement contaminé sa femme: celle-ci avait infecté l'enfant auquel elle faisait prendre ses repas. L'enfant avait transmis la syphilis à son père et à sa mère; enfin la servante portait un chancre de Tavant-bras dû au contact des plaques muqueuses du nourrisson (4).
Chez un sujet en état de syphilis floride, les affections cutanées de nature quelconque doivent être tenues pour virulentes. Ainsi Flûgel, sur un syphilitique ayant un exanthème annulaire et des plaques muqueuses sur les amygdales, a trouvé des tréponèmes dans le pus de molluscums suppures siégeant sur la verge et le scrotum (5). Par contre, Roscher n'a pas constaté de tréponèmes dans du pus extrait d'une pustule d'acné, d'un furoncle chez des individus dont la syphilis était en activité (6).
Au cours de la syphilis secondaire, tous les organes sont virulents.
(1) Veillon et Girard. C. H. de la Soc. de biol., 1905, vol. L1X, p. 652.
(2) Levaditi et Queyrat, Bull, de la Soc. méd. des hôp., 30 mars 1906, p. 325.
(3) Lipschutz, Wiener klin. Woch., 1906, vol. 19, n° 37.
(4) P. Brouardel, L'exercice de la médecine et le charlatanisme, Paris, 1898, p. 281, et Soc. franc, de prophyl., 1903, n° 1, p. 16. — Voy. aussi : Jumon, Études sur les syphilis ignorées. Thèse de Paris, 1880 (inspirée par A. Fournier).
(5) Flïigel, Deutsche med. Wochenschr., 1905, n° 44.
(6) Roscher, Berlin, klin. Wochenschr., 1905.
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Neisser, Bœrmann et Halberstœdter ont obtenu des résultats positifs en inoculant des fragments de rate, de moelle osseuse, de ganglions lymphatiques, de testicules, provenant de singes syphilitiques.
Les mêmes expérimentateurs, ayant inoculé huit singes inférieurs avec des fragments de testicule prélevés sur un singe inférieur syphilisé, ont obtenu quatre succès, tandis que les inoculations pratiquées dans les mêmes conditions avec des fragments de rate ou de moelle osseuse ont toutes échoué. Il semble donc, disent les auteurs, que le testicule est un lieu de dépôt pour le virus syphilitique (1).
Finger et Landsteiner (2) ont réussi à transmettre la syphilis aux singes par inoculation de sperme humain.
Dans une première expérience, ils ont inoculé à un cynocéphale, par le procédé des poches sous-épidermiques, au niveau de l'arcade sourcilière et du pubis, le sperme centrifugé d'un sujet en pleine période secondaire, dont le chancre préputial avait été extirpé. Trois semaines après l'inoculation, apparurent les premières manifestations, qui se transformèrent en ulcérations légèrement indurées. L1animal résista à une réinoculation d'épreuve.
Dans la seconde expérience, le sperme d'un malade, syphilitique depuis trois ans, et atteint d'une orchite interstitielle double, fut inoculé à un Bliesus. Trente- six jours après, se montrèrent dans la zone scarifiée des nodules pâles qui disparurent rapidement.
La troisième tentative d'inoculation donna un résultat douteux.
Finger et Landsteiner ont inoculé sans succès à deux Cynomolgus du lait de femme syphilitique.
Dans le sédiment de l'urine centrifuge de quelques syphilitiques à la période secondaire, on trouve parfois des tréponèmes. En général, il s'agit de sujets atteints de néphrite spécifique précoce (observation d'Hirschberg, Mac Lennan, Dreyer et Tœpel, Barth et Michaux, etc.).
VI. La syphilis tertiaire est-elle virulente? — Il est admis, comme un axionne, que la virulence de la syphilis n'excède pas les limites de la période secondaire. Cependant quelques faits authentiques démontrent la contagiosité des accidents tertiaires. M. Landouzy a rapporté deux cas de contamination ayant pour origine des manifestations du tertiarisme. L'un de ces cas concerne un syphilitique atteint de gomme de la verge, qui infecta sa femme (3). A. Fournier a observé un fait analogue (4). Mauriac et Feulard (5)
(1) Neisser, B.ermann et Halberst.edter, Versuche zur Uebertragung der Syphilis auf Afîen {Deutsche med. Wochenschr., 1906, n°s 1, 2 et 3).
(2) Finger et Landsteiner, Sitzunshericht der kaiserl. Akad. der Wissenschaft. in Wien, 1905, vol. CXIV, fasc. 3, p. 497; 1906, vol. CXV, fasc. 3, p. 179.
(3) Landouzy, Congrès de dermnt. et de syphiligr., Paris, 1889.
(4) A. Fournier, ibid.
(5) Feulard, Ann. de dermal. et de syphiligr., 1896, p. 1025.
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ont cité des faits de contagion par gomme, glossi te tertiaire el syphilide tertiaire chancriforme.
Neisser esl parvenu à inoculer la syphilis au singe avec <!<'> fragments de gomme. Deux fois, la durée de l'incubation a été exceptionnellement longue. L'âge de la syphilis est sans importance, car elle datait de dix-sept ans dans un cas de Finger et de vingt ans dans un des cas de Neisser. Mais il est nécessaire que la gomme soi! fermée et n'ait pas subi la fonte nécrotique.
Hoffmann, avec des produits prélevés sur le bord dune syphilide tertiaire ulcéreuse, a inoculé un singe qui, après vingt-sept jours d'inoculation, présenta un accident local serpigineux réinoculable en séries. A. Buschke et W. Fischer ont établi, par l'inoculation au macaque, qu'un homme syphilitique depuis dix-sept ans et porteur d'une vaste ulcération gommeuse delà cuisse était encore virulent(l).
L'examen bactériologique des produits tertiaires, à moins d'être poursuivi avec beaucoup de persévérance, est presque toujours négatif, car les tréponèmes y sont aussi rares que le bacille de Koch dans le lupus (Neisser). Schaudinnaannoncé, au Congrès de Lisbonne, qu'il avait trouvé dans la portion périphérique d'une gomme du foie un amas de cinq à six tréponèmes. La syphilis remontait à douze ans. Ce n'est qu'à la douzième coupe qu'il a pu les découvrir. Après lui, Spitzer (2) a constaté la présence de tréponème dans des produits tertiaires. Mais les recherches de Roscher (3), de Lipschûtz (4), de Flùgel (5), de Sobernheim et Tomasczewski ont été constamment infructueuses.
La virulence des syphilides pustuleuses malignes, à extension rapide, a été jusqu'ici peu recherchée. D'après deux expériences faites par Buschke et Fischer, il semble que la malignité soit imputable au terrain plutôt qu'au virus, ou qu'elle relève d'une association microbienne, car les animaux inoculés avec des produits de ces formes malignes ont réagi de la même façon que vis-à-vis d'un virus ordinaire.
(1) A. Neissser, G. B^rmann et Halberst.edter, III. Mitteilung. Deutsche med. Wochenschr., 1906, nos 1, 2 et 3. — A. Neisser, Sierert et Schucht, IV Mitteilung. Deutsche med. Wochenschr., 1906, n° 13. — A. Buschke et W. Fischer, Medizinische Klinik, sept. 1906.
(2) Spitzer, Wien. klin. Wochenschr., 1905, n° 31. — L'auteur a trouvé le tréponème dans toutes les gommes examinées, sauf dans 2 cas.
(3) Roscher, Berlin, klin. Wochenschr., 1905, nos 44, 45 et 46. — L'auteur, qui est assistant du Pr Lesser (de Berlin), n'a jamais trouvé le tréponème dans les processus tertiaires typiques.
(4) Lipschûtz, Deutsche med. Wochenschr., 1905, n° 46, p. 1832. — L'examen bactériologique dans trois gommes typiques, chez des sujets parvenus à la période tertiaire, n'a pas donné de résultat.
(5) Fi.ûgel, Deutsche med. Wochenschr., 1905, n° 44. — Dans un certain nombre de cas de syphilis tertiaire (2 gommes de la région frontale, 1 gomme delà jambe, 1 syphilide ulcéreuse de la région latérale du thorax^, il n'a pas été possible de déceler le tréponème.
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