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que dans les années de grandes épidémies. Cette extension inusitée du Typhus arnaril est justifiée à ces mêmes époques par la multiplication excessive des Stegomyia. Les insectes envahissent alors des régions ordinairement délaissées par eux.
Toute multiplication extraordinaire des Stegomyia est suivie d'une période plus ou moins longue pendant laquelle ces diptères se font plus rares. Ces alternatives sont, sans doute, sous la dépendance de phénomènes déjà connus pour d'autres espèces. Quand les conditions favorables au développement d'une espèce animale donnée sont réunies, les générations se succèdent rapidement et les individus deviennent très nombreux.
En même temps qu'eux se développent les parasites qui vivent à leurs dépens.
Par suite leur nombre diminue. Comme pour les espèces dont il s'agit, on voit ainsi se produire dans l'activité prolifératrice des Stegomyia une sorte de balancement qui s'accompagne, sur les statistiques démographiques, de variations parallèles dans le chiffre des décès par fièvre jaune.
Le « Stegomyia » est un moustique nocturne. — Nombreux ou rares, les Stegomyia ont bien vite fait de signaler leur présence là où ils se trouvent. Ils s'attachent à la victime qu'ils poursuivent avec une ténacité insupportable. Nuit et jour on est assailli. Cette chasse perpétuelle les a fait considérer par quelques auteurs comme des insectes diurnes et nocturnes. Cependant une observation attentive permet de constater qu'il n'y a là qu'une apparence. Le Stegomyia est un insecte nocturne.
Quand une femelle passe de l'état de pupe à celui d'imago, on la voit rester quelque temps posée sur l'eau, attendant que ses ailes se déplissent, sèchent et deviennent assez rigides pour la porter.
Dès qu'elle peut s'envoler, elle va se loger dans un endroit obscur de préférence.
Elle y attend la fin de sa métamorphose, tout en se livrant aux amours pendant les heures chaudes de la journée. Si, en effet, à la sortie de la coque nymphale, ses formes extérieures sont parfaites, il n'en est pas de même de son tube digestif. La transformation n'en est pas achevée. Les fonctions digestives ne peuvent s'accomplir que vingt-quatre ou quarante-huit heures après la métamorphose.
A ce moment, la femelle, qui ne s'est pas alimentée depuis l'état larvaire, est pressée par un besoin impérieux de se nourrir.
Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, elle cherche une proie. Dès qu'elle l'a trouvée, elle se précipite sur elle avec une hardiesse qui lui fait braver de sérieux dangers. Ce grand appétit satisfait, l'instinct ancestral reparaît. Après une digestion qui a préparé le travail d'ovogenèse, elle attend l'obscurité pour se mettre en chasse de nouveau. Devenue prudente, elle ne s'attaque plus
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qu'à un être immobile. Rien ne la presse, elle choisit son moment.
L'observation de ces mœurs est facile à suivre. On s'enferme, avec quelques moustiques dans une pièce garnie aux portes et aux fenêtres de toile métallique ou de tulle. On voit qu'après le premier repas' les femelles attendent la nuit ou tout ou moins le crépuscule pour se mettre en mouvement. Elles n'essaient pas de piquer quand on marche ou qu'on s'agite.
Les femelles infectées ne piquent plus le jour. Voilà pourquoi la fièvre jaune se contracte seulement la nuit.
Accidentellement, une femelle peut se trouver placée dans des conditions de captivité qui l'obligent à un jeûne prolongé. Au moment où elle retrouve sa liberté, elle a les mêmes besoins qu'à sa métamorphose et peut piquer à n'importe quelle heure. C'est là une exception qui n'infirme pas la règle.
Durée d'existence des « Steg-omyia ». — Autrement, ellegarde les mêmes mœurs toute sa vie, qui peut être longue. On a conservé des exemplaires en captivité pendant plus de quatre mois. Il est douteux qu'en liberté ils eussent vécu aussi longtemps. Ils auraient élé exposés à beaucoup de dangers que, caplifs, on leur a évités.
Cette existence prolongée ne s'observe que chez les femelles. Elles sont mieux organisées pour la résistance, puisqu'elles sont chargées de maintenir la perpétuité de l'espèce. Les mâles, plus faibles, accomplissent vite l'acte pour lequel ils ont été créés et ne tardent pas à disparaître.
Leur tube digestif plus étroit, moins dilatable, ne leur permet pas d'accumuler des réserves. Ils sont continuellement à la recherche de nourriture et déploient une activité beaucoup plus grande que les femelles. Plus exposés aux accidents, ils perdent rapidement leurs écailles protectrices. A partir de ce moment, la moindre goutte d'eau les mouille et les noie.
Accouplement et ponte. — L'accouplement se fait en pleine lumière, en particulier pendant les heures chaudes de la journée. Il s'accomplit au vol, rarement quand les insectes sont posés, car il se fait ventre à ventre.
Une femelle fécondée l'est pour longtemps, mais non pas pour sa vie.
Ainsi que l'a montré Legendre (1), une femelle peut pondre des œufs stériles après avoir fourni des pontes fécondes.
Normalement une femelle pond plusieurs fois dans son existence. La première ponte est plus ou moins hâtive, suivant que la température est plus ou moins favorable. Dans les meilleures conditions, quand la température oscille entre 26 et 32°, avec une atmosphère très humide, elle s'accomplit deux ou trois jours après que l'insecte a piqué pour la première fois. Elle peut être indéfiniment retardée,
(1) J. Legendre, Note sur la biologie de Slegomyia fasciata et de Calex pipiens, Bull. Soc.path. exot., 21 juill. 1909).
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si la température reste au-dessous de 20 à 22°. Toujours plus importante que les autres, elle se compose de 60, 80 et môme 95 œufs. Les suivantes sont déposées après de nouveaux repas de sang, à des intervalles plus ou moins éloignés, et sont ou non précédées de fécondation nouvelle.
La ponte s'effectue généralement la nuit, à la surface d'une nappe d'eau quelconque.
La femelle du Stegomyia se montre peu difficile sur la pureté des liquides auxquels elle confie l'avenir de sa progéniture.
Elle émet ses œufs dans la maison ou sesenvirons immédiats. Elle pond dans le pot à eau, dans la cuvette, dans l'eau qu'on garde pourla boisson ou le lavage du linge, dans l'eau qui remplit les bassins ou sert aux jeuxd'eau, dans celle qui se collecte dans les vases ornementaux, dans les vieilles boîtes qui rouillent dans un coin, dans les tessons de bouteilles qui garnissent le faîte des murailles, dans l'eau que certaines plantes, comme les broméliacées, gardent à l'aisselle de leurs feuilles. Les fosses d'aisances et les égouts ne lui inspirent aucune répugnance.
Les œufs y éclosent comme dans l'eau la plus limpide.
Ceux-ci sont pondus séparément. La ponte s'accompagne de l'émission d'un liquide qui surnage, en formant au-dessus de leau une mince couche irisée.
C'est peut-être cette pellicule qui maintient les œufs flottants. Mais la moindre agitation de l'eau suffit à les submerger.
Ils éclosent d'ailleurs presque aussi bien dans la profondeur qu'à la surface.
Ils y sont toutefois plus exposés à l'attaque des microbes, qui vivent dans l'eau.
Œufs. — L'éclosion, par bonne température, se fait très vite, en deux ou trois jours. Mais elle peut être considérablement retardée, si le thermomètre s'abaisse seulement quelques heures par jour à 20°. Elle ne réussit plus au-dessous de cette température.
Les œufs peuvent se conserver très longtemps et résister aux intempéries sans s'altérer. Maintenus pendant une heure à — 17, pendant plusieurs jours à 0°, ils gardent leurs propriétés germinatives et ils éclosent presque tous quand on les ramène à une température convenable. Il n'en survit qu'un vingtième environ, quand on les laisse plusieurs mois entre 10 et 20°. Les autres sont sans doute détruits par les microbes de l'eau.
Desséchés, ils résistent mieux encore. On peut les garder trois mois sans qu'ils donnent plus de 40 p. 100 de déchet.
Cette conservation prolongée ne réussit pas, il est vrai, avec les œufs de toutes saisons. Certains observateurs, Otto et Neumann, par exemple, n'ont pas obtenu de survie aussi longue. Il est possible qu'il y ait des œufs d'hiver, mieux protégés, avec lesquels seuls l'expérience réussisse.
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Larves. — L'œuf donne naissance à une larve très petite, incolore, 1res agile. Cette larve grandit vite en se colorant peu à peu, sans jamais toutefois prendre une teinte foncée. Deux signes permettent de la reconnaître facilement : sa couleur relativement claire, son siphon respiratoire court, trapu, d'un noir très vif. Les larves de Culex sont, en général, plus teintées et portent un siphon beaucoup plus long. Mais empressons-nous de le dire, si ce sont là des signes commodes, ils ne sont pas caractéristiques de l'espèce. Ils peuvent se rencontrer chez d'autres espèces qui d'ailleurs, étant beaucoup moins répandues que les Stegomyia, occasionnent peu de chances d'erreur.
Les larves se nourrissent de matières organiques, mais surtout de matières azotées.
Les matières fécales sont pour elles une excellente nourriture. Les' substances amylacées fermentent très vite et donnent des acides qui détruisent rapidement les larves. 11 faut à ces petits êtres un milieu neutre ou faiblement alcalin.
L'eau de pluie leur convient bien mieux que l'eau des mares, sans doute à cause des proportions variables de matières salines contenues dans celles-ci. Legendre a montré que les larves n'étaient pas indifférentes à la teneur des eaux d'élevage en sels de chaux.
Après plusieurs mues, les larves se transforment en pupes. A bonne température, cette métamorphose s'accomplit en sept jours. Au-dessous de 20°, les larves vivent longtemps, mais finissent par mourir presque toutes sans se métamorphoser.
Un abaissement quotidien de la température jusqu'à 20°, même pendant quelques heures, à condition que cette température se propage à l'eau, retarde leur évolution, qui peut durer plus d'un mois. A 10°, aucune larve ne se transforme en pupe. Cette température agissant sur des larves à demi développées exerce une action moins forte. Le cycle évolutif continue, les moustiques apparaissent, mais ils sont malingres, chétifs. Ils refusent de piquer et meurent. La taille des moustiques dépend des conditions d'existence plus ou moins favorables des larves.
Pupes. — En somme, la larve peut supporter d'assez gros écarts de température, mais la pupe qui en provient est beaucoup plus sensible. Un abaissement du thermomètre est funeste à presque toutes, car elles ne sont pas organisées pour attendre une époque favorable. Elles ne se nourrissent pas, et leur existence, de ce fait, est limitée. La période pupale dure de deux à six jours.
La température impose des variations considérables au temps exigé pour qu'un œuf se transforme en imago. Dans les meilleures conditions, tout le cycle peut s'accomplir en onze jours, treize à quinze jours en moyenne. Dans des circonstances défavorables, la métamorphose peut exiger jusqu'à cinq mois pour être complète.
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Rien ne paraît donc s'opposer à la conservation de l'espèce dans les pays où elle rie peut se multiplier que l'été, ceux où Tété est très chaud et l'hiver assez froid. Ainsi pouvait s'expliquer, par exemple, la fréquence des épidémies qu'on a observées autrefois à New-York. Il suffisait peut-être d'y introduire la maladie, sans qu'il fût nécessaire d'y réimplanter chaque fois le Stegomyia.