CONDITIONS QUE DOIVENT REMPLIR LES EAUX DESTINÉES A L'ALIMENTATION
On a bien souvent essayé de préciser les qualités que doivent présenter les eaux destinées à l'alimentation. Il faut convenir qu'on n'y est pas arrivé d'une manière tout à fait satisfaisante.
Dans Y Annuaire des Eaux de France (1), publié par une commission où figuraient Orfila, Becquerel, Bouchardat, Chevalier, Milne- Edwards, Ch. Sainte-Claire-Deville, et autres savants, on trouve cette définition :
« Une eau peut être considérée comme bonne et potable quand elle est fraîche, limpide, sans odeur; quand sa saveur est très faible, qu'elle n'est surtout ni désagréable, ni fade, ni salée, ni douceâtre ; quand elle contient peu de matières étrangères; quand elle renferme suffisamment d'air en dissolution; quand elle dissout le savon sans former de grumeaux, et qu'elle cuit bien les légumes. »
Cette définition, déjà ancienne, vaut bien la plupart de celles qu'on a données depuis : elle a du moins l'avantage d'être suffisamment vague. Vu l'époque à laquelle elle remonte, elle est muette sur la question des bactéries dans les eaux.
Il y a vingt ans, le Congrès pharmaceutique international de Bruxelles résumait comme il suit les qualités exigibles d'une eau d'alimentation :
1° Elle doit être fraîche et dune saveur agréable.
2° Sa température ne doit pas varier sensiblement et ne peut dépasser-f-lo0.
3° Elle doit être aérée et tenir en dissolution une certaine quantité d'acide carbonique. Il faut en outre que l'air qu'elle renferme contienne plus d'oxygène que l'air atmosphérique.
4° La quantité de matières organiques, évaluée en acide oxalique, ne doit pas dépasser 20 milligrammes par litre.
5° Elle ne doit pas contenir plus de rô dixièmes de milligramme d'ammoniaque par litre.
6° La matière organique azotée, brûlée par une solution alcaline de permanganate de potasse, ne doit pas fournir plus de 0,0001 d'azote albuminoïde par litre d'eau.
7° Un litre d'eau ne doit pas contenir plus de :
0,500 de sels minéraux,
0,060 d'anhydride sulfurique.
0,008 de chlore.
0,002 d'anhydride azotique.
0,200 d'oxydes alcalino-terreux.
0,030 de silice.
0,003 de fer.
EAUX DESTINÉES A L'ALÎMENTATÎON. £—21?
6° L'eau potable ne doit renfermer ni nitrites, ni hydrogène sulfuré, ni sulfures, ni sels métalliques précipilables par l'acide sulfhydrique ou le sulfhydrate, à l'exception de traces de fer, d'aluminium ou de manganèse.
9° Elle ne doit pas acquérir une odeur désagréable après avoir séjourné pendant quelque temps dans un vase ouvert ou fermé.
10° Elle ne doit renfermer ni saprophytes, ni leptothrix, ni leptomites, ni hyphéotrix et autres algues blanches, ni infusoires, ni bactéries, et particulièrement aucun de ces êtres en décomposition.
11° L'addition de sucre blanc ne doit pas y développer de fungus.
d2° Cultivée avec de la gélatine, elle ne doit pas produire d'innombrables bactéries liquéfiant cette gélatine en moins de huit jours.
C'est surtout à titre de curiosité que nous avons reproduit ce tableau des qualités d'une eau potable. Si Ton voulait suivre à la lettre de telles prescriptions, bien rares seraient les sources jugées dignes d'être employées pour l'alimentation de l'homme. Où trouverait-on, par exemple, des eaux naturelles complètement exemptes de bactéries? — Certains des chiffres fixés comme limites sont certainement trop bas (chlore, acide nitrique), d'autres paraissent trop élevés (ammoniaque), etc.
Le Comité consultatif d'Hygiène publique de France avait, il y a quelques années, dressé un tableau des qualités des eaux potables et des limites dans lesquelles devaient osciller les différentes données analytiques pour qu'une eau fût considérée comme pure, potable, suspecte ou mauvaise. L'étude des nombreux projets d'adduction d'eau qui ont été soumis à cette assemblée a rapidement montré combien il est imprudent, en pareille matière, de fixer des limites précises et d'édicter des prescriptions rigoureuses que l'on est à tout moment obligé de transgresser.
En réalité, la possibilité d'utiliser une eau pour l'alimentation est subordonnée à une foule de conditions dont on doit tenir compte dans chaque cas particulier. Par exemple, ce n'est pas parce qu'une eau marquerait plus de 30 degrés hydrotimétriques, qu'on devrait nécessairement la rejeter, s'il n'existe pas dans la région d'eaux moins calcaires, ou s'il y existe des eaux moins calcaires, mais plus suspectes au point de vue des matières organiques, des sels ammoniacaux, des bactéries pathogènes, etc.
C'est d'après l'examen d'ensemble des résultats fournis par l'examen des propriétés physiques, par l'analyse chimique, bactériologique et micrographique, c'est d'après l'étude géologique des terrains traversés, d'après la topographie de la région, la critique des causes de pollution, etc., que l'on arrive à établir — souvent non sans difficulté — si une eau peut être livrée à la consommation. — Nous reviendrons sur ces points en parlant de la discussion des résultats analytiques; et s'il faut absolument définir ce qu'on entend par une eau potable, nous donnerons la formule suivante, qui nous paraît
résumer par ordre d'importance les principales conditions exigibles:
« L'eau destinée h l'alimentation de l'homme ne doit présenter, par l'examen physique, chimique et microbiologique, aucun indice dune souillure suspecte, elle ne doit renfermer aucune substance capable d'occasionner des troubles dans un organisme sain. Elle doit être agréable au goût, ne dégager aucune odeur, demeurer limpide. Elle doit être, autant que possible, propre aux usages domestiques, et avoir une température constante, comprise entre