A. Housquains, La fièvre jaune^ Thèse de Paris
2. Vera Cruz, où la fièvre jaune est presque permanente, est assise sur le littoral et au fond du golfe du Mexique; elle baigne dans la mer dont elle est séparée par un simple mur qui devient une fortification du côté de la terre. Vera Cruz est bâtie sur un terrain argilo-sablonneux. En creusant à pioins d'un mètre de profondeur, on trouve l'eau de mer; le sol est plat ou à peu près; il en est de même dans les environs, sauf du côté de l'ouest, où, à un mille de la ville, l'horizon est borné par des dunes de sable, courant au nord et au sud. Au delà de ces dunes sont des plaines marécageuses qui restent submergées pendant la plus grande partie de la saison des pluies. A la même époque, des flaques d'eau stagnante séjournent entre ces sables amoncelés et la ville. Cependant Vei-a Cruz est largement ouverte du côté de la mer, presque sans abri contre les vents du Nord qui la balaient avec violence.
3. La fièvre jaune est endémique au Cap (Haïti), et la saison froide ne la fait pas disparaître complètement. Elle est également endémique au Port-au-Prince. Toutes les causes favorables à sa production s'y trouvent en effet réunies. La ville est presque plate, environnée par des terrains marécageux. Elle est très étendue et très sale, les animaux domestiques y vaguent nuit et jour, ceux qui meurent ne sont pas toujours enlevés; lès ruisseaux ne sont pas entretenus et permettent à la pluie de séjourner dans les nom-
FIÈVRE JAUNE
Il est vrai qu'un grand nombre de contrées riches en marais sont exemptes de la fièvre jaune. A Demerara, à Cayenne, la fièvre jaune ne s'est montrée que fort rarement. A Guayaquil, à Rio Janeiro, sur les côtes du Honduras, pays tous marécageux, elle était presque inconnue.
Étiologie de la fièvre jaune. — Les causes prédisposantes qui favorisent le développement de la fièvre jaune en Amérique ont un intérêt d'autant plus grand pour nous que quelques-unes de ces conditions peuvent jouer également en Europe un rôle important.
C'est ainsi que l'on peut dire que la fièvre jaune est plutôt une maladie des plaines. Lien qu'une élévation notalde n'en mette pas absolument à l'abri.
L'humidité du sol n'est pas non plus dépourvue d'influence. Le sol, pénétré par l'humidité, pourrait conserver le principe de la maladie et le laisser se dégager au moment du retrait des eaux. Si les choses se passaient ainsi, on retrouverait les conditions signalées par Pettenkofer à propos du choléra.
On a remarqué que l'épidémie de 1819-1822, observée à New York, présenta une très grande intensité et une très grande malignité tant qu'elle sévit dans les quartiers misérables, et qu'au contraire elle s'amenda sitôt qu'elle pénétra dans les quartiers riches.
Il en fut de même à Philadelphie, où la mortalité atteignit son maximum dans les rues basses, situées près des quais, sur un terrain humide. L'influence des mauvaises conditions sociales et hygiéniques est évidemment considérable.
11 faut une température élevée pour favoriser la propagation des épidémies; un refroidissement notable les éteint. Mais, d'après Fearn, la terre doit être couverte de glace pour que la maladie soit enrayée complètement. Cependant la fièvre jaune n'existe ni en Nubie, ni en Arabie, ni dans les Indes. Dans les Antilles, Barbade, qui possède une température plus élevée que la Jamaïque, est plus rarement ravagée que cette dernière. Enfin, l'explosion endémo-épidémique ne correspond pas aux mois les plus chauds de l'année. Sous les tropiques, aux Antilles, à la Trinité, à Grenade, à Barbade, la fièvre jaune s'observe à toutes les époques de l'année, mais dans les États sud de l'Amérique du Nord, les épidémies éclatent pendant la belle saison, de mai à septembre. Il en est de même pour les latitudes modérées. Dans les Étals du centre, Carohne, Virginie, Pensylvanie, New York, la fièvre jaune a donné la statistique suivante : en mai, 5 épidémies; en juillet, 39; en août, 53, et en octobre, 2.
Il est acquis que la saison froide fait cesser les épidémies de fièvre jaune; or les hivers et les étés dans Thémisphère austral de l'Amérique sont opposés aux nôtres. Au Brésil et à la Plata la maladie se montre donc vers la fin de l'année et se prolonge jusqu'en juin. C'est l'époque où pour l'Europe l'importation de la maladie est
breuses crevasses des rues, en même temps que l'eau qui vient des marais entraîne avec elle des débris végétauxet animaux. La chaleur, quoiqueexcessive, ne parvient pas dans une même journée à dessécher ces cloaques; la température fin novembre est de 32 à 33 degrés. Le soir, il s'exhale le long des quais une odeur nauséabonde; la côte du sud de la rade est plus saine. C'est là qu'au milieu d'une végétation tropicale admirable sont élevées les seules maisons où l'on puisse vivre sous ce climat brûlant. La saison la plus redoutée des Haïtiens est l'hiver, de novembre à mars, saison des vents du nord appelés vents de mort. (Rey.)
le moins à redouter. Au contraire les influences saisonnières se manifestent à une époque opposée pour la partie de rhémisplière nord située au delà de la zone torride. Aussi avons-nous beaucoup plus à craindre les provenances du golfe du Mexique, de Cuba et de la côte atlantique des États-Unis. Sur le littoral africain la maladie est plus fréquente dans les derniers mois de Tannée. La transmission n'étant pas à redouter chez nous pendant la saison froide, notre règlement sanitaire a admis un allégement des mesures préventives pendant les mois de novembre, décembre, janvier et jusqu'au 20 février.
L'humidité de l'air, sa plus ou moins grande saturation de vapeur d'eau, sa richesse plus ou moins prononcée en électricité, ne paraissent avoir aucune influence sur la production de la lièvre jaune. Il en est de même du degré de la pression atmosphérique.
Les vents, au contraire, semblent avoir une action incontestable. Pour les Antilles, les plus dangereux sont les vents sud et sud-ouest. Moreau a comparé l'influence des vents du sud sur la fièvre jaune, dans les Indes occidentales, à l'influence du khamsin sur la peste en Egypte.
Il est un point dans l'étiologie de la fièvre jaune qui offre un grand intérêt. Je veux parler deV acclimatement. Cette question a été très bien traitée par Dutrouleau.
On s'accorde unanimement à reconnaître que l'acclimatement contre la fièvre jaune peut s'acquérir par le temps et devenir absolu. Il est nécessaire, toutefois, d'entrer dans quelques détails. Pour se rendre bien compte du genre d'immunité dont jouissent les populations indigènes dans les foyers endémiques de fièvre jaune, il faut savoir ce qui se passe dans les climats éloignés où les épidémies ne sont que des accidents provoqués, ou du moins étrangers au règne endémique. Le Sénégal et la Guyane peuvent fournir ces renseignements.
Quand, pour la première fois, en 1830, la fièvre jaune éclata à Corée d'abord, puis à Saint-Louis, l'épidémie frappa indistinctement toutes les classes et toutes les races formant la population. Sept ans après, la maladie se montra de nouveau à Corée, et déjà sa généralisation fut moins marquée; les indigènes furent bien moins atteints que les étrangers. A la fin de 1859, nouvelle épidémie. Et cette fois créoles et aborigènes furent tous épargnés.
A Cayenne, près d'un demi-siècle s'était écoulé depuis une précédente épidémie de fièvre jaune, quand éclata celle de 1850. La population sédentaire fut alors frappée comme la population flottante. Nègres et mulâtres payèrent leur tribut. Nouvelle épidémie en 1855, et cette fois des rapports officiels ne parlent plus que d'Européens non accUinatés.
De ces faits, Dutrouleau conclut que, si les indigènes de toute race jouissent de l'immunité contre la fièvre jaune dans les foyers endémiques, ils le doivent à un acclimatement contre des influences latentes et permanentes plutôt qu'à un privilège de nationalité et de race. Les épidémies atteignent dans un temps plus ou moins court tous ceux qui, récemment arrivés, n'ont pas encore subi, pendant assez longtemps, les influences latentes, et qu'on appelle les non acclimatés. Mais que, pendant les huit ou dix ans qui séparent les épidémies dans les Petites Antilles, les nouveau-nés et les nouveaux arrivés aient eu le temps de subir les influences latentes et de s'y accoutumer, et ils sont épargnés lorsqu'apparaît une nouvelle épidémie.
Pour Dutrouleau donc, on ne s'accUmate contre la fièvre jaune qu'à la condition
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d'en avoir subi les iiifliiences latentes, à moins, bien entendu, qu'on en ait subi les atteintes récentes et graves.
Il n'y a d'acclimatement acquis que pour ceux qui ont traversé une précédente période épidémique sans avoir quitté le pays et qui tous ont été plus ou moins imprégnés du principe de la fièvre jaune. Ainsi se comprennent la fièvre jaune des créoles qui ont fait une longue absence de leur pays et celle des enfants nés entre deux périodes épidémiques. On a remarqué aussi que la réceptivité pour la fièvre jaune était en rapport direct avec la latitude géographique sous laquelle les individus ont vécu, c'est-à-dire dépendait du pays où ils sont nés.
Savaresy * a toujours remarqué à la Martinique que la fièvre jaune faisait plus de ravages parmi les Normands, les Bretons et les Français des départements septentrionaux, que parmi les Provençaux, les Languedociens, les Bordelais et ceux qui sont nés dans la France méridionale.
Dans l'épidémie de la Nouvelle-Orléans de 1853 la proportion des décès par nationalité était d'après Barton ^ :
Créoles 3,58
Étrangers du Mexique et Amérique du Sud 6,14
Américains des États sud des États-Unis 13,22
Français 4S,13
Allemands du Nord 132,01
Scandinaves 163,26
Hollandais 328,94
Romey, Arnold, Lallemant, Ferguson, partagent la même opinion.
Béranger-Feraud a relevé les départements d'origine de 4!20 militaires soignés pour la fièvre jaune à l'hôpital de la Martinique de 1840 à 1870, Par rapport à 1 000 hommes d'effectif, les malades ont été au nombre de :
Dans les départements du Sud-Est 100
— Sud 104
— Ouest 220
— Centre 315
— Nord-Est 630
La race nègre passe pour jouir d'une immunité incontestable; cependant Dutrouleau remarque que, si les nègres, importés par la traite aux Antilles, n'ont jamais participé d'une manière authentique, ou au moins en proportion notable, aux épidémies qu'ils rencontraient souvent à leur arrivée, ou ne peut guère en attribuer le privilège à leur race, puisque dans leur propre i»ays, à la ente d'Afrique, on les a vus atteints.
Si le bataillon nubien de 500 hommes qui prit part à la campagne du Mexique n'a eu aucun malade de fièvre jaune, l'armée des États du Nord, pendant la guerre de Sécession, aurait eu 6,50 malades sur 100 dans les troupes blanches et 3,06 dans les troupes noires; la proportion de décès par fièvre jaune était de 2,07 chez les blancs et de 4,4 chez les nègres.