‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 91 sur 224 · LA MALADIE · texte numérisé non relu

LA MALADIE

Marche des épidémies. — Si la fièvre jaune n'a pris que dans quelques villes situées au midi de l'Europe l'extension que nous lui connaissons sous les tropiques ; si, dans la majeure partie des ports de mer où des bâtiments infectés Font amenée, nous la voyons limiter ses atteintes au personnel du bord, rarement s'étendre jusqu'aux maisons avoisinant le quai, c'est qu'évidemment il lui manque un élément essentiel pour se répandre. Quand toutes les conditions favorables sont réunies, elle gagne de proche en proche et finit en quelques mois par atteindre toutes les personnes sensibles. Au Sénégal, par exemple, en six mois de l'année 1900, elle a frappé toute la population blanche et causé 25 p. 100 de décès.

En général cette proportion deguérisons est assez constante. Dans quelques pays, on signale même des statistiques meilleures encore, avec un taux de mortalité tombant à 1*2,15 p. 100.

Mais ce sont des pays dans lesquels les conditions du climat sont telles que les infections graves y sont plus rares. D'ordinaire, là où la température est parfaitement propice à la multiplication du virus, on trouve au contraire des statistiques beaucoup plus sombres, où le chiffre des morts atteint jusqu'à 50 et 60 p. 100 des malades. La fièvre jaune, dans ces régions infectées, n'est cependant pas plus grave qu'au Sénégal. Mais la statistique n'y présente pas la même sécurité.

Au Sénégal, la population blanche est peu nombreuse. Tous les Européens se connaissent et, en temps d'épidémie, aucun cas de maladie, si faible soit-il, n'échappe à la connaissance des médecins. Il en est tout autrement dans une des grandes villes d'Amérique, comme Rio-de-Janeiro, par exemple. Là, il devient impossible de connaîlre tous les cas. Les personnes nettement atteintes seules figurent sur les statistiques; les cas légers ne sont jamais signalés. C'est qu'il y a une différence très grande entre la fièvre jaune légère et la fièvre jaune grave.

Tableau clinique de la maladie. — Forme légère. — Légère, elle ne se distingue pas d'une fièvre d'invasion quelconque, d'un accès depaludisme compliqué, d'un embarras gastrique dequelques jours. Quelquefois elle se manifeste comme une simple indisposition, un insignifiant malaise qui attire à peine l'attention du malade et qui est toujours ignoré du médecin.

Forme grave. — Première période. — Tout autre est la forme grave . Le malade est pris apparemmentenpleine santé d'un brusque frisson accompagné de fièvre. En même temps se déclarent dans la région dorso-lombaire des douleurs profondes, qui ont valu à la maladie le nom de coup de barre qu'elle a porté pendant longtemps. Les douleurs s'irradient dans les membres inférieurs, le long du nerf sciatique.

TllAITÉ o'HYGIliMi. XVII. 2t

370 E. MARCHOUX. — FIEVRE JAUNE.

Les malades se plaignent d'une sensation de tension douloureuse au niveau des cuisses, dans les os, disent-ils, qui leur semblent sur le point d'éclater. La céphalalgie est parfois très intense. Il se produit des vomissements alimentaires, puis bilieux. La face est rouge, vultueuse, les yeux brillants. De la bouche s'exhale une odeur qu'on a comparée à celle de la viande de boucherie ; la langue, saburrale ei blanche au milieu, se borde de chaque côté et à la poinle d'un liséré rouge vif. On trouve de l'albumine dans les urines dès le premier jour dans les cas très graves, souvent au second, presque toujours au troisième. La fièvre qui, dès l'invasion, s'était traduite par une élévation brusque du thermomètre jusqu'à 39°, 5, rarement plus, a diminué le lendemain, où la température n'atteint plus que 38° ou 37<>,5. Mais elle remonte vite à 39° et même 40° et s'y maintient jusqu'à la fin du troisième jour.

Deuxième période. —Ace moment, les malades éprouvent une sensation d'amélioration qui les surprend et qui est pour quelques-uns le prélude de la guérison. Mais, pour quelques autres, ce soulagement momentané est un signe prémonitoire des accidents graves de la deuxième période. Le bien-être du malade a bien vite fait place à un abattement profond. La moindre absorption de liquide provoque des vomissements.

Les gencives et la langue deviennent saignantes. Il se produit d'abondantes épistaxis. Les vomissements renferment du sang en partie digéré, donnant aux matières cette coloration noire qui valu à la maladie son nom de Vomito negro. Du sang est évacué par les selles, sous forme de mehena. L'abdomen est douloureux.

La moindre pression exercée sur le ventre provoque des cris plaintifs. Quelquefois la douleur spontanée est tellement vive que le malade ne cesse de se plaindre et de gémir jusqu'à la mort.

Les urines contiennent toujours déplus en plus d'albumine. Elles diminuent de quantité et quelquefois se suppriment.

La température, qui, à partir du quatrième jour, commence à descendre lentement chez les personnes qui doivent guérir, tombe souvent brusquement, et dans les cas particulièrement graves, jusqu'au-dessous de la normale. Elle se maintient entre 35 et 36° jusqu'à la mort, qui ne tarde guère, ou bien remonte de nouveau, sans doute sous l'influence d'une infection secondaire.

Le malade est ictérique et le devient de plus en plus. La pression sanguine tombe; la circulation se ralentit; les extrémités se refroidissent; la peau se couvre de taches livides, et le malade meurt souvent dans un dernier vomissement noir.

Le dénouement n'est pas toujours aussi sombre. La guérison peut survenir au cours de la deuxième période, même après les accidents apparemment les plus graves.

DIAGNOSTIC. I ï— 37

Page 1