EDMOND SERGENT ET ETIENNE SERGENT
Le paludisme était considéré autrefois comme une maladie miasmatique, c'est-à-dire due à des miasmes, ou émanations répandues dans l'air en certaines localités. Cette conception était fondée sur un fait exact : celui de la contagion indirecte du paludisme, qui ne se propage pas directement d'Homme à Homme, comme par exemple la plupart des maladies éruptives, mais qui vient à l'Homme du milieu extérieur par un intermédiaire. Autrefois la nature de cet intermédiaire était inconnue, et le terme de miasme dont on le désignait servait à cacher cette ignorance. Nous savons aujourd'hui que cet intermédiaire est représenté par certains Moustiques; toutes les bonnes observations faites jadis sur l'épidémiologie du paludisme restent vraies : il suffît de remplacer le terme abstrait de miasme par le terme concret de Moustique.
Le principal caractère étiologique du paludisme est donc sa contagion indirecte : il n'est contagieux directement ni d'Homme à Homme (dans les conditions naturelles), ni de Moustique à Moustique. Mais toujours les passages de Vertébré à Invertébré et d'Invertébré à Vertébré doivent se suivre.
Dans l'état actuel de la science, on ne connaît aucun fait qui puisse faire supposer l'existence d'un stade de l'agent du paludisme en dehors de l'Homme et du Moustique.
D'après ce que nous savons, nous pouvons donc considérer le paludisme comme une maladie de l'Homme et du Moustique. Le Moustique ne transporte point passivement le virus du paludisme comme le ferait une lancette; il est infecté par ce virus et en souffre : les expérimentateurs savent qu'il ne faut pas faire sucer aux Moustiques du sang trop riche en parasites, car ils en mourraient avant la fin de l'expérience.
Cette notion des deux hôtes nécessaires à l'évolution d'un parasite ne s'applique pas qu'au paludisme : pour ne citer que quelques exemples : le Ténia échinocoque vit à létal adulte dans l'intestin du chien, et ses larves peuvent parasiter l'organisme humain en provoquant la formation de kystes hydaliques.
Les Filaires à embryons sanguicoles, l'agent de la lièvre jaune
PALUDISME. 11— 259
parasitent successivement l'Homme et le Moustique. Les Piroplasma de la fièvre du Texas vivent alternativement chez les Bovidés et chez les Tiques.
On désigne sous le nom d'hôte définitif celui chez lequel évolue la vie sexuée du parasite, et, sous le nom d'hôte temporaire, celui qui nourrit la phase asexuée. Dans le cas du paludisme, l'hôte définitif est le Moustique et l'hôte temporaire l'Homme.
Le parasite du paludisme est en effet un Protozoaire (classe des Sporozoaires), dont la vie sexuée (sporogonie) se déroule dans l'estomac, les tissus, les glandes salivaires de certains Moustiques, les Anophélines, et dont la vie asexuée (schizogonie, reproduction par scissiparité répétée) se passe à l'intérieur des hématies de l'Homme.
Le parasite du paludisme n'est pas le premier Protozoaire parasite du sang que l'on ait connu : Valentinvit en 1841, à Berne, un Trypanosome dans le sang d'une Truite et Gruby ; en 1843, le Trypanosoma rotatorium du sang de la Grenouille; Ray Lankester vit, en 1871, le premier Protozoaire endoglobulaire : Drepanidium ranarum de la Grenouille. Mais c'est de la découverte de l'Hématozoaire du paludisme (A. Laveran, 1880, à Constantine) que date l'ère féconde des recherches sur les Protozoaires Sanguicoles.
Il en est sorti la connaissance de l'étiologie de très importantes maladies de l'Homme et des animaux : Trypanosomiases, dues à des Flagellés (chez l'Homme, Trypanosomiase humaine, pro parte maladie du sommeil), Piroplasmoses, dues à des Hémosporidies.
Nous envisagerons successivement Yétiologie, Yépidémiologie et la prophylaxie du paludisme.
La connaissance de l'étiologie nécessitera un court exposé de [histoire naturelle des Moustiques.
Nous ferons ensuite l'étude de V évolution du microbe : 1° chez l'Homme, 2° chez le Moustique. Cette étude, basée sur l'observation, sera complétée par celle des recherches expérimentales. La considération des rapports présentés par le paludisme avec toutes les conditions du milieu extérieur, de l'Homme, du Moustique, constitue Yépidémiologie.
La prophylaxie sera étudiée au point de vue de l'Homme, du Moustique, soit infectés, soit indemnes.
Nous y ajouterons la description de la fièvre bilieuse hémoglobinurique.
INTRODUCTION A L'ÊTIOLOGIE.