‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 112 sur 326 · vol. in · texte numérisé non relu

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Les compagnies de bateaux, frappées de la concurrence qui leur était faite par certaines compagnies étrangères, attaquèrent également le système des mesures restrictives. Toute cette opposition entraîna le gouvernement à des modifications profondes du système quarantenaire.

Cette nouvelle réglementation se trouve dans une ordonnance royale du 18 août 1847, un décret du 19 août 1849 et un décret du 24 décembre 1850. Mais l'administration ne voulut pas céder complètement; les deux partis se firent des concessions réciproques, et il sortit de ce débat une transaction consacrée par Pacte de la Conférence de 1852, qui ne constitue, en réalité, ni une quarantaine efficace, ni la libre pratique pure et simple. Cette convention sanitaire, conclue entre la France, la Sardaigne et le Portugal, fut promulguée par un décret qui porte la date du 27 mai 1853. Un dernier décret du 4 juin 1853 est relatif à la mise à exécution de cette convention sanitaire. Il est suivi d'instructions ayant pour but de bien déterminer et expliquer les mesures qu'exige l'application de ce décret

Mais que pouvait-on espérer d'un pareil système; que devait-on attendre d'une quarantaine contre le choléra de trois à cinq jours, y compris le plus souvent la" traversée des navires, sans qu'il fût tenu compte, ni de la durée de l'incubation, ni de la diarrhée cholérique, ni des effets contaminés, ni des hnges souillés par les déjections, toutes conditions qui sont reconnues aujourd'hui déterminer les lois de la transmission du choléra? Quelle garantie espérer de lazarets qui, pour la plupart, étaient accolés aux villes, construits sur un terrain souvent poreux et marécageux, presque toujours mal choisi, à la manière de casernes ou de prisons, encombrés, et dans lesquels les quarantenaires respiraient un air confiné et malsain? On peut citer comme exemple les lazarets de Beyrouth, des Dardanelles, d'Ancône, de Trébizonde et le vieux lazaret de Bakou, sur la mer Caspienne.

De pareils moyens étaient plus aptes à propager la maladie qu'à l'arrêter ; et une seule conclusion pouvait être déduite de leur emploi : l'inefficacité des mesures restrictives.

Toutefois, si la Conférence sanitaire de 1852 a proposé parmi ses règlements certaines mesures dont on a pu voir les imperfections, l'existence même de cette conférence constitue cependant, à elle seule, un grand progrès dans l'histoire du système sanitaire. Jusqu'ici Venise, Gênes, Marseille avaient cherché à se protéger isolément. Après l'épidémie de Barcelone, en 1822, le gouvernement français avait agi comme nous l'avons vu; d'autres pays l'avaient imité. Chaque gouvernement avait pris ses propres mesures sanitaires, mais il les prenait pour lui seul, sans concert préalable avec ses voisins.

En 1852, la question entre dans une nouvelle phase. La France, qui déjà, à plusieurs reprises, avait essayé de réunir une conférence sanitaire internationale, y réussit enfin. Les délégués des différents pays furent convoqués à Paris. Pour la première fois les puissances se concertaient dans un but d'intérêt commun; l'hygiène internationale était fondée.

1. Cette convention n'ayant pas été renouvelée, se trouve maintenant abrogée. En 1859, il y eut une nouvelle conférence composée exclusivement de diplomates. Cette conférence avait pour but de reviser certaines résolutions de la Conférence sanitaire de 1852; la Conférence s'est réunie, elle a formulé des résolutions, mais la guerre de 1859 survint et la revision projetée n'eut pas de suites.

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Gomment, en effet, prendre des mesnres sanitaires sérienses, basées sur des notions scientifiques, comment prétendre à leur rigoureuse observation par tous les gouvernements, si cliaciin de ces gouvernements n'y a lui-même coopéré?

Le principe posé, ses beureux effets ne devaient ])as tarder à se faire sentir.

L'épidémie du clioléra de 1865 venait d'éclater avec une rapidité foudroyante. Les populations du Midi furent terrifiées. L'Europe comprit qu'elle ne pouvait rester ainsi, cbaque année, à la merci du pèlerinage de la Mecque. Le gouvernement français prit l'beureuse initiative de réunir une conférence sanitaire internationale à Gonstantinople, ce centre stratégique pour comliattre le cboléra. Le système des mesures restrictives fut, dans cette conférence, l'objet d'une discussion sérieuse, et c'est à partir de ce moment que les quarantaines furent établies sur une base réellement scientifique.

Ces moyens préventifs ont toujours rencontré de cbauds partisans et d'ardents adversaires; mais la vérité se trouve rarement dans les extrêmes.

Plusieurs périodes peuvent être distinguées dans l'bistoire des mesures restrictives. Tout d'abord les populations sont saisies de terreur, elles sont affolées, elles veulent être protégées à tout prix. C'est la première période, la période de la superstition et de la terreur.

C'est ainsi que des villages atteints de peste ont été brûlés K Des malheureux, accusés d'avoir empesté une ville en frottant des rampes d'escalier avec des emplâtres chargés de pus de bubons pestilentiels ^ ont été livrés aux derniers sappUces. De même encore, il était interdit, sous peine de mort, de porter secours à des naufragés, partis de heux mis à l'index par l'intendance sanitaire, avant d'y avoir été autorisé par elle ^. De misérables pestiférés mouraient sans avoir vu ni médecin ni chirurgien durant tout le cours de leur maladie. Un autre n'était vu qu'au sixième jour, et seulement à l'aide de lunettes d'approche. Des malades sont obligés de se rendre de leur chambre à la grille intérieure de l'enclos Saint-Roch (lazaret de Marseille) pour être vus de loin par les hommes de l'art. A ceux-ci on jette les bistouris dont ils ont besoin pour ouvrir leurs bubons. A ceux-là les secours ne sont administrés qu'à distance par les fenêtres, et à l'aide de machines. Il est même un cas dans lequel un malade, après être resté trois jours siir le carreau, est tiré sur un matelas à l'aide de crochets. Mais laissons ces souvenirs qui sont heureusement loin de nous.

Ces exagérations barbares devaient bientôt soulever des oppositions et des résistances. Nous entrons dans la deuxième période, la période de réaction.

L'atmosphère est considérée comme le véhicule des maladies épidémiques à de grandes distances, et, par la pente rapide qui pousse toute réaction jusqu'à l'extrême opposé, les quarantaines sont déclarées inutiles, les départs et les arrivées sont

1. On avait décidé de brûler la ville de Digne. Toutefois, Gassendi rapporte que la décision prise de brûler cette ville avait été abandonnée au moment d'être mise à exécution, parce que l'autorité, ayant su que la peste était dans trois ou quatre villes voisines, recula devant la nécessité de tout brûler. L'allusion de Fracastor avait été saisie :

Proderit et lœtos stipularum incendere cainpos, Et nemora intacta et sanctos exuere lucos.

{Opéra omnia de conlagione, lib. II, cap. vu, p. 239.)

2. Arrêts notables du parlement de Toulouse (liv. III, tit. vn).

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