‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 173 sur 224 · LE PÉRIL VÉNÉRIEN. — CONSÉQUENCES · texte numérisé non relu

LE PÉRIL VÉNÉRIEN. — CONSÉQUENCES

société moderne, le salaire insuffisant de la femme qui la pousse à la prostitution, le service militaire obligatoire, l'afflux des populations rurales vers les agglomérations urbaines, la libre circulation grâce aux moyens de communication faciles, rapides et économiques, etc.

Sur un territoire donné, les maladies vénériennes sont très inégalement réparties. Relativement rares dans les campagnes, elles atteignent un taux très élevé dans les grandes capitales, les cités industrielles, les villes de garnison et les ports de mer. A Paris, bien qu'il soit impossible d'établir une statistique exacte, on estime que le nombre des syphilitiques, parmi les adultes du sexe masculin, est de 13 à 16 p. 100. Dans la population parisienne, il n'est pas exagéré d'évaluer à 30 ou 40 p. 100 les hommes qui ont eu au moins une fois la blennorragie dans leur existence.

Souvent les oscillations des maladies vénériennes échappent, dit Ehlers, à toute explication satisfaisante. Tout au plus, peut-on dire que la vérole et la blennorragie augmentent dans les grandes villes quand les conditions économiques du pays sont bonnes et que la population fait de larges dépenses pour les boissons alcooliques et la prostitution.

Le vénéorologiste danois a fait le relevé annuel du nombre des cas de syphilis observés à Copenhague de 1864 à 1908 inclusivement.

Pendant cette période de quarante-cinq ans, la capitale du Danemark a passé par trois grandes épidémies, dont une, la seconde, qui sévit en plein contrôle de la prostitution (1885-1886), fut très alarmante (1).

Conséquences des maladies vénériennes : dégénérescence et dépopulation. — Si l'importance sociale des maladies vénériennes a été méconnue jusqu'ici, c'est qu'on ignorait les tares lointaines qu'elles infligent à l'individu et à sa descendance. Grâce aux syphiligraphes contemporains, en tête desquels il faut inscrire le nom de A. Fournier, on sait aujourd'hui que la vérole est un véritable poison du système nerveux. Combien de victimes de la syphilis ont, tôt ou tard, des localisations cérébrales ou médullaires ! Et telle est la gravité de cette syphilis du cerveau que 19p. 100 succombent, 59 p. 100 gardent une infirmité permanente, 22 p. 100 seulement recouvrent l'intégrité de leurs facultés intellectuelles et de leurs mouvements. Un grand nombre de ceuxdont la moelle a été touchée par la syphilis restent des éclopés et des paralytiques, traînant une existence misérable, à charge pour la vie à leur famille et à la société.

Depuis moins d'un demi-siècle, le champ déjà si vaste de la syphilis s'est considérablement élargi. Certaines affections nerveuses, qui ne pardonnent jamais, telles la paralysie générale et le tabès, offrent

(1) Ehlers, Les maladies vénériennes à Copenhague et l'abolition du contrôle de la prostitution en Danemark. Semaine méd., 17 nov. 1909.

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jndïscutablemenl avec la syphilis des connexions étroites Parmi les affections d'origine syphilitique, il faut encore ranger la leucoplasie buccale, qui est si souvent le poinl de dépari ,1.. cancer de la langue.

L'artériteetses conséquences lointaines, la thrombose, l'anévrysme de I aorte abrègeni la viede beaucoup de syphilitiques.

Pour comprendre les dangers de la vérole, il suffit d'étudier In sta tistique du tertiarisme publiée par M. A. Fournie.-. Elle porte sur

I iOO cas (J).

Parmi les lésions susceptibles de causer la mort, on y relève les

suivantes :

Localisations cérébrales .,,

— spinales. .

Tabès ; ; ; 136

Paralysie générale îl

Localisations rénales ' '

— hépatiques q

— artérielles.... ...

— cardiaques 7

— laryngo-trachéales .........Il 32

— digestives et ano-rectales 20

Soit, en tout, 1 138 lésions pouvant se terminer par la mort sur 4 400 cas de syphilis tertiaire. Encore est-il certain que beaucoup de malades atteints d'un anévrysme, d une aortite, d'une cirrhose hépatique, d une néphrite, etc., ne sont pas traités par des syphiljgraphes et par conséquent, ne figurentpas sur les statistiques du tertiarisme

L influence de la syphilis sur la durée de la vie humaine es1 donc fort appréciable. Dune étude très documentée sur ce sujet A. Blaschko (de Berlin) tire les conclusions suivantes :

a. Lesdécès causés par la syphilis représentent 6 p. 100 de la mortalité totale;

b. 30 p. 100 au moins de tous les sujets qui ont eu la syphilis meurent de cette affection ;

c Par suite de la syphilis, la durée de la vie humaine se trouve réduite de quatre ans (2).

Ch. Audry (de Toulouse), après avoir étudié les données fourmes par les rapports des médecins des Compagnies d'assurance sur la vie, par l'examen des statistiques concernant le tertiarisme par l'observation prolongée dos syphilitiques à l'hôpital ou dans la clientèle privée, arrive à cette double conclusion :

1" La mortalité globale de la syphilis acquise, mortalité spécifique

• usée directement par la vérole) et mortalité <kiileropalhi<,iu> .engendrée par les parergies de la syphilis), avoisine I \ ou J5 p. LQQ ;

(1) A. Fouhnier, Traité de la syphilis, t. II, p. 24 Paris 1901 (?) A Blaschko, Der Kinlluss <ler Syphilis auf diè Lebe'nsdauer. IV intenntio naler Kongress fur Ycrsu-hcrun^-Ued.zui zu Berlin, 11, 15 sept. l<>o<i.

ca

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2° Dans nos climats, la mortalité par syphilis acquise des sujets régulièrement traités, jeunes et sobres, ne doit pas dépasser 4 à 5 p. 100, tandis qu'on peut, sans hésiter, décupler cette proportion chez les vieillards, les buveurs et certains surmenés (1).

De toutes les conséquences de la vérole, la plus redoutable, à coup sur, pour l'espèce, c'est l'hérédo-syphilis. Qu'on enjuge par les statistiques suivantes, toutes concordantes entre elles, quoique de provenances diverses.

« Sur 64 057 produits de conception pour une année de la population parisienne, écrit le rapporteur de la Commission de la dépopulation en France, 9 051 proviendraient de mères syphilitiques. Sur ce nombre, (SUS périraient avant ou peu après la naissance: 053 seulement dépasseraient les six premiers mois de la vie extra-utérine. D'ailleurs, les accidents <pii surviennent plus tard diminuent encore considérablement le nombre des survivants : ces malheureux enfants sont sujets à des crises épileptiformes, à des méningites, à des lésionsdesyeux etdes oreilles, à des affections des os, des testicules ; leur développement physique et intellectuel est incomplet... »

D'après les relevés de M. A. Fournier, la polymortalité infantile est de Si p. 100 à l'hôpital de Lourcine, de 86 p. 100 à l'hôpital Saint-Louis. Dans la clientèle bourgeoise, le chiffre des décès ne descend pas au-dessous de 60 p. 100. M. Pinard évalue à 40 p. 100 la proportion des mort-nés imputables à la syphilis dans son service de la clinique Baudelocque.

A la maternité de l'hôpital Tenon, dirigée par M. Boissard, sur I 213 femmes reçues aux différentes périodes de la gestation, 94 furent reconnues syphilitiques, soit 7,6 p. 100, proportion qui, sans nul doute, est inférieure à la vérité. Chez ces femmes, 51 grossesses se sont terminées par avortement ou par accouchement prématuré, soil une proportion de 53,3 p. 100. Si Ton ajoute à ces 51 grossesses les accouchements prématurés ou à terme d'enfants morts et macérés, les accouchements prématurés ou à terme d'enfants vivants morts dans les quelques heures ou les quelques jours qui suivent, on obtient une mortalité fœtale et infantile portant sur 67 cas, soit une mortalité de 71,2 p. 100 (-2).

Sur loo avortements dont la cause est patente, dit Fruhinsholz, 311,7 reconnaissent comme éliologie la syphilis : sur 100 fœtus macérés, 33,3 au moins sont syphilitiques (3).

Sur 100 femmes syphilitiques non traitées devenant enceintes, on compte, d'après les statistiques de M. Etienne : 62 fœtus mort-nés

(1) Cm. Audry, Essai sur la mortalité de la syphilis acquise. Semaine mëd., 96 juin 1907, n" 26, p. 301-305. — Voy. la thèse très documentée ^Alexandre, Mortalité d'origine syphilitique; Paris. 1909.

(2) Leduc, La syphilis à la maternité de l'hôpital Tenon, en 1906-1906; élude statistique et diagnostique. Thèse de Paris, L906.

(3) Fruhinsholz, Syphilis cl parturition. Revue nx-d. de l'Est, 1906.

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el 58 enfants vivants. Parmi ces derniers, 10,6 présentent, dès la naissance, des stigmates évidents de syphilis : 21,4 semblent sains, quoique 7 d'entre eux soient des prématurés. Le nombre des enfants issus de mères syphilitiques non traitées qui viennent au monde dans des conditions normales se réduit donc à

Les enfants hérédo-syphilitiques meurent dans la proportion de 72 p. 100 dans les six premiers mois de la vie extra-utérine (2).

Grœdfenberg, à la Clinique gynécologique de Kiel, a constaté que plus de 80 p. 100 des fœtus macérés contenaient des tréponèmes dans leurs organes (3).

La syphilis héréditaire peut se transmettre à plusieurs générations successives. Les statistiques de E. Fournier établissent que la syphilis de seconde génération tue en bas âge les deux cinquièmes de la descendance. La syphilis de troisième génération, d'après Tarnswsky, ne se traduit que par des stigmates dystrophiques : mais une nouvelle infection contractée par Tun des ascendants de seconde génération a des conséquences néfastes. Cette syphilis binaire serait une cause de dégénérescence de la population dans les campagnes de la Russie.

De 1900 à 1904, sur 1 536 autopsies pratiquées à l'hospice des Enfants-Assistés, la syphilis a été constatée 134 fois.

Heureusement, cet énorme déchet causé par Thérédo-syphilis peut être très sensiblement atténué par le traitement préventif des parents. A ce point de vue, la cure longtemps prolongée des deux géniteurs, avant l'époque de la conception, doit être considérée comme Tune des règles fondamentales de la prophylaxie sociale antisyphilitique. Dans la Serbie orientale, où la syphilis est épidémique depuis fort longtemps, la fécondité de la race a diminué, et les mort-nés sont nombreux, dit Perichitch (de Belgrade). Toutefois la mortalité est en décroissance constante ; en dix ans (1888-1898), elle est tombée de 1,70 à 0,59, amélioration qui doit être attribuée au traitement énergique et systématique, imposé au besoin par la force, aux syphilitiques.

Trop longtemps la blennorragie fut considérée comme une maladie bénigne. Est-ce une affection négligeable, celle qui compte au nombre de ses complications : des arthrites suivies d'ankylose, des ophtalmies purulentes, cause de cécité pour les nouveau-nés, des orchites, des salpingites et des métrites aboutissant à la stérilité ou à Favortement ? Une telle opinion n'est plus soutenable depuis que l'origine

(1) Etienne, Prophylaxie rationnelle des maladies vénériennes. Rev. méd. de l'Est, 1901.

(2) Fruhinsholz, art. Syphilis, in Traité d'hygiène et de pathologie du nouveauné, 1904.

(3) Gr^efenderg, Archiv /'. Gynàkoloc/ie, 1909, Bd. LXXXVII, fasc. 1.

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