‹ Traité d'hygièneChapitre 30 sur 191 · EPURATION NATURELLE PAR LE SOL · texte numérisé non relu

EPURATION NATURELLE PAR LE SOL

ment important. De même que la synthèse de la matière organique s'est effectuée par un ensemble de réactions oxydantes et réductrices, de même la désorganisation s'effectue par des phénomènes réducteurs et oxydants ; toutefois ce sont ces derniers qui achèvent la transformation ultime en carbonates, nitrates, eau : mais en dehors de ces termes, de petites quantités d'azote, d'hydrogène ont pu être mises directement en liberté.

Dans cette désorganisation moléculaire nous ne pouvons guère saisir des étapes bien marquées, tant est variée la matière organique, et nous pouvons encore moins caractériser nettement des termes fixes de régression par la disparition, l'apparition ou la prédominance de germes particuliers, à l'exemple de la décomposition méthodique des cadavres par la présence d'escouades successives d'acariens spéciaux, suivant les stades de cette décomposition, comme l'a démontré Mégnin.

Toutefois certaines de ces phases dans la destruction de la matière organique sur le sol sont exceptionnellement nettes, telles que les fermentations forméniques des celluloses végétales donnant d'une façon constante naissance au gaz des marais et aboutissant à la destruction des tissus végétaux les plus résistants.

Une phase également intéressante à citer est celle des fermentations aérobies du fumier de ferme étudiées par Dehérain el C. Dupont à la station agronomique de Grignon : cette fermentation se produit à la partie supérieure des fumiers et la température atteint jusqu'à 60-70 degrés : il n'y a que peu de variétés de germes qui soient capables de vivre dans ces conditions; en effet, C. Dupont (1) n'a pu obtenir que des cultures du Bacillus mesentericus ruber, du Bacillus thermophilus Grignoni, du Bacillus subtilis. Ces germes existent en abondance dans les excréments des animaux de ferme. L'auteur a établi que, sous l'action de ces germes, les hydrates de carbone facilement attaquables : sucres, amidons, gommes, étaient partiellement brûlés et que les matières albuminoïdes étaient violemment attaquées. La cellulose n'est pas altérée, et c'est la fermentation forménique qui la détruit, en mettant en liberté la vasculose et les matières azotées, qui en se dissolvant dans le purin alcalin donnent la « matière noire » qui est le but de la fabrication du fumier.

Les termes de transformation des matières organiques du sol ne peuvent pas se dissocier aussi nettement que ceux de la transformation du sucre en glucose, du glucose en alcool, de l'alcool en acide par des produits diaslasiques ou des germes caractérisant ces stades de régression, car une foule de réactions s'effectuent concurremment par tout un ensemble de germes d'espèces varices, et c'esl

(1) C. Dupont, Sur les fermentations aérobies du fumier de ferme. Annile.t agronomiques, XXVIII, 19.

f,', EDMOND BÔNJEÀN, — LE SOL. ÉTUDE BACTÉRIOLOGIQUE.

loul au plus si Ton peut dissocier quelques variétés dominantes de germes dans les grandes phases telles que celles de la réduction cl celles de l'oxydation, certains germes pouvant, suivanl les exigences des milieux, fonctionner en aérobies el en anaérobies.

Sous l'influence <lc la multitude <lcs ad ions et réactions produites el entraînées par les cellules, les germes, les produits de sécrétions diastasiques, les agents atmosphériques, la matière organique du sol est disloquée, décomposée, réduite à l'état de composés relativement simples : sels ammoniacaux, aminés, etc., prêts à subir le phénomène très important de la « nitrification » dont nous parlerons plus loin. Dans ces phénomènes de transformation de la matière organique, la dilution des matières joue un rôle important; par exemple, d'après la quantité moyenne de chlorure de sodium renfermée dans un litre d'eau souterraine, dans laquelle la matière organique est bien transformée, l'urine détruite correspondrait à une dilution d'au moins 200 fois son volume d'eau (1).

Ces réactions naturelles qui régissent le « rôle épurateur du sol » ont conduit à des applications artificielles qui tendent à se perfectionner de plus en plus, en recherchant les conditions scientifiques qui permettront d'exalter ces phénomènes en les condensant dans des installations pratiques. C'est ainsi qu'on essaie d'utiliser la filtrat-ion à travers des sols artificiels dans le but de transformer des eaux impures en eaux pures ; l'action des germes anaérobies et aérobies, des ferments solubilisants et oxydants, des germes de la nitrification, etc., pour l'épuration des eaux résiduaires de toutes sortes (Voy. Épuration des eaux résiduaires) .

NITRÏFICATION. — Le terme ultime de régression des composés organiques azotés est l'acide nitrique (Az03H) qui, se combinant aux bases minérales du sol, donne les nitrates (nitrates de potasse, de soude, de chaux) : ce phénomène acquiert parfois une intensité remarquable dans les salpêtrières.

Boussingault, en 1871, démontra que cette transformation avait lieu aux dépens de l'azote organique, et Schlœsing et Muntz établirent que certains germes qu'ils dénommèrent « ferments nitriques » étaient indispensables à la production du phénomène et que celui-ci cessait lorsqu'on stérilisait le milieu.

La présence de l'oxygène est nécessaire et la nitrification est d'autant plus intense qu'il y a plus d'oxygène : nous savons d'ailleurs que, dans les couches superficielles du sol, il y a toujours une atmosphère riche en oxygène.

Ce phénomène étant d'origine microbienne, il va de soi que le milieu de culture doit être humide, légèrement alcalin et à une

(1) Pour cette estimation, nous prenons comme base une urine renfermant 10 grammes de chlorure de sodium par litre transformée en eau tenant finalement en solution 50 milligrammes de chlorure.

NITRIFICATION. * -65

température convenable. La nitrification est presque nulle à 5 degrés et au-dessous ; elle atteint son maximum de 25 à 37 degrés et cesse à partir de 55 degrés.

L'étude de la nitrification au point de vue bactériologique a fait l'objet de nombreux travaux (Warington, Enrich, Heraeus, M. etMmeFrankland): nous citerons particulièrement ceuxdeWinogradsky, Omeliansky, Godlewski, qui ont fait faire un grand progrès à l'étude de cette question.

Winogradsky (1), à la suite de recherches remarquables, est arrivé à isoler deux germes correspondant à deux stades de la transformation de l'ammoniaque en nitrates :

1° La transformation de l'ammoniaque en nitrite, première phase d'oxydation par le ferment nitreux : nitrosomas, nitrosococcus ou nitrosomonade ;

2° La transformation des nitrites en nitrates, deuxième phase d'oxydation par le ferment nitrique ou nitromonade ou nitrobacter.

Ce qu'il y a encore d'extrêmement remarquable dans les fonctions de ces germes, c'est qu'ils peuvent se développer en l'absence de toute matière organique et emprunter aux carbonates ou à l'acide carbonique le carbone nécessaire à leur constitution.

Isolement du ferment nitreux. — V. Omeliansky (2), pour isoler le ferment nitreux de la terre, source première du ferment, pratique une série de cultures successives dans le milieu suivant :

Sulfate d'ammoniaque 2

Chlorure de sodium 2

Phosphate de potasse 1

Sulfate de magnésie 0,5

Sulfate ferreux 0,4

Eau distillée 1000

Dès que l'ammoniaque a disparu, on fait un autre passage. Après quatre passages on peut effectuer l'isolement. Le microbe nitreux ne se développe pas sur les milieux riches en matière organique, et pour l'isoler on emploie des plaques de silice gélatineuse additionnée de :

1°5 p. 100 de la solution suivante :

Phosphate de potasse 1

Sulfate d'ammoniaque 3

Sulfate de magnésie 0,5

Eau distillée 100

2° 2 p. 100 de sulfate ferreux à 2 p. 100.

On ajoute encore 2 gouttes de solution saturée de chlorure de sodium et une quantité suffisante de lait de carbonate de magnésie pour donner au mélange un aspect laiteux.

(1) Winogradsky, Ann. de l'Institut Pasteur, 1890-1891. C. R. Acad. des Se, t. GXIII, 1891.

(2) Omiîliansky, Arch. des Se. biol. russes, t. VII, n° 4, 1899.

Traité d'hygiène. II. — 5

Après huit à dix jours L'ammoniaque disparaît: le carbonate de magnésie se dissout et Fou peut reconnaître les colonies à leur aspect de grain de sable.

On ensemence la colonie dans des tubes contenant le premier liquide ou dans des tubes de silice gélatineuse. On reconnaît la pureté du germe en ce que, ensemencé dans le bouillon ordinaire, celui-ci demeure stérile, et, ensemencé dans le milieu spécial, il produit l'acide nitreux.

Isolement du ferment nitrique. — On purifie le ferment par cultures successives dans le milieu strictement minéral suivant :

Nitrite de soude pur 1 gramme.

Carbonate de soude calciné 1 —

Phosphate de potasse 0si",5

Chlorure de sodium 08^,5

Sulfate ferreux 0£r,4

Sulfate de magnésie 0sr,3

Eau distillée 1000 grammes.

Après quelques passages, Winogradsky isole, sur gélose ainsi constituée :

Nitrite de soude pur 2 grammes.

Carbonate de soude calciné 1 gramme.

Phosphate de potasse Os1', 5

Gélose 15 grammes.

Eau ordinaire 1000 —

Dans cette dernière formule, on ajoute de la gélose pour solidifier le milieu de culture: elle n'est pas gênante, mais sa présence en tant que matière organique est inutile. Il est à remarquer que toutes les autres matières organiques sont nuisibles, plus ou moins ; ainsi en bouillon ordinaire les ferments ne cultivent pas, ce qui constitue un caractère précieux pour reconnaître leur pureté.

Quelle est donc l'origine du carbone de la matière vivante de ces microbes?

Influence des substances organiques et de l'acide carbonique. — S. Winogradsky et Oméliansky (1) ont étudié l'influence des substances organiques sur le travail des microbes nitrificaleurs et ont constaté que le travail des deux ferments de la nitrification est entravé par la présence de faibles doses de matières organiques déterminées et que sous ce rapport le microbe nitreux était encore plus sensible que le microbe nitrique. Les auteurs ont alors été conduits à admettre que ces microbes puisenl leur carbone dans les carbonates alcalins ou alcalino-terreux présents dans les milieux de culture.

(1) Winogradsky et Oméliansky, Arch. des Se. biol. russes, t. VII, n° 3, juillet

NITRIFICATION. «—67

Godlewski (1), en étudiant l'influence de l'acide carbonique gazeux sur la nitrification, reconnut que le ferment nitreux est incapable de prendre son carbone au carbonate de magnésie ; que c'est l'acide carbonique qui est la source du carbone de la nitrosomonade. Winogradsky a montré qu'il fallait la présence simultanée de carbonate alcalino-terreux et d'acide carbonique, c'est-à-dire d'un bicarbonate. Il en est de même pour la nutrition du ferment nitrique. Il y a donc là un exemple extrêmement curieux, et presque unique d'un être vivant capable de faire, à partir de l'acide carbonique, la synthèse de matière carbonée organique en l'absence de lumière et de chlorophylle.

Nitrification de l'azote organique. — Oméliansky (2) n'a jamais observé d'apparition d'ammoniaque par l'action des ferments nitrificateurs purs sur des produits organiques déterminés et même sur l'urine.

Munro et Demoussy (3) ont constaté que dans la transformation des aminés sous l'influence des microbes variés l'aminé passait toujours à l'état d'ammoniaque avant d'être nitrifiée.

L'azote organique, quelle que soit sa forme, ne subit pas directement l'action oxydante des germes nitrificateurs. Ce sont d'autres germes, notamment le Bacillus racemosus, qui attaquent les matières carbo-azotées avant que les nitrificateurs puissent entrer en jeu.

Par exemple, avec l'association des trois germes : Bacillus racemosus, Nitrosomas, Nitrobacter, le cycle de la transformation des aminés est complet : elle est réalisable expérimentalement. Dans la terre beaucoup de germes sont susceptibles d'amener ainsi les matières organiques en l'état favorable au travail des agents de la nitrification.

Production d'azote libre. — Godlewski a établi que, pendant l'oxydation de l'ammoniaque par les ferments nitrificateurs, il se dégageait de l'azote libre d'où il résulte une perte de nitrate.

Il y a d'autres germes qui sont susceptibles de pousser aussi loin l'œuvre de simplification moléculaire. Dehérain et Maquenne ont prouvé que lorsque tout l'air a été chassé d'une terre par de l'azote pur, non seulement il ne se fait plus de nitrates, mais ceux qui existent seraient décomposés en nitrites, en composés oxygénés inférieurs de l'azote, en azote libre ou même en ammoniaque. Gayon et Dupetit ont isolé le Bacterium déni tri fie ans a et (3 ; Giltay et Aberson ont également isolé des germes dégageant l'azote et l'oxygène des nitrates.

Influence de l'ammoniaque et des sels minéraux. ] — Un

(1) Godlewski, Bulletin international de V Académie des Sciences de Cracovie, juin 1895.

(2) Omémansky, Avch. des Se. biologiques, t. VIT, n° 3, juillet 1899.

(3) Demoussy, Ann. agron., t. XXV, 1899, p. 232.

des phénoiiîènes des plus remarquables serait la puissance antiseptique de l'ammoniaque dont 5 millionièmes entraveraient l'oxydation des nitrates et 15 p. 100000 l'empêcheraient totalement.

Le ferment nitrique ne travaillerait que lorsque toute l'ammoniaque a disparu, dans ees conditions plus l'acide nitrique apparaît tardivement, plus il a de chances de se conserver.

Godlewski a en outre, conformément aux observations de Winogradsky, constaté que le ferment nitreux a pour seule fonction de transformer l'ammoniaque en acide nitreux.

E. Demoussy (1), grâce à l'exaltation du ferment nitrique, a obtenu en milieu liquide la transformation directe de l'ammoniaque en acide nitrique sans observer l'apparition de l'acide nitreux : le ferment nitrique paraissant s'accoutumer dans une certaine mesure à la présence de l'ammoniaque.

Avec la terre arable, en raison de la matière organique ou humus, des sels minéraux et des germes qu'elle renferme, les phénomènes sont moins nets et, pour les savants qui se sont occupés d'une façon si remarquable de ces recherches, une des grandes difficultés a été de les dissocier si nettement les uns des autres.

Il est facile d'observer, comme nous avons pu le faire nous-même, qu'en suivant quantitativement l'oxydation de l'ammoniaque en présence de « terre », il se produit de notables quantités d'acide nitrique avant que l'ammoniaque ait disparu, et dans certaines eaux nous constatons la présence concurrente d'azote ammoniacal, organique, nitreux et nitrique toujours avec prédominance de l'azote nitrique.

E. Rolants (2), Gallemand, à l'Institut Pasteur de Lille, ont étudié l'influence de l'ammoniaque sur la ni tri fi cation. Lorsqu'elle est en faible proportion (0^r,2 par litre), l'ammoniaque favorise la nitrification ; en plus forte proportion (0gr,5) elle nuit et peut même, à l'exemple de certaines substances, le glucose entre autres, favoriser l'action des microbes dénitrificateurs ; avec 1 gramme par litre on obtient la stérilité. Mais si l'ammoniaque est à l'état de carbonates d'ammoniaque, la nitrification, môme avec 2 grammes par litre, n'est en rien altérée. Cette expérience est d'autant plus intéressante que l'urée, élément normal de l'urine, un des plus simples produits de régression de la matière organique, avant d'être nitrifiée, doit passer à l'état intermédiaire de carbonates d'ammoniaque. Boullanger et Massol ont reconnu que la production de nitrites est arrêtée dans les liquides contenant 30 grammes par litre de sulfate d'ammoniaque, 13 grammes de nitrite de magnésie, 1 à 5 grammes de nitrate de soude ou de potasse, 10 grammes de nitrate de chaux ou de magné-

(I)Dbmoussy, Ann. agron.,l. XXV, 1899, p. 97.— C. R. Acad. des Sciences, 17 janvier 1898.

(2) E. Rolants, Revue d'hygiène, nov. 1901, déc. 1902, juin 1903.

RÉPARTITION DES BACTERIES. «—69

sic. La transformation des nitrites en nitrates serait arrêtée par 20 à 25 grammes de nitrite ou nitrate de chaux. Les réactions de nitrification des sels ammoniacaux s'effectuent avec perte d'azote; il en est de môme pour les peptones, les hydrates de carbone.

L'exemple ci-dessous démontre l'intensité de ces phénomènes de régression : il s'agit de cadavres enfouis dans une fosse commune du cimetière d'Ivry ayant déjà servi deux fois.

Schûtzenberger (1) a déterminé, en 1884, l'apport de matière organique dans la terre des cimetières par les cadavres en dosant le carbone, l'hydrogène et l'azote total.

Résultats exprimés en grammes pour 100 grammes de matière :

Terre vierge. Terre de la fosse commune prélevée

au-dessus des cercueils. au-dessous.

Carbone 0,82 à 0,85 1,67 à 1,1 1,24 à 0,95

Hydrogène 0,32 à 0,39 0,47 à 0,37 0,33 à 0,32

Azote 0,01 0,14 0,16

La terre était de nature argilo-sablonneuse avec 5,5 p. 100 de calcaire et de perméabilité moyenne pour l'eau et l'air.

Les dernières inhumations remontaient à six ans et la terre avait été remaniée quelques mois avant les prélèvements des échantillons.

Ces résultats indiquent qu'il ne reste après six ans qu'une petite quantité de matière organique et que Ton peut considérer la combustion comme étant complète après cinq ans. Dans ces conditions la terre ne peut être saturée de matière organique.

La transformation de la matière organique du sol, grâce au travail des animaux, des vers, des acariens, des insectes, etc., mais surtout grâce à l'œuvre des germes microbiens surtout dans leur travail de la nitrification, est ainsi achevée : les produits simples qui en résultent sont restitués à l'atmosphère et au sol; ils sont repris et utilisés de nouveau par les cellules vivantes qui recommencent leur organisation complexe : c'est ainsi que s'établit l'équilibre de la matière organique du sol.

RÉPARTITION DES BACTÉRIES. — Le sol est l'habitat des microbes saprophytes : ils y sont retenus à la surface et dans les couches superficielles. Le sol peut recevoir toutes les espèces de germes dont les habitats normaux sont les hommes et les animaux : chacun d'eux s'y développe suivant la qualité spécifique du milieu qu'ils rencontrent.

Une partie de ces germes s'élève dans l'atmosphère avec les poussières sous l'influence de la sécheresse et des courants aériens; une autre partie est entraînée avec les eaux plus ou moins profondément dans le sol.

(1) Recueil des travaux du Comité cons. d'hy^iinc pub. de France, 1897, t. XXVI, p. 45.

Les milieux épuisés, la concurrence vitale, certains agents naturels, notamment la lumière, la sécheresse, concourent àla destruction des germes, mais cette disparition est compensée par l'apport incessant des déchets animaux et, pour certains d'entre eux, parleur prolifération dans la matière organique du sol humide. Rappelons que d'après Fodor, cette humidité doit être d'au moins 2 p. 100. Certains sols conservent la matière organique, notamment les cadavres, dans des conditions remarquables. A notre avis, la destruction des germes ainsi que la conservation de la matière organique dans ces terrains doivent être attribuées en grande partie aux sels d'alumine et de fer qu'ils renferment.

Les déterminations quantitatives des microbes du sol dans différentes conditions paraissent démontrer que le nombre diminue au fur et à mesure qu'on s'enfonce plus profondément, mais d'une manière un peu irrégulière. Ce fait coïncide avec l'appauvrissement du sol en oxygène ; or ces chiffres n'auraient de valeur que s'ils comprenaient le nombre des germes anaérobies, des germes de la nitrification et d'autres cultivant dans des conditions toutes spéciales, germes dont la numération est encore, en l'état actuel de la science, pratiquement à peu près impossible.

D'après les travaux des bactériologistes, notamment de Reimers, Fraenkel, Miquel, Kramer, Eberbach, Falk, Otto, Lœsener, le dénombrement des germes dans le sol cultivant dans les milieux artificiels ordinaires établit que le plus grand nombre existe à la surface et dans les couches superficielles.

Les chiffres ci-dessous des déterminations de Reimers, Kramer, Eberbach, Fraenkel indiquent la marche de la décroissance.

Reimers (1) :

Surface d'un champ 2.564.800 germes par cent. c.

A 2 m. (argile) 23.100 — —

A 3m, 50 (gravier) 6.170 — —

A 4^,50 (sable) 1.580 — —

A 6 m. (grès) 0 — —

Kramer, dans un sol argileux chargé d'humus, a trouvé à 0m,20 de profondeur 650 000 germes par gramme et à lm,65 seulement quelques germes. Eberbach (2), à Dorpat, a trouvé en surface 525 000 germes, à 0m,20 environ un million, puis on constata une décroissance qui s'accentuait brusquement à partir de 0m,75.

Fraenkel (3) dans un sol vierge de forêt a trouvé :

27 mai. 15 juin. 3 novembre.

Surface 150.000 140.000 55.000

lm,00 2.000 1.000 7.000

(1) Reimers, ZeiUch. f. Hyg., 1889.

(2) Eberbach, Thèse inaugurale, 1890.

(3) Fraenkel, Zeitsch. f. Hyg. II, p. 580; 1887, p. 521; 1889, p. 23.

juin.

3 novembre

REPARTITION DES BACTERIES. £—71

im,50 15.000

Le môme auteur opérant dans les mêmes conditions, mais sur le sol contaminé de Berlin, a trouvé :

Jardin. Maison.

Surface 450.000 160.000

1 mètre 150.000 10.000

2 mètres 200.000 6.000

3 mètres 100 600

Dans la très intéressante Étude bactériologique du massif du mont Blanc, le Dr Jean Binot a constaté qu'en un même lieu, une paroi verticale du sol à l'abri du soleil contient généralement plus de microbes que celle qui reçoit les rayons solaires.

Cet auteur a également reconnu (1) que le nombre des germes, au mont Blanc, allait en diminuant régulièrement avec l'ancienneté des couches, et, sur ce massif de sol tout particulier (glacier), il a pu recueillir 300 espèces microbiennes diverses.

Il est à prévoir que le nombre des germes est plus grand dans le sol des agglomérations que dans celui des régions peu fréquentées.

Miquel a trouvé 1 milliard de germes par centimètre cube dans les boues des rues de Paris, 10 millions de germes par centimètre cube dans le sol du jardin de Montsouris à 0m,20 de profondeur. Maggiora a relevé 32 millions de germes sur le sol de Turin et 18 000 à 3 mètres de profondeur.

Beumer (2), au moyen de l'expérimentation physiologique, a démontré que les souris inoculées avec de la terre de surface prenaient presque toujours le tétanos, tandis que sur 80 souris inoculées avec la môme terre prélevée de 30 centimètres à 2 mètres de profondeur il n'y en avait que 4.

Tous ces résultats démontrent que les germes restent généralement dans les couches superficielles du sol, ce qui confirme les déductions tirées de fétude des propriétés physiques.

Le nombre des germes dans le sol varie suivant sa nature : les sols poreux retiennent et renferment plus de germes que les sols compacts; d'ailleurs, la matière organique existe en plus grande quantité dans les premiers que dans les seconds qui n'en renferment généralement que peu.

(1) J. Binot, Étude bactériologique du massif du moht Blanc. C. II. Acnd. des Sciences, 17 mars J902.

(2) Beumer, Berliner klinische Wochensch., 1887, n° 30.

72 EDMOND BONJEAN. — LE SOL. ÉTUDE BACTÉRIOLOGIQUE. Màggiora a déterminé les chiffres suivants :

Nombre des germes pur gramme de terre prélevée à In surface.

Roches anciennes 2.800 à 10.600

Roches tertiaires 1.650 à 15.000

Roches volcaniques 27.500 à 29.000

Terrain tourbeux 17.200 à 160.000

Terrain d'alluvions 45.000 à 128.000

Terrain cultivé 60.000 à 11.275.000

Dans les conditions particulières où Ton enfouit de grandes quantités de matières organiques, des cadavres par exemple, la nature du terrain a une grande influence sur le nombre des germes et sur leur diffusion autour du foyer d'infection. Dans un cimetière de campagne argileux et ferrugineux, à 50 mètres d'altitude et à environ 1 kilomètre de la Manche, nous avons trouvé par gramme de terre :

Surface 1 . 200 . 000 germes .

A lm,50 10 —

tandis que Miquel, au cimetière Montparnasse, a obtenu 29 millions en surface et 5 900 000 à 2m,50 de profondeur. A notre avis, ces chiffres si différents s'expliquent en grande partie par l'action bactéricide ou antiseptique des sels d'alumine et de fer contenus dans les terrains où nous avons effectués nos numérations : d'ailleurs, dans ces terrains, les cadavres se détruisent très lentement.

Nous n'avons pas de données très précises sur les espèces de germes qui sont les plus répandues dans le sol. Néanmoins il est logique d'admettre que ce sont les microorganismes qui transforment les matières organiques en produits assimilables pour les végétaux et en tout cas que ce sont les espèces saprophytes non pathogènes : il faut qu'il en soit ainsi, sinon le sol serait envahi par la matière organique non décomposée et la maladie serait le régime normal des êtres vivants.

Examen bactériologique du sol. — Les procédés actuels de culture sont insuffisants pour mettre en évidence tous les germes et notamment pour les dénombrer : cette insuffisance dans la technique bactériologique est particulièrement notoire pour l'étude du sol. Les procédés ordinaires de culture dans les milieux habituels gélatine nutritive, bouillon, peptone, etc.) ne permettent de mettre en évidence qu'une fraction des germes du sol : même dans les déterminations (ailes avec ces milieux, les numérations établies en plaçant les cultures à l'étuve, suivant les expériences que nous avons faites sur ce sujet, donnent des résultats incomplels, certaines espèces ne cultivant qu'à la température du sol (température moyenne de l'atmosphère du lieu .

Pour fixer les idées sur ce sujet, nous avons indiqué les conditions délicates réalisées par Winogradsky et Oméliansky pour mettre en

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