LE STEGOMYIA CALOPUS • COMME AGENT DE TRANSPORT DU VIRUS
Le « Steg-omyiacalopus » est, jusqu'à présent, le seul moustique qui transporte le « virus amaril » . — Sans doute toutes les espèces de moustiques qui s'attaquent à l'homme n'ont pas été passées au crible de l'expérimentation. Il y a, en particulier, d'autres espèces de Stegomyia qui jouissent peut-être aussi de la néfaste prérogative de cultiver le germe inconnu de la fièvre jaune. Les chances sont moins grandes qu'on fasse pareille découverte en ce qui concerne les diverses espèces de Culex. Plusieurs raisons s'y opposent. Une, entre autres, est la suivante. Chez presque toutes les espèces qui piquent l'homme, les femelles, peu de jours après la piqûre, font une ponte très abondante. Épuisées par ce gros effort, elles meurent souvent auprès de leurs œufs, ou tout au moins peu de temps après avoir pondu. Leur vie est donc trop courte pour que le virus, si tant est qu'il puisse se développer chez elles, passe par les glandes salivaires.
Nous savons, d'autre part,, que les Anophèles, dont les femelles survivent à l'accomplissement de la fonction génératrice, ne sont pas des convoyeurs de Typhus amaril. Ils sont nombreux dans les régions qui avoisinent les foyers épidémiques et qui cependant restent indemnes. Ils n'accompagnent pas la fièvre jaune et sont, au contraire d'elle, abondants à la campagne, rares à la ville. Il y a des raisons physiologiques qui nous échappent et qui ne permettent pas la multiplication des germes de la fièvre à vomito negro indifféremment dans toutes les espèces de moustiques.
Variation de l'infection du « Steg-omyia » . — D'ailleurs, même chez le Stegomyia, le virus a certaines exigences. Il arrive, en effet, très souvent que des insectes infectés depuis plus de douze jours piquent une personne sensible sans lui donner la fièvre jaune.
Dans ce cas, la piqûre ne vaccine pas parce qu'elle n'a inoculé aucun germe. Il ne s'est produit chez le patient aucune réaction de défense. Le Stegomyia n'a pas transmis le microbe parce que ses glandes salivaires ne le contenaient pas. Cependant, quelques jours plus tôt, ce moustique a pu se montrer infectieux ; il pourra le devenir encore quelques jours plus tard.
L'explication de ces faits, en apparence paradoxaux, est fournie
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par l'observation de ce qui se passe chez les acariens vecteurs de la spirochétose des poules.
Les Argas, après s'être infectés en piquant un animal dont le sang renferme des spirochètes, sont capables, au bout de quelques jours, de transmettre la spirochétose, s'ils sont maintenus à une température convenable, 25 à 30°. Mais, si ces Argas infectés sont Conservés quelque temps aune température assez basse, aux environs de 15<> par exemple, ils perdent cette faculté. Il suffit de les porter à l'étuve pendant quelques jours pour la leur rendre (1).
Le même phénomène se produit chez les moustiques infectés. Si la température est inférieure à 27°, ce n'est plus au bout de douze jours qu'ils deviennent infectieux, mais seulement au bout de quinze jours, trois semaines, un mois. Aux environs de 20°, ils peuvent ne le devenir jamais, et c'est là peut-être une des raisons qui restreignent la distribution géographique de la maladie. De même un moustique qui a déjà transmis l'infection peut, s'il est exposé à une température passagèrement trop basse, perdre son aptitude à communiquer le virus et la recouvrer par réchauffement.
Il est possible que ces alternatives de multiplication et de décroissance du virus dans le corps de l'insecte influent sur la virulence. En effet, durant la saison fraîche, dans les foyers endémiques, les cas sont souvent bénins et revêtent des caractères atypiques. C'est durant cette période que se produisent en plus grand nombre les vaccinations inconscientes.
Si le Stegonujia est susceptible de perdre ainsi son pouvoir infectieux,^ il peut arriver, au contraire, que, dans des conditions de température particulièrement favorables, son organisme entier soit envahi par le virus. Dans ce cas, comme chez YOrnilhodoros moubata, qui transmet la fièvre récurrente africaine ou fièvre des tiques, il peut se faire que l'ovaire et les œufs soient pénétrés. Il y a alors transmission de l'infection à la descendance. Le fait a été observé une fois.
Un Stegonujia femelle, conservé dans d'excellenles conditions de température, a fait une ponte seize jours après la piqûre infectante. Lesœufsontdonnénaissance,dansleminimum de temps, à desinsectes qui se sont montrés infectieux sans avoir jamais piqué de malade.
C'est là un phénomène très rare, qui exige, pour se produire, des conditions très étroitement déterminées et dont toutes ne sont peutêtre pas connues. Aussi les autres tentatives faites pour reproduire cette expérience ont échoué. Il suffit qu'elle ait réussi une fois dans des conditions inattaquables pour qu'il devienne utile d'en tenir compte. La reviviscence de foyers, apparemmentéteints, ne reconnaît peut-être pas d'autre cause.
(1) Borrel et Marchoux, C. R. des séances de la Soc. de bioL, 25 fév. 1905. TnAiTÉ d'hygirnk. XVII. 26
402 E. MARCHOUX. — FIÈVRE JAUNE.