MORVE
peau ou les muqueuses, même saines, les voies respiratoires, les voies digestives.
Mais les méthodes d'inoculation les plus sévères sont, par graduation ascendante : l'inoculation intraveineuse, l'inoculation intrapéritonéale et l'inoculation dans les centres nerveux (Tedeschi), par laquelle on peut vaincre même l'immunité de certaines espèces rélïnctaires.
Le surmenage et toutes les causes de débilitation exercent soit expérimentalement, soit dans la pratique, une influence favorable à l'infection.
Jusqu'à ce jour, tous les efforts de vaccination contre la morve n'ont donné aucun résultat pouvant faire espérer une solution pratique de la question. L'immunité produite expérimentalement est inconstante et fragile.
La réaction de l'organisme à l'infection la mieux étudiée est la propriété agglutinative du sérum, dont on a voulu faire un moyen de diagnostic précoce de la morve. Mais il résulte des nombreux travaux contradictoires dont on trouvera une bibliographie complète dans le travail de Schnûrer que, si l'on peut reprocher à la maléine de ne pas donner de réaction chez les animaux même malades déjà injectés plusieurs fois avant leur infection, on ne peut non plus compter d'une manière absolue sur les propriétés précipitantes ou agglutinatives du sérum. Pour arriver au diagnostic précoce de la morve chez les animaux, qui doit faire la base même de la prophylaxie contre cette affection, aucun des deux moyens n'est infaillible ; mais ils peuvent être utilement combinés. Il en est de même de l'ophtalmoréaction et de la cuti-réaction d'après les travaux de Putzeys et Stienon, Choromansky, Wladimirolf, Martel.
CONDITIONS PATHOGÉNIQUES. — Le bacille de la morve semble n'exister dans la nature qu'à l'état parasitaire; aussi la morve humaine est-elle toujours le plus souvent d'origine équine. On l'observe le plus fréquemment chez les adultes du sexe masculin, exerçant des professions les mettant en contact soit avec les chevaux malades, comme les palefreniers, cochers, charretiers, vétérinaires, soit avec leurs dépouilles, comme les équarrisseurs et les bouchers.
On peut observer également la contagion immédiate par les objets souillés de produits morbides : les harnais (par exemple, chez les bourreliers), les seaux, la paille, etc.
Toutes les formes de morve ou de farcin du cheval peuvent servir de point de départ à la contagion. Les formes chroniques sont même les plus redoutables, parce qu'elles éveillent moins l'attention et peuvent produire chez l'homme la morve aiguë. La fréquence de la morve humaine est donc fonction, dans un pays, de la diffusion de la morve équine.
Lu France, les erreurs théoriques de Regnault, Delafond, Boulay,
Traité d'hygiène. XVII. — H
avaienl eu pour résultat une active propagation do la maladie. Mais, maintenant que l'on procède à i'abatage précoce des animaux malades, les cas de morve chez le cheval deviennent plus rares et les observations chez l'homme presque exceptionnelles.
Nous avons vu les différentes voies possibles d'introduction du microbes dans l'organisme. La plus fréquente est une solution de continuité du tégument cutané (morsure, piqûre avec une paille, ou un scalpel, etc.).
Mais il ne faut pas perdre de vue la possibilité de la pénétration du bacille à travers la peau ou les muqueuses saines (Babès).
Fig. 87. — Bacilles de la morve d'une culture sur pomme de terre ordinaire,
âgée de vingt jours.
D'après Bollinger, l'appareil respiratoire pourrait servir assez fréquemment de voie d'introduction du virus, surtout dans les cas où les symptômes généraux précèdent les manifestations locales.
Il faut néanmoins tenir compte de ce que, d'après les recherches de Cantacuzène et d'Hutyra, l'absorption du bacille par les voies digestives a d'abord le poumon comme première localisation.
Bien qu'il n'existe pas d'observation concluante au sujet de la transmission de la maladie par ingestion de viandes, les recherches expérimentales et anatomo-pathologiques (Micellone) doivent faire considérer cette forme de contagion comme possible et même fréquente. Aussi le colportage et la vente de la viande des animaux morveux doivent-ils être sévèrement prohibés.
On ne doit pas oublier, à ce sujet, que, si les bovidés sont réfrac-
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taires, le mouton et la chèvre sont capables de contracter la morve.
Nous avons indiqué l'exagération de virulence du microbe par son passage à travers l'organisme humain; aussi les exemples ne sont-ils pas rares de contagion d'homme à homme soit immédiate (gardemalade, contagion génitale), soit médiate (blanchisseuse). Certains cas classiques ont montré le danger des autopsies des sujets morveux.
La morve peut être aussi une maladie de laboratoire ; de toutes les affections microbiennes expérimentales, la morve est certainement, et de beaucoup, la plus dangereuse à étudier. Les victimes scientifiques sont déjà nombreuses, et nous rappellerons ici le cas de Kalning, que nous avons cité plus haut. Aussi, dans les recherches de sérodiagnostic, ne saurait-on trop s'entourer de précautions et utiliser de préférence les cultures mortes, qui, suivant Ficker, donnent à ce sujet les mêmes réactions que les bacilles vivants.
PROPHYLAXIE. — Ce que nous avons dit du peu de résistance de l'agent pathogène aux influences extérieures montre que la morve est au premier chef une maladie évitable. L'application rigoureuse des règlements administratifs doit en amener la disparition presque complète par le diagnostic précoce de l'affection, suivi de l'abatage immédiat de l'animal malade avec interdiction du colportage et de la vente des dépouilles.