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DIAGNOSTIC

Au cours de la maladie. — Le diagnostic de la fièvre jaune est impossible pour les cas légers en dehors des périodes d'épidémie. Aucun signe ne permet de la reconnaître et de la différencier de tout autre pyrexie passagère.

Il est môme difficile de se prononcer sur la nature de la maladie au cours de la première période des cas graves.

La présence d'albumine dans les urines est un signe qui n'est pas trompeur, car dans aucune autre affection il n'est aussi précoce; mais il manque parfois. En revanche, dès qu'apparaissent les vomissements noirs et les hémorragies de la deuxième période, il est impossible de se tromper, le diagnostic s'impose de lui-même.

Après la mort. — Anatomie pathologique macroscopique. — On n'a pas plus d'hésitation quand on se trouve en présence d'un cadavre.

Des signes manifestes dénoncent à première vue la cause de la mort quand on se trouve en présence du corps d'un individu de race blanche ayant succombé à la fièvre jaune.

La couleur de la peau est caractéristique; elle est jaune, mais d'un jaune spécial légèrement verdàtre, rappelant celui de la paille incomplètement mûre : c'est le jaune de l'ictère autrefois appelé hémaphéique.

Des taches livides qui ne manquent jamais en avivent la teinte. Elles siègent de préférence aux parties déclives, mais on en trouve aussi ailleurs, notamment au front et au cou, envahissant plus ou moins la face, s'étendant sur la partie supérieure du thorax et descendant vers les aisselles; elles sont très marquées aux aines ; on en voit presque toujours à la face antérieure des jambes et aux pieds.

L'ensemble a un cachet spécial, si constamment le même qu'on ne peut s'y méprendre quand une seule fois on s'est trouvé en présence d'un cadavre de fièvre jaune.

A l'ouverture du corps, l'attention est tout de suite attirée par la teinte particulière du foie, qui varie du jaune clair au blanc pur, au blanc du foie d'oie. Cette couleur du foie, qui reste dur et ne saigne pas à la coupe, celle du contenu stomacal, noir comme les matières des vomissements, sont caractéristiques. Avec les taches hémorragiques disséminées sur la muqueuse de l'estomac et de la première partie du tube intestinal, ces caractères constituent presque tous les signes macroscopiques visibles à l'autopsie.

Anatomie pathologique microscopique. — Mais l'anatomie pathologique microscopique nous apprend quelle est l'étendue des lésions causées parle Virus amûril.

372 E. MARCHOUX. — FIEVRE JAUNE.

Tout l'organisme est frappé. Il va une dégénérescence graisseur généralisée, mais surtout marquée pour les épithéliums. Les cellules glandulaires sont plus particulièrement malades.

Les glandes lacrymales, les glandes salivaires et toutes les glandules disséminées dans la muqueuse de la première partie du lube digestif jusqu'à l'estomac portent des altérations, parfois profondes. L'épi (hélium pavimenteux des lèvres et de la langue est souvent détruit par place. Les vaisseaux superficiels rompus ont provoqué des hémorragies qui ont infiltré toutes les cellules basales et déplacé les cellules superficielles. Le sang s'est fait jour, causant ces hémorragies buccales qui accompagnent presque toujours les accidents de la deuxième période.

Dans l'estomac, les cellules du fond, les cellules pepliques, seules sont atteintes de dégénérescence graisseuse ; les cellules de revêtement restent normales. Par places, cependant, on observe de la desquamation, et on voit les capillaires gorgés de sang faire saillie, prêts à se rompre ou déjà rompus, soit dans le tissu conjonctif environnant, soit dans la lumière de l'estomac.

L'intestin est en général peu frappé, sauf d'œdème sous-épithélial, qui entraîne des desquamations en nappes.

Le pancréas est aussi dégénéré que les glandes salivaires et souvent plus.

Dans la rate, les glomérules sont plus petits, les sinus gorgés de sang, l'endothélium vasculaire atteint de dégénérescence perlée. Les cellules endothéliales prennent sur les coupes l'aspect d'un cordon moniliforme rempli de gouttelettes de graisse. Ces phénomènes se produisent aussi dans les vaisseaux, et c'est à cette défaillance endothéliale que sont dues les hémorragies si communes qui accompagnent la fièvre jaune (1).

Les capsules surrénales sontprofondément altérées. La dégénérescence graisseuse est souvent considérable, mais limitée à la couche corticale et particulièrement marquée dans la zone fasciculée et dans la zone glomérulaire.

Le rein peut être très diversement touché suivant les cas. Tantôt les lésions sont presque insignifiantes, limitées à quelques gouttelettes de graisse contenues dans les cellules des tubes urinifères, tantôt au contraire, et en particulier dans les cas qui se terminent par anurie, tout l'épithélium est frappé. Il est dégénéré, desquamé et constitue dans les canaux des cylindres épithéliaux mélangés de globules rouges qui obturent complètement la lumière canaliculaire.

Le foie peut aussi présenter des caractères très différents suivant les cas.

(1) Marohoux et Simond, Études sur la lièvre jaune, 4e niéni. Ann. In&t. Past.y mars 1906.

DIAGNOSTIC. lî- 373

Le foie graisseux caractéristique s'observe dans les cas, les plus nombreux, où la mort survient entre le cinquième et le huitième jour. Les cellules sont profondément dégénérées ; elles sont si gonflées parla graisse qu'elles se touchent toutes, obturent la lumière des capillaires sanguins et opposent ainsi à la circulation porte une barrière infranchissable. C'est derrière celle-ci que se produit cette congestion passive des vaisseaux abdominaux qui entraine les hémorragies stomacales et les douleurs abdominales si vives de la deuxième période.

Si la mort est survenue rapidement, au commencement du quatrième jour, la dégénérescence graissseuse est macroscopiquement peu marquée. Le foie n'est plus jaune, il est noir et gorgé de sang. Au point de vue histologique, il est devenu méconnaissable; les cellules sont détruites, morcelées, et le sang, envahissant tout, a formé de véritables lacs sanguins dans lesquels sont disséminés des débris protoplasmiques et nucléaires.

Quand, au contraire, la mort se fait attendre longtemps, que le malade succombe du douzième au dix-huitième jour, onpeut trouver un foie dans lequel il ne persiste qu'un peu de dégénérescence graisseuse à la partie moyenne du lobule. Il semble que, dans ce cas, il se soit produit un véritable travail de réparation et que la mort soit due soit à une infection secondaire, soit à la persistance de lésions cérébrales, lésions qui ne manquent jamais.

Le système nerveux est en effet profondément touché. La substance blanche est parsemée d'hémorragies punctiformes, et les cellules nerveuses, quand les tissus sont fixés par l'acide osmique, présentent des lésions de dégénérescence graisseuse considérables. A côté du pigment normal des cellules nerveuses, qui prend aussi sous l'influence de l'acide osmique une teinte noire, mais qui résiste à l'action prolongée du xylène chaud, il se rencontre de nombreuses granulations noires que le xylène fait disparaître et qui ne sont que des gouttelettes de graisse.

Marche et terminaison de la maladie. — L'évolution de ces lésions si nombreuses et si profondes est rapide. La mort, il est vrai, ne survient jamais avant la fin du troisième jour, mais elle arrive parfois au cours du quatrième et se produit dans la majeure partie des cas du cinquième au huitième jour. Il est exceptionnel qu'elle se produise après le quinzième jour.

Tantôt le malade meurt en conservant jusqu'au dernier moment toutes ses facultés intellectuelles, tantôt il s'éteint dans le coma, couvert de sang, souillant tout autour de lui. La fièvre jaune grave est toujoursdramatique dans ses manifestations et impressionnante, parce qu'elle enlève en quelques jours les individus qui paraissent les plus résistants.

374 E. MARCHOUX. — FIEVRE JAUNE.

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