‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 169 sur 224 · CHANCRE MOU · texte numérisé non relu

CHANCRE MOU

mucus vaginal ou le sang, conserve longtemps sa virulence. Il la perdrait, après dessiccation lente, en vingt-quatre heures. Cependant Spérino a pratiqué avec succès une inoculation en se servant du pus desséché sur une lancette depuis sept mois.

Les coagulants énergiques, tels que les acides et les bases, enlèvent au pus chancreux toute propriété spécifique. Le froid est sans action sur lui, mais une température relativement peu élevée de 42 à 50° suffit pour le rendre inoffensif (Aubert).

La virulence diminue à mesure que le chancre vieillit. Elle s'amoindrit aussi au cours des inoculations successives.

Depuis longtemps, l'origine parasitaire du chancre mou était soupçonnée. Les expériences de M. Chauveau avaient montré que, si le pus chancreux était dilué dans une masse d'eau considérable, un grand nombre d'inoculations restaient négatives, mais que quelquesunes pourtant étaient positives, et il en concluait que le contage n'était pas dissous, mais à l'état de particules solides disséminées au sein du liquide. Rollet, constatant que la sérosité provenant de la filtration du pus chancreux n'était pas inoculable, admettait aussi que le virus était figuré.

Mais toutes les tentatives pour isoler l'agent pathogène du chancre mou avaient échoué, lorsque Ducrey (de Naples) découvrit, en 1889, dans le pus chancreux, un bacille spécial et prouva, au moyen d'inoculations et de réinoculations successives, que c'est à ce microorganisme que le pus doit ses propriétés virulentes. Ce bacille fut revu en 1891 par Krefting, puis étudié sur des coupes en 1892 par Unna. Depuis le travail de Ch. Nicolle (1893), sa spécificité est définitivement admise.

Si l'on examine une préparation de pus chancreux colorée par une solution phéniquée de bleu de méthylène ou de violet de gentiane, ou par la liqueur de Ziehl diluée, on voit des bâtonnets courts à extrémités arrondies, présentant à leur partie moyenne un espace clair. Ces bacilles ne prennent pas le Gram. Le plus souvent situés en dehors des cellules, parfois contenus dans les phagocytes, ils peuvent être disséminés ou groupés en amas. Souvent ils se disposent bout à bout en série linéaire, de manière à constituer des chaînettes de trois à cinq articles et plus. Sur les coupes, les streptobacilles forment des faisceaux de longues chaînettes qui, très épaisses au niveau de la surface ulcérée, s'enfoncent profondément entre les fibres conjonctives du derme. Quand l'ulcère chrancreux est en voie de réparation, les strepto-bacilles deviennent de moins en moins nombreux et sont pour la plupart englobés dans les leucocytes. Aussi la virulence du pus est-elle d'autant plus faible que le chancre est plus proche de la cicatrisation.

Toutes les tentatives de culture du bacille de Ducrey sur les milieux usuels ont échoué. En 1898, M. Lenglet a réussi à le cul-

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tiver sur ud milieu spécial dont La formule n'a pas été publiée (1). Mais ce sont MM. Bezançon, Griffon et Le Sourd qui ont Indiqué !<•

procédé sur sang gélose, dont on se sert couramment aujourd'hui (2).

A l'aide de leurs cultures, MM. Lenglet, Bezançon, Griffon et Le Sourd ont reproduit expérimentalement le chancre mou sur l'homme, el MM. Thibierge, Ravaut et Le Sourd sur le macaque bonnet chinois (3).

La plupart des animaux sont réfractaires à l'inoculation du pus chancreux. Toutefois, M. Ch. Nicolle est parvenu à réaliser le chancre mou sur le macaque bonnet chinois (4). Le lieu d'élection est le bord libre de la paupière (Tibierge, Ravaut et Le Sourd).

En inoculant à deux singes du pus à la fois chancrelleux et syphilitique, MM. Thibierge et Ravaut ont obtenu d'abord des chancres simples contenant des bacilles de Ducrey, et trente jours après, au point d'insertion des chancres syphilitiques, Neisser, Bsermann, et Halberstœdter n'ont obtenu qu'une seule fois un résultat positif par l'inoculation simultanée au singe de virus de chancre mou et de virus syphilitique (5).

La prophylaxie du chancre mou ne prête à aucune considération spéciale. M. Salmon a recherché si la pommade au calomel serait capable de détruire le virus chancreux. Sur un singe, une heure vingt après l'inoculation, il fit une friction ; néanmoins un chancre mou se développa dans les quarante-huit heures. Une seconde expérience a été suivie du même insuccès (6).

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