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LE PÉRIL VÉNÉRIEN DANS LES ARMÉES DE MER

cahier des consignés qui est entre les mains du capitaine d'armes.

Tout homme qui va débarquer, pour changer de destination, être congédié, ou partir en permission prolongée, est inspecté avant son départ et retenu s'il y a lieu. Il ne peut partir sans le visa du médecin-major. Souvent aussi il est inspecté à son retour de permission. Il serait à souhaiter que cette dernière mesure fût généralisée pour les permissions de longue durée.

Le règlement prescrit une visite quelques jours après le départ du navire et avant son arrivée dans un port, à l'embarquement et au débarquement des militaires et marins.

La visite corporelle doit être passée tous les quinze jours au moins; ^n fait, souvent elle est hebdomadaire. Aux termes du règlement, l'examen des hommes est individuel. Il est recommandé de profiter du secret de ces visites pour obtenir les indications nécessaires à la recherche de l'infection et de désigner à l'autorité sanitaire compétente les femmes qui auront transmis la syphilis.

Les chefs de corps ont toute autorité pour consigner aux équipages les établissements de prostitution clandestine.

En 1902,1a Société de prophylaxie, après avoir entendu et discuté le rapport de M. Burlureaux et celui de M. Paul Petit sur les mesures propres à combattre le péril vénérien dans la marine de guerre française, a nommé une commission chargée de formuler des conclusions (1).

Dans la séance du 10 avril, la Société de prophylaxie a adopté les vœux suivants, qui répondent à la plupart des desiderata exprimés au cours de la discussion :

1° Pour faciliter la continuité du traitement des vénériens (comme d'ailleurs de toute autre maladie chronique) dans la marine :

Généraliser l'emploi d'un registre confidentiel, tenu parles médecins et réservé à leur seul usage, et d'un livret spécial de santé, propriété de chaque intéressé (auquel il serait recommandé de le garder sa vie durant) et qui ne pourrait être consulté que par lui-même et par son médecin. Sur ce livret spécial seraient consignées : a. les phases de la maladie ; b. les instructions écrites, sur le traitement à poursuivre lors d'un changement de destination, en cours de service, ne comportant pas la surveillance médicale, et lors de la délibération.

2° Pour prévenir la contamination de la population civile par les marins : a. que l'on exécute rigoureusement, non pas seulement en escadre, mais sur tous les bâtiments et dans tous les dépôts, la circulaire ministérielle du '26 septembre 1888, rédigée conformément aux vœux exprimés la même année par l'Académie de médecine sur le péril vénérien en général et dans l'armée de mer en particulier; 6. que Y inspection corporelle individuelle soit rendue réglementaire,

(1) La commission était composée de MM. Burlureauv, Balzer, Cliauvel, Granjux, Polin, Pouvreau, Paul Petit, rapporteur.

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aussi bien au retour qu'au départ des permissionnaires, pour les permissions de longue durée ; que celle inspection soil partout rigoureusement individuelle et qu'elle n'épargne ni les ordonnances, ni les agents civils, ni les quartiers-maîtres et seconds-maîtres, sou- la condition que eeux-ei soient convoqués à part: enfin que tout homme soit prévenu qu'en dissimulant une maladie vénérienne, à sa période contagieuse, il commet une mauvaise action et compromet sa santé et celle d'autrui.

3° Pour prévenir la contamination entre marins : que Ton généralise Temploi de la table dite de plal spécial et du quart individuel ; que Ton supprime absolument partout (même sur les torpilleurs l'usage du siphon commun pour boire et pour le lavage en commun.

4° Pour prévenir la contamination du marin par la population ci vile: a. demander qu'on limite le nombre des permissions de nuit entière et que Ton calcule les permissions de longue durée, de telle sorte que les hommes rejoignent le bord dès leur sortie du train : b. qu'on encourage la création de « maisons de l'armée de mer », analogues aux « maisons du marin » destinées plus spécialement aux marins de commerce, et que l'on généralise, en attendant, dans tous tes dépôts, l'installation de salles de refuges; que, dans ces « maisons de l'armée de mer », il soit fait un usage exclusif, comme boissons, de boissondites hygiéniques, les maladies vénériennes, particulièrement dans la flotte, étant étroitement liées à l'alcoolisme (1) ; c. que l'on assure dans les hôpitaux civils des ports un nombre de lits suffisant poulies vénériennes: que l'on rende plus efficace la collaboration des médecins de la marine pendant les visites des dispensaires et qu'on l'étende à la sortie des filles soumises des hôpitaux ; d. qu'en attendant mieux l'on rappelle aux municipalités des ports les droits que leur confère pour la répression de la prostitution clandestine la loi du 3 avril 1884 sur l'organisation de la police municipale et l'arrêt de la cour de cassation du ^3 mai 1885 relatif à l'application qu'on en peut faire; e. qu'une autre loi contraigne le civil mâle à des inspections qui entraîneront, en cas de lésions contagieuses, la surveillance médicale, à domicile ou à l'hôpital: f. que les ouvriers civils des ports, étant donné qu'ils ont droit aux soins médicaux de l'État, soient soumis, d'après leur contrat, aux inspections sanitaires et retenus à l'hôpital jusqu'à disparition de leurs accidents transmissibles (2).

(1) La répression de l'alcoolisme est une mesure indirecte qui diminue la fréquence de la syphilis. « Le Breton (qui forme les 80 p. 100 de l'effectif de notre marine) ne recherche pas la femme et ne s'expose à la contagion que lorsqu'il est sous l'influence de l'ivresse » (Brérnaud).

(2) Legrand [Ann. d'hyg. publ. et de méd. lècfnle, 1900), étudiant lafréquenec des affections vénériennes dans la population civile et militaire du port de Rochefort, établit que, chez les jeunes ouvriers de l'arsenal, âgés de dix-huit à vingt anmaladies sont notablement plus nombreuses que chez les militaires et les marins. — Le sixième paragraphe a donné lieu à une longue discussion. 11 n'a été voté que par vingt-six voix contre quatorze. Les abstentions ont été nombreuses.

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Le péril vénérien dans la marine marchande. — La morbidité vénérienne des marins du commerce n'est pas inférieure à celle des équipages de la flotte. Pour ce qui est de la prostitution clandestine, les ports marchands ne le cèdent pas aux ports de mer. Les hommes se contaminent entre deux campagnes au port d'attache, ou bien en cours de route dans une relâche. « Certains points du globe, comme San-Francisco, Valparaiso, Montevideo, le cap de Bonne- Espérance, certains ports de la Chine et du Japon, jouissent même, à cet égard, d'une détestable réputation; et plus près de nous, Libourne Naples, Venise, Anvers, sont des points à signaler particulièrement au point de vue delà syphilis et de la prostitution (1). »

Au Japon, les yoshiwaras sont soumis à une étroite surveillance sanitaire. Celui de Tokio comprend cent cinquante maisons où habitent trois mille prostituées, soumises à des visites périodiques et sérieuses. Mais, dans lesportsouvertsauxétrangers, le service dans les auberges etles maisons de thé ou tcha-yas est assuré par des femmes qui se livrent à tout venant et sont, pour la plupart, contagieuses.

Pour donner un asile au marin, pendant les relâches, on a fondé en Angleterre, en Amérique, en France, des maisons de marin*, des sailors home, où il trouve à bon compte le vivre, le couvert et de saines distractions. Ces œuvres, éminemmentutiles,doiventètre encouragées par tous les moyens possibles. Userait bonde leur annexer un dispensaire où le marinpourraittrouverdes soins. Il est, en outre, désirable que les conséquences des maladies vénériennes soient portées à la connaissance des hommes de mer au moyen de notices répandues dans les publications qui sont aux mains de tous les navigants, telles que YAlmanach du marin. La plupart des mesures prophylactiques qui sont en vigueur dans la marine de guerre sont applicables à la marine marchande.

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