COMPLEXITÉ DES ÉTAGES GÉOLOGIQUES
par conséquent, alimenteront des lignes de sources à la base de leur affleurement. Les argiles, schistes et marnes formeront, au contraire (sauf quand les schistes sont redressés et absorbent l'eau entre leurs feuillets), des cloisons é tanches arrêtant la circulation des eaux. Enfin, en terrain calcaire, on verra les eaux de surface disparaître par d'innombrables fractures, qu'elles élargissent en donnant lieu aux systèmes compliqués d'excavations et de perforations superficielles ou souterraines étudiées par M. Martel (1). Ces eaux descendent ainsi jusqu'à ce qu'elles rencontrent, sous le calcaire, une strate argileuse et, suivant la profondeur à laquelle se trouve celle-ci, les conditions diffèrent pratiquement. Tantôt les maisons établies sur le calcaire pourront aller atteindre l'eau par des puits profonds, tantôt tout le plateau sera dénudé et, un peu plus bas, dans des ravines ou des vallées qui le recoupent, viendront sourdre des eaux abondantes et claires, dont le débit, l'aspect et la température ont souvent illusionnné de la façon la plus dangereuse sur leur pureté. Sur ces mômes plateaux calcaires, les poches d'argile rouge laissées par l'altération superficielle, dont il a été question plus haut, arriveront parfois à constituer un colmatage suffisamment étanche pour retenir les eaux, tout au moins dans des mares, comme on en voit de tous les côtés en Normandie.
Ce ne sont là que des exemples sommaires ; ils montrent néanmoins l'utilité pratique de pouvoir, pour unpoint déterminé, connaître d'avance la nature des terrains qui affleurent à la surface ou qui existent à telle ou telle profondeur, leur ordre de superposition et surtout la disposition de leurs contacts, qui joue toujours un rôle prépondérant dans la circulation souterraine des eaux. Tel est le renseignement que doivent fournir les cartes et coupes géologiques, dont nous nous occuperons bientôt ; mais, ici encore, il est nécessaire de faire une remarque préliminaire, afin d'éviter un malentendu qui se produit sans cesse entre praticiens et théoriciens. On ne doit pas s'attendre à trouver immédiatement et expressément signalés sur les documents géologiques ces renseignements pratiques, ces notions sur la constitution physique des terrains, qui, pour les applications, sont nécessaires à connaître. Il faut savoir les déduire des indications fournies par la carte; mais celle-ci n'a pas pour but de les donner et ne peut pas les donner, à moins d'être exécutée à une échelle tout à fait démesurée, qui entraînerait des frais généralement inutiles et un travail disproportionné avec le but à atteindre.
Le but d'une carte géologique est de mentionner, en chaque point de la terre, Y âge du terrain géologique qui y affleure à la superficie, de manière que le géologue, en consultant cette carte dans son cabinet, puisse savoird'avanecquel étage géologique existe en chaque
(1) M. Mahtel. Voy. l'article L'eau, élude hydrologique.
point, relier ainsi les divers point s entre eux et en tirer des conclusions générales. La carte géologique noie donc Vâgedu terrain et non sa nature', ce qui est tout à fait différent; car, pendant la môme période géologique, si courte, si subdivisée qu'on la suppose, au même instant du temps, il a pu se déposer, ici des argiles, là des sables ou des conglomérais, là des calcaires, absolument comme nous le voyons se produire simultanément aujourd'hui sur la longueur de nos cotes. Tous ces faciès divers sont rigoureusement synchroniques et, de plus, ils passent latéralement les uns aux autres : c'est par des transit ions progressives que leschistedevientun grès ou un calcaire: la carte signale donc tous ces dépôts contemporains les uns des autres comme représentant une môme formation ; elle les note, suivant la convention adoptée, d'une môme couleur et d'un même signe, et c'est ensuite ce signe et cette couleur qu'il s'agit d'interpréter en utilisant le texte descriptif ou la légende ordinairement annexés à toute carte géologique pour en déduire le renseignement pratique sous la forme où on le désire.
Les choses sont même d'habitude plus compliquées encore que je ne viens de le supposer. On ne pourrait, en effet, sans entraîner un fouillis de noms et de figurés inextricable, subdiviser l'échelle des terrains géologiques au point de donner à chaque banc, à chaque couche de terrain son individualité, son numéro d'ordre dans la série chronologique, bien qu'à strictement parler chacun d'eux corresponde à une période précise et distincte et que, de plus en plus, les géologues soient conduits à subdiviser pour établir, entre des observations faites en divers points de la superficie terrestre, une rigoureuse concordance. On établit donc, entre ces petits bancs, des groupements ; on les réunit par des accolades, un peu comme pourrait le faire un historien, qui grouperait ensemble les divers ministères d'un môme règne. Il en résulte qu'une seule couleur déterminée de la carte géologique peut représenter un ensemble de plusieurs terrains très différents, par exemple des alternances de calcaires, schistes et grès plusieurs fois multipliées, qui correspondent tous à des subdivisions d'une même période générale établie dans le temps. Suivant les points, tel ou tel de ces terrains affectés de la môme couleur formera le sol et la carte géologique ne permettra pas d'abord de savoir si Ton est sur un calcaire ou sur un schiste, c'est-à-dire de se prononcer d'avance entre deux terrains, qui ont une allure tellement différente pour l'hygiène et pour la circulation des eaux. Plus la carte est détaillée, plus ce défaut s'atténue, et c'est une des raisons pour lesquelles les géologues français appellent de tous leurs vœîîx l'établissement d'une carte topographique à grande échelle, dont plusieurs pays étrangers nous ont déjà donné l'exemple; mais, pour atténué qu'il soit, l'inconvénient ne peut complètement disparaître.
Ces réflexions préliminaires auront pu paraître un peu longues à