‹ Traité d'hygiène [electronic resource]Chapitre 171 sur 326 · LES MICROBES DE L'EAU · texte numérisé non relu

LES MICROBES DE L'EAU

bactéries par c. c. à Montsoiiris. Ces eaux seraient rigoureusement pures si elles ne lavaient pas les poussières contenues dans l'almosphère. Avec la grêle les chiffres obtenus sont beaucoup plus élevés parce qu'elle peut conserver enrobées des particules solides chargées d'impuretés. Les résultats sont d'ailleurs très variables suivant les auteurs. L'eau de fusion de la grêle a donné par c. c. 21 000 ])acléries (Bujwid), 729 (Fontin), 300 à 40 seulement (Abel). Dans la neige les bactéries sont au nombre de 38 à 463 colonies par c. c. d'eau de fusion au moment où elle tombe, et de 2 à 228 colonies par c. c. lorsqu'elle est déposée à terre déjà depuis un ou plusieurs jours (Janowski). L'eau de fusion des glaciers même et des ruisseaux au moment où ils en sortent est extrêmement pauvre en germes (de 2 à io par ce). Mais, à 5 kilomètres du glacier, cette même eau contient déjà 170 à 200 colonies par c. c. (Schmelk). Il faut ici faire la part de la purification due à une longue congélation. Levin a dernièrement montré que, dans les régions arctiques, l'eau comme l'air sont à peu près complètement débarrassés de microbes. Quant à la glace que l'on consomme elle offre la même flore microbienne que les eaux dont elle provient (rivières, lacs, canaux, étangs). Les recherches de Frsenkel, de Heyroth, de Bordoni Uffreduzzi ont montré qu'en pareil cas on pouvait obtenir plusieurs milliers (jusqu'à 25 000) bactéries par c. c.

Les eaux superficielles subissent différentes influences qui en modifient considérablement la flore microbienne. Tandis que pendant la saison chaude leur débit est surtout entretenu par les eaux souterraines, pauvres en bactéries, leur cours est considérablement grossi pendant la mauvaise saison par des eaux de ruissellement qui, pendant les grandes pluies, ont lavé la surface du sol et entraîné avec elles des quantités considérables d'impuretés et de germes. Telles sont les raisons qui expHquent pourquoi la teneur microbienne de la Seine et de la Marne à Paris (Miquel), de la Léa et de la Tamise à Londres (Percy-Frankland), de la Sprée à Berlin, de la Limmat à Zurich, est sensiblement plus faible au printemps et en été qu'à l'automne et en hiver \

Le voisinage des agglomérations humaines est la principale cause de pollution des eaux superficielles, puisque les cours d'eau, les fleuves, les lacs, la mer sont encore considérés parla plupart des populations comme les déversoirs naturels des matières usées des villes riveraines.

Aussi n'est-il pas surprenant de constater des différences dans la proportion des bactéries en amont et en aval des grandes villes aussi considérables que celles qui sont indiquées par le tableau suivant :

Seine (Miquel). Au-dessus de I^aris

(Clioisy-le-Roi) 42 G40 germes. Au-dessous de Paris (Épinay) 2 827 830

l;hône(G. Roux). Au-dessusde Lyon. 75 — — Lyon 800

Saône — — 58G — — — 4 280

Sprée (Frank). Au-dessus de Berlin. 4 300 — — Berlin. ....... 97 400

M;iin (Rosenberg). Au-dessus de

Wurtzbourg 520 — — Wurtzbourg.. lèi oOO

Limmat (Schlatter). Avant les

égouts de Zurich. i ... , 1(320 — — Zurich 27 040

1. Cette règle subit une exception sur les points d'une rivière où sont déversées des masses considérables d'eaux d'égout ou d'eaux résiduaires. On constate en ces points pendant l'été des putréfactions locales, d'autant plus intenses que les eaux sont plus

pi.oisT, TBArnî: d'h vgilne. 37

î)78 L ATMOSPHERE, LE SOL ET L EAU

Mais en même temps que les causes de contamioalion des eaux superficielles se mulliplienl, il se fait dans leur sein une épuration microbienne spontanée sous Tinfluence de l'action solaire, de Toxygénalion et de la sédimentation. Les analyses de Miquel, portant sur 27 points du parcours de la Seine, en amont et en aval de Paris, ainsi que dans la traversée de la ville, montrent que Ténorme recrudescence bactérienne subie par les eaux du fleuve dans son passage urbain ne se maintient pas indétinimenl en aval. La teneur en micro-organismes décroît progressivement, de telle façon qu'à Rouen Teau de Seine a repris la pureté relative qu'elle avait avant son entrée à Paris, à Melun par exemple.

Voici les chiffres donnés par Miquel qui indiquent la progression de cette épuration :

Seine à Épinay 2 827 830 germes.

— Bezons 2 607 850 —

— Bongival 1 742 725 —

^ Con flans 322 770 -

— Pont de l'Oise 78 225 —

— Meulan-Mczy 187 445 —

— Mantes 174 750 —

— Vernon 31 560

— Les Andelys 25 935

— Rouen 17 810 —

Nous avons déjà vu que les microbes du sol ont une part im])orlanle dans réi)uralion des souillures qui le traversent. Les bactéries des cours d'eau jouent le même rôle protecteur et détruisent rapidement les impuretés qui y sont déversées en masse au niveau des agglomérations humaines riveraines. Duclauxa montré comment, dans le trajet de la Seine de Paris à Meulan (80 kilomètres), l'action microbienne suffisait à faire disparaître les 300 000 kgr. de matière organique et les 500 000 à 600 000 kgr. de matières en sus})ension qui étaient déversées récemment encore dans les eaux du fleuve par les égouts de Paris et de Saint-Denis. Les analyses des eaux de Seine prélevées sur différents points de ce parcours démontrent en effet cette épuration spontané d'origine biologique.

Dans les lacs les eaux voisines des bords sont soumises aux mêmes contaminations que les eaux de rivière. Les eaux prises au large à une profondeur de 9 à 10 mètres sont généralement très pures. Les recherches que Massol a faites sur les eaux du lac de Genève l'ont conduit à admettre l'influence prépondérante des vents sur la contamination bactérienne des eaux des lacs. Le même fait a été observé dans les lacs de l'Amérique qui aUmentent nombre de villes, notamment Chicago, Buffalo et Cleveland.

Quant aux eaux de la mer elles contiennent très peu de micro-organismes au large, mais sur les bords elles sont exposées aux mêmes contaminations que les autres eaux superficielles. De Giaxa a trouvé 298 000 germes dans 1 c. c. d'eau du golfe de Naples prise au débouché d'un égout.

Les nappes d'eau souterraines, lorsqu'elles sont séparées de la surface par une couche filtrante suffisante, sont pures et ne contiennent pas de microbes (Pasteur et Joubert, Libbertz) ; mais il s'en faut de beaucoup que toutes les nappes souterraines,

basses. Dans ces conditions la proportion des germes se trouve plus que décuplée au printemps et surtout en été (Miquel).

même les plus profondes, soient ainsi protégées des souillures superficielles. Celles-ci pénètrent souvent à la faveur de fissures plus ou moins larges; le danger des gouffres, des bétoires,des mardelles^ qui ont été si souvent Torigine des contaminations des sources des terrains calcaires, est aujourd'hui Lien connu. Tel est le cas des eaux de la Vanne, de la Dhuis et de TAvre qui alimentent Paris.

On a fréquemment trouvé dans les eaux des puits artériens creusés à plus de 60 mètres de profondeur autour de Biskra, des mollusques et même de petits poissons, dont la présence témoigne d'une libre communication entre la nai)pe profonde et les eaux superficielles.

L'accès des souillures est encore bien plus facile lorsque la couche du sol qui sépare la nappe d'eau de la surface est d'une épaisseur insuffisante. Aussi, dans les agglomérations humaines, la nappe dite des puits est-elle presque toujours contaminée, à moins qu'elle ne soit à une très grande profondeur. Les puits sont en outre bien rarement établis de façon à empêcher l'infiltration des eaux superficielles à travers leur orifice ou les fissures de leurs parois. Ce ne sont pas d'ailleurs là les seules causes de la souillure de ces eaux par les bactéries. L'eau se renouvelle lentement, si le puits n'est pas régulièrement en usage, et les bactéries ont le temps de s'y multiplier comme dans un milieu de culture. Aussi lorsqu'on veut procéder à Fanalyse bactériologique d'une eau de puits, faut-il vider son contenu suffisamment pour que l'eau qu'il contient soit renouvelée avant qu'on prélève les échantillons. Herœus, dans l'eau d'un puits qui n'avait pas servi depuis 36 heures, a constaté tout d'abord 5000 germes par c. c. Après qu'on eut pompé pendant une demi-heure l'eau n'en contenait plus que 35 par ce.

Dans les mêmes conditions Maschek a trouvé les chiffres suivants :

Page 1