NYMPHE
Fig. 176. — Stegomyia fasciata.
S'ilaplusieursfoischangédenom^emoustiqueesttoujoursleCu/cx mosquito signalé par Finlay ; c'est le Culex fascialus de la Commission américaine ;c est le Stegomyia fasciata deTheobald, le Stegomyia ralopus de Blanchard: c'est aussi le Culex eiegans de quelques auteurs. Il faut convenir que, à la vérité, il mérite assez bien ce dernier qualificatif. Les ornements dont il est paré, d un beau blanc argenté tranchant sur le fond noir du corps, lui constituent un décor si brillant
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qu'ils peuvent lui valoir cette épithète d'élégant et que, en tout cas, ils le font immédiatement remarquer. Disposés symétriquement sur les articulations des pattes, sur les palpes et sur les divers anneaux de l'abdomen, ils sont surtout remarquables à laface dorsaledu thorax, où leur arrangement suffit à lui seul à distinguer le Stegomyia calopus de tous les autres culicides. Ils y dessinent assez nettement une lyre à deux cordes ainsi qu'on peut le voir sur les deux échantillons, maie et femelle, représentés dans la figure 176.
Nous donnons d'ailleurs, d'après Blanchard (1), la description systématique de cet insecte, qui joue dans la pathologie humaine un rôle si important.
Genre « Stegomyia » Théobald, 1901 (2). — Étymologie. — STsyco, cacher; txuta, mouche.
Insectes noirs marqués de blanc. Tête ornée d'écaillés en bêche et de quelques écailles en vis.
Palpes courts et à quatre articles chez la femelle n'ayant pas plus du tiers de la longueur de la trompe ; longs et à cinq articles chez le mâle souvent plus longs que la trompe et généralement nus. Mésothorax orné soit d'écaillés en faucille, soit d'écaillés fusiformes; scutellum revêtu d'écaillés en bêche, tout au moins sur le lobe moyen. Abdomen entièrement couvert d'écaillés en bêche, cerclé ou non de blanc, mais marqué de taches blanches sur les côtés. Ailes à écailles longues et étroites. Nervation conforme à celle des Culex, mais fourchettes plus petites. OEufs ordinairement pondus isolément, non agglutinés en nacelle. Larve pourvue d'un syphon respiratoire court et large de teinte noirâtre.
Type du genre : « Stegomyia fasciata » Théobald. — Insectes caractérisés essentiellement par l'écaillure de la tête, qui les distingue des Culex, ils se rapprochent des Dinocérites, Aédes et autres par l'écaillure céphalique, mais s'en distinguent par celle du scutellum. Ils sont très répandus dans toute la zone intertropicale et la dépassent même au nord et au sud; on trouve jusque dans le sud de l'Europe Stegomyia calopus, qui semble être le plus cosmopolite de tous les moustiques. On connaît actuellement vingt-deux espèces, dont une comporte trois variétés.
Synonymie. — Culex fasciatus Fabricius, 1805; Wiedemann, 1828 (non de Villars, 1789; non Meigen, 1804). — C. calopus Meigen, 1818.
— C. frater Robineau-Desvoidy, 1827. — C. mosquito Robineau- Desvoidy, 1827; F.-L. Arribalzaga, 1891. — C. tœnialus Wiedemann, 1828. — C. Kounoupi Brullé, 1832 — C. annulitaris Macquart, 1846.— C. viridifrons, C. formosus, C. exitans, C. inexorabilis Walker, 1848.
— C. exagitans Walker, 1856. — C. impalibilis Walker, 1860. —
(1) R. Blanchard,. Les moustiques, histoire naturelle et médicale, Paris, Rudeval, 1905.
(2) Théobald, A monograph of culicidte, London, 1901-1907, 4 vol.
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C. zonatipes Walker, 1801. — C. Bancroftii Skuse, 1888. — C. elegans Ficalbi, 1889. — Brindled Mosquito Ross, 1899. — C. fiossii Giles, 1899. — Slegomyia fascialus Théobald, 1901 b. — Slegomyia fasciata Théobald, 1901 c; Giles, Neveu-Lemaire, Dyé, 1902.
Femelle: tête noireetgrise de chaque côté, avec une tache blanche; une autre tache blanche médiane : en arrière, de longues soies noiresen antéversion. Yeux noirs cerclés de blanc, parfoisavec quelques taches argentées.
Antennes brunes, plus longues que la trompe, avec d'étroits cercles pâles; article basilaire noir, avec une tache d'écaillés blanches à sa face interne. Trompe brune, presque noire à la pointe, plus claire en son milieu. Palpes noires n'atteignant pas le tiers de la trompe, formés de trois articles sensiblement égaux, couverts d'écaillés larges et plates, brunes aux deux premiers articles, blanc d'argent sur le troisième. Thorax brun sombre à écailles brun rougeâtre, or pâle et crème avec une tache blanche de chaque côté, en avant. La face dorsale porte deux étroites lignes blanches submédianes : elle est circonscrite, d'autre part, par une large ligne blanche en fera cheval, à convexité antérieure, qui suit le bord antérieur du thorax et s'étend jusque vers son milieu ; de là, chaque branche se continue en ligne droite jusqu'au bord postérieur. Scutellum avec écailles blanches en bêche et trois touffes de soies. Métanotum brun. Flancs piquetés d'écaillés argentées. Abdomen brun noirâtre, cerclé de blanc à la base des segments, plus ou moins nettement annelé de jaune au sommet des quatre avantderniers. Une tache triangulaire blanche plus ou moins nette sur les côtés de chaque segment ; le premier densément orné d'écaillés crème, bordé de poils pâles. Ailes claires, immaculées, un peu plus longues que l'abdomen, àécailles brunes, celles des nervures étant très longues et étroites pour les latérales, courtes et larges pour les médianes. Fourchette antérieure plus longue et plus étroite que la postérieure. Nervure transverse postérieure plus près de la base de l'aile que de la moyenne, dont elle est distante d'une fois et demie à deux fois sa longueur. Transverses moyenne et surnuméraire unies à angle très obtus, presque droit. Balanciers ocracés, à bouton parfois légèrement fauve. Pattes brunes, cerclées de blanc. Hanches fauves. Fémurs blanc, jaunâtre à la base, bruns sur la partie suivante, mais avec quelques écailles blanches à la face ventrale, enfin blancs au sommet; ceux de la troisième paire sont renflés à l'extrémité. Tibias noirs. Articles du tarse annelés de la manière suivante : un cercle basilaire sur les deux premiers tarsiens de toutes les pattes: un autre sur le troisième des deuxième et troisième paires; un autre encore très large sur le quatrième de la troisième paire; sur cette dernière, le cinquième tarsien entièrement blanc. Formule unguéale : 1.1—1.1 — 0 . 0, ou même 1 . 1 — 1.1 — 0 . 1 , suivant Dyé.
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Larve et nymphe semblables à celles des Culex, mais présentant néanmoins des caractères différentiels très nets.
Mâle plus foncé que la femelle. Tête noire à écailles blanches en haut et au sommet. Antennes brunes à cercles plus pâles, parfois presque blancs. Trompe et palpes noirs, ceux-ci avec quatre anneaux blancs à la base. Armature génitale de forme caractéristique. Formule unguéale : 1 — 1 —0.0 — 0.0.
Longueur, 3 millimètres à 4mm,5 pour le mâle, 3mm,5 à 5 millimètres pour la femelle.
Habitat. — Espèce très répandue dans toute la zone intertropicale et même dans les pays tempérés, où elle est aisément disséminée par la navigation. Elle s'étend du sud de l'Europe jusqu'au nord-est de l'Australie. Vu sa grande importance médicale, il est utile de préciser sa distribution géographique.
Le Stegmoyia calopus est un moustique des pays chauds. 11 lui faut pour vivre des conditions de température assez étroitement déterminées. C'est dans les pays où le thermomètre se maintient toute l'année entre 25 et 30° et où l'atmosphère est assez chargée d'humidité qu'il se trouve le mieux.
Si, artificiellement, on l'expose à une température de 39°, il ne tarde pas à mourir. A 20°, il perd son activité, reste immobile, la femelle ne pond plus.
Entre 7 et 9°, on peut garder le Stegomyia assez longtemps, mais à l'abri des mouvements atmosphériques, dans une glacière (1). Le met-on à cette température en plein air, il ne vit que peu de temps. Il meurt en quelques instants à 0°.
Cette sensibilité aux variations thermométriques délimite très exactement la zone d'habitat de l'espèce. Elle nous éclaire en même temps sur les raisons qui commandent la distribution géographique de la fièvre jaune. Connaissant les rapports étroits de la maladie et des moustiques, on s'explique facilement les lois de l'endémicité et de l'épidémicité du Typhus amaril.
Partout où la température se maintient toute l'année au-dessus de 20°, la fièvre jaune peut exister à l'état endémique.
Là où les conditions favorables à l'existence du Stegomyia ne se trouvent réunies qu'à une époque de l'année, il peut se produire des épidémies suivies de disparition complète de la maladie. Enfin là où les conditions n'existent que pendant quelques jours, il devient possible de voir éclater quelques cas sporadiques si la période favorable coïncide avec l'introduction de moustiques infectés, comme à Saint-Nazaire en 1862 et en 1908.
Les deux cartes ci-après (fi g. 177 et 178) indiquent l'une les pays
(1) M. Otto et R. O. Neumann, Studien ûber das gelbe fieber in Brasilien. Zeit. sehr.fùr. Hyg., Bd. LI, 1906.
K. MAHCHOUX. - FIÈVRE JAUNE
dans lesquels a été trouvé le Slegomyia, l'autre ceux où la fièvre jaune existe ou a existé à l'état endémique.
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Ces deux cartes sont superposables par endroits. Elles montrent que les régions à Stegomyia et les pays à fièvre jaune sont compris entre les lignes isothermes de 20°.
Cependant même entre ces isothermes, il existe des endroits
ÉTIOLOGIE,
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dépourvus de Stegomyia. Ce sont ceux dont l'altitude corrige l'influence de la latitude et où la température s'abaisse la nuit assez
notablement pour être nuisible à la prolifération de ces insectes.
Ces mêmes endroits sont aussi indemnes de fièvre jaune. En revanche, comme la carte (fig. 177) l'indique, il y a beaucoup de pays où vit le Stegomyia et où n'existe pas la fièvre jaune.
Est-ceà dire qu'elle ne puisse jamais s'y montrer? Non certainement.
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Patrick Manson a exprimé les craintes que devait inspirer le percement du canal de Panama et le prochain développement des relations rapides entre l'Amérique et l'Asie Orientale, où abondent les Stegomyia. Le danger n'est pas niable.
Il est vrai que les vapeurs rapides ne sont pas, comme les antiques voiliers, des convoyeurs fréquents de fièvre jaune. Les moustiques sont vite chassés des parties habitées du bateau par le violent courant d'air qu'entretient une marche rapide, souvent dirigée en sens inverse de la brise. Ils ne trouvent pas dans les cales ces retraites tranquilles que sont pour eux les soutes closes des bateaux en bois. Les parois en fer, bonnes conductrices de la chaleur et du froid, impressionnent trop vivement ces insectes délicats. Cependant il est des cas, et nous en connaissons de récents, où les bateaux à vapeur peuvent amener avec eux ces redoutables passagers. La France, en 1908, apportant la fièvre jaune de la Martinique à Saint-Nazaire, nous a montré que les craintes de P. Manson ne sont pas exagérées.
La sensibilité au froid du moustique à fièvre jaune, nous venons de le voir, est très grande. Cet insecte est aussi très vivement impressionné par une forte chaleur. L'action de celle-ci augmente par temps de sécheresse. Le Stegomyia résiste encore plus difficilement à la dessiccation qu'aux variations thermométriques.
Le « Steg-omyia fasciata » est un moustique domestique. — Il ne faudrait cependant pas croire que, si la température s'élève à 39°, même avec une atmosphère sèche, toute l'espèce va disparaître. Une température inférieure à 20°, même si elle dure quelques jours, ne fait pas non plus courir de grands risques aux Stegomyia. Ceux-ci disposent de ressources nombreuses contre les rigueurs momentanées du climat.
Nous verrons bientôt que les œufs et les larves sont mieux organisés pour la résistance que les insectes parfaits. Ces derniers cependant savent mettre leur fragilité à l'abri des accidents de la température extérieure.
Ils se logent dans les maisons ; les pièces les plus chaudes ou les plus fraîches leur servent alternativement de refuge.
Le Stegomyia calopus est, avant tout, un citadin. Il a des mœurs tout à fait contraires à celles de son congénère, convoyeur du paludisme, Anophèles. Ce dernier est un rural, qui quitte la mare où il est né seulement pour aller chercher sa nourriture et y revient promptement.
Le Stegomyia vit dans la maison, à côté de l'homme, sa victime de choix.
La femelle seule pique. — Comme celles de la majeure partie des espèces de moustiques, sinon de toutes, la femelle est obligée de se nourrir de sang pour effectuer sa ponte. Cette nécessité physiologique en fait une chasseresse ardente.
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Le mâle, qui accomplit sa fonction dès la métamorphose, ne pique pas.
Il vit de matières sucrées et vient aussi butiner sur la peau, où il trouve sans doute des matières albuminoïdes savoureuses pour lui. Mais il ne l'entame jamais, son dard n'est pas organisé pour la piqûre ; l'hypopharynx est soudé au labium, qui s'oppose à la pénétration des autres pièces de la trompe. Il est plus gênant que nuisible, à cause de son chant irritant, qui bruit aux oreilles comme une constante menace. Il est vrai qu'on arrive vite à le reconnaître. La note qu'il donne est beaucoup plus élevée que celle produite par la femelle.
La femelle doit se nourrir de sang* pour pondre. — La femelle d'ailleurs ne vole pas longtemps. Elle a bientôt reconnu la proie et, sitôt posée, elle attaque. Il lui faut du sang. La conservation de l'espèce en dépend. L'ovulation ne s'accomplit même que si elle a absorbé du sang vivant, prélevé dans un capillaire (1) ou, tout au plus, sur de l'ouate dès la sortie du vaisseau (2). Lui fournit-on du sang défibriné, du sérum ou encore des globules contenus dans un caillot, elle s'en nourrit, si elle a été soumise à un jeûne préalable; mais jamais ce repas ne lui permet de pondre.
Peu importe d'où provient le sang, s'il est complet. La ponte se fait aussi bien si la femelle a absorbé le sang d'un mammifère ou d'un oiseau que si elle s'est nourrie sur l'homme.
Elle choisit ses victimes. — C'est pourquoi on ne comprend guère l'instinct qui la guide toujours vers l'espèce humaine. Son goût est délicat. Elle ne s'attaque pas indifféremment à tout le monde. Elle fait un choix parmi les hommes. Entre un nègre et un blanc, elle n'hésite pas, elle pique le blanc. Elle recherche les blonds de préférence aux bruns, les enfants plutôt que les adultes, les personnes qui arrivent des pays tempérés plutôt que les gens acclimatés. Ces préférences, guidées par un sens qui nous échappe, expliquent la susceptibilité connue que manifestent à la fièvre jaune certaines races, les enfants, les blonds et les nouveaux venus.
C'est donc non seulement un refuge, mais une proie préférée que s'assure le Stegomyia en vivant dans la maison ou ses environs immédiats. Aussi est-il plus commun à la ville qu'à la campagne, plus abondant au centre .des agglomérations qu'à la périphérie, où la population est moins dense.
Il peut même arriver que ces insectes ne se rencontrent pas dans la région suburbaine, quand ils fourmillent dans les quartiers populeux.
Ainsi s'explique que les campagnes soient en général à l'abri des épidémies de fièvre jaune. Voilà aussi pourquoi la maladie reste cantonnée au centre d'une ville, pendant les années de simple endémie et pourquoi elle ne s'étend aux agglomérations environnantes
(1^ Marchoux, Salimbeni, Siriond, loc. cit. (2) Otto et Neumann, loc. cit.