Guicliet, Mémoires de médecine militaire
2. Rapport sur des cas de fièvre jaune importés à Brest, Bulletin de l'Académie (Beau), Paris, 1837, t. XXII, p. 889.
mieux caractérisées ont été rapportées par Herrera et Oviedo en 1495 et en 1514.
Mais cette question historique n'a ici que peu d'importance. Le point dominant pour nous, dans celle étude, est de déterminer et de préciser la géographie actuelle de la fièvre jaune.
La fièvre jaune est une maladie exotique ; elle a en Amérique son foyer d'origine; elle ne s'est montrée en Europe que par importation ; elle peut s'y développer et s'y propager, mais jamais elle n'est née sur le sol européen.
Nous allons déterminer maintenant quels points de l'Amérique peuvent être considérés comme le berceau de la fièvre jaune.
Après être restée pendant plusieurs siècles comme un funeste privilège des Grandes Antilles et des rivages du golfe du Mexique, la fièvre jaune a quitté son foyer primitif et franchi les limites qui semblaient pouvoir lui être assignées. Au nord comme au midi, elle s'est étendue dans les deux Amériques ^ L'hémisphère sud, qu'elle avait abandonné, l'océan Pacifique que, il y a trente ans, elle n'avait pas encore visité, ont été atteints dans le milieu du siècle (Chili et Pérou en 1852, San Salvador en 1867). C'est au Brésil, en 1849, que la fièvre jaune a fait sa première apparition, importée à Bahia par le navire nord-américain Brazil^ venant de la Nouvelle-Orléans.
Cayenne, en 1850, a été la première atteinte parmi nos colonies de l'Atlantique. La fièvre jaune semble maintenant devenir à peu près permanente dans l'Amérique du Sud. Elle sévit sur une grande étendue du littoral du nouveau continent, et, entre New York et Philadelphie d'un côté, Buenos Ayres et Rio de la Plata de l'autre, elle embrasse au delà de 40 degrés au nord, et presque autant au midi, sur une longueur totale de plus de 2000 lieues. En 1878, elle a remonté le cours du Mississipi.
Mais elle n'a, dans cet immense espace du continent américain, ni une même fréquence, ni une égale intensité. Tandis qu'elle va se propageant à toute la côte orientale de l'Amérique, la côte occidentale, baignée par le Pacifique, conserve une certaine immunité. Des conditions telluriques différentes expliquent ce contraste. La côte orientale, en effet, basse, plate, parcourue par de larges fleuves, est éminemment insalubre; la côte occidentale, formée dans presque toute son étendue par la chaîne des Cordillères, offre, au point de vue de la maladie, un terrain beaucoup moins favorable^.
Dutrouleau, qui a résidé pendant dix-sept ans dans nos colonies de l'Atlantique, qui a fait de la fièvre jaune une étude extrêmement complète, a établi pour la fréquence des épidémies, au point de vue géographique, la gradation suivante :
Épidémies annuelles dans les foyers endémiques du golfe du Mexique et des Grandes Antilles. Périodes épidémiques de plusieurs années, revenant à six ou dix ans d'intervalle, dans la chaîne des Petites Antilles. Épidémies accidentelles et de durée variable se déclarant dans des climats lointains des deux hémisphères, ayant plus ou moins de rapport avec les climats torrides.
1. Aux États-Unis, la fièvre jaune n'est endémique que clans le sud-ouest.
2. Celle différence n'est pas aussi vraie pour tout le littoral; la côte occidentale du Mexique ne vaut guère mieux que celle de l'est. « Tandis que les deux ports du golfe, dit Jourdanel, ne sont inhospitaliers que pour les étrangers nouveau venus, Acapulco, Manzanillo et San Blas sont inhabitables pour les natifs eux-mêmes. »
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Ainsi donc, d'après cet observateur distingué, la fièvre jaune serait exclusivement endémique dans les Grandes Antilles et sur les rivages du golfe du Mexique. Pour les Petites x\ntilles, sa cause spécifique n'y serait pas permanente, ni sujette à des retours annuels réguliers.
Dutrouleau ne croit pas non plus la fièvre jaune une maladie du climat de la Guyane. Elle n'y a fait que de rares apparitions, et on avait oublié celle dont parle Campet et celle du commencement de ce siècle quand elle y a fait invasion à la fin de I80O.
Cet immense littoral des deux Amériques où la fièvre jaune a été observée ne peut donc être considéré, dans toute son étendue, comme un foyer d'origine de la maladie. Les points réellement capables de la produire sont restreints et peu nombreux. Le nom de « lieux à fièvre jaune » appartient exclusivement aux Grandes Antilles et aux rivages du golfe du Mexique.
La zone amarillogène, foyer primitif générateur de la fièvre jaune, est celle dans laquelle la maladie sévit d'une façon à peu près constante bien qu'avec une intensité très variable permettant de distinguer des périodes épidémiques séparées par des accalmies. Dans cette zone la fièvre jaune n'a pas besoin d'être importée, le contage y trouve des conditions favorables à sa persistance.
A cette zone appartiennent les Grandes Antilles (Cuba, Saint-Domingue, Porto Rico et sans doute la Jamaïque), les Petites Antilles (Guadeloupe, Martinique, etc.), où cependant la fièvre jaune est le plus souvent importée, et la côte orientale du Mexique.
La zone amarille, dans laquelle les épidémies sont fréquentes et meurtrières, diffère de la précédente par ce fait que les épidémies n'y prennent point spontanément naissance, que le contage n'a pu jus([u'ici s'y implanter définitivement. A cette zone appartient le littoral sud-est des États-Unis. La Louisiane, et sa capitale la Nouvelle Orléans, si fréquemment envaliie au cours de ce siècle, sont dans ce cas. Sur 88 épidémies étudiées dans les États-Unis, 77 fois on a i)u indiquer le mode d'importation.
Le Brésil, qui a compté des é[)idémies nombreuses et meurtrières, depuis 1849 se trouve dans les mêmes conditions. Il offre au typhus amaril des terrains propices à son extension épidémique lorsque le contage est apporté, mais il est absolument nécessaire que des germes étrangers y arrivent ou bien que les germes provenant d'une épidémie antérieure se trouvent fortuitement dans de bonnes conditions d'évolution })Our que la maladie renaisse au début d'une saison chaude, lorsque pendant la saison fraîche elle avait disparu .
Sans affirmer que la fièvre jaune ne puisse être engendrée en Amérique sur aucun autre point, on peut dire qu'en dehors des Heux que nous avons cités la maladie est presque toujours importée.
Les conditions de propagation et de développement sont dans le Nouveau Monde beaucoup plus favorables qu'en Europe. Le contage se perpétue dans ces terrains bas et humides, et on a vu, contrairement aux épidémies européennes, l'affection persister dans des contrées où elle paraissait })our la première fois.
En Afrique la fièvre jaune règne au Sénégal, mais elle semble toujours partir de Gambie ou de Sierra Leone, où beaucoup d'observateurs la considèrent comme endémique. La maladie n'avait pas reparu depuis 1837, lorsqu'en octobre 1859 elle fit une invasion nouvelle, dont le point de départ parait être resté le même.
L'importation est également établie pour l'épidémie de 1878 qui, tant à Saint-Louis qu'à Dakar et à Gorée, fit périr 749 Européens, 37 p. 100 de la population civile, 53 p. 100 de la population militaire. La même interprétation est vraisemblable pour l'épidémie de 1892.
Après s'être montrée dans le Soudan français en 1897, sur le trajet de la voie ferrée de Kaies à Djoubeba, et en 1899 à Grand Bassam, la fièvre jaune a éclaté sous forme épidémique l'année dernière (1900) à Saint-Louis. L'origine de cette épidémie n'est pas encore établie. Depuis le commencement du printemps jusqu'au 19 septembre 1900, il y avait eu 383 cas avec 209 décès ^
La fièvre jaune en Afrique a toujours débuté par l'un des trois points suivants : Sierra Leone à 8° latitude nord; Fernando Po, à 4° nord; Saint-Paul de Loanda, à 10° Sud. Ce sont précisément les trois localités qui ont le plus souvent et le plus largement des rapports avec l'Amérique. (Béranger-Feraud.) Les garnisons de Freetown (Sierra Leone) viennent des Antilles et y retournent. Il y a des communications fréquentes entre Cuba et Fernando Po, le Brésil et Saint-Paul de Loanda. En 1816 et en 1862, l'importation de la fièvre jaune en Afrique a été prouvée.
Le pays au sud de Sierra Leone est bas, toujours inondé, marécageux et couvert de mangliers. Cette disposition du terrain continue jusqu'au cap des Palmes, où commence la côte de Guinée et où le rivage diminue sensiblement. Elle est la même sur toute la côte jusqu'au Congo. Or nous avons vu que les terrains bas et humides étaient éminemment propres à la conservation du contage de la fièvre jaune.
Les conditions telluriques ont, en effet, sur la production de la fièvre jaune une influence prépondérante ^ Nous voyons quelques régions du globe seulement et quelques points limités de ces régions former des berceaux de cette maladie.
Ces régions baignées par la mer offrent les caractères les plus prononcés de la constitution palustre : terre d'alluvion, vaseuse ou argileuse, noyée périodiquement par les, eaux pluviales, couverte ou bordée de palétuviers, canaux chargeant l'eau salée mêlée à l'eau douce ; flaques d'eau saumâlre ou marigots formés à l'embouchure des cours d'eau peu rapides par les flots de la mer; infiltrations souterraines favorisées par un sous-sol calcaire et retenues par une base volcanique.
Le sol des Antilles " offre toutes les variétés de marais qui peuvent favoriser le développement du contage de la fièvre jaune.