BLENNORRAGIE
jusqu'à ce jour, il résulte pour moi que l'homme est plus souvent coupable de sa blennorragie (pie la femme, dont il semble la tenir; il se donne plus souvent la chaudepisse (ju'il fie la reçoit (1). »
Aujourd'hui même, où Ton sait que le gonocoque est l'unique source de la blennorragie, il fautsouvent, comme l'ont établi les recherches de Neisser, d'Ehlers et plusieurs autres vénériologistes, des examens réitérés, pendant dix jours et plus, pour trouver le corps du délit dans la cavité du col, dans l'urètre ou la muqueuse vaginale d'une femme qui a, sans nul doute, donné la blennorragie.
Sous l'influence de causes diverses : écarts de régime, abus de boissons,excès vénériens, menstruation, injections irritantes, legonocoque sort de ses repaires, delà ces recrudescences tardives de la blennorragie, au cours desquelles la contamination est si commune. Ces réveils de la virulence sont dangereux pour la jeune épouse. Souvent, dès les premières approches, une jeune femme est contaminée par son mari, qui se croyait définitivement guéri. Chez elle, l'infection évolue à froid, sans signes manifestes, jusqu'au jour oii elle se traduit par les accidents graves de la blennorragie pelvienne.
VI. Prophylaxie de l'infection gonococcique. — Le seul moyen sûrd'éviter la contagion, en cas de coït suspect, c'est l'emploi d'un préservatif en baudruche ou en caoutchouc. A son défaut, il faut introduire entre les lèvres du méat un peu de vaseline, de manière à lubrifier la portion antérieure de l'urètre. Toute la surface du gland et le sillon balano-préputial seront enduits de corps gras, car le gonocoque peut s'implanter dans les follicules sébacés qui sécrètent le smegma. Après l'acte vénérien, les organes génitaux, en particulier le gland et le méat urinaire, doivent être savonnés avec soin. L'instillation dans l'urètre d'une goutte de solution de nitrate d'argent au cinquantième, de protargol à 4 p. 100, l'introduction entre les lèvres du méat de pommade à l'albargine au vingtième ont été préconisées pour tuer les gonocoques.
Dans toutes les chambres de maisons publiques de Mayence, les conseils prophylactiques suivants sont affichés :
« La meilleure protection contre la contagion est le condom.
« Pour éviter la contagion, les médecins recommandenl :
« 1° Un lavage très soigneux de la verge après le rapport avec une solution de sublimé au millième ;
« *2° L'introduction dans l'orifice de l'urètre de deux à trois gouttes d'une solution de protargol à 20 p. 100 :
« 3° D'uriner le plus tôt possible. »
Le règlement des maisons publiques exige que ces médicamcnls soient à la disposition des visiteurs. Les tenanciers doivent donner à chaque prostituée, lors de son inscription, un flacon muni d'un
(1) A. Fournier, art. Blennornujie, in Diction, de méd. et de chir. prat., 1 x * i « i .
640 E. JEANSELME. — MALADIES VÉNÉRIENNES.
compte-gouttes de verre contenant La solution de protargol. Elles doivenl engager leurs clients à en faire usage.
Tout blennorragique doil être averti que, s'il néglige de se désinfecter les mains souillées par du pus virulent, il s'expose aux suites de l'ophtalmie purulente.
Celle redoutable complication est surtout à craindre chez le nouveau-né. Pour la prévenir, il est bon de suivre la méthode deCrédé, qui eonsistc à laver les yeux de l'enfant aussitôt après sa naissance, à instiller dans chaque œil une à deux gouttes de nitrate d'argent au cinquantième. Lorsque l'ophtalmie existe déjà d'un côté, il faut préserver Vœil sain à t'aide d'un pansement ocelusif.
La vaccinothérapie des infections gonococciques par la méthode opsonisante de Wrighl est assez infidèle; mais on doit lui reconnaître, au point de vue prophylactique, une grande valeur, car elle met en évidence la blennorragie latente. Après uneseule injection, on voit le gonocoque caché dans la profondeur des cryptes de la muqueuse apparaître à la surface. Shropshire ci le deux cas où le gonocoque avait totalement disparu de l'écoulement et des filaments de l'urine. L'inoculalion le fit réapparaître, montrant que la guérison n'élait pas accomplie. Aronstam insisle sur la valeur sociologique de cette réaction si sensible (1).