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QUATRIÈME PARTIE

La première maladie exotique dont Timportatioii ail été combattue par des mesures sanitaires est la peste d'Orient. Nous ne trouvons, en effet, dans les auteurs de l'antiquité, aucune mention de ces mesures préventives dirigées contre les grandes pandémies qui, à diverses époques de l'histoire, ont désolé l'humanité. L'introduction du système sanitaire en Europe, suivie de son appHcation la plus immédiate, la création des lazarets, paraît appartenir à la République de Venise.

Venise, sortant de ses lagunes, fît avec les musulmans ses premiers essais de commerce en leur vendant des chrétiens pour esclaves. (Pariset.) Tant que ce commerce fut limité, ou lorsqu'il se trouva suspendu par les rivalités des Orientaux, Venise, suivant la remarque de Piobertson, ne fut })oint affligée })ar la peste. Mais lorsqu'elle fut devenue assez forte pour entreprendre des conquêtes, lorsqu'elle eut couvert la Méditerranée de ses vaisseaux et qu'elle fit à la fois le commerce et la guerre, elle fut envahie par une suite de pestes qui avaient le Levant pour origine. En six siècles (de 901 à 1500) elle en eut 63.

Ainsi maltraitée, Venise fut conduite, par l'excès de ses malheurs, d'abord à proscrire la vente, puis à détruire et brûler les effets des morts. Elle créa bientôt des provéditeurs de la santé (1348), un bureau de santé et, finalement, un lazaret qui a servi de modèle à l'Europe et a obtenu les suffrages de Montes({uieu et de Voltaire. Ce lazaret fut établi dans une île appartenant aux pères augustins et appelée Sainte- Marie de Nazareth. C'est du nom de cet hôpital que Frari * fait dériver le mot lazaret Dans les premiers temps du lazaret vénitien, on y mettait en observation

1. Frari, Suite presenti questioni delta peste. Venise, 1847.

2. Cependant, si l'on se rappelle que la lèpre était le mal de saint Lazare, que la plupart des établissements consacrés aux lépreux étaient placés sous l'invocation de ce saint, on admettra plutôt que le mot lazaret dérive d'une des nombreuses appellations employées pour désigner les lieux d'isolement des lépreux, léproseries, ladreries^ maladreries, miselties. (L. Colin, art. Quarantaines, in Dict. encyclop.)

tout navire venant d'Alexandrie, par cela seul qu'il venait d'Alexandrie, et n'eût-il pas eu à la mer le plus léger indice de la maladie.

Les autres villes qui étaient en relations de commerce avec le Levant imitèrent bientôt Venise \ et chacune voulut avoir son lazaret: Gênes, d'abord, en 1467; Marseille, en 1526 ou 1627 (le lazaret de Venise datait de 1403). Cependant, déjà avant cette époque, Marseille possédait des établissements qui devaient la protéger de la peste. Les consuls de la ville reçurent du roi René des instructions tendant à appliquer à ces établissements le régime des léproseries.

Ces premières institutions eurent d'abord un caractère purement municipal, mais bientôt ces administrations sanitaires se rendirent indépendantes, prirent une influence considérable et arrivèrent à lutter contre les municipalités dont elles émanaient cependant et n'étaient en somme que la délégation. Toutefois, malgré ces allures un peu despotiques, la Santé de Marseille rendit de grands services.

Le pouvoir de l'intendance de Marseille fut consacré en France par un grand nombre d'actes émanés des souverains. Il lui fut même accordé une certaine juridiction. Les navires venant des ports du Levant ne purent aborder qu'à Marseille ou à Toulon. Les règlements ne s'appliquèrent donc qu'à ces ports et il fut expressément interdit aux bâtiments de se montrer sur aucun autre point. La réglementation n'avait été faite qu'en vue des villes du Midi, et, jusqu'à l'apparition de la fièvre jaune à Saint-Nazaire, les ports de l'Océan étaient régis par des règlements beaucoup moins sévères que ceux de la Méditerranée ^

Nous avions bien en France quelques règlements sanitaires ^ mais nous n'avions pas une loi, un code sanitaire pouvant s'appliquer uniformément à la France tout entière, lorsque parut la fièvre jaune, en 1821 , sur les frontières du Midi, en Catalogne.

La France alors se sentit menacée. Il y eut un grand effroi dans toutes les populations méridionales; le gouvernement lui-même s'émut et la loi du 3 mars 1822, une des meilleures qui aient été promulguées à ce sujet, parut, suivie de l'ordonnance du 7 août de la même année et d'instructions détaillées, qui développaient avec une sagesse et une netteté remarquables, les dispositions précédentes, de façon à faciliter leur application.

Cependant les attaques contre cette loi furent vives; Cliervin, dans son Examen des principes de V administration en matière sanitaire ^, ainsi que dans sa Pétition aux Chambres pour la suppression immédiate des mesures sanitaires^ , se montra l'ardent antagoniste des quarantaines.

La tentative infructueuse qu'on fit du système quarantenaire contre le choléra de 1830-1832 aida encore à discréditer ce système. En môme temps, notre conquête de l'Algérie faisait surgir de nouvelles difficultés quant à son api)lication. Les communications incessantes et forcées avec ces nouveaux départements rendirent à peu près impossible l'observation des quarantaines exigées pour les provenances d'Orient.

1. Histoire des principaux lazarets d'Europe, par J. Howard, Paris, 1801. — Guide sanitaire des gouvernements européens, par J. Robert, Paris, 1826, 2 vol. in-8".

2. Voir l'arrêté ministériel qui applique au littoral de l'Océan et de la Manche les dispositions de la convention internationale.

3. Voir le règlement de Louis XIV et de Colbert, de 1683 ; une autre déclaration du roi, de 1729; une autre de 1748, etc.

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