‹ Traité d'hygièneChapitre 4 sur 191 · DISTINCTION DU SOL ET DU SOUS-SOL · texte numérisé non relu

DISTINCTION DU SOL ET DU SOUS-SOL

grande. Les cartes géologiques en font donc abstraction et mentionnent seulement au-dessous le terrain le plus élevé du sous-sol. Mais, dans toutes les applications pratiques et spécialement dans les études relatives aux eaux potables ou à l'hygiène, ce sol superficiel, ce sol récent et en voie de modification incessante, joue un rôle, non seulement essentiel, mais prépondérant: c'est sa nature chimique et physique, c'est sa perméabilité, c'est son altérabilité, c'est son mode et son degré de fissuration, c'est la présence ou l'absence au milieu de lui des restes organisés, qui rendent un terrain et ses eaux plus ou moins salubres. Il y a donc là, entre la géologie théorique et la géologie pratique, un désaccord nécessaire, sur lequel il fallait attirer l'attention dès le début ; car, trop souvent, les praticiens, qui ont eu l'idée de consulter des cartes géologiques, se sont étonnés de ne pas y trouver directement indiqué ce qu'ils cherchaient avant tout, ce qui ne pouvait pas y être et ce qu'ils auraient dû cependant, avec un peu plus de connaissances scientifiques, savoir déduire, dans une certaine mesure, des renseignements immédiats que la carte leur fournissait.

Entre le sol et le sous-sol, que nous venons de distinguer d'abord avec insistance, il existe, en effet, une certaine solidarité. Le sol est constitué, pour une forte proportion, par les éléments altérés du sous-sol, auxquels viennent s'ajouter les apports des eaux, des vents, quelquefois les produits de l'industrie humaine, et enfin les débris des corps organisés, surtout des végétaux, qui, en pourrissant, constituent l'humus. Or les effets de l'altération superficielle sur un terrain déterminé peuvent se prévoir par la géologie. Je n'en citerai ici, pour me faire comprendre, qu'un cas particulièrement typique, celui des terrains calcaires. Le premier effet des eaux superficielles, toujours plus ou moins chargées d'acide carbonique et d'oxygène, sur un calcaire est de faire entrer le carbonate de chaux en dissolution, tandis que l'alumine et l'oxyde de fer, toujours mélangés au carbonate dans un calcaire, restent à l'état de résidu. Ce résidu, toutes les fois qu'on est à la superficie même, c'est-à-dire en présence d'oxygène en excès, voit son fer se peroxyder : par suite, il se rubéfie: plus bas, les sels de fer peuvent rester à l'état de sels de protoxyde à teintes claires, en môme temps que la proportion de chaux augmente. D'autre part, les progrès de cette altération sont directement en rapport avec la fissuration du calcaire, dont les eaux suivent les plans, et surtout les intersections de fractures, qui constituent des zones de moindre résistance. La conséquence pratique est la formation, sur la plupart des plateaux calcaires, d'un dépôt d'argile rouge qui y pénètre eu poches pouvant atteindre une dizaine de mètres d'épaisseur. Celle argile ne manque que lorsqu'elle a été mécaniquement entraînée par le ruissellement des eaux (ce qui produit des formes de récifs), ou lorsque le calcaire était exceptionnellement pur, comme cela arrive

lu L. DE LAUNAY. — LE SOI,. ÉTUDE GÉOLOGIQUE.

pour certains calcaires coralliens. Inversement, la présence de semblables dépôts argileux qui, malgré leur épaisseur, ne constituent pas toujours un étage à proprement parler géologique, c'est-à-dire une formation antérieure à l'époque actuelle, peut faire présumer l'existence d'un calcaire dans le sous-sol.

J'ai cité ce cas en commençant, parce que c'est un de ceux où le phénomène acquiert souvent une intensité et prend des dimensions qui ont une importance pratique considérable ; il serait facile d'en ajouter beaucoup d'autres (1); le mode d'altération est, en principe, déterminé par la nature du terrain qui y est soumis et, quand on consulte une carte géologique, on doit avoir toujours présent à l'esprit ce l'ait essentiel que, pour les raisons théoriques exposées plus haut, de semblables formations y sont d'ordinaire passées sous silence, ou simplement indiquées par une modification peu apparente des figurés.

Cette réserve faite, le besoin de connaissances géologiques, que nous croyons exister chez les hygiénistes, et auquel ce bref exposé a pour but de répondre, est strictement limité et nous ne nous proposons pas ici d'apprendre à personne les moyens de faire de la géologie : ce qui, même en nous bornant à des notions tout à fait sommaires, nous forcerait à récrire précisément le petit livre de Géologie pratique, auquel nous avons demandé la permission de renvoyer: mais nous voulons simplement donner le moyen de comprendre un rapport géologique annexé à une étude de captage ou d'adduction d'eau et fournir la possibilité d'utiliser les cartes géologiques, qui, pour toutes les questions d'hygiène urbaine ou rurale comme en agronomie, comme dans toutes les applications pratiques de tranchées, tunnels, ouvertures de carrières, etc., constituent, malgré leur apparence uniquement scientifique, la base la plus essentielle.

11 s'agit donc d'apprendre, non pas à parler, mais à comprendre une langue nouvelle : la langue géologique, qui, comme celle de tout métier quelconques son vocabulaire particulier (2), et il faut donner la clef des documents graphiques, plans et coupes géologiques, qui ont pour but d'exprimer, sous une forme plus parlante aux yeux et plus directement utilisable, les résultats des investigations, les conclusions des hypothèses. Pour cela nous allons avoir besoin de nous appuyer sur quelques notions de géologie tout à fait élémentaires.

NOTIONS ÉLÉMENTAIRES. — ROCHES IGNÉES ET SÉDI- MENTS. — ALLURE DES PRINCIPAUX TERRAINS. — GROUPEMENT DES DIVERS FACIES DANS UN MÊME ÉTAGE GÉOLOGIQUE. — Les matériaux solides dont se compose i'écorce terrestre, que nous observons à la surface dans nos mon-

(1) Voir L. De Launay, La Science géologique, Paris, Armand Colin, 1905, ch. x.

(2) Le traité de géologie pratique, auquel nous renverrons à diverses reprises, contient, en 42 pages, un petit dictionnaire technique des termes géologiques les plus usuels.

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