‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 90 sur 224 · ED. ET ET. SERGENT. — BILIEUSE HÉMOGLOBINURIQUE · texte numérisé non relu

ED. ET ET. SERGENT. — BILIEUSE HÉMOGLOBINURIQUE

C'est sur un principe analogue que A. Plehn insiste dans une communication au LWY Congrès des naturalistes et médecins allemands (Cassel, septembre 1903) (l). 11 préconise contre la bilieuse hémoglobinurique l'emploi préventif de petites doses de quinine, dont il a obtenu de bons résultats au Cameroun. En 1897-1899. les personnes non traitées préventivement, sur un total de 573 mois de séjour, présentèrent 287 cas de paludisme et 31 cas d'hémoglobinurie, soit un paludéen par 2 mois etun hémoglobinurique par 18 mois et demi. Durant le même temps, les personnes traitées, sur un total de 446 mois de séjour, présentèrent 90 cas de paludisme et 6 cas d'hémoglobinurie, soit 1 fiévreux pour 6 mois et 1 hémoglobinurique pour 74 mois. Sur les hémoglobinuriques qui n'avaient pas été traités préventivement, 10 p. 100 moururent ; aucun de ceux qui furent traités préventivement ne mourut. Le temps de service colonial fut en moyenne de 14,6 mois pour les non-traités, de 19,2 mois pour les traités.

Les inconvénients de la quininisation peuvent enfin être palliés par la médication qu'a fait connaître H. Vincent (2). Lorsque l'hémoglobinurie est due à l'absorption de quinine, il suffit de faire absorber au malade 4 à 6 grammes de chlorure de calcium par jour per os, ou seulement 1 ou 2 grammes, dissous dans la solution physiologique, en injection sous-cutanée.

En conclusion, Tétiologie et l'épidémiologie de la bilieuse hémoglobinurique présentent encore des obscurités qui demandent de longues et précises études. Sa prophylaxie sera celle du paludisme, très stricte, aidée de l'observation rigoureuse des prescriptions de l'hygiène générale en pays chaud.

(1) A. Plehn, Ueber die Verhûtung und Behandlung des Schwarzwasserfiebers. Arch. f. Schiffs u. Tropenhyg., t. VII, n° 12, déc. 1903, p. 541-553.

(2) H. Vincent, Pathogénie de la fièvre bilieuse hémoglobinurique. Son traitement par le calcium. C. R. Soc. hiol., t. LIX, 1905, p. 633.

FIÈVRE JAUNE

E. MARCHOUX

Chef de service à l'Institut Pasteur.

/. - HISTORIQUE

La fièvre jaune vient d'Amérique. — Là fièvre jaune est une maladie américaine. Si l'histoire n'en remonte pas jusqu'à la découverte du Nouveau Monde, c'est quelle y a été confondue, pendant plus d'un siècle, avec toutes ces fièvres qui ont décimé les premiers occupants et, en particulier, avec les formes graves du paludisme, inconnues en Europe. Elle n'a porté un nom spécial que depuis 1635, après la description qu'en a faite Dutertre à la Guadeloupe, sous le nom de coup de barre (1).

Plusieurs auteurs ont pensé qu'elle avait été apportée d'Afrique par les navires négriers. Carlos Finlay, dont on connaît les remarquables travaux et les soigneuses recherches, a fait depuis longtemps justice de cette hypothèse. Les rapports entre l'Europe et l'Afrique ont débuté en 1364 et sont, par conséquent, de plus de cent ans antérieurs à la découverte de Christophe Colomb.

Il est peu probable, si la fièvre jaune eût existé à la côte occidentale d'Afrique, qu'elle y fût restée méconnue si longtemps.

Elle portait déjà un nom en Amérique qu'elle n'était pas encore signalée sur le continent africain.

D'ailleurs, si elle n'est pas qualifiée avant Dutertre, il ne paraît pas difficile d'en reconnaître des traces presque certaines dans les récits des premières expéditions.

Il n'est guère possible d'attribuer à une autre cause les nombreux décès qui ont suivi la bataille de Véga-Réal, dans l'île d'Hispaniola.

On sait que, pour s'opposer aux envahisseurs, les Indiens des plateaux étaient descendus s'unir aux habitants des terres chaudes

(1) Pour la bibliographie ancienne, consulter : A. IIirsch, Ilandbuch der historisch-geograpbischen pathologie, Stuttgard, 1881. — Bérenger Feraud, Trait théorique et clinique de la fièvre jaune, Paris, 1891 . — Azevedo Sodre et Miguel Couto, Gelbfieber, Collection Nothnagel, 1901. — C. Finlay, Apuntes sobre la historia primitiva de la fiebie amarilla. Ann. de la Academia de la Havane, t. XXI, 23 nov. 1884.

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ei q ne, pendant presque toute Tannée 1495, Christophe Colomb et ses troupes durent soutenir contre eux une lutte sans merci. Quoique très meurtrière, cette guerre d'escarmouches fit moins de victimes que la maladie. Celle-ci, qui se manifestait par des vomissements d'abord alimentaires, puis bilieux, et enfin sanglants, était attribuée soit à un empoisonnement criminel, soit à une intoxication alimentaire. Cependant, le vomito negro sévissait dans les deux camps. Si les Indiens en souffraient comme les nouveaux venus, c'est que, parmi eux, un grand nombre venaient de régions indemnes.

Ce poison, que les Espagnols croyaient avoir été versé dans l'eau des sources ou provenir des substances alimentaires nuisibles, n'était sans doute que le Virus amaril.

Depuis cette époque, la race blanche l'a rencontré à chaque pas qu'elle a fait sur le continent nouvellement ouvert à son développement. Chaque agglomération, pour se former ou s'accroître, a eu à lutter contre lui autant que contre les indigènes. Dans les Antilles et tout autour du golfe du Mexique, les villes qui se sont fondées ont dû lui payer un impôt qui a lourdement pesé sur la population. Dans la liste chronologique que nous possédons figurent seules les épidémies qui ont été particulièrement désastreuses ou qui ont trouvé un historiographe pour les rapporter. Il est certain que chaque année a eu son contingent de victimes, plus ou moins nombreuses, comme cela se passe de nos jours dans les foyers endémiques. Ce tribut périodique a commencé avec la première installation. Nous ne suivons la trace du mal qu'à partir du moment où existaient déjà des centres assez peuplés.

Il en faut chercher la raison dans le sentiment qui guide tous les nouveaux venus dans un pays qu'ils veulent occuper.

Désireux de voir s'accroître l'importance du point qu'ils ont choisi et craignant de le discréditer en signalant son insalubrité, ils sont tout prêts à attribuer à des dispositions individuelles les accidents morbides qui se produisent chez quelques-uns d'entre eux. Les épidémies commencent à être reconnues quand la population s'est augmentée suffisamment et qu'elles deviennent remarquables. Quoi qu'il en soit, la liste transmise par l'histoire est encore assez longue pour nous faire sentir quelle a été l'importance d'un pareil fléau.

Amérique du JXord. — Amérique centrale. — En évaluant à plus de 500000, rien que pour l'Amérique du Nord, le nombre des décès causés par la fièvre jaune, on reste certainement au-dessous de la vérité.

Ce sont, bien entendu, les ports ouverts sur le golfe du Mexique qui ont été les plus éprouvés. Pendant des siècles, ils ont abrité chez eux ces germes destructeurs. Reparaissant chaque année, la fièvre jaune y prélevait son sinistre tribut sur les nouveaux arrivés. Mais le virus n'est point resté cantonné au bord de la mer.

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Il a suivi les émigrants qui remontaient le cours du Mississipi faisant escale avec les bateaux dans toutes les villes riveraines de ce grand fleuve et de ses affluents, et remontant avec eux jusqu'à Saint- Louis du Missouri et Cincinnati sur TOhio.

Avec une âpreté qu'on ne s'expliquait pas alors, il suivait les voyageurs, semant le deuil dans chacune des villes où ceux-ci se rendaient. Contournant la Floride, la fièvre jaune a frappé tout le long du littoral de l'Atlantique. Elle a fini par s'installer à New- York et ne l'a guère quitté pendant un siècle. Contenue par les froids de l'hiver, on la voyait presque chaque année, avec les chaleurs, revenir plus ou moins sévère, mais toujours redoutable. La rigueur de la température ne l'a pas empêchée de se montrer plus au Nord encore, dans les ports américains et jusqu'à Québec au Canada.

Si la côte orientale d'Amérique a été plus souvent atteinte que la côte ouest, celle-ci n'a cependant pas été épargnée. Le Typhus amaril a parcouru le littoral de la Californie et gagné jusqu'à San- Francisco.

Il n'a pour ainsi dire jamais quitté l'Amérique centrale.

Amérique du Sud. — L'Amérique du Sud n'a pas échappé à ses ravages. De bonne heure, le typhus y a été importé, et, s'il n'y a pas fait autant de victimes que dans le Nord, c'est qu'il n'y a pas rencontré une population sensible aussi abondante. D'ailleurs, le long de l'Atlantique, en dehors du bassin de l'Amazone et du bas cours des fleuves, la côte s'élève rapidement à une altitude que respecte la maladie. Mais elle est entrée dans tous les ports.

Le Venezuela et les Guyanes ont été les premiers atteints. Le Brésil est venu ensuite. Déjà, dès 1640, la fièvre jaune a fait à„Pernambuco une incursion qui y a jeté l'épouvante. Elle en est sortie bientôt pour suivre la côte jusqu'à Rio-de- Janeiro, où son débarquement date de 1849, d'après les documents que nous possédons. Mais cette date est sans doute postérieure à sa première invasion et ne marque peut-être que la première épidémie dont on ait gardé le souvenir. Quoi qu'il en soit, elle a rencontré, le long de la côte du Brésil, des conditions si favorables à son développement qu'elle ne l'a plus quittée. Encore aujourd'hui, elle s'y maintient à l'état endémique.

De Rio-de-Janeiro, elle a rayonné vers le Sud. Tous les navigateurs gardent encore le souvenir des hécatombes par lesquelles elle s'est signalée à Santos pendant la durée des travaux du port. De nombreux bateaux, ayant perdu officiers et marins, devaient y attendre d'Europe un autre état-major et un nouvel équipage pour regagner leur port d'attache.

Auprès de Santos, la montagne baigne son pied dans la mer, et la ville de Sâo-Paulo, bâtie sur le plateau qui la domine, est restée toujours pour ainsi dire indemne, protégée par son altitude. Mais au

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delà le terrain descend graduellement de Sâo-Paulo jusqu'au Parana. Sur ce riche territoire où se récolte presque tout le café qui est consommé dans le monde, s'élèvent de grandes cités, qui souvent ont été terriblement éprouvées par le mal.

Vers le Sud, la fièvre jaune a marqué son passage dans les États de Santa-Catharina et de Rio-Grande-do-Sul. Elle a sévi à Montévidéo. Elle a causé à Buenos-Ayres des épidémies mémorables, comme celle de 1871, où le quart de la population a disparu. Puis trouvant un domaine qui lui était propice, elle a remonté le cours du Rio de la Plata, s'arrêtant dans toutes les villes riveraines et finissant par atteindre Assomption, la capitale du Paraguay.

Du côté du Pacifique, elle a affecté la même marche, causé les mêmes préjudices. Elle s'est établie à demeure dans tous les ports de la Colombie et de l'Equateur. Elle a fait de fréquentes apparitions sur le littoral péruvien. On l'a vu jusqu'à Valparaiso du Chili en 1853.

Afrique. — Ramenée par les bâtiments qui revenaient d'Amérique, elle s'est arrêtée aux Canaries, où certains auteurs veulent l'y reconnaître depuis le xvie siècle, mais où d'autres ne la font arriver qu'en 1700 et même en 1810.

De là, elle n'a pas tardé à atteindre la côte d'Afrique, qu'elle a parcourue à maintes reprises du nord au sud et du sud au nord, depuis Saint-Louis du Sénégal jusqu'à Saint-Paul-de-Loanda. Elle a même fini par constituer un foyer endémique flottant, compris dans des limites qu'on peut considérer comme grossièrement tracées par le Sénégal, le Niger et l'Océan (1).

Les bateaux infectés par la maladie l'ont portée à l'île de l'Ascension et jusque dans le port de Sainte-Hélène.

Europe. — La fréquence des communications que l'Espagne et le Portugal entretenaient avec leurs colonies d'Amérique devait finir par introduire le fléau en Europe.

Il y a apparu en 1701 à Cadix, et, pendant un siècle, il a causé plus de 300 000 décès, rien que dans la péninsule Ibérique.

Il s'est installé à son point de débarquement et, durant cette longue période, il n'a guère quitté Cadix, d'où il est parti souvent pour faire des incursions terrifiantes dans toutes les provinces méridionales de l'Espagne, et même jusqu'à Valence et Barcelone. Son passage en 1821 dans cette dernière ville a coûté la vie à plus de 20 000 personnes et a fait plus de 80 000 malades. Le retentissement qu'a eu cette épidémie avait jeté l'effroi en France, où l'on redoutait ce dangereux voisinage.

Bally, Pariset et Audouard, pour en prévenir l'entrée sur notre territoire, sont allés l'étudier sur place et nous en ont laissé une relation très détaillée.

(1) Marchoux, La fièvre jaune Revue scientifique, 11 et 18 janvier 1908.

HISTORIQUE

Plusieurs fois, la fièvre jaune a traversé la mer et gagné les îles Baléares, où elle s'est signalée par une terrible mortalité. En somme,

Fig. 174. — Distribution géographique ancienne et moderne de la fièvre jaune.

toute l'Espagne du Sud et de l'Est a été visitée parle Typhus amaril; Madrid, elle-même, n'a pas été épargnée; mais, si la maladie a pénétré

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dans son enceinte, fort heureusement elle n'y a pa> pris un sérieux développement.

La capitale du Portugal a été moins bien partagée. Lisbonne a vu plusieurs fois le funeste virus débarquerdans son poil H se disséminer <l;nis la population.

L'année 1857 a été particulièrement néfaste. Du mois de juillet au mois de décembre, 18 000 personnes furent atteintes de fièvre jaune; près de 6 000 succombèrent. Quelquefois, le mal a continué ses ravages pendant plusieurs années de suite et s'est étendu aux régions environnantes. Gomme Lisbonne, Porto a souffert d'épidémies graves.

En dehors de la péninsule Ibérique, la fièvre jaune n'a fait de nombreuses victimes qu'en Italie.

Dans la ville deLivourne, en 1804, 2000 personnes furent atteintes, parmi lesquelles il s'est produit 700 décès. Une petite épidémie a été enregistrée en 1883 au voisinage de Naples, à Torre Annunziata, mais elle a été très limitée. On n'a noté que 13 cas et 7 décès.

Fièvre jaune sporadique de certains ports européens. — Nulle part, ailleurs, en Europe, la fièvre jaune n'a pris le caractère nettement épidémique.

Des navires infectés l'ont apportée dans bien d'autres points, sans qu'elle y prenne un sérieux développement. Elle y est restée limitée au personnel du bateau convoyeur; quelquefois elle a atteint les ouvriers occupés au déchargement; plus rarement encore elle s'est étendue aux navires voisins et aux maisons avoisinant le quai.

C'est ainsi qu'elle s'est montrée à Gênes et dans beaucoup d'autres ports italiens. On l'a même vue jusqu'aufonddel'Adriatique,àTrieste. Elle a fait plusieurs victimes dans le port et au lazaret de Marseille. Elle a paru à Vigo, au Ferrol, à la Gorôgne, à Passages. On l'a vue àPauillac, à Rochefort, à La Rochelle, à Saint-Nazaire,où une petite épidémie de port, bien étudiée, en 1861, par Mesliers, est restée célèbre. Elle a fait dans cette dernière ville une nouvelle apparition en 1908. Ramenée de la Martinique par le bateau la France, elle a frappé 11 personnes connues et causé 7 décès.

Elle a été signalée à Brest, au Havre et jusqu'aux portes de Dunkerque. Dans plusieurs ports anglais, quelques cas ont été importés. On en a vu à l'île de Wight, à Falsmouth dans la Gornouaille, à Southampton et aussi à Swansea, où elle fit quelques victimes à terre, dans les maisons bâties le long des quais. C'est là le point le plus septentrional où ait jamais été portée la maladie.

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