CHANCRE MOU. I
rieurs du chancre simple, prenaient dans la suite les caractères du chancre induré et s'accompagnaient des signes de la syphilis constitutionnelle. Rollet (de Lyon) eut le mérite de démontrer que les chancres de cette sorte, ou chancres mixtes, sont le résultat de deux infections concomitantes et superposées (1858). Le chancre simple apparaît le premier, deux ou trois jours après le coït; le chancre infectant ne se développe qu'après une incubation de deux ou trois semaines.
La victoire devait rester aux dualistes, représentés par Ricord, A. Fournier et l'École du Midi, car l'observation prouvait que le chancre mou n'était jamais suivi d'accidents constitutionnels et qu'il ne mettait pas à l'abri du chancre induré, tandis que le chancre infectant, toujours accompagné d'accidents secondaires, conférait l'immunité à l'égard du chancre induré, mais non pas à l'égard du chancre simple. L'expérimentation, d'autre part, et c'était assurément l'argument décisif, prouvait que le chancre mou est réinoculable en série indéfinie au porteur, tandis que le chancre induré est incapable de repulluler sur le même sujet.
A l'inverse de la syphilis, le chancre simple est donc une lésion locale et passagère. Elle mérite de garder son autonomie, bien que Bumstead et Taylor, Finger aient contesté sa spécificité en faisant observer que presque toutes les suppurations sont inoculables. Le pus provenant d'un élément d'ecthyma ou d'une érosion banale peut bien, il est vrai, quand il est inséré sous la peau, donner naissance à une pustule, mais jamais cette pustule ne se transforme en ulcère chancreux, et ce pus, sans caractère spécifique, n'est pas indéfiniment auto-inoculable en série, comme celui du chancre simple.
Tout chancre mou naît d'un autre chancre mou, soit par voie directe, le plus souvent à l'occasion des rapports sexuels, soit par voie indirecte par l'intermédiaire des doigts, des objets de toilette ou de pansement.
Le chancre mou est presque invariablement situé sur les organes génitaux. Cependant il peut occuper un siège insolite, la paroi de l'abdomen, la mamelle (Prospolow),la région sous-clavière (Balzer), la partie inférieure de la paroi thoracique (Isatschik). On l'a vu se greffer accidentellement sur des ulcères de jambe. Aux doigts, ils résultent ordinairement d'une inoculation accidentelle. Tout récemment, MM. Danlos et Droye ont présenté, à la Société française de dermatologie (1907), un sujet qui portait un chancre mou à la base de l'annulaire et une couronne d'ulcères chancreux typiques au niveau du sillon balano-préputial. En règle générale, le chancre digital, lorsqu'il n'est pas d'origine professionnelle (médecin ou sage-femme), coïncide avec des chancres vénériens et résulte d'une auto-inoculation. Cependant j'ai publié un exemple de chancre mou primitif du doigt, d'origine directement vénérienne. Il s'agissait d'un jeune
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homme qui avail gagné un chancre mou du doigl au contact d'une prosliluéc dont la vulve était couverte d'ulcérations.
Le chancre mou céphalique est d'une excessive rareté, à tel point que les observations probantes peuvent être comptées. S'il en est ainsi, suivant M. A. Fournier, c'est, d'une part, que le chancre-jsimple génital ne peut guère passer inaperçu et permettre des rapports anormaux, et c'est, d'autre part, que les téguments de la région céphalique présenteraient vis-à-vis du chancre simple une immunité relative.
Il ressort en effet des expériences de Bassereau, de Diday, de Puche, de Nadaud, de Melchior Robert, que, si le chancre mou peut être inoculé à la tête, il y germe difficilement et n'acquiert qu'un développement minime. Habituellement le chancre céphalique est consécutif à des chancres génitaux. J'ai trouvé le bacille de Ducrey, agent spécifique du chancre mou, dans une ulcération du menton (1). MM. Emery et Sabouraud l'ont également décelé dans un chancre mou lingual (2). Les ulcérations extragénitales de ces deux malades n'étaient pas le fait d'une auto-inoculation, car elles étaient apparues en même temps que les ulcérations de la verge.
On pense généralement aujourd'hui, contrairement à l'opinion de Ricord, que la contamination ne saurait exister sans une solution de continuité, ou tout au moins sans une excoriation épidermique, permettant au virus d'atteindre le corps muqueux de Malpighi. Les expériences de M. Jullien démontrent péremptoirement la nécessité d'un foramen contagiosum. Cet auteur, en frictionnant avec du pus chancreux la face antérieure de la cuisse épilée ou non, parfois même assez longtemps pour user la couche superficielle de l'épiderme, n'a jamais obtenu une seule pustule chancreuse.
Le contact de l'urine et du pus qui altère et ramollit le vernis épithélial des organes génitaux rend compte de la fréquence des petits chancres satellites groupés autour d'une première ulcération chancreuse.
La malpropreté entretient, multiplie et dissémine le chancre mou ; aussi s'observe-t-il de préférence dans la classe ouvrière et chez (les filles qui se livrent à la prostitution clandestine. Il devient parfois très rare et semble presque disparaître pendant un certain laps de temps. Par contre, il présente des recrudescences épidémiques à l'époque des grandes fêtes qui accroissent le nombre de la population flottante.
Le pus chancreux mélangé aux liquides de l'organisme, l'urine, le
(1) E. Jeanselme, Contribution, à l'étude du chancre mou céphalique (chancre simple du menton démontré par l'inoculation et l'examen bactériologique). Gaz. hebd. de méd. et de chir., déc. 1893.
(2) Émery et Sabouraud, Chancre mou de la langue. Soc. franc, de dermat. et de syphiligr., l'évr. 1896.