III. — SACCHAROMYGOSES (BLASTOMYCOSES
Ce que nous venons de dire du champignon du muguet peut en effet s'appliquer aux Saccharomyces vrais, c'est-à-dire aux champi-
Fig. 47. — Schéma de la structure et de la biologie des levures : en haut, vacuole à corpuscules métachromatiques ; en noir, noyau; en bas, vacuole à glycogène-
gnons ascosporés, chez lesquels la forme levure est presque le seul mode végétatif et Yascospore la seule forme de résistance connue.
Fig.
Bourgeonnement des levures (d'après Guillermond).
Encore ce mode de reproduction n'a-t-il pas été observé dans la totalité des espèces décrites, ce qui a motivé une distinction entre
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MICROIJKS SAPROPHY1 ES.
les Saccharomyçes propremenl dil> el les Cryptococcus% ces derniers constituant une division générique d'attente.
\\cc Troisier, nous avons rapporté an cas de saccharomycose superficielle bucco-pharyngée, complètement assimilable clinique-
Fig. 49. — Sporulation des levures (d'après Guillermond).
ment au muguet. Ce fut la première observation connue de levure pathogène. Malgré les nouvelles recherches de Vuillemin sur la formation d'asques par le champignon du muguet, les autres caractères que nous avons décrits suffisent à établir qu'il ne s'agit pas d'une variété de ce parasite, mais d'une espèce absolument distincte.
L'excessive facilité de la formation des asques, l'absence de toute forme filamenteuse, l'aspect macroscopique et microscopique des cultures, les propriétés fermentatives, etc., ne laissent aucun doute à ce sujet.
Au reste Vuillemin luimême a classé notre levure parmi les Saccharomyçes vrais sous le nom de Saccharomyçes anginœ.
Les levures peuvent donner lieu à des affections de surface comme dans le cas que nous avons décrit.
Clerc et Sartory ont rapporté une observation d'angine chronique qui semblait liée à l'action d'une levure. Récemment Le Dantec a attribué à une levure un rôle important dans la pathogénie du sprue ou diarrhée chronique des pays chauds. Il distingue dans cette affection deux phases qu'il a pu reproduire expérimentalement chez les animaux: 1° une phase de diarrhée acide, due à des bacilles paralactiques ; 2° une phase blastomycosique ou sprue proprement dit et liée à l'infection secondaire par la levure.
Mais les levures pathogènes pénètrent aussi fréquemment dans
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Fig. 50. — Cryptococcus degenerans dans un coupe d'adéno-carcinome (d'après Honcali).
SAGCHAROMYCOSES.
l'intimité des tissus. Les réactions cellulaires qu'elles produisent alors sont très diverses, et certaines d'entre elles ont pris une importance considérable en raison des théories auxquelles elles ont donné naissance.
Dans certains cas, des Saccharomyces ont été décrits comme causes efficientes de suppuration. La première et la plus nette observation de ce genre est celle de Busse (1895), qui rapporta un cas de pyohémie chronique mortelle due à une levure qu'il nomma Sac-
Fig. 51. — Tubercule cutané renfermant deux éléments de Coccidioïdes immilis
(d'après Posadas).
charomyces hominis. D'autres cas d'abcès à levures ont été observés par Maggiora et Gradenigo, qui ont décrit dans des otites moyennes deux espèces de Saccharomyces, S. ellipsoïdus et S. roseus. Mais, en raison des associations microbiennes observées, le rôle pathogène des levures ne nous semble pas, dans ces observations, absolument établi. Le cas rapporté par Montgommery semble susceptible des mêmes restrictions. Reitger a décrit sous le nom de Saccharomyces Ilessteri une levure qu'il a isolée d'un petit abcès du menton et dont il a constaté le pouvoir pathogène chez les animaux.
De même, dans de petits abcès cutanés à évolution chronique, Gilchrist a observé un champignon qu'il a ensuite isolé avec Stokes, dans un cas de pseudolupus. La description que donnent les auteurs de ce parasite n'entraîne pas la conviction qu'il s'agisse là d'une levure vraie, mais plutôt delà forme végétative inférieure d'une mucédinée. On peut rapprocher ces cas des observations de papillomes étudiés en Amérique et attribués d'abord à une coccidie, mais que Buschkeet Ophùls ont montré être dus à nu végétal, d'abord pris pour
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une 1<'\ are puis classé parmi les Oïdiums sous le nom d'Oïdium immitis, Bowen el Wolbach onl rapporté plus récemment un cas d'éruption verruqueuse de la peau due à une levure qu'ils identifient au microorganisme de Gilchrist.
Klein a apporté une contribution importante à l'étude des levures pathogènes. En dehors de celle qui porte son nom ei dont Colin, puis Stock ont après lui, étudié l<\s effets pathogènes sur divers animaux, il a décrit avec Gordon une levure qui semble avoir élé. à Lincoln, l'agent d'une maladie épidémique de la gorge simulant la diphtérie. Ce Saccharomyces, qui provoque par inoculation intraveineuse chez le lapin une mycose généralisée rapidement mortelle, a reçu d'eux le nom de Saccharomyces hominis, qui peut amener des confusions avec l'espèce décrite par Busse, qui semble; différente.
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Fig. 52. — Saccharomyces tumefaciens.
a, culture jeune sur gélose, sans coloration ; 7j, coloration au bleu de toluidine, apparition de l'ornementation de la cuticule; c, cl, dans les coupes, montrant les piquants de la cuticule formant stroma de la capsule (d'après Potron).
On peut citer comme analogue à ces faits l'observation de Steinhaus qui a isolé de fausses membranes trachéales d'un enfant scarlatineux une levure qu'il a nommée Saccharomyces membranogenes et qui produit chez les animaux une affection aiguë exsudative et hémorragique. Ormsky et Milles, Reitmann, Bassa\ Irons et Graham, Le Count et Myers, Hamburger, Krost, Mœs et Stobes, Harter, ont également rapporté des cas d'infections généralisées où des levures semblent avoir été les agents pathogènes exclusifs.
Mais, si ces observations chez l'homme sont relativement rares, leur histoire est éclairée par celle de certaines affections farcineuses des animaux dont l'agent pathogène a été reconnu comme appartenanl à ce groupe de champignons. Tel est le farcin d'Afrique Tanin de rivière, lymphangite épizootique), dont le parasite, étudié par Rivolta et Micellone, Marcone, Fermi et Aruch, San Felice, a élé décrit sous les deux noms de Cryptococcus farciminiosus et de Sac-
SACCHAROMYCOSES.
charomyces equi. Tel esl également lefarcin des chevaux du Japon, que Tokishige attribue à une levure a laquelle Vuillemin a donné le nom de Cryptococcus Tokishigei.
L'observation de Blanchard, Schwartz et Binol mérite une place à part entre les levures pyogènes et les levures histogènes, en raison de l'allure spéciale de la réaction organique. Il s'agissait d'un malade opéré à la suite de symptômes d'appendicite et qui présentait autour du cœcum une vaste poche gélatineuse dont la masse était presque uniquement constituée par des cellules de levure enveloppées d'une substance gélatineuse amorphe. Les cultures furent obtenues facilement et donnèrent un Saccharomyces vrai (Saccharo-
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ft.* ;
Fig. 53. — Saccharomyces lumefaciens, culture sur gélose après quarante-huit heures d'étuve à 37° (d'après Curtis).
Fig. 54. — Saccharomyces Blanchardi, frottis de la rate d'un lapin inoculé.
myces Blanchardi) produisant des asques octosporées et pathogène pour les mammifères de laboratoire.
Le plus souvent les blastomycètes provoquent dans les tissus une prolifération n'aboutissant pas à la suppuration. C'est aune levure (Cryptococcus linguœ pilosœ) que Lucet a attribué la genèse de la maladie connue sous le nom de langue noire pileuse. Mais le microorganisme qu'il en isola ne possédait que des propriétés pathogènes très restreintes. Dans la même affection, Roger et Weyl ont également isolé un Saccharomyces analogue, mais provoquant chez les animaux une mycose généralisée mortelle.
Curtis, Vuillemin et Legrain ont décrit des espèces qu'ils ont rencontrées dans de véritables tumeurs. Le Saccharomyces subciitaneus tumefaciens de Curtis a été isolé par lui d'une tumeur de la cuisse d'apparence myxomateuse et se présente dans les cultures récentes sous la forme de cellules libres, qui, dans les vieilles cultures ou les tissus vivants, s'enveloppent d'une capsule gélifiée. La réaction des tissus semble réduite à son minimum et rapproche ce microorganisme du Saccharomyces Blanchardi.
Vuillemin et Legrain ont décrit sous le nom de Saccharomyces graniilatus un champignon provenant de la mise en culture d'une
ACHALME. - MICROBES SAPROI'll YTES.
Lumeur du maxillaire. C'esl an Saccharomyces vrai, donnant des cultures dont la couleur oscille du rose \if au rouge-vermillon. Les éléments jeunes son! semblables à toutes les levures; mais, dans les
Fig. 55. — Corpuscules fuchsinophiles de Russe] .
a et 5, formation des corpuscules fuchsinophiles de Russel: fc, rein du lapin empoisonné au sublimé ; c, formation de globules hyalins ; d, l'usions des globules en globes hyalins ; /', formation d'un globe colloïde au centre des globes enkysteurs ; </, corpuscules de Russel (d'après Piancse).
vieilles cultures, on trouve des asques contenant de deux à quatre spores et des cellules entourées d'une membrane cellulaire épaissie e1 que Vuillemin et Legrain regardent comme des chlamydospores. On comprend qu'en présence des cas bien observés de néoformatiou de I issus sous l'influence des Saccharomyces certains auteurs aient cherché à généraliser et à considérer ces parasites comme la cause efficiente des tumeurs épithéliales. Mise en honneur par San Felice,
SACCHAROMYGOSl-S.
ta théorie blastomycétiennèducancera trouvéde vaillants défenseurs, lels que Roncali, Plimmer, Léopold, Bra, Vlaefï, etc. Il est certain que, dans les cas publiés, il est nécessaire d'établir une ventilation.
Certaines observations doivent s'ajouter aux faits bien établis de tumeurs à levures. Les Saccharomyces (Cryptococcus) lilhogenes, granulomatogenes, canis, neoformans, isolés par San Felice, soit de tumeurs, soit de milieux inertes, semblent bien posséder un pouvoir histogène considérable.
Les levures trouvées dans des tumeurs myxomateuses des animaux par Maffuci et Sirleo chez un cobaye, Gotti et Brazzola chez une jument, ne prouvent pas grand'chose en ce qui concerne les tumeurs épithéliales; le cas de Corselli et Frisco se rapporte à une tumeur sarcomateuse d'un type exceptionnel. Quant aux observations de Roncali,
Fig. 56. — Cryptococcus linguœ pilosœ isolé des papilles hypertrophiées de la langue après traitement par la potasse (678/1) (d'après Lucet).
Fig. 57. — Saccharomyces anginœ (d'après Troisier et Achalme).
de Plimmer, elles sont trop isolées pour entraîner la conviction.
Il n'y a pas à tenir compte des faits tels que ceux de Rossi Doria, d'Airoli, d'Anna, de Binaghi, etc., où la constatation directe n'a pas été suivie de mise en culture. Là les causes d'erreur sont trop évidentes et trop faciles. En identifiant aux levures les corpuscules fuschsinophiles de Russell, les auteurs précités commettent une pétition de principe, d'autant que certains auteurs, tels que Pianese, ont pu reproduire ces apparences en provoquant des lésions toxiques. Leur présence intracellulaire devait, du reste, faire concevoir des doutes sur leur nature blastomycétienne ; car, dans aucun des cas de tumeurs à levures où des cultures ont été obtenues le siège des parasites n'était intracellulaire.
Les causes d'erreur pour les cultures ne sont pas moindres ; il faut tenir compte de l'infection facile des tumeurs ulcérées par les microbes de l'air, où l'on compte nombre de levures. La mise en culture d'un grand nombre d'échantillons de cancers vrais, non ouverts à l'extérieur, nous a toujours donné des résultats négatifs, bien que
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qous ayons expérimenté dans des milieux variés au contact ou à l'abri de l'air. Les tentatives dece genre son! si nombreuses que les cas positifs, les seuls publiés en général, ne doivenl être considérés que comme des erreurs de technique, des erreurs de diagnostic ou des cas absolument exceptionnels.
< h m ni aux inoculations des levures retirées des tumeurs ou de levures sauvages, les lésions reproduites ne peuvent pas être considérées comme des épithéliomes. Aux recherches des partisans de la théorie blastomycétienne, on peut opposer cellesdePetersen, Bôrrel, Exner, Henker et Miodowski, qui ne veulent voir dans les réactions produites que des modifications d'ordre inflammatoire.
En somme, tout en ayant fourni de très intéressantes données sur les mycoses en général et les saccharomycoses en particulier, les travaux des partisans de la théorie blastomycétienne du cancer n'ont apporté aucun fait probant à l'appui du rôle pathogénique des levures dans la production des tumeurs épithéliales.
Elles ont appris toutefois, au point de vue pratique, que les levures que Ton rencontre dans le milieu extérieur ne sont pas toutes dénuées de pouvoir pathogène. M,le Lydia Rabinovitch, sur une cinquantaine d'espèces provenant du laboratoire de Koch, en a rencontré sept susceptibles de provoquer une saccharomycose chez les animaux, et Noisette, expérimentant avec une levure commerciale, constata que son inoculation donnait lieu chez les mammifères de laboratoire à une infection généralisée. Certaines professions, comme celles de boulanger ou de brasseur, présenteraient à cet égard des risques spéciaux, et l'observation rapportée par Reitmann d'une saccharomycose mortelle chez un boulanger paraît corroborer cette opinion.