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F1LARI0SES

lumière, comme on l'avait cru, ni les heures des repas, mais bien le sommeil.

Mackenzie a montré en elTet que, si l'individu porteur de filaires vient à dormir le jour et reste éveillé la nuit, la périodicité est renversée, c'est-à-dire que les parasites passent dans la circulation pendant lejour et disparaissent pendantla nuit. Manson fait néanmoins observer que cette théorie n'explique pas l'arrivée des filaires dans la circulation trois ou quatre heuresavantlemomenthabituel du sommeil, et considère la question comme encore insuffisamment élucidée.

Que deviennent les microfilaires pendant leur disparition du sang

Fig. 146. — Filaria nocturna dans la tête et la trompe du moustique.

a, c7, «i, filaires; jb, labrum; c, conduit de la glande venimo-salivaire ; d, base de l'hypopharynx ; e, labium; //*, ganglions céphaliques ; gg, œil ; h, œsophage, y, muscle du pharynx.

périphérique? Manson, dans une autopsie d'un malade atteint de filariose et s'étant suicidé par absorption d'acide cyanhydrique, a montré qu'elles se localisaient principalement dans le poumon, le muscle cardiaque et les gros vaisseaux. On en observait quelques-unes dans le rein, le cerveau, les muscles volontaires, mais elles faisaient complètement défaut dans le foie, la rate et la moelle osseuse. On ne peut fournir aucune explication sur la manière dont les filaires arrivent à maintenir leur position dans le courant sanguin ni sur les causes qui président à leur distribution dans l'organisme. Ces faits confirment les observations faites par Grassi et Noé sur des chiens atteints de Filaria immitis. On ne possède non plus aucune notion sur la durée de la persis-

ACHALME. — MALADIES SPÉCIFIQUES.

tance « le chaque embryon de Glaire dans le sang. Comme il ne peut poursuivre son évolution dans l'organisme, il est forcémenl détruit à un moment donné et remplacé par d'autres dus à L'activité génitale des Glaires adultes.

ÉVOLUTION DE LA FILAIRE HORS DE L'ORGANISME. - Ces! à Manson que l'on doit la découverte importante du rôle jour par les moustiques dans la propagation de la filariose. C'est en effe! dans l'organisme de ces diptères que la Filaria Bancrofti subit les transformations la rendant capable de continuer son évolution chez

l'homme, jusqu'à l'état adulte, lui permettant de recommencer le cycle.

Frappé du fait de la périodicité nocturne de la présence des microfilaires dans le sang, Manson supposa que l'hôte intermédiaire devait être un insecte nocturne. Il essaya donc d'infecter des moustiques en faisant piquer par des Culex des indigènes dont le sang était parasité. Il put ainsi observer le premier les

transformations subies Fig. 147. - Coupe de moustique. pftr ^ embryons dans le

Environ seize jours après l'ingestion du sang d'un corps du moustique. Ces individu porteur de filaires. La fdaire s'est échappée , ,

des muscles thoraciques d'après une microphoto- recliercnes, reprises engraphie de M. Spitta. suite par Lewis. Aranjo,

Myers, Low, etc., ont établi avec toute la précision désirable les divers stades de l'évolution de la fîlaire chez divers culicides.

La microfilaire est d'abord absorbée par l'insecte suceur de sang, et à ce propos Manson fait observer que l'on trouve toujours un plus grand nombre d'embryons dans le sang contenu dans l'estomac du moustique que dans une même quantité de sang prise sur un sujet atteint de filariose. Il attribue ce fait à ce que les microtilaires ont une tendance marquée à se fixer par leur tête ou leur queue aux corps étrangers filamenteux, ainsi qu'il est facile de l'observer sur les préparations fraîches. Il pense donc qu'elles s'attachent de la même manière à la trompe du moustique, alors qu'il suce le sang, obéissant ainsi à cet instinct de conservation de l'espèce auquel Manson attribue sa périodicité nocturne. Pareille remarque a été faite par Fiïllehorn sur des anophiles infectés aux Filaria recondita.

FILARIOSES.

Au bout de quelques heures, le sang est hémolyse dans l'estomac du moustique et prend un aspect poisseux. Cette modification semble exercer une influence excitante sur la mierofilaire, qui s'agite plus violemment et perce la gaine qui la contient à l'aide de son stylet buccal. Une fois nu, l'embryon devient beaucoup plus mobile et, au lieu de s'agiter sur place, présente un mouvement rapide de translation, grâce auquel il traverse rapidement le champ du microscope.

Dans ce nouvel état, la mierofilaire ne séjourne pas longtemps dans l'estomac du moustique. Vers le deuxième jour, on ne trouve

Fig. 148. — Coupe de muscles thoraciques de moustique, environ douze jours après l'ingestion du sang d'un individu porteur de filaires. D'après une microphotographie de M. Spitta.

plus dans l'estomac que des gaines vides et quelques embryons morts. Les autres ont traversé les parois stomacales grâce à leur rostre et sont tombés dans la cavité générale, qu'ils traversent pour gagner les muscles du thorax, où ils vont poursuivre leur évolution.

La striation cuticulaire, qui avait paru augmenter au début du séjour dans l'estomac, disparaît: les mouvements cessent et le corps grossit rapidement. Vers le troisième jour, la bouche commence à se dessiner, puis l'anus ; on voit apparaître en même temps des cellules qui figurent un tégument externe et un canal alimentaire. C'est le stade en saucisse. Puis la queue diminue de longueur, et, pendant que le corps sétire de manière à acquérir la longueur (\c lmn,,5 environ, quelques grandes cellules forment vers la queue des papilles qui lui donnent un aspect trilobé caractéristique de ce stade larvaire.

Cependant la logette musculaire occupée par la mierofilaire devient inoins étroite par raréfaction du tissu musculaire. Le para-

252 ACHALMK. — MALADIES SPÉCIFIQUES,

site recommence à se mouvoir dès le onzième ou douzième jour et à se replier <mi V <>u en S. A partir du dix-septième jour environ, dans les conditions de température les plus favorables, les larves, qui ont acquis tout leur développement, quittent les muscles thOraciques en

grande partie détruits et émigré vers la tête du moustique. Elles traversent le tissu lâche qui entoure les glandes salivaires et passent dans le cou, puis vont se loger dans le labium, où Ton peut les voir entassées, gonflant cette partie de la trompe.

Les larves restent là jusqu'à ce que le moustique ait l'occasion de faire une nouvelle sucée de sang. On est en effet revenu de l'erreur longtemps admise du repas sanguin unique des moustiques. Au contraire, le sang est rapidement digéré et les insectes capables de piquer l'homme de nouveau.

Ce n'est donc pas par l'eau de boisson, comme le croyait Manson, que se propage la fîlariose. Dans ses premiers travaux, cet auteur admettaiten effet qu'à la mort du moustique son cadavre se détruisait rapidement, et les larves étaient ainsi mises en liberté dans l'eau, où elles pouvaient conserver leur vitalité quelque temps. Ingérées avec l'eau ainsi contaminée, les larves traverseraient l'intestin pour gagner le système lymphatique, où elles atteindraient l'état adulte.

Bancroft puis Low, dont les travaux ont été vérifiés par Manson, ont démontré que les larves mouraient rapidement dans l'eau, que la transmission avait lieu directement et que le moustique inoculait la larve de la fîlaire en faisant une nouvelle piqûre. Mais les parasites ne se trouvent pas dans la gouttière formée par le labium et les autres pièces de la trompe, mais bien dans l'intérieur même du labium, en communication avec la cavité générale et sans orifice extérieur ; aussi est-il nécessaire qu'il se produise une solution de continuité pour que les larves puissent s'échapper et pénétrer par l'orifice de la piqûre, bien que Sambon prétende que les fîlaires remontent dans l'œsophage pour pénétrer ensuite dans la trompe. D'après Lebredo, ce sont les fîlaires qui traverseraient activement cette paroi; mais l'explication donnée par Noé semble plus vraisemblable. D'après cet auteur, qui a surtout observé le passage des larves de la Filaria immitis à travers la trompe des anophélines, l'accumulation des parasites rendrait le labium moins souple et sa rupture plus facile au point de moindre résistance, dans l'effort qu'il supporte en se repliant en forme d'U pendant que les stylets pénètrent dans la peau. Les fîlaires passeraient facilement à travers les fentes qui se produisent au voisinage de l'extrémité distale et n'auraient qu'à suivre les stylets pour pénétrer dans l'organisme de l'animal piqué. Fulleborn, qui croit comme Grassi et Noé à la rupture de la membrane de Dutton, aurait plus de tendance à admettre, d'après ses expériences fort bien conduites sur le lapin, à une pénétration active à travers l'épiderme, des larves de fîlaires déposées sur la peau.

FILARIOSES.

Le nombre d'espèces de moustiques capables de servir d'hôtes intermédiaires aux embryons de filaire est assez considérable et varie suivant les régions.

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Le Culex fatigans fsyn. : anxifer, Skusii etc.) a été principalement signalé par Lôw comme l'agent de propagation de la filaiïose aux Petites Antilles, à la Trinitad par Vincent, à l'île Maurice par

254 ACIIALMK. - MALADIES SPÉCIFIQUES.

Daruty de Grandpré. Ge diptère existe aussi ,;i Madagascar, aux Seychelles el à La Réunion. On le rencontre également en Espagne H m Portugal, ce qui constitue un véritable danger pour le sudouesi de l'Europe. En Australie, on doit incriminer surtout Culex fatigans synonyme: />i/)iens) (Bancroft); Siegomya calopus est, d'après Lôw, l'hôte intermédiaire le plus fréquent à la Barbade et, d'après Sambon, il joue le môme rôle dans la région du Niger*

D'autres moustiques peuvent également propager la iilariose dans leur domaine géographique, plus restreint que celui <{(>> espèces précédentes. Tels sont : Myzomya Rossi (James), aux Indes et probablement en Indo-Chine: Pyrelophorus costalis, dans le BasrNiger el une partie de l'Afrique' tropicale (Annett et Dutton), Mansonia uniformis (synonyme : africanà), dans la région du Zambèze et du lac Nyassa (Daniels) : Mansonia pseudolitillans, dans l'Amérique tropicale ; Nyssorynchus (syn. : sinensis) albimanus, à la Trinitad: Myzorynchus vanus (nigerrimus), aux Indes; Myzomya funesla. à Sierra-Leone et à Madagascar. Chez d'autres culicides, la filaire évolue, mais ne peut arriver au complet développement de sa phase larvaire. Tel serait le cas de Culex microannulalus et de Stegomya scutellaris, aux Indes (James); à" Anophèles mac ulipe unis, au Bas-Niger (Annett et Dutton). Skuse a observé le même développement incomplet en Australie, chez Culex notoscriptus, C. annuliroslris, C. vigilax, C. procax et Culex (synonyme : Mucidus hispidosus).

La durée de l'évolution des larves de filaires semble être la même chez les différentes espèces de moustiques, mais varie de douze à vingt et un jours, suivant la température extérieure.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. — Le domaine géographique de la Filaria nocturna est très étendu. On Ta rencontrée dans presque tous les pays tropicaux. L'Europe elle-même n'est pas absolument à l'abri de ses atteintes, et l'on a signalé des cas en Espagne (Font y Torni) et en Italie (Biondi) chez des individus n'ayant fait aucun séjour dans les pays tropicaux.

Il serait trop long d'énumérer tous les pays où l'on a constat*' l'existence de lafilariose : mais, dans certaines régions, sa fréquence estextrême. Manson signale que, dans certains districts de l'Inde (celui de Cochin, par exemple), le tiers de la population est atteint. La proportion est la même, d'après Thorne, à l'archipel des Amis, et s'élève jusqu'à 50 p. 100 aux îles Samoa. Nos possessions d'Océanie paient également un lourd tribu à la filariose (70 p. 100 à Huahine, dans l'archipel de la Société). Noé, Broquet, Mathis ont signalé sa présence en Indo-Chine.

PROPHYLAXIE. — Le mode de propagation de la Iilariose étant le même que celui du paludisme, la prophylaxie consiste, comme pour cette dernière affection, à se prémunir contre les piqûres de mous-

FILARIOSES.

tiques infectés. Toutes les prescriptions pour la destruction des culicides et la protection contre leurs piqûres trouveront ici leur application.

« Filaria perstans. »

Cette espèce doit son nom à Tabsencede périodicité de la présence des embryons dans le sang, où ils sont visibles jour et nuit.

L'adulte a été découvert par Daniels chez des Indiens du Demerara dans le mésentère et sous le péricarde. La femelle, longue de 70 à (S0 millimètres, présente un cou plus long que celui de F. Bancrofti. La bouche est petite, simple, non armée, le corps sans marques extérieures, la queue incurvée et son extrémité fendue en deux petits appendices triangulaires, qui lui donnent une apparence mitrée, caractéristique de cette espèce. Le mâle, plus petit, mesure 45 millimètres environ. La queue, très enroulée, présente dans la région cloacale un spicule unique. Lôw décrit quatre paires de petites papilles pré-anales et une paire de papilles post-anales.

L'embryon est caractérisé par l'absence de gaine, qui le différencie de F. nocturna et diurna:

son extrémité caudale est invariablement tronquée et brusquement arrondie. La tête est également très caractéristique. Elle ne présente aucun prépuce dentelé comme chez F. nocturna et diurna ; mais le crochet qui la termine, et qui est animé d'un mouvement constant de projection et rétraction, est plus facile à voir que dans les espèces précédentes. Sur les préparations colorées, on observe un étroit anneau au vingt-six centième de la longueur, deux grandes taches irrégulières transversales, l'une au trente-six-centième et l'autre au soixante-trois centième de la longueur, enfin une petite tache claire, centrale, très inconstante, au quatre-vingt-trois centième de la longueur.

Quant aux dimensions de la microfilaire, elles sont moindres que celles de F. nocturna : on en décrit deux variétés, Tune grande de 160 à 180 u. et l'autre petite, qui ne dépasse pas 100 jx. Ces dimensions sont difficiles à observer exactement, à cause de l'agilité du parasite, qui, n'étant pas gêné par une gaine, a des mouvements de translation très rapides.

HOTE INTERMÉDIAIRE. - - La plupart des recherches ont

Fisc. 150.

— Extrémité caudale de Filaria pei^stans adulte.

A.CHALME. — MALADIES SPÉCIFIQUES.

Fig. 151. — Structure de l'extrémité de la Filaria perstans, a, b, et de la Filaria nocturna c, d.

échoué. Eiodges el Lôw sur des moustiques, Christy sur des acariens, des puces ei des poux, Brumpt sur des glossines, n'ont obtenu aucun résultat. C'esl à peine si Eiodges et Lôw, le premier sur un

Mansonifi indéterminé, le second sur Taeniorhynchus fuscopermatuSy oui obtenu un commencement de développement, mais ne dépassant pas le stade eu saucisse.

Feldmànn, travaillant dans l'Afrique orientale allemande, semble avoir été plus heureux. 11 a suivi le développement de la Filaria perstans chez une tique humaine, dont il ne donne pas le nom. Après un séjour de vingt jours dans la musculature céphalo-thoracique de la tique, pendant lequel elle double de longueur, elle gagne l'ovaire, où, en peu de temps, elle atteint 1 millimètre environ. Feldmànn croit que, sous cette l'orme de larve, la microfilaire est ingérée avec les bananes, lieu ordinaire de la ponte de la tique, et pénètre dans l'organisme en traversant les tuniques intestinales. On a également incriminé une autre tique, Ornithodoros moubata (Wellmann, Lôw). Le rôle de cet acarien. s'il est vérifié, ne saurait être regardé comme exclusif, car Ton observe la Filaria perstans dans des régions où cette tique parait faire défaut (Congo français, Mission française d'études de la maladie du sommeil).

La Filaria perstans a élé incriminée dans diverses maladies, le craw-craw et la maladie du sommeil par Manson, la tick fever par Ghristy. On admet plutôt actuellement qu'elle est inoffensive, soit dans sa forme embryonnaire, soit dans sa forme adulte.

Fig. 152.

a, Filaria nociurna (300/,) : b, F. diurna, Afrique; c, F. demarquayi, Saint-Vincent (300/,) ; d, F. Ozzardi et F. perstans, Guyane anglaise (300/,1; e, F. perstans, Afrique (300/,).

FILARIOSE. t*— 257

Le développement chez Culexfatigans, observé par Ahsburn et Graig, corrobore cette ressemblance morphologique. On est donc en droit de se demander s'il s'agit bien réellement d'une espèce nouvelle.

Craw-Graw.

Il s'agit d'une affection cutanée encore mal définie, signalée par O'Neill chez les naturels de la côte occidentale d'Afrique et caractérisée par des papules prurigineuses rappelant la gale invétérée par leur aspect et leur siège.

O'Neill attribue cette irruption à la présence d'une microfilaire qu'il décrit comme analogueà laFilarla nocturna, mais néanmoins un peu plus courte et un peu plus large et présentant deux marques noires à l'extrémité céphalique. Da Silva Aranjo et Magalhaes ont constaté au Brésil l'existence d'une dermatose identique, due également à une microfilaire. A. Ferrari a rapporté un fait analogue.

Manson élève quelques doutes au sujet du rôle pathogène de la filaire et se demande si, dans ces régions où la Filaria perstans est si fréquente dans le sang, les auteurs n'ont pas été induits en erreur par des embryons sanguicoles dus à la petite hémorragie provoquée par le raclage de la papule. Proust dénie également toute spécificité au craw-craw.

Un fait pourtant viendrait corroborer les observations des auteurs précités, c'est le cas rapporté par Nielly(de Brest) d'un jeune mousse atteint d'une papulose analogue au craw-craw et due à un nématode filariforme qui a été décrit par R. Blanchard sous le nom de Rhabditis Niellyi, et qui semble être la larve rhabditiforme du Strongyloides intestinalis ou d'une simple anguillule d'eau douce.

Traité d'hygiène. XVII.

PALUDISME

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