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Dellery, Fièvre jaune, épidémie de 1S

Le choléra (choléra asiatique), né dans les Indes orientales, s'est étendu à presque tous les points du globe. Il se manifeste cliniquement par des vomissements, un flux intestinal particulier, un faciès spécial, la teinte cyanique des téguments, la diminution ou la suppression de la sécrétion urinaire, la perte plus ou moins complète de la voix, des troubles de Tinnervation (crampes), de la calorification (algidité), de la circulation et de l'hématose.

Mais ce n'est pas l'aspect symptomatologique qui caractérise cette maladie, c'est plutôt ce fait qu'elle frappe à la fois un grand nombre d'individus, qu'elle se dissémine au loin et surtout qu'on trouve le bacille virgule, découvert par Koch, dans les déjections des sujets qui en sont atteints.

C'est une affection contagieuse qui se transmet principalement par l'eau.

Entre le choléra asiatique et le choléra nostras, il y a une certaine analogie symptomatique, mais la similitude ne porte que sur l'expression clinique. La spécificité de la cause sépare ces deux affections.

Le choléra nostras est connu de toute antiquité. Le choléra asiatique ne s'est montré aux portes de l'Europe qu'en 1823, et, s'il a reçu cette dénomination de choléra des premiers médecins européens qui l'ont observé dans l'Inde, cela tient à une apparence symptomatique commune. Si ces deux maladies étaient différentes par leurs causes on les distinguera également par la filiation des accidents et par le mode de propagation des épidémies. Le choléra nostras est une maladie saisonnière et ne peut être importé.

Ces différences sont capitales et ne devront jamais être méconnues. Le choléra nostras demande des soins médicaux , mais il n'exige pas l'organisation d'un système sanitaire international. Le choléra asiatique ressort seul de l'hygiène internationale.

Les épidémies de choléra hors de Pin de. — Le choléra a fait cinq apparitions en Europe : en 1830, 1846, 1865, 1884 et 1892. Chacune de ces apparitions a été une épidémie redoutable. Déjà, en 1823, il y avait eu à Astrakan une petite épidémie de choléra importante pour nous parce qu'elle a tracé la route que devaient suivre les invasions qui lui ont succédé.

Partant de la Perse où il régnait (1822), le choléra envahit le Ghilan et le Mazandéran (provinces septentrionales de la Perse qui forment le littoral de la Caspienne). Après quelques ravages, il s'assoupit pendant l'hiver de 1822-1823 pour reparaître en avril 1823 à Recht. De cette ville, suivant le littoral occidental de la Caspienne, il franchit la frontière russe par la petite ville d'Astara, en juin. D'Astara il gagne Lenkoran, situé à quelques verstes d'Astara. Il arrive à Lenkoran le 29 juin. De Lenkoran il gagna Salian et rayonne dans le voisinage de cette ville. Le 11 septembre on l'observait à Bakou et le 22 à Astrakan, où il s'éteignit bientôt.

L'épidémie de 1830 eut le même début. Le Ghilan et le Mazandéran furent envahis en 1829. La maladie s'assoupit encore pendant l'hiver, reparut au printemps dans le

Ghilan et dans le petit port d'Enselli, situé à quelques heures de Recht. Comme en 1822, le choléra longe le hord occidental de la Caspienne et se montre vers le milieu de juin 1830 à Salian. Prenant alors deux directions différentes, d'un côté il se montre à Bakou, Kouha, Derbent, et envahit Astrakan; de l'autre, suivant toute la vallée de la Koura, il se dirige vers Tiflis, en passant par Élisabethpol et se répandant dans tout le Caucase.

C'est ainsi qu'il gagna successivement les régions voisines d'Astrakan et remonta le Yolga. Le 4 août il était à Saratow, puis il s'étendit en Russie et gagna les autres États de l'Europe. Nous ne suivrons pas sa marche dans tous ses détails, nous rappellerons seulement certaines observations plus particulièrement intéressantes et qui sont surtout curieuses en raison de l'époque à laquelle elles ont été faites. Déjà ces cas démontrent la transmission.

Rappelons pour mémoire qu'également en 1829 le choléra remonta par Kaboul et Boukhara, traversa le Turkeslan et gagna les frontières de la Russie d'Europe à Orenbourg où il s'éteignit.

Le choléra, après s'être montré à Kiew le 26 décembre 1830, s'y était éteint pendant les plus grands froids. Il apparaît de nouveau, s'étendant à travers les provinces occidentales de la Russie jusqu'aux frontières delà Pologne, qu'il franchit avec l'armée russe dirigée contre Varsovie. Le 14 avril il éclate à Varsovie, où les Polonais avaient amené un grand nombre de prisonniers après la bataille d'Igani. La Moldavie, la GaUicie, furent bientôt envahies; c'est du httoral de la Baltique que part le choléra pour infecter l'xAnglcterre. Il se montre le 4 novembre 1831 dans le port de Sunderlaud. Le 27 janvier 1832 il éclate à Edimbourg et le 10 février à Londres. De l'Angleterre il gagne l'Irlande, la France et la Hollande.

Graves remarque que Dublin, Cork et Belfast furent frappés près de quatre mois avant Waterford et Wexford. Or, un steamer fait deux fois par semaine le voyage entre Dublin et Cork et entre Dublin et Belfast, tandis qu'il n'y a pas de communication directe par les navires à vapeur entre Dublin et Waterford, pas ])lus qu'entre Dublin et Wexford. D'autre part, Waterford et Wexfort n'ont avec l'Angleterre que des rapporls très restreints.

Le 15 mars 1832, venant d'Angleterre, le choléra éclatait à Calais, et onze jours plus tard (26 mars) il faisait explosion à Paris, et l'on a vu l'épidémie rayonner en tous sens autour de ce nouveau centre de propagation. L'extension se fait d'abord circulairement dans les départements qui entourent celui de la Seine, puis le choléra se })orte à la fois dans toutes les directions, s'arrêtant à l'est à l'Alsace, au centre à la Corrèze, n'envahissant que tardivement à l'ouest la Sarlhe, la Mayenne, les Côtes-du-Nord, l'Ille-et-Vilaine, au nord enfin, dépassant la frontière pour se jeter sur la Belgique.

En 1846, après avoir gagné Salian, })ar une marche identique aux })récédentes, le choléra fut observé le 8 novembre dans la ville de Chemacka, à peu de distance de Salian. On le voit à Bakou et Derbent en décembre; oublié })endant l'hiver, il se montre en avril 1847 dans les districts de Derbent, de Kouha, et il se propage à Témir-Khan-Choury. De là, il fut transporté par des soldats malades envoyés aux eaux minérales de Kisliar. La maladie se dissémina parmi lesKalmouks dispersés dans les step])es jusqu'au Yolga. Le 15 juillet, le choléra éclate dans le lazaret de Birutchaya- Kossa, petite île située près d'Astrakan. Le 16 juillet il était à Astrakau. Il se

OUST, TRAITÉ d"hYGIÈNE.

dirigeait en même temps vers Tiflis. De Tiflis il gagna Koiitaïs et fut bientôt importé à Trébizonde. Au nord de Tiflis, le choléra suivit la grande voie militaire qui traverse la chaîne du Caucase à une hauteur de 7 000 pieds, et à la fin de juillet il existait à Stavropol sur l'autre versant ^

D'un côté, il franchit la mer Noire et envahit ses ports; de l'autre, il traverse la Russie, l'Allemagne, la France, l'Italie, etc. Nous ne suivrons pas le choléra à travers l'Europe. La marche de ces épidémies est aujourd'hui trop connue et nous renvoyons aux auteurs qui se sont occupés de cette question

Ce qui ressort pour nous de l'étude de ces épidémies, c'est cette progression par étapes successives et toujours répétée, cette marche toujours identique du choléra, trait commun des épidémies qui ont suivi la route de terre. Il y a là un fait des plus importants pour l'hygiène internationale, et qui montre dans quels points doivent être établis les postes sanitaires destinés à nous protéger à l'avenir.

La grande épidémie de 1865 vient inaugurer la voie maritime; elle montre que le danger n'est pas localisé sur la mer Caspienne, mais qu'il réside aussi sur le httoral de la mer Rouge. Là ne se borne pas le rôle important de l'invasion de 1865. Elle a bouleversé les doctrines jusque-là en vigueur en apportant, au point de vue de la transmission, un ordre d'idées nouveau. La panique qu'elle produisit en Europe provoqua la réunion de la Conférence de Constantinople. Il est intéressant de suivre dans toutes ses phases cette épidémie dont l'influence a été si considérable^.

C'est à la Mecque que l'épidémie a eu son point de départ. Elle avait été importée dans le Hedjaz par des navires provenant des Indes et chargés de pèlerins ^ Vers la fin d'avril le choléra sévissait à la Mecque et à Médine. La mortalité, déjà considérable, s'était accrue à l'Arafat pendant les trois jours de fêtes. Les médecins envoyés d'Egypte trouvèrent des cadavres dans les rues et dans les mosquées. Plus d'un tiers des pèlerins, c'est-à-dire 30 000, succombèrent au choléra. La marche de la maladie montre que partout elle a accompagné les pèlerins.

L'Egypte fut, en raison de sa proximité avec la Mecque, le premier pays attaqué. Du 19 mai au 10 juin, c'est-à-dire en vingt-trois jours, dix bateaux à vapeur ont débarqué à Suez de 12 000 à 15 000 pèlerins. Sur de fausses déclarations des capitaines, la libre pratique fut accordée aux bateaux à Suez. Or, le Sidney, vapeur anglais, avait perdu plusieurs cholériques pendant la traversée. Le premier bateau, débarqué le 19 mai à Suez, avait jeté des morts à la mer. Le 21, quelques cas de choléra se déclarèrent à Suez. Dans le nombre étaient le ca})itaine du bateau à

!. Il est à remarquer qu'avant d'arriver à Tiflis le choléra rentra en Perse par la grande voie de communication qui, de Bakou, passe par Erivan, Natchichevan, Djoulfa, Ordoubaz, et se continue vers Tauris.

2. Voir surtout Briquet, Rapport sur les épidémies de choléra morbus qui ont régné de 1817 à -IBoO, Mémoires de V Académie de médecine, 1867-68, t. XXVIU, p. 56.

3. Rapport sur la marche et la propagation du choléra en 4 865, par Bartoletti.

4. On ignore si le choléra a été importé directement de l'Inde ou indirectement par Mokhalla. Un certain nombre de navires, en elTet, qui se rendent au Hedjaz chargés de pèlerins javanais et indiens, font escale à Mokhalla pour se ravitailler. Or, il résulte du rapport du délégué d'Autriche que deux de ces navires, le Persia et le A^ori/iw;t«f?, auraient apporté le choléra à Mokhalla; d'autres navires, ayant relâché ensuite dans ce port de l'Hadramouth, auraient été infectés et auraient disséminé les germes de la maladie sur les côtes de l'Yémen et du Hedjaz. Quoi qu'il en soit, le choléra provenait de l'Inde et il n'existait pas à la Mecque avant l'arrivée des pèlerins.

vapeur et sa femme. Les 12 000 ou 15 000 pèlerins que nous avons vus passer la mer Rouge pour aller à Suez traversèrent FÉgypte en chemin de fer et allèrent camper près du canal Mahmoudié à Alexandrie.

Fêtés selon Fusage par les Arabes du voisinage, les Hadjis leur communiquèrent la maladie. Le 2 juin, éclate un premier cas à Alexandrie; le 5, deux autres cas se déclarèrent et du 5 au 11 il y en eut un plus grand nombre; le 11 seulement, l'intendance fut convaincue de la présence du choléra. Jusqu'ici on avait cru à la fièvre pernicieuse. En deux mois le choléra fit 4 000 victimes à Alexandrie, et en Egypte, en moins de trois mois, il donna la mort à plus de 60 000 habitants.

La population étrangère surtout, terrifiée, émigra en masse et alla porter à la fois dans le monde entier les germes de la maladie. Le choléra va se développer à Gonstantinople, à Smyrne, Beyrouth, en Mésopotamie, sur la mer Noire, àKustendjé, Odessa; il est porté jusqu'à New York et à la Guadeloupe par les bateaux à vapeur, et apparaît dans le port au moment même où le navire a atterri. C'est cette marche que nous allons décrire.

Ainsi donc, venu de l'Inde, son foyer d'origine ou l^"" foyer, le choléra arrive à la Mecque (S'' foyer), puis gagne Alexandrie, qui va devenir un nouveau centre d'émission (3® foyer). Toutes les villes, tous les ports qui, comme Beyrouth, Marseille, Gonstantinople, reçoivent des arrivages d'Alexandrie, deviendront de nouveaux centres, pouvant être considérés comme des foyers de 4^ ordre et qui, à leur tour, seront le point de départ de nouvelles émissions. Ainsi, des navires partis de Gonstantinople iront infecter Odessa, Kustendjé, etc. ; une malade quittera Marseille, apportera en quelques heures le choléra à Paris. Nous allons entrer dans quelques détails.

La frégate ottomane Moukbiri-Sourour^ partie d'Alexandrie le 21 juin, arrivée à Gonstantinople le 28, a été la cause de l'épidémie redoutable qui, en peu de temps, provoqua la mort de 12 000 à 15 000 personnes.

De Gonstantinople, foyer quaternaire, la maladie fut transportée par bateau à Kustendjé, Soulina, Odessa, Trébizonde, Samsoun. De Kustendjé, remontant le Danube, le choléra se montre à Yiddin, et des bords du Danube il s'avance dans l'intérieur et se manifeste dans plusieurs localités de la Bulgarie.

G'est encore de Gonstantinople que le choléra vint à Odessa. G'est d'Odessa que partit la femme d'un artisan allemand pour se rendre au centre de l'Allemagne, à Altenbourg. Ge fait a été rapporté par Pettenkoffer. G'est encore d'Odessa, en passant par Borki, Kiew, que le choléra fut transporté jusqu'à Kownow, Wilna, Moliilew et Saint-Pétersbourg.

Les quelques cas qu'on observa à Trébizonde furent également le résultat d'une importation de Gonstantinople. Le choléra se montre le 25 juillet à Trébizonde et le 22 août àErzeroum. Le 12 août, il se manifeste dans l'hôpital de Potietle lOàKoutaïs.

Le choléra a persisté sur les bords du Rion (ancien Phase) et a décimé les militaires qui travaillaient à la construction du chemin de fer. Gette ténacité de l'épidémie, dans ces contrées, s'explique par les conditions telluriques : terrain d'alluvion, sol humide et poreux. De Koutaïs, le choléra se répandit dans les pays voisins, à Tiflis, Elisabethpol, Etchmiadjine, Natchichevan, Erivan, Soukhoum.

Nous ne le suivrons pas plus loin dans sa marche ; nous reviendrons à Alexandrie, où nous allons assister à de nouvelles émissions.

Le 23 juin, le bateau à vapeur V Archiduchesse-Charlotte, venant d'Alexandrie, importe le choléra à Smyrne (Smyrne était parfaitement indemne).

C'est encore Alexandrie qui a engendré l'épidémie de Beyrouth, épidémie d'où part le premier courant qui va porter le choléra en Mésopotamie. La Mésopotamie se trouve, en effet, infectée par deux courants : l'un qui, })artant de Beyrouth, descend le Tigre et l'Euphrate; l'autre qui remonte ces fleuves avec les pèlerins revenant de la Mecque. Ces deux courants vont se réunir et se confondre, et donner lieu à l'épidémie cholérique de la Mésopotamie. La marche de cette épidémie, ayant été suivie avec beaucoup de soin, offre à nos yeux un très grand intérêt.

D'Alexandrie partirent encore de nouvelles émissions à File de Chypre et à Ancône.

Enfin ce fut encore d'Alexandrie que partit, le 1^'' juin, le navire qui apporta à Marseille le choléra. C'était le Stella, emmenant 67 pèlerins de la Mecque. Huit jours après son départ, le 9 juin, il jeta à la mer 2 cadavres de cholériques. Le 11 juin il débarquait les 65 restants à Marseille, parmi lesquels le nommé Ben- Kaddour, qui succomba en touchant terre. Il résulte de renseignements communiqués par Fauvel que le nombre des navires arrivés à Marseille du 15 juin au 10 décembre, en patente brute de choléra, a été de 390, dont 143 à vapeur et 247 à voile. Ils étaient montés par 16041 personnes. Parmi les bateaux à vapeur, 12 sont arrivés à Marseille avec le choléra. Le Stella eut 2 décès ; le Said, 2 ; le Tarifa, 1 ; le Vincent,! ; le Copernic, 2; le Cella,\ ; VAsie, 2; le Saïd, 2; le Marie-Louise, 3; le Brésil, 1; VOronte, 1; le Byzantin, 1. En outre, il a été admis et traité au lazaret 6 cholériques, 2 malades affectés de cholérine, 8 de diarrhée et de dysenterie.

Après Marseille, l'épidémie s'est déclarée à Toulon, Arles, Aix, où elle a fait de grands ravages. Elle est ensuite arrivée à Paris, qui recevait tous les jours par le chemin de fer des flots de voyageurs venant du Midi. Il débuta en aval de la capitale, à Puteaux.

C'est d'Alexandrie, en passant par Marseille, qu'un négociant français parait avoir importé le choléra à Valence le 8 juillet 1865. De Valence, la maladie s'est propagée dans les villes et villages des environs. Dans toute l'Espagne et en Portugal l'épidémie sévit d'une façon redoutable. Elle fut apportée par mer à Barcelone le 22 juillet; à Carthagène, à Murcie, le 20 septembre; à Séville, le 6 septembre; de Séville elle gagna Elvaz le 1*^'' octobre et parvint ainsi à Lisbonne. Plus au nord elle' gagna Madrid le 15 août venant de Valence.

L'importation du choléra en Amérique est surtout intéressante en raison de la distance énorme à laquelle le choléra a été transmis. Une première importation à New York ne donna lieu à aucune épidémie, grâce à la sagesse des mesures qui furent prescrites.

Il y a eu encore d'autres importations en 1866 par le bateau à vapeur Virginia et VEngland.

L'épidémie de 1865, qui se montra encore à la Guadeloupe, à la Pointe-à-Pitre, a produit dans toute l'Europe des explosions qui ont été longtemps à s'éteindre. A la fin de 1867, le choléra avait disparu de l'Europe en apparence. Cependant on en constatait encore des cas en 1868 dans le nord de l'Allemagne et en Pologne, où il reparut en 1869, envahissant à nouveau des localités qui avaient été antérieu-

rement atteintes. Ces retours offensifs de l'épidémie qui avait débuté en Europe en 1865, se prolongèrent jusqu'à l'année 1874 et même jusqu'en 1875. La dernière manifestation de cette épidémie que nous avons observée à Paris date de 1873. Les premiei's cas furent signalés dans les divers arrondissements. Le nombre des atteintes a été très peu considérable, mais la mortalité a été au moins égale à celle de la plus meurtrière des épidémies précédentes, et a dépassé 50 p. 100 des cas (Voir Besnier, Rapport sur les maladies régnantes pendant le quatrième trimestre de 1873, in Bull, de la Soc. méd. des liôpit.., série, tome XI).

Mahé * a bien indiqué les diverses incursions vers l'Occident qu'a faites le choléra indien de 1875 à 1884. Il fut signalé à Damas en 1875, à Djeddah en 1877 où il fit d'assez nombreuses viclimes parmi les pèlerins de la Mecque. Vers le milieu de l'année 1881 il est importé à la Mecque par un navire de pèlerins, le Colu7nbien, venant de Bombay. Il reparaît dans la ville sainte l'année suivante, puis également en 1883 à l'époque du pèlerinage. Ces incursions coïncidaient avec un redoublement des atteintes du fléau à Bombay.

Dès l'année 1883, le choléra s'étendait à la basse Egypte, où furent envoyées, dans le but d'étudier l'origine de la maladie, une mission française composée de Gibier, Straus et Roux, et une mission allemande dirigée par R. Koch. Les recherches de ce dernier aboutirent à la découverte du vibrion du choléra.

Au mois de juin 1884, le choléra éclatait à Toulon, sans qu'on ait pu en déterminer exactement le mode d'importation. De là il gagnait Marseille et s'étendait à la Provence, pour atteindre Paris en novembre seulement.

L'épidémie gagna ensuite l'Italie et l'Espagne. On en signala quelques cas en Autriche, en Hongrie et en Allemagne.

Pendant trois ans consécutifs, la maladie réapparaissait chaque année en Bretagne. Il en fut de même en Espagne et en Italie.

En 1887 l'épidémie était terminée. Elle avait causé 15 000 décès en France, 150 000 en Espagne et 75 000 en ItaHe.

A la fin de l'année 1891, le choléra qui ravageait le pays de Kachmir, dans les Indes anglaises, gagna l'Afghanistan ^ On signala d'abord quelques cas à Djellabad, petite ville située près de Caboul. Puis, au mois de février 1892, la maladie éclata à Hérat, dont les habitants s'enfuirent et disséminèrent le choléra. Le 27 mai il était à Mesched, capitale du Kéraçan, d'où il s'étendit dans deux directions différentes, d'un côté vers la Perse, de l'autre vers le Turkestan russe, remontait le petit bassin du Cachai et gagnant la ligne du partage des eaux du Cachai et de l'Atrek, qui se rend à la mer Caspienne. Le fléau suivit alors avec rapidité la direction du chemin de fer transcapien, se montrant d'a])ord à la station d'Askabad, puis à Ouzoum-Ada, tête de hgne du chemin de fer, sur la côte orientale de la mer Caspienne. Le 4 juin, le choléra était à Bakou, dont les cinq sixièmes de la population, évaluée à 120 000 âmes environ, s'empressèrent de quitter la ville. Cette émigration en masse dissémina en quelques jours la maladie sur une grande partie de la Transcaucasie. Elle était signalée, le 23 juin à Batoum, sur la mer Noire, et à Astrakan, à l'embou-

1. Malîé, Mémoire sur la marche et Vexterision du choléra asiatique des Indes vers l'Occident pendant les dix dernières années.

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