Bally, loc. cit
2. Simon. On the London choiera épidémies in 1848-1849 and 1853-1854 as aff'ected by the consumption of impure water, 1856.
aéLliojt
Les quartiers si violemment touchés recevaient Teau de la Compagnie East London. Pendant les quatre premières semaines, voici la répartition des cas dans le domaine de cette Compagnie et dans le reste de Londres ' : quartiers desservis par East London : 38, 420, 955, 982; autres quartiers : 25, 61, 142, 196.
La Compagnie d'East London fournissait également d>au une partie des communes suburbaines de Londres. Dans celles-ci aussi le choléra frappa les maisons desservies par la Compagnie. Ainsi West Ham en huit semaines a eu du choléra dans 20 maisons sur 1 000 dans le domaine de la East London Company, 7 sur 1 000 dans les autres.
Cependant la Compagnie d'East London puisait son eau dans la rivière Lea, en un point qui ne pouvait guère être contaminé. D'ailleurs, on ne fut pas long à remarquer que dans toute la partie nord du quartier desservi par la Compagnie, là où l'eau était distribuée immédiatement après son passage à travers le filtre, il se produisit très peu de cas de choléra. Mais plus bas l'eau était collectée dans un réservoir (celui d'Old Eord) , dont la disposition était mauvaise (fig.53). Auprès du réservoir couvert s'en trouvait un autre découvert, puis immédiatement à côté la rivière Lea à laquelle on empruntait de l'eau au besoin en cas de sécheresse.
L'enquête établit que l'eau de
la rivière prise en ce point et non filtrée avait certainement été mêlée à l'eau des réservoirs ^ Restait à établir comment la rivière pouvait être contaminée. On ne releva rien de suspect en amont du réservoir d'Old Ford, mais en aval, à 600 yards
OUForJ
Re5ervoir^> cou.verh
(uJuinJ
Fig. 53.
1. Report of the Lancet Sanitary Commission on the épidémie of choiera in the East End of London, Lancet, août et sept. 1866.
Netten RadclilTe, On the choiera in London and especially in the Eastern Districts, Ninth Report of the médical olTicer of the Privy Council, 1866. Farr, Report of tlie choiera épidémie of 1866 in England.
2. Pendant le mois de juin, on a trouvé dans plusieurs conduites de distribution de cette eau des anguilles. Jamais on n'a retrouvé d'anguilles dans le réservoir €U)uvert d'Old Ford; elles sont, au contraire, très nombreuses dans le réservoir à ciel ouvert. Il est
de là, la rivière avait été souillée par les déjections de cholériques venus de Southampton, le 26 juin. Or, le reflux se fait sentir dans la rivière Lea au delà du point où se trouve le réservoir d'Old Ford. Telle est Texplication des faits que put donner Nelten Radcliffe.
En France, en Allemagne et dans les autres pays d'Europe, les enseignements de l'Angleterre n'eurent pas grand retentissement, en dépit des communications de Vacher* et de Le Fort - ; hien que John Simon les ait exposés en 1867 à la conférence de Weimar, on n'attacha pas grande importance à ces faits, non plus qu'à des observations recueilUes sur le continent ^ pendant l'épidémie de 1865-1866. Citons parmi celles-ci la façon dont le choléra se comporta à Paris. En 1865, deux arrondissements, le dix-septième et le dix-huitième, eurent une mortalité cholérique très forte : 554 et 823 décès. En 1866, ces deux arrondissements furent, en revanche, beaucoup moins touchés, 316 et 185. En 1865, Montmartre et les Batignolles buvaient de l'eau de Seine puisée à Saint- Ouen, à 1 500 mètres au-dessous du grand égout collecteur. En 1866, ils étaient ahmentés en eau de Dhuys.
Le vingtième arrondissement li'avait que très peu de décès cholériques en 1865 et 1866 : 142 et 128. Les habitants buvaient de l'eau des sources de Belleville et des Prés-Saint-Gervais.
Il faut arriver à l'épidémie de 1883-1887 pour constater un revirement marqué en faveur de ces doctrines qui, à cette époque, ont pour défenseurs éloquents Marey et Brouardel, en France, et Koch * en Allemagne.
Ce dernier rapporte une série de faits tout à fait démonstratifs sur le rôle que jouent les tanks indous dans la dissémination du choléra et sur les excellents résultats qu'on a obtenus à Calcutta grâce à une bonne amenée d'eau. Nous avons déjà relaté ces observations à propos des causes de l'endémicité du choléra aux Indes.
Au mois d'octobre 1884% Marey communiquait à l'Académie de médecine un certain nombre d'observations établissant le rôle de l'eau dans la transmission du choléra. Il signalait l'intérêt qu'il y aurait à diriger dans ce sens les enquêtes. Il fit en 1885, un rapport sur les observations envoyées par les médecins des épidémies ^ Ce rapport renferme les deux conclusions suivantes :
Le principe du choléra est souvent transporté par les eaux souillées des déjections d'un malade, et c'est d'ordinaire en buvant ces eaux qu'on est pris de cette maladie ;
Les orages, qu'on voit si souvent précéder ou aggraver les épidémies de choléra
donc prouvé que l'eau du réservoir à ciel ouvert a été introduite dans les canalisations domestiques. Des témoignages non douteux établissent qu'à diverses reprises on a fait arriver directement l'eau de la rivière Lea dans le réservoir à ciel ouvert.
1. Vacher, Études médicales et statistiques de la mortalité à Paris en 1865, Paris, 1866; ■ — Maladies populaires et mortalité en 1866, Paris, 1867.
2. Le Fort, Contagion du choléra et ses conséquences pratiques, Gaz. hebd. de méd. et de chir., 1866.
3. Voir les rapports académiques, et en particulier celui de Barth : Épidémies de 1865-1866.
4. Koch, Conferenz zur Erôrterung der Choierafrage, Deutsche med. Wuchensch., 1884- 1885, et Semaine Médicale, 1884, p. 312, 323, 337, 346 et 365; 1885, p. 171 et 179.
5. Marey, Les eaux contaminées et le choléra, Bull, de VAcad. de méd., oct. 1884, et Semaine Médicale, 1884, p. 403.
6. Marrey, Rapport de l'épidémie de choléra en France pendant l'année 1884, Bull, de l'Acad.de méd., 1885, et Semaine Médicale, 1885, p. 301.
agissent en souillant les eaux potables dans lesquelles sont entraînées les immondices répandues sur le sol.
Brouardel, dans une conférence faite à la Sorbonne en 1885, insistait de son côté sur le rôle de Teau dans la transmission du choléra.
Thoinot \ qui collabora au rapport de Marey, a rapporté dans sa thèse un nombre très considérable d'observations françaises.
Les enseignements qu a fournis l'épidémie de 1883-1887 ne pouvaient manquer d'avoir un grand retentissement.
Au Congrès d'hygiène de Vienne, en 1887, la plupart des rapporteurs accordèrent
à Feau un rôle important que contestèrent cependant von Pettenkoffer et son élève Hauser.
L'épidémie de 1892 devait encore apporter un gros contingent d'observations favorables à la doctrine de la transmission du choléra par l'eau, notamment en France. C'est ainsi qu'il a été prouvé que l'eau de l'Ourcq a joué, comme en 1884, un rôle important dans l'épidémie de Paris. Une étude très instructive est celle de l'épidémie de choléra dans la banlieue de Paris, en 1892. L'eau de Seine, contaminée par les égouts de Paris, a joué un rôle capital dans la distribution de la maladie. Au mois d'avril, le choléra se montrait simultanément à Suresnes, à Courbevoie, à l'asile de Nanterre, à l'île Saint-Denis, à Saint-Denis, lieux desservis surtout par les prises d'eau de Seine à Suresnes ^.
1. Thoinot, Histoire de l'épidémie cholérique de 1SS4, Thèse de Paris, 1886).
2. Proust, Netter et Thoinot, Le choléra dans le département de la Seine en 1892, Recueil des travaux du Comité consultatif d'hi/f/iène, 1894.
Proust, Netter et Thoinot, Le choléra en Seine-et-Oise, Rev. d'hyg., 1893.
Tandis qu'en amont de Paris le choléra ne donnait que 2,7 décès p. 10 000, en aval le chiffre de la léthahté s'accroissait dans des proportions de plus en plus considérables à mesure qu'augmentait la quantité des eaux d'égout de Paris déversées dans la Seine (fig. 54). On peut diviser la banlieue en aval de Paris en trois zones. Dans la première, la plus voisine de la ville, l'eau prise au barrage de Suresnes est relativement peu souillée ; aussi le chiffre des décès n'était-il que de 15,6 p. 10 000. Dans la deuxième zone, où l'eau de la Seine, prise à Saint-Ouen et Saint-Denis a reçu les petits égouts et le grand égout collecteur de Paris à Clichy, la mortalité était de 36,4 p. 10 000. La troisième zone, celle d'Argenteuil, reçoit de l'eau de Seine prise à Épinay, dans laquelle se sont déversés, en outre, tous les égouts de la partie nord-est de Paris; là, la mortalité était de 92,2 p. 10 000.
Saint-Denis reçoit de l'eau du puits artésien de la Déesse et de l'eau de Seine. Dans le centre de la ville, alimenté en eau du puits artésien, le chiffre des décès n'était que 10,7 p. 10 000. Il s'élevait à 56,1 à la périphérie (plaine Saint-Denis), qui reçoit exclusivement de l'eau de Seine.
Aubervilliers consomme habituellement de l'eau de Marne, mais un accident avait fait crever les conduites; on but de l'eau de Seine et le choléra se montra dans la ville.
De même pour Argenteuil, qui se sert habituellement d'eau de l'Oise, et qui fut obligée de s'alimenter d'eau de Seine prise à Épinay.
Il faut noter que les casernes de Gourbevoie et de Saint-Denis furent épargnées par l'épidémie, parce que les soldats ne pouvaient boire que de l'eau hltrée ou bouillie.
Un autre fait bien démonstratif est le suivant, rapporté par Gassoute ^ : Le 5 septembre 1892, le SS*" de ligne quitte Nice, avec un état sanitaire excellent, et arrive le 9 à Barrême, après avoir pris le choléra en route. Les soldats sont logés dans la partie nord de Barrême et s'approvisionnent d'eau à un puits qu'on venait de creuser. Les bords de ce puits furent abondamment souillés par des déjections. Le régiment quitte Barrême le 13, et, dans la nuit du 13 au 14, éclate un orage accompagné d'une pluie abondante, qui détermine des infiltrations de matières fécales dans l'eau du puits. Le lendemain, le choléra se déclarait parmi les habitants qui prenaient leur eau dans ce puits.
L'épidémie de Hambourg fournit, la même année, un exemple des plus probants ' La courbe des décès présenta le caractère particuHer aux épidémies d'origine hydrique (ascension brusque et défervescence brusque). L'eau consommée à Hambourg est bien prise dans l'Elbe en amont de la ville, à Kalte Hofe, mais le reflux s'étend au delà, de sorte que la ville peut infecter elle-même son eau potable. Un fait en apparence contradictoire, c'est que le choléra qui atteignit si cruellement Hambourg (14,22 décès p. 1000) fit beaucoup moins de ravages à Altona (2,12 décès p. 1000). Gependant les deux villes prennent également leur eau d'alimentation dans
1. Gassoute, Rôle de l'eau dans la transmission du choléra; épidémies cholériques de Marseille et de Barrême, 1892-1893, Thèse de Paris, 1894.
2. Koch, Wasserfiltralion und Choiera, Zeitsch. f. Hyg. u. Infectionskr., XIV, 3; — De la filtration de l'eau au point de vue de la prophylaxie du choléra, Semaine Médicale^ 1893, p. 305-309.
Gafïky, Die Choiera in Hamburg, Arbeiten ans dem kaiserl. Gesumlheitsamte, X.
CHOLÉRA ASIATIQUR 401
TElbe, et Altona est en aval de Hambourg. Il semblerait, à première vue, que Teau de l'Elbe dût être encore plus dangereuse après avoir reçu le contenu des égouts de Hambourg. Mais Teau consommée à Hambourg n'est pas filtrée, tandis que la prise d'eau d'Altona est épurée par des filtres ; de sorte que l'eau de l'Elbe souillée infectait Hambourg, tandis que les germes entraînés par le courant étaient arrêtés avant que l'eau pénétrât dans les conduites d'Altona. On constata d'ailleurs que les cas de choléra relevés dans la ville d'Altona étaient le plus souvent (60 fois sur 100) observés chez des gens qui passaient la journée à Hambourg. Wandsbeck, qui se trouve à l'est de Hambourg, a eu une proportion de cholériques un peu inférieure encore à Altona. Ici, les neuf dixièmes des décès sont survenus chez des sujets qui avaient contracté le choléra à Hambourg.
L'ingestion d'une eau souillée par le contage cholérique est certainement le mode le plus habituel d'infection d'origine hydrique, mais une eau contaminée peut être dangereuse de plusieurs autres façons. Tel est le cas lorsqu'on s'est servi de cette eau pour laver des ustensiles de cuisine ou des légumes, plus spécialement la salade. Il en est de même lorsque l'eau a été en contact avec des ahments qui ont subi une cuisson insuffisante.
On a dit que le lait peut servir de véhicule au contage du choléra; plusieurs observations semblent bien le prouver, mais pour que le lait devienne dangereux, il faut qu'il ait été souillé par de l eau infectée, que celle-ci ait servi à nettoyer les vases contenant le lait ou qu'elle ait été ajoutée frauduleusement à celui-ci pour augmenter la quantité du liquide.
L'eau infectée par le bacille du choléra peut encore pénétrer autrement dans l'organisme : on admettra a priori qu'il puisse devenir dangereux de l'employer aux usages de la toilette. Cependant, pour beaucoup d'auteurs, les chances d'infection sont tellement faibles dans ces conditions qu'on peut les considérer comme négligeables. Toujours est-il qu'en Allemagne les hygiénistes interdisent les bains froids en temps d'épidémie de choléra, considérant qu'ils peuvent permettre au germe de la maladie de pénétrer dans l'économie. Il est certain qu'il arrive aux gens qui se baignent d'avaler malgré eux une certaine quantité d'eau; ils se placent ainsi dans les mêmes conditions que s'ils se servaient de cette eau comme boisson. C'est probablemiCnt de cette façon qu'il faut interpréter le fait d'un maçon d'Emmerich, qui se jeta à l'eau pour se suicider, fut retiré sain et sauf, mais fut pris le lendemain du choléra ^ .
Il est à remarquer qu'en 1892 ^ les deux seuls individus qui furent atteints du choléra, à Bougival et à Chatou, étaient en contact fréquent de par leur profession avec l'eau delà Seine : l'un tirait du sable du fleuve, l'autre était chercheur de vers de vase.
Dans toutes les épidémies contemporaines — et déjà à Londres en 1832 — on a signalé la prédominance du choléra chez les personnes habitant des bateaux. Aussi convient-il de les surveiller d'une façon spéciale, étant donné qu'elles ne sont pas seulement les victimes, mais encore des agents très actifs de la propagation du mal.
1. Passow, Die Choiera im Rheinslromgebiele, 1893, Arbeiten ans dem kaiserl. Gesundheitsamf.e, XI).
2. Proust, Netter et Thoinot, Le choléra dans le département de Seine-et-Oise en 1892, Reo. d'hyg., juillet 1893.
PHOUST, TRAITK d'hYGIÈNB. 26
Le gouvernement allemand, pendant l'épidémie de 1892 et Tannée suivante, avait pris à ce point de vue un ensemble de mesures qu'on ne saurait trop approuver ^ Chaque grand fleuve, avec ses affluents et ses canaux, était divisé en un certain nombre de circonscriptions, elles-mêmes subdivisées et ayant toutes à leur tête des médecins. Dans chaque subdivision tout bateau ne pouvait circuler que s'il ne transportait aucun malade; son équipage était soumis à un examen très minutieux. La constatation à bord de ces divers bateaux de nombreux cas de choléra avérés ou suspects démontra l'opportunité de ces mesures.
L'argument décisif en faveur de l'origine hydrique du choléra a été fourni par la constatation dans l'eau de l'agent pathogène de la maladie.
Si Koch put, dès Tannée 4883, démontrer la présence d'un bacille-virgule dans Teau d'un tanlv de Calcutta, autour duquel le choléra avait décimé les habitants du hustee, les bactériologistes qui entreprirent dans la suite des recherches analogues ne furent pas aussi heureux et, sauf dans certains ports, tous les examens restèrent négatifs. Il faut dire que, jusqu'à une période toute récente, la technique pour ce genre de recherches était tout à fait insuffisante.
La méthode de Schottehus, perfectionnée par Dunbar et Koch (eau peptonée avec addition de chlorure de sodium), a permis de retrouver le bacille cholérique dans Teau en différentes contrées d'Europe : en Allemagne (Hambourg, Alloua, Nietleben), en Espagne, en Belgique, en Pologne, en Hollande, en Abj^ssinie, etc.
Mais, d'autre part, les observations de Blachstein et de Sanarelli ont démontré que la présence du bacille dans Teau n'est pas nécessairement suivie d'une épidémie de choléra.
Influences favorables ou nuisibles au développement épidémique du choléra. — L'importation du contage ne suffit pas dans tous les cas à déterminer le développement du choléra. En voici quelques exemples. Pendant la campagne de 1866 le contingent hambourgeois, qui comptait 1 695 hommes, eut des cas de choléra à partir du mois de juillet. Ces troupes prirent leurs quartiers dans 40 locaUtés différentes sur lesquelles 4 eurent de véritables épidémies de choléra, 13 des cas sporadiques, tandis que les autres restèrent indemnes. Pettenkoffer rapporte un fait encore plus caractéristique. Au mois de novembre 1873, la prison de Laufen est décimée par le choléra, à tel point qu'on se décide à libérer 70 des prisonniers, après un examen médical où ils furent reconnus en bonne santé. Ils se dispersèrent sur tous les points de la Bavière et 6 d'entre eux eurent le choléra au terme de leur voyage. L'un de ces derniers fut même pris de diarrhée en cours de route et séjourna en cet état dans plusieurs auberges et dans une voiture. xA'Ialgré cela aucun de ces libérés ne transmit nulle part le choléra. Au mois d'avril 1892, le choléra éclate en même temps sur plusieurs points de la banheue parisienne. Malgré les communications incessantes, la capitale reste absolument indemne pendant trois mois. Lorsque Paris fut atteint, malgré le transit si considérable, une grande partie de la province ne participa pas à l'épidémie, tandis que des importations multiples se faisaient de la banlieue de Paris en Belgique, ne provoquant pas un seul cas de
1. Denlvsclirift ùi^er die gegen die Gliolera in Preussen iin Jahre 1S92 getrofTenen Massregeln.
choléra dans les points intermédiaires. En 1893, Blachstein et Sanarelli constataient la présence du bacille-virgule dans Feau de Seine à Paris, à Billancourt, à Saint- Cloud, à un moment où il n'y avait pas de choléra ^ Sanarelli en trouva même dans l'eau de Versailles, localité dont on connaît l'immunité particulière vis-à-vis du choléra.
Pour que le choléra se transmette, se multiplie et se dissémine, il faut donc non seulement la présence de l'agent spécifique, mais encore la coïncidence d'éléments propres à créer l'épidémie. Ces facteurs sont de divers ordres.
Les influences individuelles sont indéniables. Elles sont d'ailleurs les mêmes que pour toutes les maladies épidémiques. Une mauvaise hygiène, une tare organique (affection antérieure du tube digestif, alcoolisme), la fatigue, le refroidissement, des impressions morales dépressives sont autant de facteurs favorables à l'éclosion de la maladie. On a toujours remarqué la prédominance du choléra dans les quartiers pauvres.
L'agglomération des individus, l'encombrement (armées, pèlerinages, foires) jouent aussi un rôle considérable dans le développement des épidémies.
Le degré d'influence des modes de communication sur la transmission du choléra est très variable.
Le transport par caravane n'offre absolument aucun danger, quand l'espace à parcourir est étendu. Un grand désert, en effet, est le meilleur de tous les obstacles à la propagation du choléra. Un espace aussi considérable n'est jamais franchi par la maladie.
Les caravanes qui ont quitté la Mecque en emportant le choléra et se sont rendues à Damas n'y ont jamais transporté la maladie. La mortalité est assez considérable les premiers jours du voyage, elle va successivement en décroissant, et, au bout de quinze ou vingt jours, la maladie a totalement disparu.
L'administration sanitaire ottomane a également appris à la Conférence de Gonstantinople que la caravane qui, de la Mecque, retourne en Egypte par Suez, n'a jamais importé le choléra en Egypte. Si, en 1831, faisait remarquer Fauvel, le choléra fut importé en Egypte par les pèlerins de la Mecque, il le fut par des pèlerins qui revinrent sur des navires et non par la caravane qui n'arriva que plus tard. Il en est de même pour les déserts qui séparent Bagdad de Damas et de la Mecque, et lorsqu'en 1823, et plus tard en 1847, le choléra venant de la Perse s'avança jusqu'au nord de la Syrie, ce fut en remontant le Tigre et l'Euphrate, et non à travers le désert.
Les navires sont loin de présenter la même sécurité. Là, en effet, se trouvent le plus souvent réunies les conditions d'encombrement et de confinement qui doivent faciliter la propagation de l'agent cholérique.
Elles se trouvent particulièrement réalisées sur ces navires dits « bateaux à pèlerins », sur lesquels les passagers sont accumulés avec un cubage d'air absolument insuffisant, une alimentation déplorable et au mépris de toute loi de l'hygiène.
Quant aux chemins de fer, bien qu'ils ne soient pas le théâtre de ces encombrements excessifs que l'on constate sur les navires d'Orient, ils peuvent cependant
1. Dans toute la zone où l'on consommait cette eau de Seine il y eut, en 1893 et 1894, trois cas isolés de choléra à Saint-Denis. Netter constata la présence du bacille-virgule dans les selles des trois malades.
aussi devenir des intermédiaires de propagation. On se rappelle le cas de l'importation d'Altenbourg, et on sait également que Fépidémie qui a sévi à Paris en 1863 a été causée par une femme qui, partie de Marseille avec de la diarrhée, a été prise de choléra à son arrivée à Paris. En 1892, dans le ïurkestan russe, le tléau a suivi la voie du chemin de fer transcaspien, jusqu'à la mer Caspienne.
Les influences locales sur le développement du choléra offrent un sujet d'étude plein d'intérêt, bien que les auteurs ne soient pas d'accord sur l'interprétation des faits.
Une constatation extrêmement curieuse c'est l'immunité plus ou moins absolue dont jouissent certains pays ou certaines villes vis-à-vis du choléra. Si nous cherchons des exemples en France, nous voyons que les épidémies ont toujours respecté certains départements du Centre et du Sud-Ouest : le Cantal, la Corrèze, la Creuse, la Lozère, le Lot, le Puy-de-Dôme, la Haute-Loire, la Vienne, la Haute-Vienne, le Gers, les Landes, la Dordogne, les Hautes-Pyrénées. Certaines villes ont présenté une résistance remarquable aux invasions cholériques. C'est ainsi que Lyon, qui avait été respectée en 1849, n'a eu que 400 cas en 1854, 18 en 1865 et 13 seulement eii 1884. La même constatation a été faite pour Versailles; nous avons vu cependant que le bacille-virgule avait été trouvé dans les eaux d'alimentation de cette ville. Voici un tableau indiquant la proportion des cas de choléra à Versailles pendant les différentes épidémies depuis 1832.
1832 12,3 cas p. 10 000 habilanls.
1892 3 — en tout, dont deux
venant des environs.
Gomment expliquer ces faits? D'une façon générale on a observé que si le choléra sévissait surtout dans les terrains bas, poreux, perméables et humides, il épargnait souvent les points élevés, où le sol est sec. Mais cette interprétation ne répond pas à tous les cas. Ainsi on peut objecter que certains quartiers de Lyon, situés au confluent de deux fleuves, présentent une humidité persistante, qui ne justifie pas l'immunité dont cette ville jouit vis-à-vis du choléra.
Griesinger a cité de nombreux exemples établissant l'immunité relative des localités élevées. Déjà, dans quelques épidémies de l'Inde, on avait remarqué que le choléra pouvait séjourner pendant des mois dans les parties les plus basses, tandis qu'il épargnait presque complètement celles qui se trouvaient à une altitude supérieure. Cette opinion a été défendue en France par Foureault, en Angleterre par Farr, et à Munich par Pettenkoffer.
Foureault a déduit de ses recherches que dans les villes situées en amphithéâtre on pouvait distinguer trois zones : la zone inférieure, siège principal de la maladie; la zone moyenne, peu affectée ; , enfin la zone supérieure, presque toujours indemne. A Londres, les 19 districts de la zone inférieure subirent une mortalité trois fois plus considérable que les 19 districts de la zone supérieure. Enfin à
Munich, en 1854, Pettenkoffer, qui a observé cette progression et cette décroissance, remarque qu'elles résultent moins de Faction directe de l'élévation et de l'abaissement qu'elles ne sont le fait de l'humidité du sol, humidité qui s'accroît sur les terrains déclives et s'accompagne de la décomposition des matières organiques.
L'humidité est, en effet, avec la hauteur du niveau des eaux souterraines, une cause adjuvante des plus importantes. La crue considérable de ces eaux précéda les deux épidémies de Munich de 1836 et 1854; le développement de ces épidémies parut coïncider avec l'époque de leur retrait.
Hirsch est arrivé à une conclusion identique. Dans presque toutes les contrées, dit-il, où le choléra s'est montré à l'état épidémique, sa violence fut beaucoup plus grande dans les points bas et humides, tandis que très fréquemment les localités élevées furent épargnées ; l'humidité n'est cependant pas la seule cause à invoquer: ce dont il faut surtout tenir compte, c'est de l'humidité compliquée de la présence de produits de décomposition des matières animales et surtout des matières excrémentitielles.
On a considéré un terrain disposé en entonnoir comme favorisant l'intensité et la diffusion du choléra. Le fait a été bien constaté par Kreuzer, en 1855, pour l'un des faubourgs de Vienne. Pettenkoffer, à Munich, a fait la même remarque; mais il a surtout insisté sur l'importance de la nature tellurique comme cause adjuvante de la maladie. Il est parti de ce point de vue pour fonder sa théorie devenue célèbre. Déjà, en 1849, Fourcault * avait essayé de déterminer l'influence de la composition géologique sur la propagation du choléra. Il arriva à celte conclusion que son développement était favorisé par les terrains d'alluvion, le calcaire grossier, l'argile, le sol carbonifère et la pierre de chaux magnésienne des Anglais, alors que les roches des terrains primitifs et de transition, les couches épaisses de sable, les agglomérations de silice et de craie, devaient arrêter sa propagation. On voit que Fourcault s'attache plus particulièrement à l'influence répulsive d'un sol granitique, considérant, toutefois, un sol humide comme un élément essentiel de transmission.
Boubée^ et YiaP émirent des idées semblables.
Ce qui caractérise au contraire les recherches de Pettenkoffer, c'est que, laissant à peu près de côté la composition chimique du terrain, il s'attache surtout à ses caractères physiques : sa densité, sa porosité, etc. ; l'état du sous-sol des localités et des maisons joue d'après lui dans la propagation du choléra un rôle essentiel, et de cette cause particulière dépend pour lui le développement d'une épidémie après une importation du dehors; s'occupant presque exclusivement de l'état physique d'agrégation, de l'état compact ou poreux du sous-sol des maisons, il considère que non seulement les calcaires primitifs et de transition, mais encore les formations secondaires (calcaires jurassiques) donnent l'immunité lorsqu'elles sont exposées à l'air à l'état de roches. Au contraire, tout sol poreux, susceptible d'imbibition, pouvant s'imprégner facilement de liquide et de gaz, les terres végétales aussi bien que les terrains de sable et de silice, beaucoup de sols argileux, gras, toujours humides et entretenant sans cesse l'humidité autour d'eux, favorisent, dit-il, la diffusion des