Journal de médecine, t. XXIII, p
FIÈVRE JAUNE 351
C'est encore une importation par un navire sucrier venu de la Havane. Il avait fait quarantaine à la Corogne, mais n'avait pas été désinfecté ; les écoutilles n'avaient même pas été ouvertes. Le navire est déchargé dans le port même, puis on y met les ouvriers. Les accidents apparaissent et bientôt se déclare une épidémie qui enlève, en quelques semaines, plus de 40 personnes sur une population agglomérée de 800 habitants, et elle s'étend bientôt à plusieurs locahtés environnantes
Nous n'insisterons pas sur l'épidémie de Gibraltar, que les travaux de Louis et de Trousseau ont assez fait connaître, et nous arrivons à quelques épidémies qui ont affligé le Portugal, et dont une relation très intéressante a été donnée en 1857 2.
La plus meurtrière de ces épidémies est celle qui se montra à Lisbonne, en 1857. ■ La cause de cette épidémie la rend surtout intéressante. Elle paraît résulter, en effet, d'une transmission par des bardes.
Parmi les différentes relations, l'étude de l'épidémie de Saint-Nazaire, en 1861, est pour nous l'enseignement le plus complet au point de vue de l'importation, de , l'extension de la maladie et de l'indication des mesures sanitaires. Cette épidémie a été si parfaitement suivie, tous ses détails ont été si nettement circonstanciés par Métier, que l'on peut presque, à l'aide de son travail, constituer l'histoire sanitaire de la fièvre jaune.
Une nouvelle importation de cette maladie qui a eu lieu, en 1862, dans une des Canaries, à Sainte-Croix-de-Ténériffe, conduit aux mêmes conclusions que l'épidémie de Saint-Nazaire ^
En 1865, une petite épidémie est observée à Swansea en Angleterre. Elle y a été introduite par VBekla, venu de Cuba le 9 septembre. Les cas de fièvre jaune avérée ont été au nombre de 20 et ont frappé la population civile du 15 septembre au 4 octobre. La maladie a été limitée aux points qui avaient été en relations avec le navire contaminé.
En 1870, la fièvre jaune éclate à Barcelone, où elle n'avait pas reparu depuis la terrible épidémie de 1821 \ Elle se propagea sur tout le littoral depuis cette ville jusqu'à Alicante et fut importée aux îles Baléares. Comme à Saint-Nazaire, c'est un navire infecté, venant de la Havane, qui transmet la fièvre jaune, d'abord aux hommes employés au déchargement. La maladie se propage dans le faubourg habité
, par ces hommes et s'étend, au centre de la ville, dans les quartiers populeux et pauvres. L'épidémie, incertaine comme toujours à son début, pendant le mois d'août, subit un accroissement rapide dès les premiers jours de septembre : le 30,
.elle atteint son maximum, puis elle décline et cesse complètement à l'apparition des premiers froids. L'influence saisonnière, exercée sur la marche de l'épidémie de Barcelone en 1870, comme en 1821, est pour nous un enseignement précieux; elle montre une fois de plus que, pour le littoral européen, les provenances des pays à fièvre jaune sont particulièrement dangereuses pendant les trois mois d'été.
1. Rapport fait au conseil supérieur de santé sur la fièvre jaune qui a régné au port du Passage, en 1823, par Victor Rally, Paris, 1824.
2. Rapport officiel fait à S. M., le roi de Portugal par le conseil extraordinaire de santé du royaume, spécialement constitué à cet ciïet par décret du 29 septembre 1857.