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Foderé, Dict. des se. méd., art. Lazaret, p. 37o

affranchis (le tout contrôle. Le choléra de 1830 vint fournir de nouvelles armes aux adversaires des mesures restrictives. En effet, des quarantaines sévères avaient été étabUes, des cordons sanitaires organisés sur une vaste échelle, en Russie, en Prusse et sur d'autres points de FEurope centrale. Mais ces mesures, appliquées au milieu de populations denses, ne devaient aboutir qu'à des mécomptes. Les cordons qui avaient pour but de conjurer les progrès de l'épidémie en ont été les agents propagateurs.

En présence de cette marche toujours envahissante du fléau, la doctrine de la diffusion par l'air fut généralement acceptée,

La Conférence sanitaire de Gonstantinople fit justice de ces erreurs. Tout en acceptant que les quarantaines aient été souvent mal appliquées, elle a proclamé les heureux effets du système protecteur ^ Elle a étabh en principe, que les mesures restrictives, connues d'avance et appliquées préalablement, sont beaucoup moins préjudiciables pour le commerce et les relations internationales, que la perturbation qui frappe l'industrie et les transactions commerciales à la suite d'une invasion de choléra. Elle a alors montré, en ce qui concerne le choléra, que les quarantaines ont une efficacité d'autant plus grande qu'elles sont apphquées plus près du point d'origine de la maladie. Elle a précisé les points voisins de la mer Rouge où les postes sanitaires devaient être placés et, nous-même, dans une mission qui nous a été confiée à ce sujet, nous avons déterminé les points de la frontière russo-persane qui devaient protéger l'Europe contre le choléra venant de la Perse.

Avec la conférence de Gonstantinople la question des mesures restrictives entre dans la troisième période, la période scientifique.

Les conférences de Vienne (1874), de Rome (1885), de Venise (1892), de Dresde (1893), de Paris (1894), ont contribué à parfaire l'œuvre de prophylaxie internationale si heureusement inaugurée par la conférence de Gonstantinople. Enfin à Venise (1897) les propositions des délégués français, Barrère, Brouardel et Proust, ont prévalu et un règlement sanitaire international destiné à défendre l'Europe contre les maladies pestilentielles a été rédigé et accepté.

Quels sont les moyens prophylactiques, les mesures restrictives qui doivent nous protéger contre la peste, la fièvre jaune et le choléra, les trois maladies qui ressortissent à l'hygiène internationale?

Et d'abord, l'utilité de ces mesures peut-elle être contestée ? Leur légitimité peutelle être mise en doute? Évidemment non. Du moment où il est démontré, comme nous l'étabKrons plus loin, que la peste, la fièvre jaune et le choléra asiatique ont chacun leur foyer d'origine, que le berceau de ces maladies peut être circonscrit, qu'elles sont susceptibles de quitter ce berceau, qu'enfin elles peuvent être importées, cette importation doit être prévenue par des mesures sanitaires; l'humanité les

1. A. Hirscli s'exprime ainsi : « On a pu suivre l'importation de la peste de l'Orient en Europe, dans les dernières épidémies du xvn" siècle et dans le commencement du xv^I^ Depuis cette époque, la peste s'est éteinte graduellement en Europe. Ce résultat a marché d'accord, on ne peut le nier, avec l'établissement et le perfectionnement des quarantaines, soit de l'Europe à l'Orient, soit de pays à pays. Je ne conçois pas comment, en considérant les faits sans prévention, on peut se refuser à attribuer à un système bien ordonné de quarantaines, la raison principale de l'extinction de la peste sur le territoire de l'Europe. Je dis la raison principale, car il faut tenir compte des progrès de l'hygiène et des améliorations de l'état social.

commande; elles sont en droit d\ine juslice absolue, et chaque gouvernement doit chercher à sauvegarder la santé des citoyens dont les intérêts lui sont confiés.

On a invoqué contre les mesures restrictives le trouble que leur rigoureuse exécution peut imprimer aux relations commerciales. Mais il faut rechercher si, comme Fa dit la Conférence de Constantinople, en s'appuyant de documents nombreux, cette interruption momentanée n'est pas beaucoup moins nuisible aux transactions commerciales que le trouble général qui suit une épidémie cholérique. Cette opinion est attaquée par Girette^ mais les arguments qu'il a invoqués ne semblent pas réfuter d'une façon suffisante les raisons données par la Conférence.

Les moyens qui ont été employés contre la peste, la fièvre jaune et le choléra sont fondés sur cette opinion, que ces maladies ne peuvent être transportées par l'air à de grandes distances, à travers les mers et les déserts, mais qu'elles sont susceptibles d'importation.

Dans ces dernières années, mettant en application les principes, qui ont été acceptés et les résolutions qui ont été votées par le Comité consultatif d'hygiène publique de France dès 1885 et les Conférences de Venise (189^), de Dresde (1893) et de Paris (1894), le gouvernement français," en substituant le règlement sanitaire de 1896 à celui de 1876, s'est efforcé de diminuer autant qu'il est possible les entraves inutiles imposées au commerce et à la navigation, tout en sauvegardant les intérêts supérieurs de la santé pubhque.

Examinons successivement les mesures sanitaires générales couramment usitées : les cordons sanitaires, les quarantaines, les lazarets, les patentes de santé, enfin l'acte de la reconnaissance et de l'arraisonnement.

Cordons sanitaires. — On donne le nom de cordons sanitaires à des hgnes de troupe ou à des détachements, postés de distance en distance, ayant pour but d'isoler un pays, en interceptant ses communications pour empêcher la propagation d'une épidémie.

Les cordons sanitaires, pour être efficaces, doivent être étabhs sur des routes peu fréquentées, semées d'obstacles naturels, ne laissant que peu de points à garder. La frontière russo-persane présente, dans plusieurs parties, toutes ces conditions réunies : peu de communications par terre entre les deux pays; quelques routes seulement établissent ces communications, routes rendues d'une surveillance facile par une série d'obstacles naturels et limitées par des montagnes et des rivières. Nous n'entrons pas ici dans plus de détails; c'est un sujet sur lequel nous reviendrons quand nous traiterons des moyens de défense que doit em})loyer la Russie sur sa frontière de terre lorsque la Perse est envahie par le choléra ou la peste.

Si les cordons sanitaires, formés en Russie et en Prusse pendant les épidémies de 1830 et 1831, ont été sans résultat, c'est que ces conditions indispensables n'existaient pas. Les troupes étaient placées dans un rayon trop rapproché. On ajoute même que le choléra était déjà parvenu en Prusse lorsque les cordons y furent établis.

Au contraire, quelques résultats heureux peuvent être cités en faveur des cordons sanitaires appliqués en temps opportun et rigoureusement observés. Des forts

1. Jules Girette, La Civilisation et le choléra; Paris, 1867.

et des villages situés dans les gouvernements d'Orenbourg et d'Astrakan ont été préservés. De même encore, en Russie, la ville de Sarepta a été protégée du choléra par des cordons de troupes qui la séparaient de Tsaritsin, où régnait le choléra, et qui en est distante de 26 kilomètres. C'est encore grâce à ce système qu'en 1831 les palais de Péterhof, Tsarskoe-Selo, Pawlowsk et l'île d'Elaguine, placés près de Saint-Pétersbourg, ont été préservés du choléra qui régnait dans cette ville.

En 1886, la petite ville de Tibériade, en Palestine^ perdit sur 3000 habitants plus de 100 cholériques. Située dans des conditions faciles d'isolement, elle a été cernée par un cordon, et le choléra s'y est épuisé sans se propager dans aucune autre localité de la Syrie.

Il résulte, en outre, des archives de l'intendance sanitaire ottomane, que, presque à la même époque, le choléra sévissait à Nedjeff et à Kerbellah. L'un des huit fortins existant sur la lisière du désert arabique pour contenir les incursions des Bédouins est infecté. Il est séquestré et gardé. Le choléra s'éteint sans que les autres fortins, situés à une heure de marche l un de l'autre, aient ressenti la plus légère atteinte de l'épidémie.

Les cordons sanitaires ont aussi donné d'excellents résultats contre la peste à Wetlianka en 1878.

On voit donc qu'ils peuvent rendre des services précieux, mais ils ne doivent être prescrits qu'au milieu de populations clairsemées, comme sur les limites de l'Orient et de l'Occident. Dans nos pays, les cordons sanitaires ne seraient point un moyen de protection. L'expérience vient d'en être faite à Oporto.

Lazarets. — On donne généralement le nom de lazaret à un édifice établi dans le voisinage d'un port de mer, qui sert de lieu d'isolement, de désinfection aux hommes et aux diverses provenances d'un pays où règne une maladie contagieuse. La durée du séjour dans un lazaret, quelle qu'elle soit, se nomme quarantaine.

Les lazarets qui existent en ce moment en Orient, et même en Europe, datent pour la plupart d'une époque assez ancienne et ne peuvent contenir qu'un petit nombre d'individus. On n'assistait pas alors à ces émigrations considérables que nous voyons aujourd hui. Ce sont généralement des cours carrées, des bâtiments communiquant entre eux. Ils ont été créés surtout en vue de la peste.

Aujourd'hui, ces anciens lazarets sont devenus plus dangereux qu'utiles; les lazarets d'Ancône, des Dardanelles, en ont donné la preuve pendant l'épidémie de choléra de 1865. La proximité de ces édifices avec les villes amenait forcément des compromissions avec les habitants, et, sous l'influence de l'encombrement et du confinement de fair, ils ont été la cause de graves accidents.

Aussi est-il important de préciser les principes qui doivent présider à l'installatien d'un lazaret. Son emplacement, son plan et sa construction en sont les conditions les plus importantes. Le lazaret doit être isolé, c'est-à-dire qu'il doit être placé à une dislance suffisante de tout centre de population. Aussi une île, et une île déserte même, sera-t-elle préférée. Il faut également tenir compte de la composition du terrain; on recherchera les terrains durs, consistants, de nature rocheuse et granitique, en évitant, au contraire, les sols poreux, humides, les marais, sources d'infection palustre. Le terrain doit être pourvu d'eau potable; il doit y avoir un bon mouillage, présentant toutes les garanties de sécurité, et assez vaste pour

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abriter un nombre suffisant de navires. Intérieurement le lazaret doit être disposé de telle façon que les personnes et les objets appartenant à des isolements de dates différentes puissent être séparés. Il est indispensable que deux corps de bâtiments, isolés et à distance convenable, soient affectés, Tun aux malades, Fautre aux suspects.

Dans les pays orientaux, les populations, habituées à vivre en plein air, sont protégées par des lazarets improvisés sous des tentes ou des baraques absolument isolées. Ces lazarets très peu dispendieux peuvent être presque immédiatement agrandis, conditions précieuses près des lieux de pèlerinage qui voient s'accumuler tout à coup des hordes d'individus. Dans l'épidémie de 1865, ils ont rendu de réels services. Le général Tchiliaeff, inspecteur général des quarantaines, nous a dit avoir, à Tiflis, obtenu de ces lazarets temporaires des effets utiles et il comptait avoir recours à ce système si de nouvelles épidémies venaient menacer la Russie du côté de la Caspienne.

Toutefois, la construction en pierre aura toujours une supériorité incontestable; mais elle exige impérieusement certaines conditions : l'isolement doit être radical entre les quarantenaires et les malades; les qîiarantenaires auront un hôpital distinct (séparé d'au moins 200 mètres); un médecin distinct; des débarcadères, des buanderies, des appareils de désinfection distincts.

L'écoulement des eaux, la désinfection incessante des matières, doivent être l'objet d'une sérieuse préoccupation. Les fosses mobiles seront préférées aux latrines fixes. Des magasins seront installés pour les marchandises, qui seront séparées, suivant qu'elles sont susceptibles ou non susceptibles. Les marchandises susceptibles sont placées dans des locaux différents, suivant qu'elles vont être désinfectées ou l'ont déjà été.

Enfin, une force armée, placée à une distance suffisante, fera observer les règlements en vigueur.

Le plan que nous venons d'exposer convient aux lazarets dans lesquels doit être subie la quarantaine de rigueur, c'est-à-dire, en France, d'après le nouveau règlement, ceux où doivent se rendre les navires infectés ^ mais ces lazarets ne sont pas les seuls nécessaires, ils sont trop dispendieux pour être établis en assez grand nombre. Il faut donc maintenir les lazarets dits d'observation, spécialement affectés à la contumace de certaines provenances qui, bien qu'en patente nette, paraissent suspectes à l'autorité sanitaire, soit par rapport au heu de départ qui n'offrirait pas toutes les garanties de sécurité désirable, soit en raison de circonstances spéciales au navire, soit, enfin, par suite de communication sur mer ou de relâche intermédiaire de nature douteuse. Cette sorte de lazaret peut être établie sans inconvénient dans les ports où existe une navigation considérable. Enfin des postes, placés de distance en distance, doivent avoir pour mission spéciale d'assurer l'obser-

1. En France nous avons deux sortes de lazarets permanents : de grands lazarets et des lazarets secondaires. Les grands lazarets, au noml3re de six, sont, dans la Méditerranée : ceux de Marseille, de Toulon et d'Ajaccio: sur l'Océan, celui de Trompeloup dans la Gironde, celui de Mindin à l'entrée de la Loire et celui de Brest. Les lazarets de Toulon et de Brest sont plus spécialement alTectés à la marine militaire. Les lazarets secondaires sont au Havre, à Cherbourg et à i:)unkerque pour la Manche, à Cette et à Villefranche pour la Méditerranée. De plus on a décide, la création, sous le nom de stations sanitaires, d'établissements plus sommaires que les lazarets, d'un prix moins élevé et dans lesquels existent cependant les ressources indispensables pour la désinfection et même, si cela devient nécessaire, pour l'isolement des malades et des suspects.

vation du règlement, en contrôlant les arrivages de toute nature et en vérifiant les patentes.

On donne le nom de lazarets flottants à des pontons ou gros navires qui, convenablement aménagés, peuvent servir de lieu de quarantaine. Ce moyen n'est habituellement employé qu'en cas d'urgence, et à défaut d'autre local quarantenaire. On s'en est servi à New-York avec succès pour séquestrer, dès le début, les passagers des arrivages cholériques, V Atlanta^ V Ingland et la Virginia.

Le lazaret international recrute son personnel administratif parmi les gouvernements qui prennent part à sa fondation et à son entretien.

Quarantaines. — On donne le nom de quarantaine au séjour forcé des voyageurs, arrivant d'un pays où règne une maladie contagieuse, dans un lazaret ou à bord des vaisseaux, avant de communiquer avec les habitants du pays ou du port où ils veulent entrer.

Dans l'ancienne réglementation sanitaire les quarantaines se distinguaient en quara7itaine de rigueur et quarantaine d'observation. Dans les deux cas, il y avait séquestration; mais, dans la quarantaine de rigueur, il y avait en outre désinfection.

La quarantaine d'observation était prescrite aux navires suspects, bien que munis d'une patente nette, dans deux cas : 1° s'il y avait soupçon sur le point de départ; 2° si l'état sanitaire du bord n'était pas satisfaisant. Elle est actuellement supprimée et remplacée par la surveillance sanitaire., que nous définirons plus loin.

La quarantaine de rigueur ne pouvait être purgée que dans un port à lazaret; elle impliquait l'obligation de débarquer au lazaret les passagers et exigeait une désinfection complète. Elle était appHcable, d'une manière générale, aux navires avec patente brute ou lorsqu'il y avait eu des malades à bord.

Les nouveaux règlements sanitaires ont supprimé complètement les quarantaines aux frontières terrestres. Elles sont devenues exceptionnelles dans les lazarets maritimes, où l'isolement n'est plus prescrit que pour des navires ayant le choléra, la fièvre jaune ou la peste à bord, ou ayant présenté un cas de ces maladies pendant les sept derniers jours de la traversée pour le choléra, les neuf derniers pour la fièvre jaune, les douze derniers pour la peste.

Abordons maintenant la question de la patente de santé et de l'arraisonnement.

Patentes de santé. — La patente de santé* est le passeport du navire; elle constate l'état sanitaire des lieux de départ et des points de relâche. Les autorités sanitaires inscrivent sur la patente les phénomènes morbides sujets à contumace qui se sont montrés pendant la traversée.

La patente brute est délivrée dans un port où règne le choléra, la peste ou la

1. Voir à l'annexe, le modèle de la patente employée en France. La présentation d'une patente de santé à l'arrivée dans un port de France ou d'Algérie est en tout temps obligatoire pour les navires provenant 1° des pays situées hors d'Europe, l'Algérie et la Tunisie exceptées: 2" du littoral de la mer Noire et des côtes de la Turquie d'Europe sur l'Archipel et la mer de Marmara; 3° de touJ.e circonscription contaminée par une maladie pestilentielle.

fièvre jaune. L'épidémie est considérée comme éteinte lorsque cinq jours pleins se sont écoulés sans qu'il y ait eu ni décès ni cas nouveau. La cessation complète de la maladie est alors immédiatement signalée à l'administration supérieure et, si les mesures de désinfection ont été convenablement prises, elle est mentionnée sur la patente de santé, avec la date de la cessation.

La patente nette est délivrée dans un port où il n'existe aucune de ces trois maladies transmissibles.

Arraisoîinement. — L'arraisonnement est constitué par la déclaration du capitaine sur tous les incidents du voyage qui peuvent intéresser la santé publique \ Cet acte est, dans certaines circonstances, de la plus haute importance. En effet, en 1865, c'est sur de fausses déclarations faites à Suez et à Constantinople que deux capitaines ont obtenu l'entrée libre dans les deux ports. On connaît les terribles conséquences de ces affirmations mensongères.

L'arraisonnement est le complément de -la patente. Aussi la libre pratique ou la séquestration peuvent-elles être la conséquence de l'arraisonnement.

Maintenant que nous nous sommes expliqués sur les mesures prophylactiques dont dispose l'hygiène internationale, nous allons étudier les routes stratégiques sur le trajet desquelles sont disposés les moyens de défense que nous pouvons opposer aux maladies pestilentielles exotiques.

VOIES D'IMPORTATION EN EUROPE DES MALADIES PESTILENTIELLES. — POSTES SANITAIRES

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