B. — SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
I. Mécanisme de l'infection. — D'un père syphilitique et d'une mère indemne de toute tare spécifique peut naitre un enfant atteint de syphilis héréditaire. C'est sur ce fait d'observation qu'est basée l'hypothèse de la transmission directe de l'infection du père au fœtus. Les partisans de la syphilis germinative d'origine spermatique supposent que le spermatozoïde apporte le germe de la syphilis à l'ovaire, qui serait fécondé et infecté en même temps. Le fœtus contaminerait secondairement sa mère in utero par choc en retour, suivant l'expression de Ricord. Cette syphilis conceptionnelle transmise du fœtus à la mère reste presque toujours latente. Parfois cependant elle se traduirait par des manifestations extérieures. Dans ce cas, la mère présenterait, du deuxième au cinquième mois après la conception, sans accident initial visible, les signes de la période secondaire (1). Il est difficile de se prononcer sur la valeur de la syphilis germinative d'origine spermatique. Finger et Landsteiner ont pu syphiliser un singe en lui inoculant du sperme humain. Mais aucune constatation microscopique ne permet, à l'heure actuelle, de concevoir les relations qui peuvent exister entre le spermatozoïde et le tréponème. Dans la plupart des cas, l'infection semble suivre une marche précisément inverse. La mère est contaminée directement par son mari, soit au moment de la conception, soit pendant la grossesse. L'ovule fécondé est primitivement sain, mais, au cours de son développement, la syphilis maternelle lui est transmise par voie utéro-placentaire. Quand l'hérédité syphilitique est transmise par la mère, le père
(1) Des manifestations de la syphilis constitutionnelle non précédées d'accident primaire ne prouvent pas que l'infection a été transmise a la mère par le fœtus, car le chancre passe aisément inaperçu chez la femme.
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étant sain, on peul supposer que le tréponème préexistait à la conception dans l'ovule. La réalité de celle syphilis germinative d'origine ovulai re était jusqu'ici fort problématique ; des recherches récentes apportent un appui sérieux à celle hypothèse.
Hoffmann ( 1 ) et Woltersont vu des tréponèmes dans le protoplasma des ovocytes d'un fœtus mort-né au septième mois de la grossesse. A la même époque, Levaditi et Sauvage (2) ont découvert des tréponèmes dans deux ovocytes chez un prématuré hérédo-syphilitique qui succomba au trentième jour après sa naissance. D'autres follicules de GralT, atteints d'atrésie folliculaire, contenaient des ovocytes réduits de volume et en état de dégénérescence granuleuse; ils renfermaient également des tréponèmes droits ou entortillés.
« Tout en tenant compte de ce que ces constatations se rapportent à des nouveau-nés hérédo-syphilitiques et non à des spécifiques adultes, nous devons admettre que le tréponème pâle est capable d'envahir activement le follicule de Graff et de pénétrer dans le protoplasma de Vovocyte. Il reste à savoir si les ovules infectés sont, dans la suite, fécondables et s'ils peuvent, une fois fécondés, évoluer normalement. A notre avis, le fait n'est pas impossible, puisqu'il a démontré que les œufs de YOrnythodorus, contaminés par le S. P. Dutloni, germent et donnent naissance à des larves qui contiennent le virus et qui sont capables de le transmettre sitôt qu'elles ont achevé leur cycle évolutif. S'il en est ainsi, nous devons entrevoir la possibilité d'une transmission de la syphilis maternelle au rejeton par V intermédiaire de l'ovule, en dehors de toute infection placentaire évoluant pendant la grossesse » (Levaditi et Sauvage).
Tout récemment, R. Duperie (de Bordeaux), chez un nouveau-né à terme, issu d'une spécifique et mort à l'âge de deux ou trois jours, a trouvé le tréponème dans les tubes de Pflùger atrésiés et dans l'intérieur même des follicules primordiaux de l'ovaire (3).
L'infection ovulaire d'emblée est donc possible, mais il est probable que, le plus souvent, la pénétration du tréponème dans l'œuf se fait après la fécondation par voie utéro-placentaire (syphilis fœtale postconceptionnelle).
Cette explication est d'ailleurs la seule possible quand la mère devient syphilitique à une époque postérieure à la conception.
En somme, dans l'immense majorité des cas, sinon dans tous, l'enfant tient la syphilis de sa mère. Le rôle de celle-ci, en fait d'hérédo-syphilis, est à ce point prévalent qu'une femme, saine en apparence, ayant eu des enfants syphilitiques nés d'un premier mari, peut, au cours d'un second mariage avec un homme indemne de toute tare spécifique, donner naissance à des enfants entachés de
(1) Hoffmann, Die yELiologie der Syphilis, Berlin, 1906.
(2) Levaditi et Sauvage, C. R. de l'Acad. des sciences, 1906, vol. GXLHI, p. 559.
(3) R. Duperie (de Bordeaux), Soc. de méd. et de chir. de Bordeaux, 28 mai 1909.
SYPHILIS. — ÉTIOLOGIE. 19—619
syphilis (hérédité par imprégnation). De sorte qu'un homme marié à une veuve peut trouver dans sa descendance des tares léguées par le premier mari.
Quel que soit le mécanisme de l'infection, la mère d'un hérédosyphilitique est immunisée contre la syphilis; elle est désormais réfractaire à toute inoculation accidentelle ou expérimentale ; elle peut donner impunément le sein, soit à son propre enfant, soit à tout autre nourrisson hérédo-syphililique, sans courir le risque d'être contaminée. Cette règle se vérifie presque toujours, alors même que la syphilis maternelle ne se traduit par aucun signe extérieur. Baumes, chirurgien en chef de l'Antiquaille de Lyon, a exprimé cette vérité dans une phrase célèbre où il unit étroitement un fait — l'immunité de la mère en état de syphilis latente — et une hypothèse — l'origine paternelle de l'hérédo-syphilis. — « Une mère, dit-il, ayant porté dans son sein un enfant syphilitique qui doit l'infection au sperme de son père ne contracte pas généralement, en nourrissant son propre enfant, la maladie syphilitique, comme pourrait la contracter une nourrice étrangère (1). » En d'autres termes, et plus simplement, la loi de Baumes-Colles peut s'énoncer ainsi : « Un enfant procréé syphilitique ne contagionne jamais sa mère » (A. Fournier).
Réciproquement, on a soutenu qu'une mère syphilitique n'infecte jamais son enfant indemne à la naissance. Cette affirmation, connue sous le nom de loi de Profeta, a été vivement combattue ; Rudolf Mafzenauer a pu citer jusqu'à six cas dans lesquels le fœtus a été contaminé pendant l'accouchement par des syphilides génitales de la mère et a présenté, peu après la naissance, un chancre syphilitique.
II. Morbidité et mortalité des kérédo-syphilitiques. — Plus l'infection est récente chez les parents, plus l'enfant est exposé à naître syphilitique ou même non viable.
Sur 90 grossesses survenues dans le cours d'une première année de syphilis, 88 se terminent par la mort, dit A. Fournier. A mesure que la syphilis vieillit et s'atténue, la statistique s'améliore graduellement, si bien qu'après la sixième année il est rare qu'un ancien syphilitique engendre un hérédo-syphilitique.
Puisque la virulence fléchit avec les années, la série des grossesses successives devrait aboutir aux résultats suivants : d'abord des fausses couches, puis des enfants avant terme, mort-nés et macérés, plus tard des prématurés viables, mais syphilitiques, enfin des enfants sains en apparence et seulement de poids inférieur à La normale. Mais divers facteurs interviennent pour déjouer ces prévisions. D'abord un traitement prolongé, repris avant chaque grossesse, prévient souvent les effets de la syphilis sur la descendance.
(1) Baumes, Précis des maladies vénériennes, lxio.
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En outre, la transmission de la syphilis <isl d'autant plus probable et sa gravité d'autant plus forte que l'infection de la mère a eu lieu à une époque plus rapprochée du débui <le la grossesse. A partir du septième mois, le fœtus acquiert en quelque sorte une autonomie qui le rend moins vulnérable vis-à-vis de la syphilis maternelle.
Ces diverses causes, les unes favorables, les autres contraires à la transmission de la syphilis des générateurs au produit, s'associent ou se neutralisent, de sorte que les tares relevées dans la descendance des syphilitiques succèdent dans un désordre apparent. En réalité, l'hérédo-syphilis subit des fluctuations ; souvent elle est alternante ou récurrente, et, après avoir épargné un des termes de la série, elle peut reparaître chez les suivants.
Né à terme, jouissant en apparence d'une santé parfaite, l'enfant issu de souche syphilitique ne doit pas être considéré comme indemne, car il est exposé, à échéance plus ou moins lointaine, aux accidents de l'hérédo-syphilis précoce ou tardive. Souvent débiles, offrant une faible résistance aux infections, ils succombent par centaines, dans les premières années de la vie, à la bronchopneumonie, à la diphtérie et à la tuberculose.
HT. Virulence des tissus et des humeurs des liérédosyphilitiques. — Tandis que, dans la syphilis acquise, la recherche de l'agent pathogène est souvent laborieuse, dans la forme héréditaire, véritable septicémie spécifique (Neisser), tous les tissus et les liquides de l'organisme fourmillent de tréponèmes et sont doués de virulence. L'examen bactériologique du sang a presque toujours donné un résultat positif (1). Suivant la remarque de MM. Ravaut et Ponselle, le tréponème se trouve aisément dans le sang des hérédo-syphilitiques, alors qu'il est très difficile de le mettre en évidence dans le sang des adultes, même à la période de roséole.
Le foie, qui reçoit directement le sang du placenta, la rate, la moelle osseuse, les ganglions, les capsules surrénales, les reins, les poumons, les testicules, les ovaires, en un mot la plupart des viscères sont farcis de tréponèmes. Ceux-ci, pendant la vie, peuvent s'éliminer par des voies diverses. Les sécrétions nasales des hérédo-syphilitiques sont virulentes. Trois fois, sur cinq cas examiné, Minassian a trouvé des tréponèmes dans le coryza des hérédo-syphilitiques (2). Neisser a communiqué à un singe la syphilis en lui inoculant du mucus purulent provenant d'un enfant syphilitique (3). Vernicke et Elizalde ont trouvé des trépo-
(1) Buschke et Fischer, Deutsche med. Wochenschr., 18 mai 1905, p. "91, et 25 mai, p. 839. — Ravaut et Ponselle. Gaz. des hôp., 31 juillet 1906. — Ribadeau- Dumas et Poisot, Soc. de biol., 16 fév. 1907. — Georges Petit et Minet (de Lille), Soc. méd. des hôp., 12 avril 1907, n° 12, p. 317.
(2) Minassian, Rivista veneta di scienze mediche, 30 nov. 1906.
(3) Neisser, Siebert et Schucht, Deutsche med. Wochenschr. (4e communication), 1906, n° 13.
SYPHILIS. — ÈTIOLOGIE. 17—621
nèmes dans les fissures labiales et péiïbuccales, Babès et Panea dans la sécrétion recueillie dans le sac conjonctival d'un enfant atteint de conjonctivite spécifique, Schlimpert dans la conjonctive et le sac lacrymal. D'après Levaditi et Salmon, le tréponème se localise de préférence dans les épithéliums glandulaires. Ils ont trouvé des tréponèmes, en plus on moins grande abondance, dans les glandes sudoripares, dans les tubes contournés du rein, dans le contenu des alvéoles pulmonaires. Les urines des enfants hérédo-syphilitiques, qui ne présentent aucune lésion du rein et de la vessie, peuvent contenir des tréponèmes. D'après Simmonds, le méconium des fœtus syphilitiques peut contenir une quantité prodigieuse de tréponèmes. Cet auteur insiste sur l'élimination abondante de tréponèmes par la voie intestinale. Les sécrétions cutanées, l'urine, les mucosités broncho-pulmonaires, peuvent donc être l'origine de contamination (1). Les bulles du pemphigus des nouveau-nés syphilitiques contiennent aussi des tréponèmes, comme le démontrent les examens de Levaditi, de Salmon, de Souza, etc. (2). Éliminés par ces multiples voies et par les plaques muqueuses des lèvres et de la région ano-génitale, les tréponèmes peuvent propager la syphilis dans l'entourage du petit malade. Ainsi s'expliquent certaines épidémies de famille, comme celle dont W.-R.Grove a rapporté l'histoire (3). Une femme, ayant contracté la syphilis deux ans auparavant, accouche d'un enfant qui, peu après sa naissance, est atteint de pemphigus généralisé. L;enfant guérit, mais, à dix-huit mois, il porte des lésions spécifiques de la bouche et de l'anus. Un mois après, la grand'mère, qui soignait l'enfant, présente un chancre de la lèvre et peut-être de l'amygdale, suivi d'accidents secondaires. Ensuite une sœur du petit malade âgée de douze ans et un frère de sept ans ont successivement un chancre de l'amygdale. Tontes ces contagions ont eu comme vecteur la cuiller qui servait au nouveau-né.
Plusieurs examens prouvent que le placenta et le cordon peuvent être infiltrés de tréponèmes (4), d'où contamination possible de l'accoucheur ou de la sage-femme qui assiste une femme en travail sur laquelle on ne relève aucun signe suspect (5).
Les glandes génitales des hérédo-syphilitiques semblent être un lieu de prédilection pour les tréponèmes.
(1) Levaditi et Salmon, Soc. de biol., 18 nov. 1905. — Levaditi, Ann. de l'Jnsl. Pasteur, 1906, p. 4L
(2) Salmon et Macé, Soc. d'obstétrique de Paris, 16 nov. 1905. — Levaditi et Salmon, Soc. de biol., 18 nov. 1905. —Souza, Berlin, klin. Wochenschr., 1905, n° 44.
(3) W.-R. Grove, British med. Journ., 16 juin 1906, p. 1400.
(4) Ménétrier et Rubens-Duval, Soc. méd., 29 déc. 1905. — Nattan-Laiuueh cl Iîiuni.eau, Soc. de biol., 27 janv. et 3 fév. 1906. — Wallich et Levaditi, Soc. de biol, 27 janv. 1906. — E. Radaeli, Lo Sperunenlale, mai 1906. — Minassian, llirista venela di scienze mediche, 30 nov. 1906.
(5) Ruschke et Fischer, Deutsche med. Wochenschr., 1905 n° 21. — Ils oui décelé des tréponèmes dans le liquide amniotique.
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Magalhaes, Simmonds on! constaté teur présence dans l'ovaire de nouveau-nés et de fœtus macérés. Hoffmann et Wolters, Levaditi et Sauvage ont môme pu découvrir des tréponèmes dans deux ovaires. Fouquet a vu ces parasites dans le testicule d'un nouveau-né. Neisser, par linoculation au singe, a prouvé que l'ovaire et le testicule des hérédo-syphilitiques peuvent transmettre la syphilis. On peut se demander si ces tréponèmes restés inactifs dans les glandes génitales, durant toute l'enfance, ne peuvent pas à la puberté devenir une source de contagion. Tel est peut-être le mécanisme de l'infection dans les cas de syphilis héréditaire de seconde génération.
I. Essais de vaccination et de sérothérapie antisyphilitiques. — Toutes les tentatives faites à diverses époques par Tommasoli,Ch. Richet, A. Fournier etFeulard, Kollmann, G. Mazza,etc, pour enrayer la syphilis au moyen de sérum de mouton, de chèvre, de chien, de lapin, de bœuf, de cheval, animaux réfractaires à l'infection syphilitique, ont été infructueuses.
Pellizzari et plus récemment Neisser, Kraus, Brandweiner, Finger et Landsteiner ont injecté, sans succès, à des sujets atteints de syphilis récente, du sérum sanguin provenant d'individus parvenus à la période tertiaire.
Richet et Héricourt, puis Gilbert et L. Fournier, Triboulet, Tarnowsky n'ont obtenu aucun résultat constant par l'injection de sérum puisé sur des chiens auxquels ils avaient inoculé, au préalable, du sérum de syphilitique.
Les recherches de Metchnikoff et Roux démontrent que le sérum de singes préalablement syphilisés et soumis ensuite à des injections répétées de sang provenant de sujets en pleine période éruptive ne possède aucune propriété préventive et curative. Mais le sérum des singes ainsi préparés parait doué de qualité bactéricide in vitro visà-vis du tréponème; car, si on met ce sérum en contact avec du virus humain, celui-ci devient inactif. En effet, un Cynocephalus sphynx, inoculé avec ce mélange, survécut six mois sans présenter aucune lésion locale, tandis que le singe témoin présenta un chancre après vingt-sept jours d'incubation. Les mômes expérimentateurs ont obtenu le même résultat en saupoudrant et en frottant le point d'inoculation du virus avec du sérum desséché provenant de singes immunisés.
MM. Metchnikoff et Roux, au cours de leurs études sur la syphilis expérimentale, ont essayé d'obtenir une vaccination au moyen de virus syphilitique tué ou modifié. Ces recherches n'ayant pas donné de résultats satisfaisants, ils se sont elï'orcés d'atténuer le virus vivant
par de nombreux passages sur les singes inférieurs (1). Une circonstance fortuite leur a montré qu'ils étaient sur la bonne voie. Un aide préparateur, préposé à l'examen des singes syphilitiques, à l'Institut Pasteur, n'ayant jamais eu la syphilis, constate un jour sur sa lèvre une petite ulcération arrondie. La cicatrisation fut prompte et ne fut suivie d'aucun signe suspect. Mais, quelque temps après, une petite ulcération reparut au même point. MM. Metchnikofï et Roux, avec le produit du raclage de la région, inoculèrent un macaque javanais aux arcades sourcilières. Trente-cinq jours après, des chancres typiques apparaissaient aux points d'inoculation et, dans ces chancres, on constataitde nombreux spirochètesdeSchaudinn. CependantM. A. Fournier, après un examen approfondi du sujet, ne trouva aucun indice favorable à l'hypothèse de syphilis et, durant une période d'observation prolongée pendant plus de six mois, ne put découvrir aucun signe suspect. Dix-sept singes, dont trois chimpanzés, furent inoculés avec du virus provenant du macaque javanais qui avait été lui-même inoculé avec l'ulcération labiale de l'aide-préparateur. Tous ces singes eurent des lésions primaires très grandes et absolument typiques. Aucun des trois chimpanzés n'eut d'accidents secondaires, fait qui, d'après les expérimentateurs, doit être interprété dans le sens de l'atténuation du virus de l'aide-préparateur. Pour établir que ce virus est capable de vacciner contre le virus de la syphilis humaine non atténuée, quelques singes ont été soumis à des inoculations d'épreuve. Trois singes sur quatre se sont montrés réfractaires. De ces expériences de contrôle, MM. Metchnikofï' et Roux concluent que le virus provenant de l'ulcération de l'aidepréparateur était doué d'un pouvoir vaccinal.
Les mêmes expérimentateurs ont inoculé, à la fin de 1904, deux papions avec un chancre syphilitique delà verge. L'accident primaire de ces singes a servi à faire deux passages par des chimpanzés et deux autres passages par des bonnets chinois. Le virus d'un de ces derniers a été inoculé, le 30 août 1905, à l'avant-bras d'une personne âgée de soixante-dix-neuf ans et aux arcades sourcilières d'un chimpanzé et d'un macaque bonnet chinois.
Le chimpanzé, après une période de vingt-trois jours, présenta un accident primaire typique accompagné d'une forte adénopathie régionale des deux côtés de la tête, et le macaque, après trente et un jour d'incubation, eut un petit chancre au point d'inoculation. Quant à la personne en expérience, elle n'eut que des lésions tout à fait insignifiantes. En deux des trois points inoculés, douze jours après l'insertion du virus, se développèrent deux papules brunâtres qui ne s'ulcérèrent pas et persistèrent plusieurs semaines. Observé
(1) Metchnikoff et Roux, Etude expérimentale sur la syphilis (5e mémoire). A un. de Vlnst. Pasteur, 25 oct. 1906.
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pendant un an, le sujet qui n'avait pas eu antérieurement la syphilis ne présenta aucune autre manifestation.
MM. Metchnikoff et Roux pensent que ces essais de vaccination
antisyphilitique pourraient être poursuivis sur l'homme. «... Il esl une catégorie de personnes, disent-ils, qui pourraient en tirer bénéfice : ce sont les prostituées, au début de leur carrière. En se faisant vacciner, elles ne risqueraient rien, car, à bien peu d'exceptions pré-. elles prennent la terrible maladie. L'inoculation préventive se ferait de préférence aux bras, ce qui permettrait d'éviter les contagions pendant l'évolution du vaccin. Autant qu'il est permis d'en juger, à l'heure actuelle, les virus atténués ne provoquent pas d'accidents secondaires.
« Les vaccinations antisyphilitiques pourraient aussi être utilisées dans la lutte contre la syphilis extragénitale, si répandue encore dans certains pays, comme la Russie, où les enfants contractent la maladie auprès de leurs parents et en jouant avec d'autres enfants déjà contaminés (1). »
Krans (de Vienne) prépare un vaccin en broyant des chancres dans de l'eau physiologique et en stérilisant l'émulsion par de l'acide phénique à 0,5 p. 100. 1 à 2 centimètres cubes de liquide sont injectés en trois ou quatre fois pendant vingt jours sous la peau des sujets syphilitiques. D'après l'auteur, ce mode de traitement empêcherait la généralisation de l'infection syphilitique dans la proportion de 33 p. 100. Mais les résultats de la méthode préconisée par Krans ont été fort contestés.
Neisseret ses élèves ont aussi abordé le problème de la vaccination antisyphilitique. En injectant à des hommes et à des chimpanzés du sérum sanguin, en quantité énorme, provenant de syphilitiques, ils n'ont pas transmis la maladie, mais ils n'ont pas conféré l'immunité. En mélangeant, in vitro, du sérum de même provenance et du virus syphilitique, ils n'ont pas réussi à abolir l'activité pathogène du virus. « Nous ne connaissons, dit Neisser, ni un sérum suffisamment fort pour protéger les animaux contre l'infection syphilitique, ni une méthode qui puisse donner une immunité active, parce que nous ne sommes pas arrivés à produire un virus vraiment atténué, soit par passage par un animal intermédiaire, soit par quelque procédé chimique ou physique. Ou le virus était absolument mort, ou il produisait le chancre habituel. »
Ailleurs il dit : « On a noté, bien entendu, des différences dans l'incubation et l'évolution du chancre; mais ces modifications sont absolument sans valeur, parce que ce ne sont pas les symptômes qui nous intéressent, mais bien la maladie en sa totalité. Je crois, au contraire, que ce n'est que la quantité des spirochètes inoculés, et
(1) Metchnikoff et Roux, Étude expérimentale sur la syphilis (5e mémoire (Ann. de VInst. Pasteur, 25 octobre 1906, p. 794-795.)
non pas la qualité de leur virulence, qui exerce une action sur la marche plus ou moins rapide de l'accident primaire. De même, la réussite et la rapidité de l'inoculation dépendent de la nature el de l'âge du produit syphilitique employé (1). »
II. Prophylaxie de la syphilis d'origine «fénitale. — Avant le coït, le sujet s'assurera, par un examen minutieux, qu'il ne porte aucune excoriation au niveau des lèvres et des organes génitaux. Les petites déchirures et les orifices folliculaires anormalement dilatés, qui sont situés près du frein de la verge, la balanite, l'eczéma et surtout l'herpès du gland peuvent servir de porte d'entrée au germe de la syphilis.
Le phimosis, qui entretient un état d'irritation constante de la muqueuse, qui empêche sa cutanisation et s'oppose au lavage complet de la cavité balano-préputiale après le coït, favorise certainement l'infection syphilitique. Toutefois la circoncision ne rm*t pas a l'abri de la syphilis, car beaucoup d'israélites et de mahométans contractent cette maladie (2).
Au moment même de l'acte vénérien, un palper rapide et discret des glandes inguinales de la femme, un coup d'œil furlif jeté sur les organes génitaux peuvent encore donner de précieuses indications.
S'il subsiste quelque doute, le moyen le plus sûr pour prévenir la contamination est l'emploi du préservatif en baudruche ou en caoutchouc. A son défaut, la verge tout entière sera enduite d'un corps gras, afin d'éviter les déchirures. Les frictions prolongées multiplient les risques de contagion ; ne pas s'attarder à l'acte et besogner vite, suivant la recommandation de Nicolas Massa, est le meilleur moyen d'éluder le danger.
Aussitôt après le coït, les organes génitaux seront lavés et savonnés à fond. Ce nettoyage, qui agit mécaniquement, est préférable aux lotions antiseptiques. M. Metchnikoff a démontré, en effet, qu'un lavage avec une solution de sublimé au millième, fait une heure après l'inoculation et continué pendant quatre minutes environ, n'empêchait pas l'apparition du chancre (3). La cautérisation avec le crayon de nitrate d'argent, d'après les expériences de Neisser, est également inefficace (4).
(1) A. Neisser, Syphilis expérimentale. Communication au Congrès de Lisbonne, 1906. — Chez le singe le plus âgé, les signes de la syphilis généralisée ne se sont manifestés que le cent soixante-quatorzième jour; chez le singe le pins jeune, ils ont été constatés dès le cinquante-quatrième joui-.
(2) Certains médecins de marine conseillent à leurs hommes de durcir leur gland en prenant des bains locaux d'eau blanche ou de tanin, ou en introduisant sous le prépuce du coton imbibé de vin rouge. — Conseils au sujet des maladies vénériennes par H. Ludger, médecin principal de la marine. Soc. franc, de proplu/l., 1902, n° 2, p. 82.
(3) Metchnikoff, Soc. franc, de prophyl., 1906, n° 1, p. 30.
(4) A. Neisser, G. H i.hmann et Halberst/edter, Deutsche med. Wochenschr.. 1906, n°* 1, 2 et 3.
Traite d'hygiène. XVII. — 40
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MM. Metchnikofî et Roux ont établi par douze expériences, dont aucune n'a été suivie d'insuccès, que dos frictions avec une pommade au calomelau tiers (lanoline, 20 grammes ;calomel, 10 grammes) faites dans les dix-huit heures, au point d'inoculation, préviennent réclusion de la syphilis chez le singe. Le 1er lévrier 1906, \\> ont répété la même expérience sur un étudiant en médecine indemme de toute tare syphilitique héréditaire ou acquise. Du virus prélevé sur deux chancres indurés fut inséré avec le scarificateur en six endroits dans le sillon balano-préputial du patient. Divers singes furent inoculés de la même façon. Une heure après l'opération, les scarifications faites sur l'étudiant et sur un macaque ont été frictionnées, durant cinq minutes, avec de la pommade au calomel au quart. Vingt heures après, les points inoculés sur un autre macaque furent aussi traités par la pommade au calomel. L'étudiant, tenu en observation pendant plus de trois mois, n'offrit aucune manifestation syphilitique. Desanimauxen expériences, seul échappa à la contagion celui qui fut frictionné en même temps que l'étudiant; tous les autres, y compris le singe soumis aux frictions vingt heures après l'inoculation, devinrent syphilitiques (1).
Les expériences de contrôle instituées par Neisser n'ont pas donné des résultats constants. Mais il faut remarquer que Neisser a employé une pommade faible, contenant un dixième de calomel seulement, et qu'il faisait des scarifications profondes, ce qui est inutile pour la démonstration, car MetchnikoffetRoux, dans leurs expériences, introduisaient déjà le virus en quantité plus grande, et d'une façon plus violente, que dans les cas de contamination naturelle.
L'emploi de la pommade au calomel peut rendre de grands services dans la pratique (2). Assurément, il n'amènera pas l'extinction de la syphilis, car beaucoup de personnes peu soucieuses de leur santé négligeront ce moyen prophylactique. D'ailleurs, ce procédé ne peut être appliqué dans le cas d'infection ayant pour porte d'entrée la muqueuse bucco-pharyngée, enfin il n'est pas douteux qu'une friction faite à l'aveugle sur toute rétendue de la verge ou du vagin, dans l'ignorance des points où Tépiderme a pu céder, est infiniment moins efficace qu'une friction portant uniquement sur des scarifications dont le siège est exactement connu. Une partie de ces critiques tombent si, comme le conseille M. Maisonneuve, la pommade est appliquée sur la verge avant l'acte vénérien. Les mouvements du coït réalisent la friction nécessaire pour amener la pénétration du mercure dans les tissus et pour le répartir sur toute l'étendue de la muqueuse vaginale,
(1) Metchnikoff et Roux, Ann. de l'Insi. Pasteur, 1905, p. 683, et Bull, de VAcad. de méd., H mai 1906. — Maisonneuve, Expérimentation sur la prophylaxie de la syphilis. Thèse de Paris, 1906.
(2) MM. MetchnikofT et Roux préconisent, pour les prostituées, une lriction exécutée toutes les dix-huit heures. Malheureusement ces femmes sont exposées à toutes sortes d'inoculations extragénitales que la pommade ne peut atteindre.
alors que la friction digitale ne peut guère se faire que sur la vulve.
Neisser considère comme ayant une propriété préservatrice : 1° la pommade contenant du calomel ou calomélol à 33 pour cent et une solution de chlorure de sodium; — 2° la solution de sublimé ou sublamine à 2 ou 3 pour 1 000; — 3° la solution à 10 pour 100 de quinine dans la glycérine ; — 4° la solution à 50 pour 100 d'iodoforme dans la glycérine (1).
L'excision ou la destruction du chancre, dans l'immense majorité des cas, n'empêche pas la syphilis de suivre son cours. Et cet échec de l'éradication se conçoit aisément puisque, vingt-quatre heures ou même seulement huit heures après l 'inoculation, l'ablation du point par lequel le virus a pénétré n'entrave pas la généralisation de l'infection.
La mercurialisation préalable ne rend pas l'organisme réfractaire à la syphilis. Depuis longtemps déjà on avait fait la remarque que les ouvriers travaillant dans les mines de mercure n'étaient pas vaccinés contre la syphilis. Les expériences de Neisser établissent que des injections mercurielles faites dès le premier jour de l'infection ne modifient pas la durée de la période d'incubation. L'infection se généralise de la même façon chez les animaux non merculiarisés que chez les autres, et, malgré le traitement précoce, ;le virus n'est pas atténué.
Le spirochète de Schaudinn résistant mal à l'action des agents physiques, MM. Metchnikoff et Roux ont recherché s'il pouvait éteindre la virulence par une température compatible avec l'intégrité des tissus. « Pour élucider cette question, nous avons inoculé à la verge d'un papion (C. sphinx) du virus venant de chancres indurés de deux personnes syphilitiques. Une heure plus tard, nous avons plongé la verge de l'animal dans de l'eau chaude, amenée graduellement à 48°. L'organe est rest quarante minutes sous l'influence de cette température. Ce traitement n'a pas empêché le développement sur la verge de deux petites indurations ovales de nature syphilitique. Il est vrai que l'accident a été minime et a guéri au bout de quelque temps: mais néanmoins cette expérience a démontré l'inefficacité de la méthode de chauffage dans les conditions que nous avons choisies. »
Les plaques muqueuses sont assurément un agent de transmission de la syphilis bien plus actif que le chancre. Aussi bien au point de vue de la prophylaxie sociale que dans l'intérêt des malades, il y a donc intérêt à stériliser ces syphilides, sources de contamination.
Le traitement local suffit-il pour rendre inoffensive une plaque syphilitique? Jusqu'à quel niveau les caustiques usités agissent-ils en profondeur? Cette action est-elle passagère ou durable? Autant de
(1) Neisser, Deutsche dermatolog, Gesellschaft, Francfort-sur-le-Mein, juin 1908.
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questions que nous nous sommes posées, M. Fouraine et moi, et que nous avons essayé de résoudre, en examinant, à l'aide de l'ultramicroscope, le produit de grattage des plaques muqueuses avant et après l'application de dilï'érents antiseptiques (1).
Voici les résultats généraux de nos expériences :
1° Nitrate d'argent en solution aqueuse au cinquième. — Immédiatement après la cautérisation (de deux à dix minutes), les examens tant de la surface de la plaque que de sa sérosité sont toujours négatifs ; parfois on rencontre dans cette dernière quelques cadavres de tréponèmes, mais jamais de microbes vivants.
Dans les heures qui suivent (de deux à vingt-quatre heures), la surface de la plaque paraît suffisamment stérilisée; on y rencontre parfois quelques rares tréponèmes, d'ailleurs toujours morts.
Par contre, la sérosité redevient beaucoup plus vite contagieuse. Déjà, vingt minutes après la cautérisation, des tréponèmes mobiles et bien vivants y sont visibles, et leur nombre, quelques heures plus tard, est souvent colossal.
Les jours suivants, les plaques sont redevenues infectantes, et il est courant, après quarante-huit heures, de voir dans les produits de la surface et dans la sérosité d'assez nombreux tréponèmes vivants.
En quatre à cinq jours enfin, toutes les parties de la plaque sont, à nouveau, aussi riches en virus qu'avant la cautérisation.
Il semble donc que la solution aqueuse de nitrate d'argent exerce une action passagère et vite épuisée sur la syphilide et que cette action est surtout de surface. Survienne le moindre traumatisme, déjà vingt minutes après la cautérisation la plaque devient infectante.
Nous avons fait quelques essais avec la solution de nitrate d'argent à 50 p. 100 (parties égales de sel et d'eau); les résultats nous ont paru identiques aux précédents.
2° Crayon de nitrate d'argent. — Examinées aussitôt après la cautérisation, les plaques ont toujours été trouvées stériles, aussi bien à leur surface que dans leur profondeur ; jamais nous n'avons pu y déceler de tréponèmes.
Cette action paraît assez durable, puisque de nombreux examens en série, faits d'une à vingt-quatre heures après la cautérisation, ne nous ont jamais montré de tréponèmes vivants à la surface de la plaque, et que, s'il nous a été possible d'en rencontrer dans la sérosité dès la troisième heure, ils étaient, du moins, toujours détendus et inertes.
Cependant la stérilisation n'est que temporaire. Cinq jours après, nous voyons d'assez nombreux tréponèmes mobiles; en une semaine,
(1) E. Jeanselme et A. Touraine, Action des différents caustiques sur les plaques muqueuses, vérifiée par l'ultra-microscopc. Soc. méd. des hôp., 29 juillet
leur nombre redevient aussi considérable qu'avant le traitement.
3° Teinture diode. — Nous avons utilisé la teinlure d'iode normale du Codex, non dédoublée.
Les résultats ont été également satisfaisants. L'application est toujours suivie d'une stérilisation complète delà plaque. La surface et la sérosité ne renferment aucun tréponème apparent.
Trois heures après l'application, nous avons quelquefois rencontré des tréponèmes dans la sérosité, mais ils étaient toujours morts et détendus.
L'action de l'iode paraît même, dans certains cas, plus durable que celle de l'argent, car il nous est arrivé de ne constater aucun microbe vivant dans la sérosité deux jours après la cautérisation; dans un cas, cependant, ils se sont montrés très nombreux et mobiles après quarante-huit heures.
4° Eau oxygénée. — Nous ne Lavons employée qu'une fois, pure. Son application nous a paru assez douloureuse et ne nous a donné que des résultats médiocres. Un quart d'heure après son emploi, nous avons trouvé de nombreux tréponèmes vivants dans la sérosité de la plaque traitée.
5° Pommade au calomel. — Nous nous sommes servi de pommade au tiers, en simple application, et non pas en friction suivant la méthode indiquée par MM. Metchnikoff et Roux.
La surface de la plaque, recouverte de cette pommade, paraît suffisamment stérilisée pour un court laps de temps, bien que nous ayons vu parfois de nombreux cadavres de tréponèmes un quart d'heure après l'application de ce topique.
Quant à la sérosité, son asepsie est nettement incomplète et déjà, dix minutes après l'application, on y trouve de nombreux tréponèmes bien vivants et mobiles.
Par la suite, en quarante-huit heures, les tréponèmes se retrouvent indifféremment et en abondance dans les diverses parties de la plaque.
6e Onguent napolitain. — Les résultats sont identiques à ceux que fournit la pommade au calomel : asepsie immédiate de la surface de la plaque ; mais l'action paraît très superficielle, car, dix minutes après l'application, la sérosité contient de nombreux tréponèmes mobiles.
Enfin nous avons cherché quelle action le simple lavage à l'eau et au savon pouvait exercer sur les syphilides.
Nous avions, en effet, constaté fort souvent, en examinant par principe, à l'ultra-microscope, les syphilides des entrantes, que, chez les malades qui paraissaient assez soucieuses des règles de l'hygiène, la recherche des tréponèmes était beaucoup moins fructueuse que chez les autres.
Or, une simple aspersion de plaques avec de l'eau savonneuse suffit pour qu'un raclage de la surface, pratiqué môme vingt minutes
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après, n'y révèle aucun tréponème. Mais, évidemment, l'eau ne peut exercer son influence destructrice que dans les couches les plus superficielles et, de fait, au moment où la surface paraissait stérile, un grattage plus prolongé dénonçait de nombreux tréponèmes vivants dans les assises profondes de Tépiderme.
La stérilisation de la surface des plaques est donc très facile à obtenir, au moins d'une façon temporaire ; tout agent chimique y parvient aisément et complètement.
Ce que l'on sait de la grande fragilité du tréponème cadre bien avec ces premiers résultats, et on peut même se demander si le simple contact de Peau ou l'exposition prolongée à Pair (ce que nous avons d'ailleurs souvent vérifié) ne suffit pas à détruire les tréponèmes superficiels.
En ce qui concerne l'action sur les régions plus profondes des plaques, les différents caustiques nous paraissent devoir être classés en trois grandes catégories suivant leur excipient.
Les uns sont appliqués en nature ou en solution dans l'alcool; tels sont le crayon de nitrate d'argent, l'iode en teinture. La stérilisation est profonde, durable; son effet ne disparaît qu'en quatre à cinq jours.
Un deuxième groupe est constitué par les caustiques en solution aqueuse. La désinfection de la surface est satisfaisante, quoique de moindre durée; mais, par contre, très rapidement, en moins d'une heure, la sérosité est à nouveau virulente. Le résultat est déjà moins favorable.
Enfin, dans le cas où le caustique est contenu dans un corps gras, son action est nettement insuffisante lorsque l'absorption n'a pas été facilitée par une friction prolongée. Si, pendant quelques heures, la surface des plaques paraît stérile, par contre la sérosité ne cesse pas d'être infectante ; l'action paraît très superficielle.
Cette différence nous paraît devoir s'expliquer facilement. Lorsqu'un caustique, en solution aqueuse, est appliqué, l'eau se répand d'abord à la surface de la plaque, gonfle les cellules les plus externes et rend, par là-même, sa pénétration plus difficile à travers les interstices cellulaires.
Dans le cas où l'excipient est un corps gras, ce phénomène est encore plus marqué et la diffusion plus malaisée et plus lente.
Au contraire, lorsquele caustique est appliqué àsec, sadissolution provoque une certaine déshydratation des parties les plus superficielles, qui facilite sa pénétration dans les couches voisines; ce processus s'exagère lorsque l'excipient est par lui-même déshydratant, comme dans le cas de la teinture d'iode par exemple.
Ainsi nous arrivons à cette conclusion que les caustiques font d'autant mieux sentir leur action qu'ils diffusent davantage vers les parties plus profondes des plaques et que cette diffusion est
SYPHILIS. — PROPHYLAXIE. lfr-631
d'autant plus rcnrquée qu'ils agissent à sec ou mieux: encore par déshydratation.
Sans méconnaître l'action certaine, mais superficielle et peu durable de quelques-uns des caustiques habituellement en usage, i» nous semble donc préférable de recourir, pour le traitement local des syphilides des muqueuses, aux caustiques appliqués soit à l'état de pureté, comme le crayon de nitrate d'argent, soit en solution alcoolique, comme la teinture d'iode.
III. Prophylaxie de la syphilis d'origine accidentelle ou professionnelle. — Le meilleur moyen de stériliser la syphilis et de prévenir son expansion dans l'entourage du malade, c'est de la traiter. L'intérêt du malade et celui de la société sont donc en par faite conformité.
Le médecin qui donne des soins à un syphilitique a le devoir de l'avertir que toutes les manifestations de la période secondaire, surtout celles qui sont humides et suintantes, peuvent propager la contagion, j Les plaques muqueuses sont en effet l'origine de la plupart des épidémies de famille.
Le nourrisson est particulièrement exposé à ce mode de contamination. Les parents doivent veiller à ce que la nourrice sèche n'embrasse pas l'enfant confié à ses soins et ne porte pas à ses lèvres la cuiller, le verre ou le biberon destinés à son usage. Les jouets que les enfants se passent de bouche en bouche peuvent aussi être les vecteurs du contage.
Le médecin, la sage-femme, avant de pratiquer le toucher, s'assureront qu'ils n'ont aucune excoriation. S'il y a lieu de soupçonner l'existence de la syphilis chez la malade, le doigt sera enduit avant l'examen de pommade au calomel ou coiffé d'un doigtier en caoutchouc.
Beaucoup d'infirmières et de gardes-malades se contaminent par ignorance. En 1907, j'ai soigné une sage-femme pour un chancre de la commissure labiale gauche qu'elle avait contracté en insufflant de bouche à bouche un enfant né à huit mois en état de mort apparente, el qui succomba quatre jours après sa naissance.
Les ouvriers qui exercent certaines professions, tels que les souffleurs de verre, doivent être mis en garde contre certaines pratiques, qui les exposent à contracter la syphilis accidentelle.
Les coiffeurs ignorent pour la plupart qu'ils peuvent inoculer la syphilis par le rasoir. Il faut leur enseigner un moyen pratique de désinfecter leurs instruments et les inviter à suivre ces instructions pour éviter les poursuites judiciaires dont ils seraient passibles, en cas de transmission due à leur négligence
IV. Mesures prophylactiques destinées à prévenir la contamination d'un nourrisson par une nourrice syphilitique. — Avant de confier un enfant à une nourrice, le médecin
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doit lui faire subir un examen sérieux. Il recherchera s'il existe une éruption spécifique ou des cicatrices suspectes, de l'alopécie ou une syphilide pigmentaire, des adénopathies cervicales, ivlro-masloïdiennes, inguinales ou épitrochléennes. Il explorera la bouche et la gorge et, si cela est possible, les organes génitaux. Use fera présenter reniant de la nourrice: s'il est malingre, si, surtout, il porte dvs bulles de pemphigus, sil est atteint derhinite, le médecin écartera cette nourricecommesuspecte desyphilis. Il agira de même si l'enfant, quoique de belle apparence, est né avant terme, si la mère a fait des fausses couches ou a mis au monde des enfants mort-nés. La nourriceagréée doit êtresoumise aune surveillance attentive pendant les premiers mois de la nourriture, car elle pourrait être en période 'd'incubation lors de la visite médicale. Si la syphilis se démasque, il faut suspendre l'allaitement, mettre reniant en observation et ne lui donner une nouvelle nourrice qu'après l'expiration d'un délai de six à sept semaines, temps suffisant pour que la syphilis apparaisse chez le nourrisson, s'il a été contaminé.
V. Mesures piévtntives en vue d'éviter la contamination de la nourrice par un nourrisson syphilitique (1). — L'examen le plus consciencieux d'un nouveau-né, au moment de la naissance, ne permet pas d'affirmer qu'il est indemne de syphilis. Dans la première semaine de la vie, il peut présenter une éruption de pemphigus, manifestation très contagieuse, et, jusqu'au quatrième mois, les accidents de la syphilis héréditaire sont fréquents. Donc l'enfant dont on ignore l'origine doit être tenu pour suspect et soumis à des visites périodiques. L'inspection des enfants assistés allaités par des nourrices est une excellente mesure qui évite chaque année bien des contaminations.
Quand un enfant issu de syphilitiques ne présente aucun accident au moment de sa naissance, faut-il le priver d'une nourrice ? M. A. Fournier propose la solution suivante : exiger que la mère donne le sein pendant quatre mois au moins : si l'enfant, à cette date, n'a présenté aucune manifestation spécifique, il peut être considéré comme sain et confié à une nourrice.
On pouvait supposer a priori que la réaction de Wassermann permettrait de dépister chez le nouveau-né la syphilis latente. Malheureusement celte espérance ne s'est pas réalisée et, pour résoudre ce problème diificile, le médecin doit se baser bien plus sur la simple observation clinique que sur les renseignements fournis parle laboratoire.
Si un enfant, en période d'allaitement, offre des signes de syphilis, il faut suspendre immédiatement tout rapport entre le nourrisson et la nourrice. Celle-ci sera mise en observation pendant six semaines
(1) A. Fourmep, Nourrices et nourrissons syphilitiques, Paris, J 878. — P. Raymond, La syphilis clans l'allaitement. Hygiène et prophylaxie, 1891.
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à deux mois ; elle fera dégorger ses seins par un petit chien ou à l'aide d'une téterelle afin de pouvoir continuer l'allaitement au cas où elle serait contaminée. Si la nourrice ne consent pas à rester en observation le temps nécessaire pour qu'on puisse affirmer qu'elle est ou non infectée, « l'éclairer, l'avertir, dit M. A. Fournier, est, en pareil cas, un devoir absolu, impérieux. C'est là un devoir auquel ni la famille ni le médecin ne sauraient se soustraire ».
Si un enfant vient au monde avec des signes de syphilis, sa mère peut et doit le nourrir. Elle peut lui donner le sein, car, en vertu de la loi de Colles-Baumes, elle est réfractaire à la syphilis : elle doit lui donner le sein, car les hérédo-syphilitiques sont débiles et succombent en grand nombre lorsqu'ils sont élevés au biberon. Dans le cas où la mère n'aurait pas de lait, l'enfant pourrai I être confié à une nourrice syphilitique.
VI. Règles à suivre pour prévenir la transmission héréditaire de la syphilis (1). — Les conditions requises pour qu'un syphilitique soit autorisé à contracter mariage sont les suivantes, d'après A. Fournier :
1° Absence de manifestations spécifiques en activité:
2° Date éloignée du début de l'infection (environ quatre an> :
3° Bénignité de la maladie;
4° Disparition de tout accident syphilitique depuis deux ans :
5° Traitement sérieux et prolongé pendant une période de trois ou quatre ans.
Quand un syphilitique se marie avant que toutes ces conditions soient remplies, il doit, môme en l'absence de tout accident virulent, différer autant que possible la venue d'un enfant. A tout syphilitique qui a suivi un traitement rigoureux et qui désire avoir un enfant, M. Pinard conseille au préalable la cure d'hérédité. Dès le début de la grossesse, et pendant toute la durée de la gestation, il soumet la femme au même traitement. Il exige que la cure soit reprise à chaque nouvelle procréation; grâce à cette sage mesure, il n'a pas eu un seul insuccès. L'influence bienfaisante de la médication antisyphilitique sur le produit de la conception n'est contestée par personne. Les statistiques des maternités sont toutes concordantes à cet égard. Sur dix-sept femmes syphilitiques traitées pendant leur grossesse dans le service de M. Boissard, douze ont quitté l'hôpital avec un enfant vivant.
Si la syphilis est acquise pendant le mariage, tous rapports sexuels doivent cesser pour éviter, d'une part, la contamination de l'époux indemne et, d'autre part, pour prévenir une grossesse qui se terminerait presque fatalement par un avortement ou la naissance d'un hérédo-syphili tique. Si la femme, au moment où la syphilis du mari
(1) K. Langlebert, La syphilis dans ses rapports avec le mariage, Paris, 1873. — A. Fournier, Syphilis et mariage, 1880. — Diday, Le péril vénérien dans les familles, Paris, 1881.
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est reconnue, est déjà contaminée et enceinte, il faut la traiter non seulement pour elle-même, mais aussi pour reniant.
Même parvenu au stade tertiaire, le syphilitique ne doit pas oublier qu'il peut encore être contagieux, car le rappel dos plaques muqueuses, à une époque tardive, sous l'influence du tabac en particulier, est une cause fréquente de contamination entre époux.
VII. Nouvelles méthodes de diagnostic de la syphilis et leur importance au point de vue prophylactique. — Tout praticien devrait être exercé au maniement de l'ultramicroscope, qui permet de reconnaître, séance tenante, le tréponème dans une ulcération suspecte. Grâce à cet admirable instrument, il est possible d'établir en quelques minutes la nature d'accidents dont l'aspect est peu caractéristique, mais dont la virulence est très grande. S'agit-il d'un chancre ou d'une plaque muqueuse, manifestations contagieuses au plus haut degré ? S'agit-il du pemphigus ou du coryza des hérédo-syphilitiques ? Ce mode d'investigation donne des résultats constamment positifs.
La réaction de Wassermann et ses variantes peuvent aussi fournir d'utiles indications. Quand cette réaction est positive, il y a lieu d'en tenir compte, car, sauf exceptions rares (scarlatine, lèpre, trypanosomiases, pian, etc.), elle appartient en propre à la syphilis. Mais un résultat négatif ne doit pas faire considérer le sujet comme indemne de cette infection. Pendant le premier stade de l'infection primaire, souvent la réaction fait défaut; il en est souvent de même au cours d'accidents tertiaires, et surtout durant les périodes de silence. Il serait donc imprudent de considérer la syphilis comme définitivement éteinte et d'autoriser le mariage, en s'appuyant sur ce fait que la réaction de Wassermann, autrefois constante, n'existe plus. Du reste, cette réaction n'est pas nécessairement influencée par le traitement spécifique. Parfois les résultats obtenus sont déconcertants. Plusieurs fois, j'ai confié à un technicien dont la compétence est indiscutable l'examen du sérum de sujets n'ayant aucune lésion apparente, mais mariés à des syphilitiques, et deux fois les réponses qui m'ont été faites, à quinze jours d'intervalle, ont été contradictoires. Récemment, Frendenberg, F. Colin, Dreuw, Wossidlo ont cité des cas analogues. Qu'il s'agisse de contradictions imputables à la méthode elle-même ou à une erreur de technique, au cours des manipulations multiples et délicates qu'exige cette réaction, il importe d'être fort circonspect dans l'interprétation des résultats.
Mais, ces réserves faites, il faut reconnaître une grande valeur à la réaction de Wassermann quand un sérum examiné à plusieurs reprises par un opérateur exercé donne constamment un résultat positif.
Si l'on a fourni de nombreuses statistiques assez concordantes sur
la fréquence de la réaction aux divers stades d'activité de la syphilis, on ne possède que des renseignements fragmentaires sur la réaction durant les périodes de silence. Or il serait utile de faire, sur quelques malades, des examens de sérum successifs, pendant un grand laps de temps, afin de savoir si, d'une manière générale, la constatation de réaction de Wassermann en période latente annonce et précède un retour de virulence.
En ce qui concerne l'hérédo-syphilis, le séro-diagnostic peut apporter son appoint pour la solution de divers problèmes. Mais, bien entendu, on ne saurait conclure d'un résultat négatif qu'un enfant, né de parents inconnus, est indemne de syphilis et peut être mis au sein, sans danger de contamination pour la nourrice.
Les recherches de P. Baret R. Daumay (1), celles de R. Démanche et G. Détré (2) ont établi l'inconstance de la réaction de Wassermann chez les nouveau-nés issus de syphilitiques, sur quatorze familles dans lesquelles la syphilis des parents était certaine. R. Démanche et G. Détré ont obtenu S fois une réaction positive ou positive partielle chez des enfants qui d'ailleurs présentaient des manifestations précoces ou tardives de syphilis. Mais 6 fois, c'est-à-dire dans 42,8 p. 100 des cas, le séro-diagnostic a été négatif malgré la syphilis avérée des parents, contrairement aux résultats obtenus par MM. Babinski et Barré. Les 6 enfants étaient cliniquement indemnes d'accidents, sauf un atteint de sarcocèle à la naissance et dont les parents, lors de sa conception, étaient l'un et l'autre dans la deuxième année de leur syphilis ; mais il avait subi un traitement intensif (50 frictions) et depuis six mois le testicule était venu à son état normal.
R. Démanche et G. Détré signalent des résultats discordants : Famille S... ; mère, 12 grossesses, 2 avortements, 3 enfants décédés. 1° Marie-Louise, 15 ans, paraît en bonne santé ! réaction positive. — 2° Odette, 4 ans, syphilides anales à 2 mois et demi, traitée,; bon état actuel, réaction négative. — 3° Marthe, 2 mois, aucun accident, réaction négative.
J'ai obtenu, en général, des résultats positifs sur les sujets en période d'activité et des résultats négatifs pendant les périodes de silence. Exemple : réaction positive chez une femme en période secondaire, réaction négative chez le nouveau-né paraissant indemne à l'examen clinique; et inversement réaction négative chez une femme syphilitique depuis trois ans, mais sans manifestations actuelles, et réaclion positive chez son enfant couvert de syphilides.
Sur un nouveau-né dont la mère avait contracté la syphilis en période d'allaitement, la réaction de Wassermann fut négative, et
(1) P. Bah et R. Daunay, Recherches sur le séro-diagnostic de la syphilis chez la femme enceinte et l'enfant nouveau-né. L'obstétrique, 1909, p. 1, 177 et 261.
(2) R. Démanche et G. Déthû. Recherches sur la syphilis familiale par la réaction de fixation du complément. Tribune médicale, 9 juillet 1910, p. 137.
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l'observation prolongée de cet enfant semble bien prouver qu'il a échappé à la syphilis.
Le séro-diagnostic semble donner la solution de problèmes d'une haute portée doctrinale. On sait qu'une femme qui donne naissance à un hérédo-syphilitique peut allaiter son enfant sans courir le risque de se contaminer (loi de Colles-Baumes); elle est donc immunisée. Chez cette femme, le séro-diagnosticest positif, ce qui montre bien qu'elle est en état de syphilis latente. Knoplelmacher et Lehndorff pensent que la loi de Profeter peut s'expliquer de môme. Ils s'appuient sur les faits suivants : deux femmes qui avaient fait antérieurement souche d'enfants syphilitiques ont chacune un enfant qui n'a présenté, dans les premières années de la vie, aucun accident syphilitique; mais le sérum de ces deux enfants a donné une réaction positive.
Récemment, les compagnies d'assurances allemandes ontappliqué le séro-diagnostic à l'étude de la survie des syphilitiques; elles croient pouvoir établir que la mortalité de ces malades est de 5 p. 100 par an.