VACCINATION ACTIVE ET PASSIVE
Sérum chauffé, sérum et sang* vieillis. — S'il n'existe pas encore un vaccin vraiment digne de ce nom, contre la fièvre jaune, si les tentatives qui ont été faites pour l'obtenir n'ont abouti qu'à des résultats incomplets, on n'en est pas moins parvenu à trouver des substances qui jouissent d'un certain pouvoir immunisant.
Après avoir vérifié et complété la découverte des Américains, la Commission française s'est efforcée d'atténuer la virulence des germes contenus dans le sang et le sérum des malades.
Le virus de la fièvre jaune est très fragile. Les Américains ont montré qu'un chauffage de dix minutes à 55° suffit à le détruire. Il n'est même pas besoin de prolonger si longtemps l'action de cette température, cependant relativement basse ; en cinq minutes, un sérum virulent a perdu toute activité (1).
Conservé à la température du laboratoire, 24-30° en tube bouché au coton, du sérum de malade est devenu tout à fait inactif en quarantehuit heures.
Cette même température de 25° agit beaucoup plus lentement quand le sang virulent est conservé à l'abri de l'air sous une couche protectrice d'huile de vaseline. Au bout de cinq jours, du sang défibriné, conservé dans ces conditions, s'est encore montré capable de donner la fièvre jaune par inoculation sous^cutanée. Il faut ajouter que cette fièvre jaune a été particulièrement bénigne.
Après huit jours de conservation, le même sang défibriné peut être injecté sans danger.
Le chauffage et le vieillissement sont donc capables de rendre inoffensive l'injection de sérum ou de sang de malade. L'expérience a permis de constater que non seulement cette injection n'est pas nocive, mais encore qu'elle est protectrice.
La bénignité de l'atteinte après inoculation d'un virus de cinq jours montre déjà qu'on peut altérer ce virus sans le tuer.
(1) Marchoux, Salimbeni, Simond, Ann. Inst. Pasl., nov. 1903.
ÉTIOLOGIE. 17-387
Le sang de huit jours, comme le sérum chauffé, confère à ceux
qui en reçoivent préventivement une immunité incomplète il est
vrai, mais évidente. On sait d'ailleurs que la vaccination par des
microbes morts est toujours imparfaite.
Tous les sujets qui ont reçu préventivement du sérum chauffé ou du sang vieilli ont eu de la fièvre jaune après une inoculation virulente subséquente, mais cette maladie, remarquablement et constamment bénigne, portait la marque de l'influence exercée par la première infection.
Sérums de malades et de convalescents. — Le virus au cours de la maladie provoque toujours la formation d anticorps dont on peut reconnaître la présence assez rapidement. Le sérum d un malade au huitième jour, injecté préventivement, a préservé totalement une personne sensible contre une inoculation virulente
Le sérum de convalescent est encore plus actif. Il protège pendant une vingtaine de jours contre toute tentative d'infection. Au bout de vingt-six jours, l'immunité a disparu, mais incomplètement, car l'inoculation virulente a donné lieu à une fièvre extraordinairement bénigne.
Donné au cours de la période d'incuba tion, le sérum de convalescent empêche toute manifestation morbide.
Il jouit même d'un pouvoir thérapeutique réel lorsqu'il est administré au début de la maladie déclarée. Il précipite la guérison. Sans doute il ne se montre pas constamment efficace. Sur 11 malades qui en ont reçu des doses variables, 7 ont guéri et 4 sont
morts. Cette statistique peutnepassembler démonstrative. Mais, pour les personnes qui ont assisté aux expériences, il n'est pas douteux que, dans certains cas, l'infection ait fait tourner court une infection qui présentait une allure grave. Il convient de dire, pour la défense de cette statistique, qu'on ne pouvait guère s'attendre à des résultats bien meilleurs dans les conditions où elle a été établie. Les convalescents ont été pris tout venant, sans qu'aucun essai préalable ait été lait de la valeur préventive de leur sérum. Or, parmi les hommes comme parmi leschevaux,il doit se trouver des sujets qui fournissent des sérums plus ou moins bons et même des sérums inactifs. Enfin es convalescents sont des vaccinés et non des hypervaccinés, comme les animaux fournisseurs de sérum.
Tous ces procédés de prévention et de traitement ont malheureusement un défaut commun. Ils exigent la présence de malades et de convalescents qui en puissent fournir les matériaux indispensables Aussi peuvent-ils être employés toutau plus au cours d'une épidémie grave, vis-à-vis du personnel spécialement exposé et en attendant quon applique les mesures prophylactiques, dont l'importance est plus grande et l'application plus facile
E. MARCHOUX. — FIÈVRE JAUNE.